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Jim Rogers : biographie, méthode et leçons de l’aventurier de la finance

Analyste du duo qu’il formait avec George Soros de 1973 à 1980, Jim Rogers a quitté la gestion à trente-sept ans pour parcourir le monde et prêcher le retour des matières premières, en se disant lui-même piètre trader.

Jim Rogers : L’analyste de Soros qui a troqué Wall Street contre la route

Qui est Jim Rogers ?

James Beeland Rogers Jr., dit Jim Rogers, né le 19 octobre 1942 à Baltimore, est un investisseur et auteur américain, cofondateur en 1973, avec George Soros, du fonds qui allait devenir le Quantum Fund, puis créateur en 1998 du Rogers International Commodity Index, un indice de matières premières. Retiré de la gestion pour compte de tiers en 1980, il est connu du grand public pour ses tours du monde à moto et en voiture, et pour ses livres d’investissement.

Il est l’exception de cette famille. Les autres ont bâti leur réputation en gérant des milliards pendant des décennies ; lui a cessé de gérer l’argent des autres à trente-sept ans et s’est fait connaître par ses voyages, ses conférences et ses prises de position. Son autorité vient de sept années du Quantum Fund et de quelques intuitions de long terme, dont le grand retour des matières premières au début des années 2000.

Jim Rogers en résumé

Rogers a été l’analyste d’un duo dont Soros était le trader. Après leur séparation, il a géré son propre argent, enseigné à Columbia, parcouru le monde et écrit sur ce qu’il y voyait. Il vit à Singapour depuis la fin de 2007.

  • Famille : Macroéconomie et hedge funds
  • Naissance : 19 octobre 1942, Baltimore (Maryland)
  • Nationalité : américaine
  • Marchés : actions du monde entier, devises, obligations, matières premières
  • Style : investissement de long terme, à contre-courant, fondé sur la valeur et l’analyse des pays
  • Coup le plus célèbre : les années Quantum, de 1973 à 1980, aux côtés de George Soros
  • Livres : Investment Biker (1994), Adventure Capitalist (2003), Hot Commodities (2004), A Bull in China (2007), A Gift to My Children (2009), Street Smarts (2013)

La vie de Jim Rogers : l’analyste qui préféra la route

Jim Rogers grandit à Demopolis, petite ville de l’Alabama. Il entre à Yale, dont il sort en 1964 avec un diplôme d’histoire. Un premier emploi chez le courtier Dominick & Dominick lui fait découvrir Wall Street. Il part ensuite étudier la philosophie, la politique et l’économie au Balliol College d’Oxford, puis sert dans l’armée américaine de 1966 à 1968. Il commence à investir en 1968 avec 600 dollars, raconte-t-il à Jack Schwager.

En 1970, il entre chez Arnhold and S. Bleichroeder, où il travaille avec George Soros. En 1973, les deux hommes quittent la maison, dont les nouvelles règles leur interdisaient de toucher une part des gains de gestion, et fondent leur propre société : un associé principal, un associé junior et une secrétaire. Rogers définit lui-même la division du travail : Soros était le trader, lui l’analyste. Il quitte la société en 1980, fortune faite, à trente-sept ans.

Commence alors ce qu’il appelle sa retraite : la gestion de son propre portefeuille, des cours d’investissement à la Columbia Business School, des émissions de télévision financière. De 1990 à 1992, il fait le tour du monde à moto, à travers six continents, et en tire Investment Biker en 1994. Du 1er janvier 1999 au 5 janvier 2002, il recommence en voiture avec sa future épouse, Paige Parker, à travers 116 pays, et publie Adventure Capitalist. En 1998, il lance le Rogers International Commodity Index, pari sur le retour des matières premières après deux décennies de baisse, qu’il défend dans Hot Commodities.

À la fin de 2007, il vend sa maison de Riverside Drive, à New York, et s’installe à Singapour avec sa famille, convaincu que le centre de gravité économique se déplace vers l’Asie. Il y vit depuis, multipliant entretiens et livres, dont plusieurs destinés au public japonais.

Quelle est la méthode de Jim Rogers ?

Rogers résume sa méthode dans le titre que Schwager donne à son chapitre de Market Wizards : acheter la valeur, vendre l’hystérie. Il cherche d’abord ce qui est bon marché, puis un changement qui va le faire reconnaître. En 1982, il achète des actions allemandes et ordonne à son courtier de ne lui envoyer ni recherche, ni avis, ni même les cours, de peur d’être tenté de vendre trop tôt ; il les garde jusqu’à la fin de 1985 et au début de 1986. Son raisonnement : le marché allemand n’avait pas connu de vraie hausse depuis son sommet de 1961, alors que l’économie avait prospéré. La valeur était là, il fallait un déclencheur.

Il s’impose une règle de prudence : avant d’acheter, s’assurer qu’on ne perdra presque rien si l’on se trompe, parce que le prix est déjà bas. À l’inverse, il vend les excès. Quand un graphique montre une pointe verticale, il y voit de l’hystérie et cherche à prendre l’autre côté, en attendant que le marché commence à bouger par à-coups, avec des écarts de cours. Il raconte ainsi avoir vendu l’or à 675 dollars l’once pendant la flambée de 1979-1980, et le soja après une hausse jusqu’à 9,60 dollars.

Deux traits complètent le portrait. Rogers ne travaille qu’à partir des fondamentaux, l’analyse graphique ne lui servant que d’alerte. Et il garde presque toujours des positions vendeuses, même en marché haussier, au cas où il se tromperait. Il n’achète pas d’options, qu’il juge un moyen rapide de se ruiner, et préfère en vendre. Enfin, il croit à l’enquête de terrain : ses voyages sont aussi des tournées d’inspection des pays où il investit.

Quel est le coup le plus célèbre de Jim Rogers ?

Ce sont les sept années du fonds fondé avec Soros. De 1973 à 1980, les deux hommes, seuls avec une secrétaire, investissent dans les actions, les obligations, les devises et les matières premières du monde entier, à l’achat comme à la vente, à une époque où presque aucun fonds américain ne s’aventure hors de Wall Street. Rogers fouille les secteurs, les pays et les comptes ; Soros se charge du trading. Selon Rogers, quand ils sont en désaccord, ils ne font rien.

Les résultats sont spectaculaires. Selon l’International Directory of Company Histories, le fonds lancé par Soros en 1969 gagne 3 365 % de la fin de 1969 à la fin de 1980, quand l’indice composite de Standard & Poor’s n’en gagne que 47 %. Un chiffre plus élevé, de l’ordre de 4 200 % pour 1973-1980, circule dans les notices biographiques consacrées à Rogers ; il ne s’appuie sur aucun compte publié. Il réinvestit ses parts de bénéfices dans le fonds, ce qui fait sa fortune. En 1980, l’année où le fonds atteint 381 millions de dollars, il s’en va. Le Quantum Fund deviendra l’un des plus rentables de l’histoire sans lui.

Quelle a été la pire erreur de Jim Rogers ?

Il l’a racontée lui-même à Jack Schwager, comme la leçon de sa vie sur les marchés baissiers. En janvier 1970, encore débutant, il place tout son argent, qui n’est pas grand-chose, en options de vente, des contrats qui gagnent quand les actions baissent. En mai 1970, le marché s’effondre ; le jour du plus bas, il revend ses options et triple sa mise. Il se voit déjà en nouveau Bernard Baruch.

Son plan suivant est simple : attendre un rebond, puis vendre à découvert, pour gagner plus vite. Le marché rebondit, il vend tout ce qu’il peut, dont Memorex à 48 dollars. Deux mois plus tard, il est entièrement ruiné. Il rachète Memorex à 72 dollars ; l’action montera ensuite vers 96 dollars avant de s’effondrer jusqu’à 2. Il avait raison sur l’entreprise et a tout perdu, faute de moyens pour tenir. L’épisode illustre l’effet de l’argent gagné : un premier gain rapide pousse à rejouer tout le capital, avec plus de risque. Rogers en a tiré une conviction qui ne l’a plus quitté : le marché ira plus haut que vous ne le pensez possible, et plus bas que vous ne le croyez.

Qu’a ajouté la légende à l’histoire de Jim Rogers ?

La première retouche porte sur les chiffres du Quantum Fund. On lit partout que Rogers et Soros auraient gagné 4 200 % en dix ans ; le chiffre, dont la période varie selon les récits, ne s’appuie sur aucun compte publié. La référence publiée la plus solide donne 3 365 % de 1969 à 1980, un résultat qui n’a pas besoin d’être arrondi par le haut pour impressionner.

La deuxième porte sur l’homme. Le public voit en lui un trader de génie ; lui-même a prévenu Schwager qu’il n’était sans doute pas la bonne personne à interroger, puisqu’il gardait ses positions des années et se jugeait, selon ses mots, l’un des pires traders du monde, incapable d’entrer au bon moment. C’est de la modestie calculée, mais pas seulement : sa force est l’analyse, pas l’exécution, et les deux ne se confondent pas. Enfin, Rogers est une source inépuisable de prévisions spectaculaires, sur l’effondrement du dollar ou le pire marché baissier de notre vie. Certaines se sont réalisées, beaucoup non ; on cite surtout les premières.

Que peut apprendre un trader de Jim Rogers ?

Rogers enseigne la patience sur une idée juste, et la méfiance envers sa propre excitation. Sa carrière montre qu’on peut avoir raison longtemps à l’avance, et que cela n’est un avantage que si l’on a les moyens d’attendre.

  • Chercher d’abord ce qui ne peut plus beaucoup baisser, puis le déclencheur qui fera monter.
  • Repérer l’hystérie dans les graphiques, mais attendre que le marché commence à se dérégler avant de la combattre.
  • Ne jamais rejouer tout son capital juste après un gros gain.
  • Garder quelques positions inverses, même quand on est sûr de soi.
  • Avoir raison sur le fond ne protège pas d’une position trop grosse pour être tenue.

Quels livres lire sur Jim Rogers ?

  • Jim Rogers, Investment Biker : On the Road with Jim Rogers, Random House, 1994. Le tour du monde à moto de 1990-1992.
  • Jim Rogers, Adventure Capitalist : The Ultimate Road Trip, Random House, 2003 ; édition française : L’Investisseur aventurier, Valor, 2004.
  • Jim Rogers, Hot Commodities : How Anyone Can Invest Profitably in the World’s Best Market, Random House, 2004 ; édition française : Le Boom des matières premières, Valor, 2005. Son livre le plus utile pour un trader.
  • Jim Rogers, A Bull in China, Random House, 2007 ; édition française : Un investisseur en Chine, Valor, 2008.
  • Jim Rogers, A Gift to My Children, Random House, 2009 ; édition française : Leçons d’investissement d’un père à ses enfants, Valor, 2009.
  • Jack D. Schwager, Market Wizards, New York Institute of Finance, 1989, chapitre « Buying Value and Selling Hysteria » ; édition française : Les Magiciens des marchés, Valor, 2011.

Questions fréquentes sur Jim Rogers

Quel a été le rôle de Jim Rogers dans le Quantum Fund ?

Il a fondé la société de gestion avec George Soros en 1973 et en était l’associé junior, chargé de l’analyse, Soros prenant les décisions de trading. Il est parti en 1980, avant que le fonds ne devienne célèbre sous la direction de Soros puis de Stanley Druckenmiller.

Quelle est la fortune de Jim Rogers ?

Il n’existe pas d’estimation fiable et récente : Jim Rogers ne figure pas dans les classements de Forbes. Les chiffres qui circulent en ligne ne reposent sur aucune source vérifiable.

Quel livre de Jim Rogers lire en premier ?

Le Boom des matières premières est le plus concret pour un trader : il explique l’offre, la demande et les cycles longs des métaux, de l’énergie et des produits agricoles. L’Investisseur aventurier est le plus plaisant à lire.

Pourquoi Jim Rogers vit-il à Singapour ?

Il s’y est installé à la fin de 2007 parce qu’il pensait que l’Asie, et la Chine en particulier, deviendrait le principal moteur de la croissance mondiale, et voulait que ses filles apprennent le mandarin.

Pour aller plus loin

L’auteur

Benoist Rousseau

Sièges CME & CBOT · Trader depuis 1994

Benoist Rousseau est trader, membre du Chicago Mercantile Exchange (CME) et du Chicago Board of Trade (CBOT), spécialiste en histoire économique formé à la Sorbonne et pédagogue expérimenté. Il a ainsi créé son École de Trading en 2022.
Fort de plus de 30 ans d’expérience sur les futures CME, il partage analyses de séance, replays de trades commentés, psychologie et gestion du risque — sans signaux ni promesses, du trading brut et sans filtre.

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