Investir ou trader : deux métiers, deux horizons
Ce qui sépare l’investisseur du trader, horizon, fréquence, outils, temps et caractère, pourquoi il faut séparer les deux comptes, et dans quel ordre commencer.
Investir et trader ne se distinguent pas par le produit acheté, mais par la durée pendant laquelle on le garde. L’investisseur achète une part d’entreprise ou un fonds pour plusieurs années et se rémunère sur la croissance des bénéfices et les dividendes. Le trader ouvre et ferme ses positions en quelques minutes, quelques heures ou quelques jours, et se rémunère sur les variations de prix, souvent avec un effet de levier.
Les deux métiers se recoupent, l’analyse d’un graphique ou la lecture d’un résultat d’entreprise servent aux deux, mais ils ne demandent ni le même temps, ni le même capital, ni le même caractère. Cette fiche ouvre la dernière partie du guide, pour ceux que l’investissement ne suffit plus à occuper.
Quelle est la différence entre investir et trader ?
Je la résume ainsi sur la page de Mon École de Trading : « Investir en bourse, c’est acheter des actions ou des fonds pour les garder des années. Trader, au sens où je l’enseigne, c’est prendre des positions de quelques minutes à quelques heures, et en sortir avant le soir. Les compétences se recoupent, le métier n’est pas le même. » Le tableau ci-dessous détaille ce qui change.
| Investir | Trader | |
|---|---|---|
| Horizon | Plusieurs années | De quelques minutes (scalping) à quelques jours (swing trading) |
| Fréquence | Quelques ordres par an | Plusieurs ordres par semaine, parfois par heure |
| Ce qui rémunère | La croissance des entreprises et les dividendes | Les mouvements de prix, dans un jeu à somme nulle avant frais |
| Outils | Un compte-titres, un PEA ou une assurance-vie, des actions et des fonds | Une plateforme en temps réel, des futures, des CFD à risque limité, des turbos |
| Temps passé | Quelques heures par trimestre | Plusieurs heures par séance, plus la préparation et le journal |
| Levier | En général aucun | Fréquent, et c’est là que se joue la survie |
| Ce qui fait perdre | Vendre au plus bas, tout miser sur une valeur, trop d’allers-retours | Le levier, le stop déplacé, l’envie de se refaire |
Le trading lui-même a plusieurs horizons. Le day trading ouvre et ferme ses positions dans la journée, sans rien garder la nuit ; le swing trading les garde quelques jours pour suivre un mouvement plus large ; le scalping vise des écarts de quelques points en quelques minutes. Plus l’horizon est court, plus les frais pèsent et plus l’exécution compte.

Combien de temps et d’argent faut-il pour chacun ?
Pour investir, le temps nécessaire est surtout celui de la réflexion de départ : choisir une enveloppe, une répartition, une somme régulière, puis s’y tenir. On peut commencer avec de petits montants, un fonds indiciel suffisant à répartir la somme sur de nombreuses entreprises. Le reste du travail consiste à ne pas toucher à ce qui a été décidé, ce qui est plus difficile qu’il n’y paraît.
Pour trader, il faut du temps pendant les heures de marché, ce qui n’est pas compatible avec tous les métiers. Je l’ai vécu quand j’enseignais l’histoire tout en tradant : les rencontres avec les parents d’élèves tombaient parfois à l’heure où l’indice du Michigan allait être publié, « un vrai supplice », comme je l’ai écrit dans ma règle numéro 7. Il faut aussi un capital que l’on peut perdre sans que cela change sa vie, et assez grand pour que les frais ne mangent pas tout. Les contrats micro des marchés à terme, dix fois plus petits que les contrats standard, ont rendu le trading accessible avec des montants plus raisonnables ; le guide Débuter sur les futures en donne les ordres de grandeur. Ils n’ont pas rendu le métier plus facile.
Il faut enfin du temps d’apprentissage. Les études ne sont pas encourageantes pour le trading : en France, l’AMF a constaté en 2014 que 89,4 % des particuliers actifs sur les CFD et le Forex avaient perdu de l’argent sur quatre ans ; au Brésil, 97 % des day traders persistants perdaient (Chague, De-Losso et Giovannetti, 2019). La fiche Pourquoi la plupart des traders perdent de l’argent détaille ces chiffres et ce qu’ils ne disent pas.
Le trading convient-il à tout le monde ?
Non, et ce n’est pas une question d’intelligence. L’investissement demande surtout de la patience : supporter une baisse de 30 % sans vendre. Le trading demande une autre forme de calme : couper une perte en quelques secondes, ne pas doubler la mise pour se refaire, rester à l’écart d’un marché qui bouge quand rien ne correspond à son plan. Ce sont des qualités que l’on découvre souvent en tradant, et pas toujours celles que l’on croyait avoir. Je l’ai écrit sur le forum le 21 janvier 2018 : « Le trading est un révélateur de la personnalité. Chose que peu de débutants savent avant de commencer à trader. »
Le danger le plus courant est de mélanger les deux sur le même compte. Une action achetée pour dix ans devient un trade quand elle baisse de 5 % ; un trade perdant devient « un investissement à long terme » quand on n’ose pas le couper. Je l’ai constaté sur moi-même en janvier 2013, en tradant plusieurs horizons sur un seul compte : « si dans la même journée je suis perdant en scalping et que j’ai une position gagnante en day trading ou swing trading, je vais fermer la position gagnante trop vite pour compenser la perte ». J’ai alors décidé d’ouvrir un second compte pour séparer les deux. La séparation des comptes n’est pas une coquetterie, c’est ce qui empêche une décision de contaminer l’autre.
Faut-il commencer par investir ou par trader ?
Pour un débutant, l’ordre le plus prudent est souvent le suivant, à adapter à chacun :
- Constituer une épargne de précaution, qui ne sera jamais exposée au marché.
- Investir d’abord une partie de son épargne à long terme, dans une enveloppe adaptée, pour apprendre le fonctionnement de la Bourse, des ordres et des baisses, sans levier.
- S’exercer au trading sur un compte d’essai, avec de l’argent fictif, pour apprendre la plateforme et tester une méthode.
- Si l’envie demeure, trader une petite part, que l’on peut perdre entièrement, sur un compte séparé, avec des règles écrites et un journal.
Cet ordre n’est pas une obligation ; il évite simplement de découvrir en même temps la Bourse, le levier et sa propre psychologie. Mon École de Trading forme au trading, pas à l’investissement, et je l’écris en toutes lettres sur sa page de présentation, pour que personne ne s’y trompe.
Ce que j’en dis sur le blog
« Si votre projet est d’investir à long terme, elle n’est pas faite pour vous, et je préfère vous le dire ici qu’après votre inscription. »
Benoist Rousseau, page de présentation de Mon École de Trading, à propos de la frontière entre la formation au trading et l’investissement à long terme
Ce que les fiches suivantes traitent
Ceux qui veulent aller vers le trading trouveront dans cette partie les trois sujets qu’il faut régler avant la première position réelle : l’effet de levier, qui décide de la taille de chaque perte ; le journal de trading, qui transforme l’expérience en apprentissage ; et les règles de trading, écrites à froid et tenues en séance. La dernière fiche, Se former à la Bourse, dit où apprendre, et combien de temps cela prend.
Le trading m’a coûté des années de pertes avant de me rapporter quoi que ce soit. Il m’a aussi appris à penser par moi-même, et je ne le regrette pas : « Trader est à ce jour le meilleur investissement long terme que j’ai fait sur ma personne », écrivais-je en mars 2014. Le mot « investissement » est à prendre au sens propre : il a demandé du temps avant de rapporter.
Questions fréquentes sur investir ou trader
Quelle est la différence entre un investisseur et un trader ?
L’horizon. L’investisseur achète pour plusieurs années et se rémunère sur la croissance des entreprises et les dividendes ; le trader garde ses positions de quelques minutes à quelques jours et se rémunère sur les variations de prix, souvent avec un effet de levier.
Peut-on investir et trader en même temps ?
Oui, à condition de séparer les deux : un compte pour l’investissement, un autre pour le trading, avec des règles différentes. Sur le même compte, une perte de trading pousse à vendre trop tôt un placement, et un trade perdant devient un « investissement » que l’on n’ose plus couper.
Le trading rapporte-t-il plus que l’investissement ?
Pour la grande majorité des particuliers, non : selon l’AMF, 89,4 % des clients actifs sur les CFD et le Forex ont perdu de l’argent de 2009 à 2012. Le trading peut rapporter davantage à une minorité qui a une méthode et la tient ; il n’offre aucun rendement de long terme par lui-même, puisque c’est un jeu à somme nulle avant frais.
Faut-il beaucoup de temps pour trader ?
Oui : il faut être devant l’écran aux heures où le marché que l’on trade est actif, préparer sa séance et tenir son journal. L’investissement, lui, demande surtout du temps au départ, pour choisir une enveloppe et une répartition, puis de la patience.
Par quoi commencer quand on hésite ?
Par l’investissement et un compte d’essai. L’un apprend la Bourse sans levier, l’autre apprend la plateforme sans argent réel. Le trading réel vient ensuite, s’il vient, avec une petite somme que l’on peut perdre, des règles écrites et un journal.
Sources de référence utilisées
4
- AMF, étude des résultats des investisseurs particuliers sur le trading de CFD et de Forex en France, 13 octobre 2014.
- Fernando Chague, Rodrigo De-Losso et Bruno Giovannetti, « Day Trading for a Living ? », document de travail, université de São Paulo, 2019.
- Brad M. Barber et Terrance Odean, « Trading Is Hazardous to Your Wealth : The Common Stock Investment Performance of Individual Investors », Journal of Finance, vol. 55, n° 2, 2000, p. 773-806.
- Benoist Rousseau, Devenez Trader Pro, JDH Éditions, 2019.
Pour aller plus loin
- Les erreurs du débutant en Bourse, les pièges de l’investisseur, dont celui de confondre les deux métiers.
- Les erreurs du débutant en trading : dix pièges, et pourquoi on y tombe, les pièges propres au trader, du levier excessif à l’envie de se refaire.
- S’entraîner sur un compte d’essai, apprendre la plateforme et tester une méthode sans argent réel.
- Boursicoter : définition et réalité de l’investissement, ni investisseur ni trader : celui qui achète et vend sans plan.
Sur le forum
- (PEA ou Etoro ?) Comment débuter ?, un débutant qui veut placer quelques centaines d’euros par an à long terme hésite entre un PEA et une plateforme de trading, et les membres l’aident à y voir clair.
- Fin du trading ou fin du moyennage ?, un membre arrivé devant un mur se demande s’il doit cesser de trader ou cesser de moyenner à la baisse, et les membres l’aident à démêler les deux.
Fiche à jour au 6 novembre 2026, chiffres vérifiés à cette date. Elle explique des mécanismes généraux et ne constitue pas un conseil d’investissement adapté à votre situation.
Benoist Rousseau est trader depuis 1994, membre du Chicago Mercantile Exchange (CME) et du Chicago Board of Trade (CBOT), et titulaire d'une maîtrise d'histoire de Paris IV-Sorbonne. Ancien historien d'entreprise pour un groupe du CAC 40, il figure dans le Top 10 des influenceurs économiques du magazine Challenges. Il transmet aujourd'hui sa méthode au sein de son école de trading à travers sa formation day trading. Dans la rubrique Bourse et marchés, il distingue l'investissement patient de la spéculation et montre ce que les cycles longs enseignent à l'investisseur.
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