Pétrole : la nouvelle géopolitique des pays consommateurs

Après l’organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) créée en 1960, allons-nous voir apparaître l’organisation des pays consommateurs de pétrole (OPCP) ?
La nouvelle géopolitique du pétrole
Avec l’envolée des prix du pétrole au-dessus de 80 $, la Maison-Blanche envoie depuis quelques semaines des signaux forts : elle serait prête à puiser dans ses réserves stratégiques pour limiter les achats en pétrole des consommateurs américains. L’effet mécanique de cette solution est de limiter la demande pour favoriser la baisse des prix sur le baril de pétrole avec une demande diminuée en millions de barils. Le baril de Brent comme le baril du WTI devraient ainsi baisser. Le cours du baril de pétrole de l’Arabie Saoudite en serait aussi affecté avec une demande de pétrole réduite.

Que sont les stocks stratégiques de pétrole ?
Les stocks stratégiques de pétrole sont des réserves détenues directement par un Etat ou conservées par une compagnie pétrolière dans un cadre imposé par l’État. Ces réserves de pétrole stratégiques, déjà raffinées, immédiatement disponibles sont à utiliser dans les situations d’urgence comme une guerre, un embargo… ou une décision brutale de l’OPEP de multiplier le prix du baril de pétrole.
Ces réserves stratégiques sont prioritairement attribuées à l’armée, aux forces de police, aux pompiers, aux services de sécurité civile… dans des cas d’extrême urgence. Ces réserves varient selon les pays occidentaux. Pour donner un exemple, la France disposerait d’une réserve stratégique de trois mois pour faire fonctionner le pays. Bien entendu, il ne faudra pas compter sur ces réserves de pétrole pour faire un pique-nique le dimanche en famille, seuls les services prioritaires y auront accès.
Le pétrole : un rapport déséquilibré
Depuis la création de l’OPEP en 1960 et surtout son action sur le prix du baril en 1974 et en 1979 créant deux chocs pétroliers, le rapport de force est en faveur très nettement des pays producteurs. Ce qui est nouveau, c’est que la Maison-Blanche essaie de coordonner les principaux pays consommateurs de pétrole pour que simultanément ils puisent dans leurs réserves stratégiques Ainsi, les États-Unis d’Amérique sont en contact avec la Chine, le Japon et l’Inde.
La lutte contre l’inflation et le pétrole
On le voit, si tous les pays fortement consommateurs de pétrole décident de puiser simultanément dans leurs réserves stratégiques, la demande peut fortement baisser pendant quelques semaines, voire quelques mois. Pour le moment, c’est théorique. Mais cela a une première vertu, cela nous montre qu’une coordination est possible et surtout que tout sera mis en œuvre pour limiter l’impact de l’inflation sur la reprise économique. C’est déjà beaucoup, l’aspect psychologique dans les marchés financiers est primordial.
En tout cas pour la première fois de l’histoire, nous avons les États-Unis d’Amérique, la Chine, le Japon et l’Inde qui sont des alliés de fait et qui tentent de se coordonner pour une politique pétrolière commune. La hausse des prix du pétrole brut en serait ainsi contenue, mais pour un temps limité. C’est avant tout un avertissement aux producteurs de pétrole. Dans le pire des cas, les USA pourraient relancer la production de gaz de schiste comme arme ultime.
Pour le moment la hausse des cours de l’or noir reste contenue. Les pris des carburants (Gazole, diesel, fioul…) sont donc sous surveillance d’autant plus pour le spays européens qui achètent sur le marché du pétrole en dollar.
Je reviens sur cet aspect dans le Good Morning Trading :
Résumé de la vidéo
Le jeudi 18 novembre 2021, je commente un événement presque historique, curieusement peu relevé par les médias. Selon des sources citées par Reuters et Bloomberg, l’administration Biden a sollicité plusieurs grands pays consommateurs, dont la Chine, l’Inde et le Japon, pour puiser de façon coordonnée dans leurs réserves stratégiques de pétrole afin de faire baisser les prix. Et ça marche : le Brent comme le WTI repassent sous les 80 dollars. Depuis la création de l’OPEP, les producteurs s’organisent ; c’est peut-être la première fois que les acheteurs s’allient aussi ouvertement. Le message géopolitique est fort : on ne vide pas ses réserves quand on s’attend à une guerre. Les États-Unis et la Chine restent rivaux sur la domination du monde, mais l’ennemi de mon ennemi devient mon ami le temps d’un dossier. Pour les marchés, c’est l’inflation, donc la hausse des taux, qui recule encore un peu, et le Nasdaq, peuplé d’entreprises endettées et sensibles aux taux, signe un record historique.
Techniquement, le CAC 40 tricote depuis 48 heures sur sa résistance 2 mensuelle, dans un range d’une vingtaine de points ; celui du DAX 40 n’est guère plus large. Mon conseil : ne faites pas un trade d’ennui. Le Nasdaq a monté de façon très régulière cette nuit et pourrait encore exceller. Le Dow Jones fait l’inverse : la baisse du baril pèse sur les valeurs pétrolières, et il s’est arrêté sur le plus bas de la semaine précédente, un niveau à toujours garder sur ses graphiques. Le S&P 500 flotte entre son pivot de la semaine et les 4 700. À 14 h 30, inscriptions hebdomadaires au chômage et indice Philly Fed, baromètre de l’industrie américaine. Surveillez le WTI : une annonce de coordination ferait s’envoler le Nasdaq et chuter le Dow Jones.
Trader depuis 1994, je commente l’actualité comme je la vis devant mes écrans : par ce qu’elle change, ou ne change pas, sur les marchés. Historien de formation, je cherche dans le passé la mesure de ce qui arrive, pour distinguer l’événement du bruit.
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