DeutschEnglishEspañolFrançaisItalianoPortuguês
Rejoindre le forum

Marie-Thérèse d’Autriche : biographie, réformes et finances de l’impératrice

Souveraine des Habsbourg de 1740 à 1780, Marie-Thérèse sauva un héritage que l’Europe voulait se partager, perdit la Silésie et refondit l’État autrichien sur un impôt permanent et une administration centralisée.

Marie-Thérèse d’Autriche : L’héritière sans argent qui refit l’État autrichien par l’impôt

Qui était Marie-Thérèse d’Autriche ?

Marie-Thérèse d’Autriche (1717-1780) est la souveraine de la maison de Habsbourg qui régna de 1740 à sa mort sur l’Autriche, la Bohême, la Hongrie, les Pays-Bas autrichiens et le Milanais. Héritière contestée de l’empereur Charles VI, elle sauva l’essentiel de son héritage pendant la guerre de Succession d’Autriche, perdit la Silésie au profit de la Prusse et engagea des réformes administratives, fiscales et scolaires qui jetèrent les bases de l’État autrichien moderne.

Elle n’a jamais été impératrice régnante : la couronne du Saint-Empire revenait à un homme élu, son mari François-Étienne de Lorraine, puis son fils Joseph II. Ses contemporains l’appelaient l’impératrice-reine. Mère de seize enfants, dont Marie-Antoinette, elle a laissé l’image d’une matriarche couronnée. La souveraine réelle fut d’abord une héritière sans argent, qui dut apprendre en pleine guerre à faire payer ses États.

Marie-Thérèse d’Autriche en résumé

Fille aînée de Charles VI, qui avait consacré son règne à faire reconnaître par l’Europe le droit de sa fille à lui succéder, Marie-Thérèse hérite en octobre 1740 d’un trésor vide et d’une armée dispersée. La Prusse, la Bavière, la Saxe, la France et l’Espagne se partagent déjà ses dépouilles. Elle ne cède en 1748 que la Silésie et quelques duchés italiens. Les années de paix qui suivent servent à refondre l’administration et l’impôt ; l’alliance française de 1756 ne lui rend pas la Silésie. Veuve en 1765, elle gouverne avec son fils Joseph II jusqu’à sa mort.

  • Époque : Rois et révolutions, XVIIe-XVIIIe siècle
  • Naissance : 13 mai 1717, Vienne
  • Mort : 29 novembre 1780, Vienne
  • Pays : monarchie de Habsbourg (Autriche, Bohême, Hongrie, Pays-Bas autrichiens, Milanais)
  • Fonctions : archiduchesse d’Autriche, reine de Hongrie et de Bohême (1740-1780) ; impératrice du Saint-Empire par son mariage (1745-1765) ; corégente avec Joseph II (1765-1780)
  • Œuvre principale : la préservation de l’héritage des Habsbourg (1740-1748), la réforme de Haugwitz (1748-1749), l’alliance française de 1756, l’école obligatoire de 1774
  • À retenir : une monarchie sauvée à crédit, puis refondée sur un impôt permanent et une administration centralisée

La vie de Marie-Thérèse d’Autriche : l’héritière qu’on croyait dépouiller

Marie-Thérèse naît à Vienne le 13 mai 1717, fille aînée de l’empereur Charles VI et d’Élisabeth-Christine de Brunswick-Wolfenbüttel. Faute de fils, son père a promulgué en 1713 la Pragmatique Sanction, qui rend ses États indivisibles et transmissibles à une fille ; il passe vingt ans à en acheter la reconnaissance par les cours d’Europe, à coups de concessions. Instruite mais tenue à l’écart des affaires, la princesse épouse le 12 février 1736 François-Étienne de Lorraine, qui doit céder la Lorraine à la France et reçoit en échange la Toscane.

Charles VI meurt le 20 octobre 1740. Les signatures recueillies ne valent pas grand-chose : en décembre, Frédéric II envahit la Silésie ; la Bavière, la Saxe, la France et l’Espagne entrent dans la danse, et l’électeur de Bavière se fait élire empereur en 1742. La reine se tourne vers la Hongrie. Couronnée à Presbourg le 25 juin 1741, elle paraît le 11 septembre devant la Diète et obtient la levée d’une armée de la noblesse hongroise. Elle est couronnée reine de Bohême à Prague le 12 mai 1743 et fait élire son mari empereur le 13 septembre 1745. La paix de Dresde, en décembre 1745, abandonne la Silésie à la Prusse ; celle d’Aix-la-Chapelle, le 18 octobre 1748, confirme l’intégrité du reste.

La paix ouvre le temps des réformes, conduites par le comte Friedrich Wilhelm von Haugwitz, puis par le comte Wenzel Anton von Kaunitz, chancelier à partir de 1753. Kaunitz retourne le système des alliances : le traité de Versailles du 1er mai 1756 réconcilie Vienne et Versailles, après deux siècles d’une rivalité ouverte entre François Ier et Charles Quint. La guerre de Sept Ans, alliée à la France et à la Russie, ne rend pas la Silésie : le traité d’Hubertusbourg, en 1763, rétablit les frontières d’avant-guerre.

François Ier meurt à Innsbruck le 18 août 1765. Marie-Thérèse portera le deuil jusqu’à sa mort et partage désormais le pouvoir avec son fils aîné, l’empereur Joseph II, plus pressé et plus radical qu’elle. Elle accepte à contrecœur le premier partage de la Pologne en 1772, qui lui donne la Galicie, puis négocie elle-même, dans le dos de son fils, la paix de Teschen qui clôt en 1779 la guerre de Succession de Bavière. Elle marie ses filles aux Bourbons de France, de Naples et de Parme. Elle meurt à Vienne le 29 novembre 1780 et repose dans la crypte des Capucins, auprès de son mari.

Qu’a accompli Marie-Thérèse d’Autriche, et que reste-t-il de son œuvre ?

Elle a d’abord sauvé la monarchie des Habsbourg d’un partage qui paraissait acquis en 1741. Elle l’a ensuite dotée d’un appareil d’État : un directoire unique pour les affaires politiques et financières de l’Autriche et de la Bohême en 1749, séparé de la justice, un Conseil d’État en 1760, des fonctionnaires dans les cercles de chaque province, un cadastre pour asseoir l’impôt. La Hongrie, dont elle avait juré de respecter les privilèges, resta largement en dehors de ces réformes, comme les Pays-Bas et le Milanais.

L’ordonnance scolaire du 6 décembre 1774 rend l’école obligatoire de six à douze ans ; la torture est abolie en 1776 ; des patentes limitent les corvées des paysans de Bohême après la révolte de 1775. Il reste Schönbrunn, la crypte des Capucins, le monument de la Maria-Theresien-Platz et une pièce d’argent qui lui a survécu de deux siècles. Il reste aussi une part d’ombre : en décembre 1744, elle ordonna l’expulsion des Juifs de Prague, rappelés en 1748 contre le paiement d’un lourd impôt de tolérance, et fit déporter des protestants vers la Transylvanie.

Comment Marie-Thérèse d’Autriche a-t-elle financé son pouvoir ?

En 1740, elle n’a presque rien. Les guerres contre la France puis contre les Turcs ont vidé les caisses ; l’armée, très en dessous de ses effectifs théoriques, est éparpillée des Pays-Bas à la Transylvanie. Dans son testament politique, rédigé une dizaine d’années plus tard, elle se souviendra de s’être trouvée sans argent, sans crédit, sans armée, sans expérience et sans conseil. La guerre de Succession d’Autriche se finance donc au jour le jour : soldats et contributions votés par la Diète hongroise, subsides britanniques votés par le Parlement de Londres, emprunts, et surtout les contributions des états provinciaux, c’est-à-dire des assemblées de la noblesse, du clergé et des villes de chaque pays, qui négocient chaque année le montant et la levée de l’impôt.

La perte de la Silésie, la province la plus riche, et l’exemple prussien convainquent la souveraine de changer de méthode. Haugwitz, noble silésien réfugié à Vienne, propose en 1748 une armée permanente de 108 000 hommes, financée par une contribution annuelle des pays autrichiens et bohêmes portée d’environ 9 à 14 ou 15 millions de florins, selon les dictionnaires biographiques allemands de référence. La nouveauté tient dans le calendrier et dans l’assiette. Les états provinciaux sont sommés de voter la contribution pour dix ans d’un coup, par le recès décennal, au lieu de la marchander chaque année ; la Carinthie et la Carniole, qui résistent, se la voient imposer. Les terres seigneuriales et ecclésiastiques, jusque-là exemptes, sont désormais taxées, à un taux plus faible que les terres paysannes. La levée passe des états aux bureaux royaux créés en 1749 dans chaque province. Un cadastre, dressé dans les années 1750, sert de base à l’impôt.

La guerre de Sept Ans éprouve le système : les subsides promis par la France ne suffisent pas, et le déficit se creuse d’année en année. Le crédit de la ville de Vienne étant meilleur que celui de l’État, la banque municipale, le Wiener Stadtbanco, est placée en 1759 sous le contrôle de la chambre des finances pour émettre des obligations à 5 %. Le 1er juillet 1762, une patente l’autorise à émettre 12 millions de florins de billets ne portant pas intérêt, les premiers billets de banque de la monarchie, les Bancozettel. Pour les faire accepter, deux garanties : on peut les convertir en obligations à 5 % à partir de 200 florins, et les caisses publiques doivent les recevoir, l’impôt pouvant être payé pour moitié en billets. L’émission reste limitée, et le papier garde sa valeur.

Kaunitz poursuit après la paix : une chambre des finances refondée en 1762, une chambre des comptes pour contrôler les dépenses, une recherche patiente de l’équilibre budgétaire. L’historien Peter Dickson a reconstitué ces comptes dans une étude devenue la référence ; ils montrent une monarchie dont les recettes progressent nettement, mais dont la dette de guerre pèse jusqu’à la fin du règne. Les billets, eux, gardent leur valeur tant que les émissions restent limitées ; les successeurs de Marie-Thérèse en émettront des centaines de millions pour les guerres contre la France révolutionnaire, jusqu’à la faillite de 1811.

Reste la pièce. Le thaler à l’effigie de Marie-Thérèse est frappé à partir de 1741. Après la mort de la souveraine, on continue à le frapper avec la date de 1780 pour le commerce du Levant, où il est devenu une monnaie de confiance. Près de 400 millions d’exemplaires en ont été frappés ; il a circulé en Éthiopie et dans la péninsule Arabique jusqu’au XXe siècle, et la Monnaie de Vienne le frappe encore. Peu de souverains peuvent se vanter d’avoir émis une monnaie acceptée pendant deux siècles par des gens qui n’avaient aucune idée de qui elle était.

Qu’a ajouté la légende à l’histoire de Marie-Thérèse d’Autriche ?

La séance de la Diète hongroise du 11 septembre 1741 est devenue une image d’Épinal : la jeune reine en deuil, son enfant sur les bras, les magnats tirant l’épée et criant qu’ils donneraient leur vie et leur sang. La peinture du XIXe siècle a fixé la scène et l’a embellie. Le soutien hongrois fut réel, mais il fut négocié : la Diète obtint la confirmation de ses privilèges, au premier rang desquels l’exemption fiscale de la noblesse, que la reine ne remit jamais en cause. La générosité des magnats eut donc une contrepartie que les finances autrichiennes payèrent tout le règne.

Le premier partage de la Pologne a laissé un mot, prêté à Frédéric II : elle pleurait, mais elle prenait. On ne lui connaît pas de source contemporaine sûre. Les papiers de Marie-Thérèse montrent en revanche ses scrupules, exprimés par écrit à Kaunitz et à Joseph II, et sa résignation devant leur insistance ; la Galicie fut prise quand même. Quant à l’image de la mère de famille couronnée, elle fut entretenue de son vivant par une propagande dynastique habile : les portraits de famille servaient aussi à rappeler que la dynastie avait des héritiers, ce qui manquait cruellement en 1740.

Qu’en disent les historiens aujourd’hui ?

Alfred von Arneth, directeur des archives impériales, a publié au XIXe siècle une monumentale Geschichte Maria Theresia’s en dix volumes (1863-1879), qui a fixé l’image d’une souveraine sage et maternelle. Peter Dickson (Finance and Government under Maria Theresia, 1740-1780, 1987) a déplacé le regard vers les finances et l’administration, en montrant ce que la réforme fiscale devait à la contrainte militaire. Barbara Stollberg-Rilinger (Maria Theresia. Die Kaiserin in ihrer Zeit, 2017) a bousculé le portrait : sa souveraine appartient davantage au monde baroque, religieux et dynastique, qu’aux Lumières, et son intolérance envers les Juifs et les protestants n’est pas un détail.

En France, Jean-Paul Bled (Marie-Thérèse d’Autriche, 2001) a donné la biographie de référence, et Élisabeth Badinter (Le Pouvoir au féminin, 2016) a examiné la manière dont une femme exerça un pouvoir pensé pour un homme. Les débats portent sur la part personnelle de la souveraine dans des réformes conçues par Haugwitz et Kaunitz, sur l’efficacité réelle d’une centralisation qui épargna la Hongrie, et sur l’étiquette de despotisme éclairé, que la plupart des historiens réservent désormais à son fils Joseph II.

Que peut apprendre de Marie-Thérèse d’Autriche celui qui décide ?

Marie-Thérèse a appris en pleine tempête qu’un droit sans moyens ne protège rien, puis elle a consacré la paix à construire des recettes prévisibles. Les leçons tiennent davantage à la méthode qu’au génie.

  • Un contrat ne vaut que ce que vaut la capacité de le faire respecter : les reconnaissances de la Pragmatique Sanction, achetées pendant vingt ans, n’arrêtèrent aucune armée en 1740.
  • Un engagement pluriannuel réduit l’incertitude : le recès décennal remplaça un marchandage annuel par dix ans de recettes connues d’avance.
  • Élargir l’assiette vaut mieux qu’augmenter le taux : taxer, même légèrement, les terres seigneuriales rapporta plus qu’un nouvel impôt sur des paysans déjà chargés.
  • La confiance dans un papier se construit : conversion possible en obligations, acceptation par les caisses publiques, émission limitée.
  • Les alliances ne remplacent pas la puissance propre : le renversement de 1756 ne rendit pas la Silésie.

Quels livres lire sur Marie-Thérèse d’Autriche ?

  • Jean-Paul Bled, Marie-Thérèse d’Autriche, Fayard, 2001 (rééd. Perrin, 2012) : la biographie de référence en français.
  • Élisabeth Badinter, Le Pouvoir au féminin. Marie-Thérèse d’Autriche, 1717-1780. L’impératrice-reine, Flammarion, 2016 : la souveraine, la mère et l’exercice du pouvoir.
  • Barbara Stollberg-Rilinger, Maria Theresia. Die Kaiserin in ihrer Zeit, C. H. Beck, 2017 : la grande biographie récente, traduite en anglais.
  • Peter G. M. Dickson, Finance and Government under Maria Theresia, 1740-1780, Clarendon Press, 1987, 2 vol. : l’étude de référence sur les finances et l’administration.
  • Correspondance secrète entre Marie-Thérèse et le comte de Mercy-Argenteau, avec les lettres de Marie-Thérèse et de Marie-Antoinette, éd. Alfred von Arneth et Auguste Geffroy, Firmin-Didot, 1874 : la mère, la diplomate et la reine de France, en leurs propres mots.

Questions fréquentes sur Marie-Thérèse d’Autriche

Marie-Thérèse d’Autriche était-elle impératrice ?

Elle porta le titre d’impératrice comme épouse de François Ier, élu empereur en 1745, mais ne fut jamais impératrice régnante : la dignité impériale était élective et réservée aux hommes. Elle régnait en revanche en son nom propre sur l’Autriche, la Bohême et la Hongrie, dont elle était reine.

Combien d’enfants a eu Marie-Thérèse d’Autriche ?

Seize, nés entre 1737 et 1756, dont six moururent avant elle. Parmi eux figurent deux empereurs, Joseph II et Léopold II, et Marie-Antoinette, reine de France, guillotinée en 1793. Ses filles servirent une politique d’alliances matrimoniales avec les Bourbons.

Qu’est-ce que le thaler de Marie-Thérèse ?

C’est une pièce d’argent à son effigie, frappée à partir de 1741 et, après sa mort, toujours datée de 1780. Devenue la monnaie de référence du commerce au Levant, en Arabie et en Afrique orientale, elle a été frappée à près de 400 millions d’exemplaires. La Monnaie de Vienne la produit encore.

Pourquoi la guerre de Succession d’Autriche ?

Parce que plusieurs puissances refusèrent, à la mort de Charles VI en 1740, de reconnaître sa fille comme héritière de tous ses États, malgré la Pragmatique Sanction qu’elles avaient acceptée. La Prusse voulait la Silésie, la Bavière la couronne impériale, la France l’affaiblissement des Habsbourg. La guerre dura jusqu’en 1748.

Pour aller plus loin

L’auteur

Benoist Rousseau

Maîtrise d’histoire (Sorbonne)

Diplômé d’histoire de la Sorbonne, j’ai enseigné douze ans avant de trader à plein temps. Les krachs, les bulles et les grandes figures de la finance éclairent mieux les marchés d’aujourd’hui que bien des modèles. J’ai préfacé Machiavel, Renan et Le Bon chez JDH Éditions.

Découvrir mon parcours
À lire ensuite
Trader, ça s’apprend
2 étapes pour progresser
1ProRealTime —
La formation complète Gratuit

Le trading commence par les bons outils.

  • La formation complète à la plateforme
  • Mes Graphiques & Espaces de travail : accès exclusif à mes indicateurs, modèles et réglages personnalisés
  • Configuration guidée, pas à pas
2Mon École de Trading —
Quand vous serez prêt Pour aller plus loin

Formations, séminaires, webinaire et coaching privé. Je vous accompagne personnellement.

Découvrir l’École
Excellentsur Trustpilot · 590+ avis

0 commentaires

La discussion se poursuit sur le forum andlil.com.
Laisser un commentaire

Votre nom et votre commentaire seront publiés après relecture ; votre adresse e-mail ne le sera jamais. Votre adresse IP est conservée un an, comme la loi l’exige. Pour en savoir plus ou exercer vos droits : charte de confidentialité. Le formulaire est protégé contre les robots par Cloudflare Turnstile.

Restez au contact des marchés et du monde.

Recevez mes analyses par e-mail, et rejoignez la discussion avec la communauté du forum.