Histoire de Chevron : du puits de Pico Canyon à la deuxième major pétrolière américaine

Chevron est la deuxième compagnie pétrolière américaine derrière ExxonMobil : elle extrait du pétrole et du gaz sur plusieurs continents, puis raffine et vend des carburants sous les marques Chevron, Texaco et Caltex. Son histoire est celle d’une petite société californienne passée par la Standard Oil de Rockefeller, qui a trouvé le pétrole saoudien avant tout le monde et a grandi en avalant ses rivales, de Gulf à Hess.
Chevron en bref
- Fondation : le 10 septembre 1879, à San Francisco, sous le nom de Pacific Coast Oil Co., par un groupe d’investisseurs et de négociants, dont Charles Felton, Lloyd Tevis et George Loomis.
- Siège : Houston (Texas), après le départ de San Ramon (Californie) annoncé le 2 août 2024.
- Dirigeant : Mike Wirth, président-directeur général depuis le 1er février 2018.
- Activités : exploration et production de pétrole et de gaz ; raffinage, distribution de carburants, lubrifiants et chimie.
- Marques principales : Chevron, Texaco, Caltex, Havoline, Delo, Techron.
- Effectifs : 43 039 salariés fin 2025, dont 5 179 dans les stations-service.
- Cotation : Bourse de New York (code CVX), membre du Dow Jones et du S&P 500.
- Chiffre d’affaires 2025 : 184,4 milliards de dollars.
Quelle est l’histoire de Chevron ?
1876-1911 : du pétrole californien à la Standard Oil
Après la ruée vers l’or, la Californie cherche une autre richesse sous terre. En septembre 1876, dans les monts Santa Susana, au nord de Los Angeles, la California Star Oil Works de Demetrius Scofield et Frederick Taylor fait jaillir du pétrole au puits Pico no 4, que Chevron présente comme le premier puits pétrolier rentable de l’État ; il produira jusqu’en 1990. Faute de capitaux, la California Star est reprise par la Pacific Coast Oil Co., constituée à San Francisco le 10 septembre 1879. La société construit sa première raffinerie dès 1880 à Alameda, sur la baie de San Francisco, et lance en 1895 le premier pétrolier à coque d’acier de Californie, le George Loomis.
Elle a un voisin encombrant : la Standard Oil de John D. Rockefeller, installée à San Francisco en 1878. En 1900, la Pacific Coast Oil accepte d’être rachetée par la Standard Oil (New Jersey). En 1906, elle fusionne avec la filiale de distribution du trust, la Standard Oil (Iowa), pour former la Standard Oil Co. (California). C’est elle qui ouvre en 1907, à Seattle, ce que le groupe présente comme la première station-service du monde. En mai 1911, la Cour suprême démantèle le trust Standard Oil : la filiale californienne devient indépendante, et Demetrius Scofield, l’homme du puits de 1876, en prend la présidence.
1911-1945 : la Socal, Bahreïn et l’Arabie saoudite
Livrée à elle-même, la compagnie devient en quelques années le premier producteur de Californie. En 1926, le rachat de la Pacific Oil, qui gérait les gisements du chemin de fer Southern Pacific, lui donne son nom : Standard Oil Co. of California, ou Socal. Au début des années 1930, son logo s’orne d’un chevron.
Les réserves américaines s’épuisant après la Première Guerre mondiale, la Socal part chercher ailleurs. Elle reprend une concession à Bahreïn et y trouve du pétrole le 1er juin 1932. Elle négocie ensuite pendant un an avec le gouvernement saoudien, qui lui accorde en 1933 une concession de soixante ans. Trois années de forages stériles suivent ; le géologue Max Steineke s’obstine, et le puits Dammam no 7 finit par produire le 3 mars 1938. Faute de réseau pour vendre ce pétrole en Asie et en Afrique, la Socal s’associe en 1936 à Texaco dans une coentreprise, Caltex. La filiale saoudienne prend en 1944 le nom d’Arabian American Oil Company, Aramco ; elle passera, de 1973 à 1980, entre les mains de l’État saoudien. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la Socal fournit en carburant les Alliés du Pacifique.
1945-1984 : du Golfe du Mexique à Gulf Oil
L’après-guerre est une époque de découvertes, de Sumatra, où le champ de Minas devient géant, au golfe du Mexique, dont la Socal est en 1949 le premier producteur. Le chiffre d’affaires passe 1 milliard de dollars en 1951. En 1961, la compagnie absorbe la Standard Oil (Kentucky), autre héritière du trust. Les années 1970 apportent l’embargo de 1973 et les nationalisations, en Libye, au Venezuela et ailleurs.
La réponse arrive en 1984. Gulf Oil, cinquième pétrolier américain, vient de repousser une offre hostile et se met en vente. Le 5 mars 1984, George Keller, président de la Socal, offre 80 dollars par action, environ 13,3 milliards de dollars ; c’est alors la plus grosse fusion de l’histoire des entreprises. Les réserves de la Socal doublent presque du jour au lendemain, et la compagnie prend le nom que portaient déjà ses carburants depuis des décennies : Chevron Corporation.
1984-2005 : Tengiz, Texaco et Unocal
Chevron se tourne vers l’étranger. En 1993, son patron Ken Derr signe avec le président Noursoultan Nazarbaïev la création de Tengizchevroil, chargée d’exploiter le champ géant de Tengiz, au Kazakhstan : Chevron est la première grande compagnie occidentale à s’installer dans le pays devenu indépendant.
Avec Texaco, l’alliance remonte à Caltex. Une première série de discussions échoue en 1999 ; le 16 octobre 2000, les deux groupes annoncent leur fusion, approuvée par les actionnaires le 9 octobre 2001. ChevronTexaco devient la deuxième compagnie énergétique américaine. En 2005, le groupe reprend le seul nom de Chevron et rachète Unocal, qui lui apporte des actifs en Asie et dans la Caspienne. « L’ère du pétrole facile est terminée », résume alors son PDG, David O’Reilly.
Depuis 2005 : l’Équateur, Hess et le départ pour Houston
Le rachat de Texaco apporte aussi un procès. Des agriculteurs et des communautés indigènes accusent Texaco d’avoir pollué l’Amazonie équatorienne, où elle a opéré jusqu’en 1992. Un tribunal équatorien condamne Chevron en 2011 ; le montant, d’abord de 18 milliards de dollars, est ensuite ramené à 9,5 milliards. Chevron refuse de payer, puis obtient en 2014 d’un juge fédéral de New York, Lewis Kaplan, que ce jugement soit déclaré obtenu par la fraude et la corruption ; l’avocat des plaignants, Steven Donziger, est ensuite radié du barreau. Vingt-neuf lauréats du prix Nobel ont dénoncé en 2020 un « harcèlement judiciaire » ; Chevron parlait, elle, d’un « projet d’extorsion ».
Mike Wirth, président-directeur général à partir du 1er février 2018, essuie d’abord un échec : en 2019, il renonce à racheter Anadarko, emporté par Occidental Petroleum. Il se rattrape avec Noble Energy en 2020, puis avec PDC Energy, dont le rachat est annoncé en 2023. En octobre 2023, il annonce le rachat de Hess, pour 53 milliards de dollars payés en actions, afin d’entrer au Guyana. ExxonMobil, opérateur du gisement de Stabroek, revendique un droit de préemption sur la part de Hess ; il faut un arbitrage pour que l’opération soit conclue, le 18 juillet 2025, avec plus d’un an de retard. Entre-temps, le 2 août 2024, Chevron a annoncé quitter la Californie, où elle était née, pour Houston. Les conséquences de ces choix sont détaillées dans l’analyse SWOT.
Que fait Chevron aujourd’hui ?
Chevron est une compagnie intégrée : elle produit du pétrole et du gaz, puis les transforme et les vend. En 2025, elle a réalisé 184,4 milliards de dollars de chiffre d’affaires et produit en moyenne 3,72 millions de barils équivalent pétrole par jour, un record. Ses activités :
- Exploration et production : bassin permien (Texas et Nouveau-Mexique), golfe du Mexique, Tengiz au Kazakhstan, gaz naturel liquéfié de Gorgon et Wheatstone en Australie, Guyana depuis le rachat de Hess.
- Raffinage et distribution : raffineries, dont Richmond, El Segundo et Pascagoula aux États-Unis, et stations-service Chevron, Texaco et Caltex.
- Chimie et lubrifiants : Chevron Phillips Chemical, détenue à parité avec Phillips 66, additifs Oronite, huiles Havoline et Delo.
Fin 2025, ses réserves prouvées atteignaient environ 10,6 milliards de barils équivalent pétrole, situées pour 43 % aux États-Unis, 15 % en Australie et 11 % au Kazakhstan.
Qui sont les dirigeants de Chevron ?
- Charles Felton et George Loomis (1879-1896) : présidents successifs de la Pacific Coast Oil.
- Demetrius Scofield (1911-1917) : président de la Standard Oil (California) devenue indépendante.
- Kenneth Kingsbury (1919-1937) : président pendant l’expansion au Moyen-Orient.
- George Keller (1981-1989) : président du conseil, auteur du rachat de Gulf.
- Kenneth Derr (1989-2000) : Tengiz, préparation de la fusion avec Texaco.
- David O’Reilly (2000-2009) : Texaco et Unocal.
- John Watson (2010-2018).
- Mike Wirth (depuis 2018) : président-directeur général.
Comment l’action Chevron a-t-elle évolué en Bourse ?
L’action Chevron est cotée à New York sous le symbole CVX et fait partie du Dow Jones et du S&P 500. Son histoire boursière suit les cycles du baril : en 2022, année de flambée des prix après l’invasion de l’Ukraine, Chevron a gagné 35,5 milliards de dollars, son record, contre 12,3 milliards en 2025. La fusion avec Gulf, en 1984, reste l’épisode fondateur : payée 80 dollars par action, elle a fait de Chevron le premier raffineur et distributeur des États-Unis.
Quels sont les chiffres clés de Chevron depuis 2021 ?
| Exercice | Chiffre d’affaires | Résultat net part du groupe | Investissements |
|---|---|---|---|
| 2021 | 155,6 | 15,6 | 8,1 |
| 2022 | 235,7 | 35,5 | 12,0 |
| 2023 | 196,9 | 21,4 | 15,8 |
| 2024 | 193,4 | 17,7 | 16,4 |
| 2025 | 184,4 | 12,3 | 17,4 |
En milliards de dollars, comptes publiés par Chevron auprès de la Securities and Exchange Commission (SEC), le gendarme boursier américain. Le chiffre d’affaires correspond aux ventes et autres produits d’exploitation ; les investissements, aux dépenses d’équipement.
Questions fréquentes sur Chevron
D’où vient le nom Chevron ?
Du chevron qui orne depuis le début des années 1930 le logo de la Standard Oil of California. Le nom a d’abord servi pour des carburants et des stations, avant de devenir celui de la société en 1984, après le rachat de Gulf Oil.
Chevron est-elle une héritière de la Standard Oil ?
Oui. La Pacific Coast Oil, ancêtre de Chevron, a été rachetée en 1900 par la Standard Oil de Rockefeller. Le démantèlement du trust en 1911 a rendu indépendante la Standard Oil of California, devenue Chevron.
Qui dirige Chevron ?
Mike Wirth est président du conseil d’administration et directeur général depuis le 1er février 2018.
Où se trouve le siège de Chevron ?
À Houston, au Texas. Chevron a annoncé le 2 août 2024 le transfert de son siège depuis San Ramon, en Californie, où il était installé jusque-là.
Pourquoi Chevron a-t-elle racheté Hess ?
Pour sa part de 30 % dans le gisement de Stabroek, au large du Guyana, l’une des régions pétrolières à la croissance la plus rapide du monde. L’opération, annoncée en octobre 2023, a été conclue le 18 juillet 2025, après l’échec de la contestation d’ExxonMobil devant un tribunal arbitral.
Toutes nos analyses sont réunies sur la page des analyses SWOT des grandes entreprises.
Sources
- Chevron, « History » (consulté le 10 octobre 2026)
- Chevron, « Our history » (brochure historique, consultée le 10 octobre 2026)
- Chevron, direction et conseil d’administration (consulté le 10 octobre 2026)
- Chevron, transfert du siège à Houston (2 août 2024)
- Chevron, rapport annuel 10-K de l’exercice 2025
- SEC, données financières publiées par Chevron, exercices 2021 à 2025
- Chevron, résultats du quatrième trimestre et de l’année 2025 (30 janvier 2026)
- Encyclopædia Britannica, « Chevron Corporation » (consulté le 10 octobre 2026)
- CNN, sur l’affaire Donziger et le jugement équatorien (27 mars 2023)
Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.
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