Analyse SWOT d’Eni : forces, faiblesses, opportunités et menaces

Eni extrait du pétrole et surtout du gaz en Afrique, en Méditerranée et en Asie, le liquéfie, le revend, raffine des carburants et fournit de l’électricité aux particuliers. L’État italien en est l’actionnaire de référence, et le titre fait partie de l’Euro Stoxx 50. Voici son analyse SWOT, mise à jour avec les comptes de 2025 et du premier semestre 2026.
Eni en chiffres
- Chiffre d’affaires 2025 : 83,6 milliards d’euros, contre 91,2 milliards en 2024.
- Résultat net ajusté 2025 : 4,99 milliards d’euros, en baisse de 5 % ; le résultat net publié, part du groupe, n’est que de 2,6 milliards.
- Flux de trésorerie d’exploitation ajusté 2025 : 12,5 milliards d’euros.
- Production 2025 : 1,73 million de barils équivalent pétrole par jour.
- Effectifs : 31 523 salariés dans 62 pays fin 2025.
- Actionnaire de référence : l’État italien, avec 33,1 % du capital, dont 30,9 % par la Cassa Depositi e Prestiti.
- Premier semestre 2026 : 3,6 milliards d’euros de résultat net ajusté (+43 %), 4,4 milliards de résultat net publié et 1,79 million de barils équivalent pétrole par jour (+8 %).
Forces d’Eni
Un explorateur qui trouve. Eni a remplacé 167 % de sa production par des réserves nouvelles en 2025 et découvert 900 millions de barils équivalent pétrole de ressources, dont certaines en Norvège par Vår Energi, détenue à 63 %. En Égypte, le puits Denise W 1 a mis au jour environ 2 000 milliards de pieds cubes de gaz en place au premier semestre 2026.
Le modèle des « satellites ». Eni crée des sociétés spécialisées puis en vend des minorités pour faire apparaître leur valeur. KKR détient 30 % d’Enilive, les biocarburants et les stations-service, sur la base d’une valeur de 11,75 milliards d’euros pour la totalité du capital. Ares a payé 2 milliards d’euros pour 20 % de Plenitude, l’électricité renouvelable et la vente d’énergie, et GIP a repris 49,99 % du stockage de carbone.
Le gaz africain liquéfié en mer. Au Mozambique, l’usine flottante de liquéfaction Coral South produit depuis 2022. La décision d’investir dans Coral North, 3,6 millions de tonnes par an, a été prise en octobre 2025, pour un démarrage visé en 2028 ; Eni y détient 50 %.
Un bilan rarement aussi léger. Le ratio d’endettement pro forma calculé par Eni est tombé à 10 % fin juin 2026, un plus bas historique selon le groupe, contre 14 % fin 2025. La dette nette atteint 11,3 milliards d’euros.
Faiblesses d’Eni
Un écart entre bénéfice ajusté et bénéfice publié. En 2025, le résultat net ajusté était près de deux fois supérieur au résultat net publié. Les retraitements se défendent, mais ils demandent au lecteur un effort supplémentaire.
Des comptes plus difficiles à lire. À force de satellites, une part croissante des profits vient de sociétés communes et de participations. Eni publie désormais un « résultat opérationnel ajusté pro forma » qui intègre leur marge. La sortie de Plenitude du périmètre consolidé était prévue au troisième trimestre 2026, Eni en gardant 65 %.
Un raffinage exposé. Au deuxième trimestre 2026, les volumes traités dans les raffineries hors d’Italie ont reculé de 35 %, faute de produits disponibles après la fermeture du détroit d’Ormuz.
Un actionnaire qui n’est pas qu’un actionnaire. Avec un tiers du capital, l’État italien présente sa propre liste au conseil d’administration et en propose la présidente, Giuseppina Di Foggia depuis mai 2026. Claudio Descalzi, inscrit sur cette liste, a été reconduit comme administrateur délégué le 7 mai 2026. La politique énergétique nationale pèse donc sur la stratégie du groupe.
Opportunités pour Eni
Des projets qui arrivent. Au premier semestre 2026, Eni a lancé Baleine phase 3 en Côte d’Ivoire, Greater PAJ en Angola et Cronos à Chypre, dont le gaz passera par les installations égyptiennes de Zohr. En Libye, un projet de compression à Sabratha ajoute depuis juin environ 800 millions de mètres cubes de gaz par an.
De nouveaux satellites en Asie. Searah, la société commune avec Petronas en Indonésie et en Malaisie, produit déjà environ 300 000 barils équivalent pétrole par jour et vise un plateau de 500 000. Eni et Mercuria ont aussi convenu en juillet 2026 de créer une société de négoce détenue à parts égales.
Un gaz plus rare, donc plus cher. La guerre au Moyen-Orient a frappé les exportations de gaz liquéfié du Golfe : celles du Qatar ont chuté de plus d’un tiers au premier trimestre 2026, selon l’Organisation des pays arabes exportateurs de pétrole. Le gaz africain d’Eni n’a pas à franchir Ormuz.
Des rachats d’actions indexés sur le pétrole. Eni reverse aux actionnaires 60 % du supplément de trésorerie lié aux prix. Le programme 2026 est passé de 1,5 milliard d’euros au budget à 3,4 milliards. Un dividende exceptionnel doit être décidé en octobre si la marge de raffinage reste d’au moins 9 dollars le baril ; il n’était pas encore voté début octobre.
Menaces pour Eni
Un retour du pétrole sur terre. Les prévisions de juillet reposent sur un Brent à 85 dollars, contre 62 dollars dans celles de février. Le mécanisme qui gonfle les rachats d’actions quand les prix montent les réduit aussi quand ils baissent.
Des pays où rien n’est acquis. Libye, Égypte, Mozambique, Angola : une large part des réserves se trouve dans des pays où contrats, sécurité et paiements publics ne sont jamais garantis.
Le dollar. Eni vend en dollars et publie en euros. Au quatrième trimestre 2025, l’euro s’est apprécié de 9 % face au dollar sur un an, ce qui a rogné les résultats.
Principaux concurrents d’Eni
- Pétrole et gaz : TotalEnergies, Shell, BP, Repsol, ExxonMobil, Chevron.
- Gaz naturel liquéfié : QatarEnergy, Shell, TotalEnergies.
- Électricité et vente d’énergie en Italie : Enel, Edison, A2A.
- Biocarburants : Neste, TotalEnergies.
Le regard du trader
Je ne trade pas Eni : je ne trade qu’un seul marché, le future sur le Nasdaq. Je regarde pourtant le titre : c’est l’un des rares grands pétroliers européens dont la politique de rachat d’actions est écrite noir sur blanc en fonction du prix du baril.
Trois choses le font bouger. D’abord le Brent et le gaz européen, qui ont atteint en moyenne 104,5 dollars et 46 euros le mégawattheure au deuxième trimestre 2026. Ensuite les annonces de rémunération : le 29 juillet 2026, Eni a publié un résultat net ajusté trimestriel de 2,33 milliards d’euros, au-dessus du consensus Bloomberg de 2,11 milliards, et porté ses rachats à 3,4 milliards ; le titre gagnait environ 4,5 % peu après l’ouverture. Enfin les cessions de minorités dans les satellites, qui disent au marché ce que valent les morceaux.
Un bénéfice dopé par une guerre n’est pas un bénéfice récurrent. Les comptes de 2026 refléteront un baril exceptionnel ; le titre se valorise sur ce que le groupe gagnera quand il sera revenu à la normale.
Cette analyse est informative et ne constitue pas un conseil en investissement.
Sources
- Eni, résultats du quatrième trimestre et de l’exercice 2025 (26 février 2026)
- Eni, approbation des comptes 2025 par le conseil d’administration (18 mars 2026)
- FinanzaOnline, résultat 2025 et fin du programme de rachat (26 février 2026)
- Eni, résultats du deuxième trimestre et du premier semestre 2026 (29 juillet 2026)
- Eni, communiqué détaillé du premier semestre 2026 (29 juillet 2026)
- Teleborsa, prévisions relevées et dividende exceptionnel à l’étude (29 juillet 2026)
- FinanzaOnline, résultat au-dessus du consensus et rachats relevés (29 juillet 2026)
- QuiFinanza, le titre Eni après les résultats du deuxième trimestre (29 juillet 2026)
- Eni, KKR porte sa participation dans Enilive à 30 % (11 avril 2025)
- Eni, décision d’investissement dans Coral North au Mozambique (2 octobre 2025)
- AGBI, chute des exportations arabes de gaz liquéfié (avril 2026)
- Eni, structure de l’actionnariat
- Eni, le conseil nomme Claudio Descalzi administrateur délégué (7 mai 2026)
- Eni, dépôt des listes pour le renouvellement du conseil (avril 2026)
- Eni, présentation du groupe (effectifs et pays)
Les autres analyses SWOT
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Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.
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