DeutschEnglishEspañolFrançaisItalianoPortuguês
Rejoindre le forum

Biais d’autorité : définition, expériences et exemples en Bourse

Le biais d’autorité est la tendance à accorder à l’avis ou à l’instruction d’une personne investie d’un statut un poids supérieur à ce que justifie son contenu, et à moins le vérifier.

Biais d’autorité : Une blouse grise, un générateur factice et 26 participants sur 40

Qu’est-ce que le biais d’autorité ?

Le biais d’autorité est la tendance à croire, à suivre ou à obéir à une personne perçue comme une autorité, en raison de son statut plutôt que de la qualité de ses arguments, et à moins vérifier ce qu’elle dit que ce que dirait un inconnu. Il ne s’agit pas de respecter la compétence, ce qui est raisonnable, mais de laisser le statut dispenser du contrôle.

Le biais a deux faces. La première est l’obéissance : faire ce qu’une autorité demande, même contre son propre jugement. La seconde, plus fréquente en finance, est la crédulité : prendre pour acquis ce qu’affirme quelqu’un de titré, de connu ou de bien habillé. Les deux reposent sur le même raccourci, utile la plupart du temps et coûteux de temps à autre.

Le biais d’autorité en résumé

Le biais d’autorité doit sa célébrité à une série d’expériences parmi les plus discutées de la psychologie. Leurs chiffres sont réels et ont été en partie répliqués, mais leur interprétation a beaucoup évolué depuis les années 1960. Cette fiche décrit ce qui a été fait, ce qui a été mesuré, et ce qui est débattu.

  • Famille : la foule
  • Mis en évidence par : Stanley Milgram, puis Robert Cialdini pour la formulation en principe d’influence
  • Date : 1961-1962 pour les expériences, 1963 pour la première publication, 1974 pour Obedience to Authority
  • Expérience de référence : l’expérience d’obéissance de Yale, avec son faux générateur de chocs électriques
  • Proche de : l’effet de halo, le conformisme, la preuve sociale
  • Sur les marchés : une signature prestigieuse remplace la diligence ordinaire, jusqu’à la fraude

Quelle expérience a révélé le biais d’autorité ?

Université Yale, 1961. Le procès d’Adolf Eichmann vient de s’ouvrir à Jérusalem. Stanley Milgram, jeune professeur de psychologie, recrute par une annonce dans le journal local et par courrier des hommes de 20 à 50 ans de New Haven et des environs : employés des postes, enseignants, vendeurs, ingénieurs, ouvriers. Ils sont payés 4,50 dollars, somme qui leur est acquise dès leur arrivée, quoi qu’il arrive ensuite. On leur annonce une étude sur l’effet de la punition sur l’apprentissage.

Un tirage au sort truqué attribue au participant le rôle d’« enseignant ». L’« élève » est un complice, un comptable de 47 ans, attaché sur une chaise dans la pièce voisine. L’expérimentateur, en blouse grise de technicien, est un professeur de biologie de lycée de 31 ans. Devant le participant, un générateur de 30 manettes va de 15 à 450 volts par paliers de 15, avec des étiquettes qui vont de « choc léger » à « danger : choc grave », les deux dernières marquées simplement « XXX ». Le participant reçoit lui-même un vrai choc d’essai de 45 volts. À chaque erreur de l’élève, il doit monter d’un cran. Aucun choc n’est réellement administré ensuite.

Dans la version publiée en 1963 dans le Journal of Abnormal and Social Psychology, l’élève ne proteste pas jusqu’à 300 volts, où il frappe contre le mur ; il frappe encore à 315 volts, puis ne répond plus. Si l’enseignant hésite, l’expérimentateur emploie quatre incitations successives, de « Continuez, s’il vous plaît » à « Vous n’avez pas le choix, vous devez continuer ». Sur 40 participants, aucun ne s’arrête avant 300 volts. Vingt-six, soit 65 %, vont jusqu’à 450 volts. Quatorze refusent à un moment : cinq à 300 volts, quatre à 315, deux à 330, un à 345, un à 360 et un à 375.

Le résultat surprend jusqu’aux spécialistes : quatorze étudiants de dernière année en psychologie de Yale, interrogés à l’avance, prévoyaient en moyenne 1,2 % de participants allant jusqu’au bout. La tension est visible : quatorze participants rient nerveusement et trois sont pris de crises incontrôlables. Milgram multiplie ensuite les variantes, réunies dans Obedience to Authority en 1974. Le taux de participants allant au maximum tombe à 40 % quand l’élève est dans la même pièce, à 30 % quand l’enseignant doit lui tenir la main sur la plaque, à 20,5 % quand l’expérimentateur quitte la pièce et donne ses instructions par téléphone, et à 10 % quand deux autres « enseignants », complices, refusent de continuer : 36 participants sur 40 désobéissent alors.

Comment fonctionne le biais d’autorité ?

Milgram expliquait ses résultats par ce qu’il appelait l’état agentique : placé dans une hiérarchie, l’individu cesse de se voir comme l’auteur de ses actes et se considère comme l’instrument de l’autorité, à qui il en transfère la responsabilité. Les variantes montrent ce qui défait cet état : la proximité de la victime, l’éloignement de l’autorité, et surtout l’exemple d’un pair qui refuse.

Robert Cialdini, dans Influence (1984), généralise le mécanisme hors du laboratoire. Nous réagissons aux symboles de l’autorité autant qu’à l’autorité elle-même : titres, uniformes, signes de réussite. Le raccourci est économique. Nous ne pouvons pas tout vérifier, et suivre l’avis d’un médecin ou d’un ingénieur est, en moyenne, une bonne idée. Le biais commence quand le symbole suffit, et quand le prestige dans un domaine se prolonge dans un autre, ce qui le rapproche de l’effet de halo.

En finance, un ressort supplémentaire s’ajoute : la délégation. L’investisseur qui suit une autorité ne se contente pas de croire ; il se décharge du travail de contrôle, et il se décharge aussi, par avance, de la responsabilité d’une éventuelle erreur.

Quels exemples du biais d’autorité en Bourse ?

Le cas le plus complet est celui de Bernard Madoff. Fondateur en 1960 d’une maison de courtage devenue un acteur important de la Bourse américaine, ancien président du conseil d’administration du Nasdaq, membre des instances de la NASD et de l’association professionnelle des maisons de titres, Madoff gérait aussi des fonds pour une clientèle choisie, à qui il présentait l’accès comme un privilège. En 2001, la presse spécialisée s’étonnait déjà : Fairfield Sentry, l’un des fonds qui lui confiaient leurs capitaux, n’avait connu que quatre mois de baisse depuis 1989, avec des rendements annuels de l’ordre de 11 à 18 %, une régularité que les marchés n’offrent pas.

Dès mai 2000, l’analyste Harry Markopolos alerte la SEC, l’autorité boursière américaine, en expliquant que ces performances sont mathématiquement impossibles avec la stratégie annoncée. Sa troisième démarche, en octobre 2005, est un mémo intitulé « The World’s Largest Hedge Fund is a Fraud », qui énumère une trentaine de signaux d’alerte. Une enquête est ouverte, puis close en janvier 2008 sans avoir rien trouvé. Le 11 décembre 2008, Madoff est arrêté après avoir avoué à ses fils que son activité de gestion était une pyramide. Les relevés des clients totalisaient environ 65 milliards de dollars ; le liquidateur a estimé les pertes réelles de capital à environ 18 milliards. Le 29 juin 2009, Madoff est condamné à 150 ans de prison.

Le rapport de l’inspecteur général de la SEC, publié le 31 août 2009, examine pourquoi les contrôles ont échoué. Il relève notamment qu’un examinateur chevronné avait rappelé à de jeunes collègues que Madoff était un homme puissant et très bien introduit, ce que l’un d’eux avait compris comme une invitation à ne pas trop le pousser, et il conclut que sa stature a joué un rôle secondaire, mais réel, dans la conduite des examens. Le biais d’autorité n’explique pas toute l’affaire, mais il explique pourquoi tant de vérifications élémentaires n’ont jamais été faites. Le mécanisme de la fraude est décrit dans la fiche du site sur l’emprunteur Ponzi.

Comment reconnaître le biais d’autorité dans ses décisions ?

Le biais d’autorité se reconnaît moins à ce que vous croyez qu’à ce que vous ne vérifiez pas. Quelques signes :

  • Vous retenez de qui vient un avis avant de retenir ce qu’il dit, et vous êtes incapable de résumer son argument.
  • Vous accordez à un prix Nobel, un grand patron ou un gérant célèbre un crédit égal sur des sujets étrangers à sa compétence.
  • Vous ne demanderiez pas à une autorité les justificatifs que vous exigeriez d’un inconnu.
  • Vous vous sentiriez moins fautif d’avoir perdu en suivant un expert qu’en suivant votre propre analyse.

Comment éviter le biais d’autorité ?

La méthode la plus simple consiste à séparer l’argument de son auteur. Réécrivez l’avis sans le nom de celui qui l’a donné, et jugez-le comme une thèse anonyme : quels faits l’appuient, qu’est-ce qui la réfuterait, quel est le scénario contraire. Un argument solide survit à l’anonymat.

Pour un placement délégué, établissez une liste de contrôle qui s’applique quelle que soit la réputation du gérant : qui détient les actifs, qui audite les comptes, la stratégie annoncée peut-elle produire la régularité affichée. Ce sont précisément les questions que soulevait Markopolos. Une liste a l’avantage de ne pas être impressionnable.

Enfin, les variantes de Milgram rappellent qu’un seul exemple de désobéissance suffit souvent à libérer les autres. Dans un groupe, la personne qui pose la question naïve à l’expert rend service à tout le monde. Ce qui ne marche pas : la défiance systématique envers toute compétence, qui remplace un raccourci par un autre.

Quelles sont les limites du biais d’autorité ?

Les expériences de Milgram ont été répliquées. En 2009, Jerry Burger publie dans l’American Psychologist une réplication partielle avec 70 adultes, arrêtée à 150 volts, le moment où l’élève proteste pour la première fois : dans les études de Milgram, 79 % de ceux qui dépassaient ce seuil allaient jusqu’au bout. Les taux d’obéissance obtenus sont seulement un peu inférieurs à ceux de Milgram, quarante-cinq ans plus tôt. En Pologne, Dariusz Doliński et ses collègues retrouvent en 2017, avec une échelle réduite à dix niveaux, un niveau d’obéissance comparable à celui des études originales.

L’interprétation, en revanche, est contestée. La psychologue australienne Gina Perry, après avoir exploré les archives de Milgram pour son livre Behind the Shock Machine (2012), a soutenu que les descriptions publiées ne correspondaient pas toujours au déroulement réel, et qu’une partie notable des participants doutaient de la réalité des chocs. Ses critiques sont elles-mêmes discutées : d’autres auteurs lui opposent les nombreuses répliques menées dans plusieurs pays. Elles ont du moins rendu la lecture des chiffres plus prudente.

Surtout, les formules les plus proches d’un ordre sont celles qui marchent le moins. Burger et ses collègues montrent en 2011 que, plus l’expérimentateur avançait dans la série des incitations, moins les participants continuaient ; la quatrième, « vous n’avez pas le choix », a rencontré chaque fois un refus. Alexander Haslam, Stephen Reicher et Megan Birney (2014) en concluent que les participants ne suivaient pas des ordres mais adhéraient à un projet scientifique qu’ils jugeaient légitime. Pour l’investisseur, la nuance compte : on ne cède pas à l’autorité qui commande, on cède à celle à laquelle on croit.

Questions fréquentes sur le biais d’autorité

Quels sont les résultats exacts de l’expérience de Milgram ?

Dans l’expérience publiée en 1963, 26 participants sur 40, soit 65 %, ont administré le choc maximal de 450 volts, et tous sont allés au moins jusqu’à 300 volts. Les variantes ultérieures donnent des taux très différents, de 10 % à 65 % selon la proximité de la victime, la présence de l’expérimentateur ou l’exemple de pairs qui refusent. Les chocs étaient fictifs, à l’exception d’un choc d’essai de 45 volts reçu par le participant.

L’expérience de Milgram a-t-elle été répliquée ?

Oui, partiellement, car une réplication complète ne serait plus autorisée. Jerry Burger (2009) a retrouvé, jusqu’à 150 volts, des taux d’obéissance à peine inférieurs à ceux de Milgram, et une équipe polonaise (2017) un niveau comparable sur une échelle réduite. Le phénomène se reproduit ; son interprétation reste discutée.

Le biais d’autorité concerne-t-il les experts financiers ?

Il concerne surtout la façon dont on les écoute. Un titre, une fonction passée ou une apparition télévisée augmentent la confiance accordée à une prévision sans en améliorer la qualité. L’affaire Madoff montre qu’une réputation peut même dispenser des vérifications les plus élémentaires.

Quelle différence entre biais d’autorité et effet de halo ?

L’effet de halo étend une impression favorable d’un trait à tous les autres. Le biais d’autorité concerne spécifiquement le statut : on suit ou on croit quelqu’un parce qu’il occupe une position reconnue. Les deux se combinent souvent quand on prête à une personnalité éminente une compétence hors de son domaine.

Pour aller plus loin

L’auteur

Benoist Rousseau

Trader depuis 1994 · Auteur de « Devenez Trader Pro »

La première difficulté du trading n’est pas technique : elle se trouve entre la chaise et l’écran. Auteur de « Devenez Trader Pro » et préfacier de « La Psychologie des foules » de Gustave Le Bon, je partage ici ce que trente ans de marchés m’ont appris sur la discipline, la peur et l’ego.

Découvrir mon parcours
À lire ensuite
Trader, ça s’apprend
2 étapes pour progresser
1ProRealTime —
La formation complète Gratuit

Le trading commence par les bons outils.

  • La formation complète à la plateforme
  • Mes Graphiques & Espaces de travail : accès exclusif à mes indicateurs, modèles et réglages personnalisés
  • Configuration guidée, pas à pas
2Mon École de Trading —
Quand vous serez prêt Pour aller plus loin

Formations, séminaires, webinaire et coaching privé. Je vous accompagne personnellement.

Découvrir l’École
Excellentsur Trustpilot · 590+ avis

0 commentaires

La discussion se poursuit sur le forum andlil.com.
Laisser un commentaire

Votre nom et votre commentaire seront publiés après relecture ; votre adresse e-mail ne le sera jamais. Votre adresse IP est conservée un an, comme la loi l’exige. Pour en savoir plus ou exercer vos droits : charte de confidentialité. Le formulaire est protégé contre les robots par Cloudflare Turnstile.

Restez au contact des marchés et du monde.

Recevez mes analyses par e-mail, et rejoignez la discussion avec la communauté du forum.