Les erreurs du débutant en Bourse : dix pièges de l’investisseur
Les dix pièges de l’investisseur qui débute, de l’argent dont on aura besoin à la valeur dont tout le monde parle, avec les études qui en mesurent le coût et la décision à prendre avant l’ordre.
Les erreurs du débutant en Bourse tiennent rarement à l’analyse. Elles tiennent au comportement : investir de l’argent dont on aura besoin, tout miser sur une seule valeur, acheter après la hausse, vendre après la baisse, et passer trop d’ordres. La plus documentée est la dernière : de 1991 à 1996, les ménages américains qui tradaient le plus ont obtenu 11,4 % par an, quand le marché rapportait 17,9 % (Barber et Odean, 2000).
Cette fiche s’adresse à l’investisseur, celui qui achète des actions ou des fonds pour les garder des années. Les pièges propres au trading, levier, stop déplacé, envie de se refaire, ont leur fiche : les erreurs du débutant en trading. Les deux listes se recoupent sur un point : dans les deux cas, l’adversaire le plus coûteux n’est pas le marché.
Le sujet concerne du monde. Selon l’AMF, au premier semestre 2026, près de 1,2 million de particuliers ont acheté ou vendu des actions à chaque trimestre, et 394 000 ont passé leur premier ordre sur un ETF, le plus haut niveau semestriel depuis 2018 (publication du 23 septembre 2026). Beaucoup feront les erreurs qui suivent. J’en ai fait ma part, et je dirai lesquelles.
1. Investir l’argent dont on aura besoin
La Bourse ne rend pas l’argent à date fixe. Une somme qui doit servir à payer un apport, des travaux ou une année d’études dans dix-huit mois n’a rien à faire en actions : si le marché baisse de 30 % au mauvais moment, il faudra vendre en perte, et la perte deviendra définitive. Avant le premier ordre, on met de côté une épargne de précaution sur un support disponible, et l’on n’investit en Bourse que ce que l’on peut laisser travailler plusieurs années sans y toucher.
C’est la règle la plus simple et la plus souvent oubliée, parce qu’elle ne demande aucune connaissance, seulement de la patience. Un investisseur qui sait qu’il ne touchera pas à son argent avant des années peut regarder une baisse ; celui qui en aura besoin l’an prochain la subit.
2. Investir sans horizon ni raison écrite
« Pour combien de temps ? » et « pourquoi celle-là ? » sont les deux questions que le débutant ne se pose pas. Sans horizon, chaque baisse devient une question existentielle et chaque hausse une raison de vendre. Sans raison écrite, on ne sait plus, six mois plus tard, si l’on garde le titre parce que l’entreprise va bien ou parce qu’on n’ose pas constater la perte.
La parade tient en trois lignes sur une feuille, avant l’achat : ce que j’achète, pour combien d’années, et ce qui me ferait vendre (une dégradation de l’entreprise, pas une baisse du cours). La feuille paraîtra inutile tant que tout monte. Elle servira le jour où tout baisse.
3. Tout miser sur une seule valeur
Une seule action, c’est le risque d’une seule entreprise : un mauvais résultat, un scandale, une dette mal gérée, et c’est tout le portefeuille qui en paie le prix. J’ai vécu la bulle de 2000 avec Alcatel, le fleuron technologique européen : l’action a touché 97 euros en septembre 2000, puis 2,05 euros au plus bas en septembre 2002, selon les documents de référence du groupe. Ceux qui en avaient un peu dans un portefeuille diversifié s’en sont remis ; ceux qui n’avaient que cela, non.
Quand un étudiant demandait sur le forum, le 7 novembre 2019, comment placer ses premières économies, je répondais d’abord par un mot, « diversification », puis : « Erreur à ne pas faire : tout mettre sur une action unique ». Diversifier ne veut pas dire acheter vingt titres au hasard ; un fonds indiciel ou un ETF répartit déjà la somme sur des dizaines d’entreprises. La fiche sur la diversification explique ce que l’on gagne à ne pas tout miser au même endroit, et ce que l’on n’y gagne pas.
4. Acheter la valeur dont tout le monde parle
La valeur dont parlent les journaux, les collègues et les réseaux sociaux a, le plus souvent, déjà beaucoup monté. Elle est connue de tous, donc son prix contient déjà les bonnes nouvelles attendues. Celui qui l’achète paie l’enthousiasme des autres et porte seul le risque de la déception. Ce n’est pas une raison pour l’éviter par principe, c’est une raison pour se demander ce que l’on sait que le marché ne sait pas. Si la réponse est « rien », on achète un ticket pour une fête qui a commencé sans vous.
5. Acheter après la hausse, vendre après la baisse
Les épargnants entrent dans les fonds quand ceux-ci viennent de bien monter, et en sortent quand ils viennent de baisser. Morningstar mesure chaque année ce que coûte ce réflexe en comparant le rendement des fonds américains à celui qu’obtient réellement l’argent des épargnants, entrées et sorties comprises. Sur les dix ans terminés le 31 décembre 2025, les fonds ont rapporté 9,9 % par an, l’argent des épargnants 8,7 % : 1,2 point perdu chaque année, environ 12 % du rendement total, uniquement par le choix des moments (Morningstar, Mind the Gap 2026, août 2026).
Vendre au plus bas est la version brutale du même réflexe. Une baisse de 20 % ou 30 % fait partie de la vie d’un investisseur en actions ; la vendre transforme une baisse passagère en perte définitive, et l’on rachète souvent plus tard, plus haut, une fois rassuré. La fiche sur le krach boursier rappelle combien de temps les grands marchés ont mis à se relever, et que ce temps n’est jamais garanti.
La parade la plus simple est de ne pas choisir les moments : investir une somme fixe à intervalles réguliers, et décider à l’avance que l’on ne vendra pas sur une baisse.
6. Garder ses perdantes, vendre ses gagnantes
Terrance Odean a étudié 10 000 comptes d’un grand courtier américain à prix réduits : les particuliers vendaient leurs titres gagnants nettement plus volontiers que leurs titres perdants, alors que les gagnants vendus faisaient ensuite mieux que les perdants conservés (Journal of Finance, 1998). C’est l’effet de disposition : vendre un gagnant fait plaisir, vendre un perdant oblige à reconnaître une erreur. Résultat, le portefeuille se remplit lentement de ses plus mauvaises lignes.
La question utile n’est pas « à combien l’ai-je acheté ? », c’est « l’achèterais-je aujourd’hui, à ce prix ? ». Le prix d’achat n’intéresse que vous ; le marché l’ignore.
7. Multiplier les allers-retours et oublier les frais
L’étude de Brad Barber et Terrance Odean porte sur 66 465 ménages clients d’un courtier à prix réduits de 1991 à 1996. Le ménage moyen renouvelait environ 75 % de son portefeuille chaque année ; les plus actifs ont obtenu 11,4 % par an quand le marché faisait 17,9 %. Leur conclusion tient dans le titre : Trading Is Hazardous to Your Wealth, trader nuit gravement à votre patrimoine.

Les frais en sont la cause la plus visible. Un exemple type : avec 0,2 % de frais par ordre, un aller-retour coûte 0,4 %, et douze allers-retours par an sur la totalité du portefeuille coûtent près de 5 % par an, avant même l’écart entre prix d’achat et de vente. Il faut ensuite que le marché rapporte ces 5 % pour revenir à zéro. Le détail des frais d’un compte, d’un ordre et d’un fonds est dans la fiche sur les frais en Bourse.
8. Comparer des pommes et des cerises
Le débutant juge souvent son portefeuille en le comparant au CAC 40 affiché aux informations. Or le CAC 40 est un indice de prix : il ne compte pas les dividendes. Un portefeuille qui les encaisse doit être comparé au CAC 40 dividendes réinvestis (CAC 40 GR), sinon on se trouve meilleur qu’on ne l’est. L’écart n’est pas un détail : selon l’AMF, le CAC 40 n’a dépassé son plus haut de septembre 2000 qu’en 2021, alors que sa version dividendes réinvestis l’avait retrouvé dès 2007 (publication du 28 mars 2024). Je l’ai appelé sur le forum, le 27 juillet 2014, « l’énorme erreur du débutant, très très classique, comparer des pommes et des cerises ».
L’erreur inverse existe aussi : comparer un fonds d’actions au rendement d’un livret l’année où les actions ont baissé, et en conclure que la Bourse « ne marche pas ». Une comparaison n’a de sens que sur la même durée, frais et dividendes compris.
9. Vouloir avoir raison contre le marché
J’ai longtemps cru que mon analyse finirait par l’emporter. Quand le cours allait contre moi, je renforçais, persuadé que les autres finiraient par comprendre. Je l’ai raconté dans ma règle numéro 1, ne pas perdre d’argent : « J’étais dans la toute-puissance, je cherchais le gain rapide, facile, j’envisageais peu les pertes possibles car j’étais convaincu de mes analyses. » Ce sont quelques journées par an, prises dans cet état d’esprit, qui effaçaient des semaines de travail.
L’investisseur fait la même erreur à son rythme : il moyenne à la baisse une valeur qui s’effondre, refuse de lire les mauvaises nouvelles, et finit par défendre son titre comme une opinion. Je le répète encore sur le forum, comme le 30 novembre 2022 : « n’ayez aucun ego c’est votre ego qui vous fait perdre de l’argent (je m’oppose à la tendance, ils sont bêtes je suis [intelligent]) ». Le marché ne vous doit rien, ni raison ni remboursement. La seule question est de savoir si la raison d’achat écrite au départ tient toujours.
10. Se disperser, et confondre investir et trader
Le dernier piège est de vouloir tout faire à la fois : des actions françaises, des cryptoactifs, un peu de matières premières, un turbo pour voir, et du trading le soir. Chaque marché a ses règles, ses horaires et ses pièges ; les apprendre tous en même temps revient à n’en apprendre aucun. Investir et trader sont deux métiers différents, avec deux horizons et deux façons de perdre. La fiche Investir ou trader décrit la frontière.
Ce que j’en dis sur le forum
« Le trader débutant veut tout trader, [se] disperser. […] Chaque sport est unique. Chaque indice est unique. »
Benoist Rousseau sur le forum, le 9 février 2024, dans la discussion « Réflexion sur les pièges en trading », à propos de la spécialisation
Pourquoi presque tous les débutants font-ils ces erreurs ?
Parce qu’elles sont naturelles. Acheter ce qui monte, fuir ce qui baisse, éviter de constater une perte, se croire plus malin que la moyenne : ce sont des réflexes humains, pas des fautes d’ignorants. Le guide des biais cognitifs les décrit un par un, études à l’appui. Le savoir ne suffit pas à s’en protéger ; ce qui protège, ce sont des décisions prises à froid, avant l’ordre, et que l’on ne renégocie pas en séance.
Le jour où j’ai cessé de chercher d’abord le gain pour calculer d’abord ce que je pouvais perdre, mes résultats ont changé : « c’est en inversant ma priorité en bourse que je suis devenu gagnant », écrivais-je en avril 2013. La phrase vaut pour l’investisseur comme pour le trader.
| Erreur | Ce qu’elle coûte | La décision à prendre avant l’ordre |
|---|---|---|
| Argent dont on aura besoin | Vendre en perte au mauvais moment | Épargne de précaution d’abord |
| Pas d’horizon | Chaque baisse devient une panique | Écrire la durée et la raison d’achat |
| Une seule valeur | Le risque d’une seule entreprise | Répartir, par exemple par un fonds indiciel |
| Acheter haut, vendre bas | 1,2 point par an chez les épargnants américains | Investir à intervalles réguliers |
| Trop d’allers-retours | Les frais, et un rendement inférieur au marché | Fixer un nombre maximal d’opérations par an |
| Mauvaise comparaison | Se croire meilleur qu’on ne l’est | Comparer à l’indice dividendes réinvestis |
Questions fréquentes sur les erreurs du débutant en Bourse
Quelle est l’erreur la plus coûteuse du débutant en Bourse ?
Investir de l’argent dont on aura besoin à court terme. Une baisse ordinaire du marché oblige alors à vendre en perte, et la perte devient définitive. Les autres erreurs, trop d’ordres, une seule valeur, acheter après la hausse, se corrigent ; celle-là fait perdre l’argent au pire moment.
Faut-il beaucoup d’argent pour diversifier ?
Non. Un fonds indiciel ou un ETF répartit la somme investie sur des dizaines, parfois des centaines d’entreprises, pour le prix d’une seule part. Diversifier n’est pas une question de montant, c’est une question de ne pas tout faire dépendre d’une seule entreprise.
Faut-il vendre une action qui baisse ?
La baisse du cours ne suffit pas à décider. La bonne question est : la raison pour laquelle je l’ai achetée tient-elle toujours, et l’achèterais-je aujourd’hui à ce prix ? Le prix d’achat n’entre pas dans la réponse, le marché l’ignore.
Pourquoi comparer son portefeuille au CAC 40 GR plutôt qu’au CAC 40 ?
Parce que le CAC 40 ne compte pas les dividendes, alors qu’un portefeuille les encaisse. Le CAC 40 GR les réinvestit : c’est la seule comparaison juste. Selon l’AMF, le CAC 40 a mis jusqu’en 2021 pour dépasser son plus haut de septembre 2000 ; sa version dividendes réinvestis l’avait retrouvé dès 2007.
Les erreurs du débutant en Bourse sont-elles les mêmes qu’en trading ?
En partie. Trop d’ordres, l’envie d’avoir raison et la dispersion se retrouvent des deux côtés. Le trading ajoute ses propres pièges, le levier, le stop déplacé, l’envie de se refaire après une perte, détaillés dans la fiche sur les erreurs du débutant en trading.
Sources de référence utilisées
6
- Brad M. Barber et Terrance Odean, « Trading Is Hazardous to Your Wealth : The Common Stock Investment Performance of Individual Investors », Journal of Finance, vol. 55, n° 2, 2000, p. 773-806.
- Terrance Odean, « Are Investors Reluctant to Realize Their Losses ? », Journal of Finance, vol. 53, n° 5, 1998, p. 1775-1798.
- Morningstar, Mind the Gap 2026, août 2026 (fonds et ETF américains, dix ans terminés le 31 décembre 2025).
- AMF, « Le nombre d’investisseurs particuliers sur les marchés atteint un nouveau record au premier semestre », 23 septembre 2026.
- AMF, « L’indice CAC 40 est-il un bon indicateur de la performance des grandes actions françaises ? », 28 mars 2024.
- Alcatel, documents de référence 2001 et 2002, section « Marché de l’action Alcatel » (cours mensuels de l’action A à Paris).
Pour aller plus loin
- Avant d’investir en Bourse, ce qu’il faut avoir réglé avant le premier ordre : épargne de précaution, horizon, dettes.
- Investir régulièrement, la méthode qui évite d’avoir à choisir le bon moment.
- Boursicoter : définition et réalité de l’investissement, ce n’est pas la petite taille des montants qui fait le boursicoteur, c’est l’absence de plan.
- Pourquoi investir en Bourse, ce que les actions ont rapporté sur un siècle, avec leurs années de baisse.
Sur le forum
- Petite réflexion sur l’apparente facilité du trading, un membre montre, en deux hypothèses, que si le trading était facile tout le monde serait trader, et les réponses discutent la longueur de l’apprentissage.
- Mes conseils de débutant pour débutant, un débutant d’un mois compare sa préparation à celle d’un ami parti sans méthode, et liste les erreurs classiques qu’il a déjà toutes faites une fois.
Fiche à jour au 6 novembre 2026, chiffres vérifiés à cette date. Elle explique des mécanismes généraux et ne constitue pas un conseil d’investissement adapté à votre situation.
Benoist Rousseau est trader depuis 1994, membre du Chicago Mercantile Exchange (CME) et du Chicago Board of Trade (CBOT), et titulaire d'une maîtrise d'histoire de Paris IV-Sorbonne. Ancien historien d'entreprise pour un groupe du CAC 40, il figure dans le Top 10 des influenceurs économiques du magazine Challenges. Il transmet aujourd'hui sa méthode au sein de son école de trading à travers sa formation day trading. Dans la rubrique Bourse et marchés, il distingue l'investissement patient de la spéculation et montre ce que les cycles longs enseignent à l'investisseur.
Découvrir mon parcoursLa formation complète Gratuit
Le trading commence par les bons outils.
- La formation complète à la plateforme
- Mes Graphiques & Espaces de travail : accès exclusif à mes indicateurs, modèles et réglages personnalisés
- Configuration guidée, pas à pas
Quand vous serez prêt Pour aller plus loin
Formations, séminaires, webinaire et coaching privé. Je vous accompagne personnellement.
Découvrir l’École
