Mercantilisme : doctrine économique et protectionnisme

Qu’est-ce que le Mercantilisme ?
Le Mercantilisme est une doctrine économique dont les origines datent du XVI ème siècle et qui a beaucoup été utilisée jusqu’au XVIIIème siècle. Son plus fervent représentant français est Jean-Baptiste Colbert. Cette théorie porte aussi le nom de nationalisme économique, de théorie de la croissance à vocation d’exportation ou de protectionnisme.
Le mercantilisme est la protection de l’économie nationale. Le gouvernement intervient de façon lourde sur l’économie. Il protège l’industrie et les entreprises locales avec des mesures dites protectionnistes comme les tarifs douaniers et les primes à l’exportation.
Il limite les importations de biens à l’étranger en les taxant et favorise les exportations via des subventions ou des aides.
En ce qui concerne les capitaux, il essaye d’en limiter également la sortie. Dans cette théorie, par exemple, le pays A doit vendre plus de marchandises et de services au pays B que le pays B n’en vend au pays A.

Comment analyser la théorie du mercantilisme ?
Le Mercantilisme a été suivi par les États-Unis ainsi que l’Allemagne au XIX ème siècle, mais de nombreuses autres nations l’ont mis en place par la suite, comme le Japon et la péninsule asiatique pour assurer leur développement économique. Le mercantilisme permet à un pays de se protéger de ses concurrents ou d’une entrée trop brutale dans le phénomène de mondialisation.
Pour les libéraux, le mercantilisme est une aberration car selon eux, il ne peut y avoir de ventes à l’étranger sans achats suffisants en retour. Pour les défenseurs de l’école autrichienne et classique, cette doctrine est perçue comme une sorte d’impérialisme qui a pour objectif final de mettre en place une domination étatique forte.
Citation sur le mercantilisme
« Presque tous les pays riches d’aujourd’hui ont utilisé la protection douanière, et les subventions pour développer leurs industries. Fait intéressant, les États-Unis, et la Grande-Bretagne, deux pays supposés avoir atteint les sommets de l’économie mondiale grâce à la politique libérale, sont en fait ceux qui ont eu recours le plus agressivement à la protection et aux subventions. »
Ha-Joon Chang
Le mercantilisme en résumé
Le mercantilisme est l’ensemble des doctrines et des politiques économiques qui ont dominé l’Europe du XVIe au milieu du XVIIIe siècle. Il part d’une idée simple : la puissance d’un État dépend de sa richesse, mesurée d’abord en or et en argent, et un pays s’enrichit en exportant plus qu’il n’importe. D’où une politique d’excédent commercial, de protection de l’industrie nationale et de soutien aux exportations.
Par extension, on parle aujourd’hui de néomercantilisme pour toute politique qui fait de l’excédent commercial un objectif en soi.
Qui sont les auteurs du mercantilisme, et dans quel contexte ?
Le mercantilisme naît avec les grandes découvertes. L’or et l’argent d’Amérique affluent en Espagne, et les monarchies européennes, rivales et sans cesse en guerre, cherchent les moyens de financer armées et flottes. Il ne s’agit pas d’une école unique mais de plusieurs variantes nationales : le bullionisme espagnol, centré sur l’accumulation des métaux précieux ; le colbertisme français, où l’État crée et protège les manufactures ; le mercantilisme commercial anglais et hollandais, qui mise sur le commerce maritime ; le caméralisme des États allemands.
En France, Antoine de Montchrestien publie en 1615 son Traité de l’économie politique, qui popularise l’expression. En Angleterre, Thomas Mun écrit probablement à la fin des années 1620 England’s Treasure by Forraign Trade, publié après sa mort en 1664, qu’Adam Smith tiendra pour le texte type du mercantilisme. Jean-Baptiste Colbert, contrôleur général des finances de 1665 à 1683, en est le grand praticien : manufactures royales, compagnies de commerce, tarifs douaniers, réglementation de la qualité des produits. Côté anglais, les Actes de navigation de 1651 réservent une grande part du commerce aux navires anglais.
Le mot lui-même vient des critiques : on attribue au marquis de Mirabeau la première mention du « système mercantile », en 1763, et Adam Smith reprend l’expression pour le combattre en 1776 dans la Richesse des nations.
Quelles sont les idées clés du mercantilisme ?
Pour les mercantilistes, le commerce international est un jeu à somme nulle : ce qu’un pays gagne, un autre le perd. L’objectif est donc une balance commerciale excédentaire, qui fait entrer des métaux précieux. Les moyens en découlent : droits de douane sur les produits finis importés, interdiction d’exporter les matières premières utiles à l’industrie nationale, primes à l’exportation, monopoles accordés à des compagnies, colonies conçues comme sources de matières premières et débouchés réservés. Une population nombreuse est vue comme une force, car elle fournit des soldats et une main-d’œuvre bon marché.
Quelles critiques vise le mercantilisme ?
La première objection est monétaire. Le philosophe écossais David Hume l’expose dans son essai « De la balance du commerce » : un pays excédentaire voit l’or affluer, ses prix monter, ses produits devenir plus chers à l’étranger, et son excédent se résorber de lui-même. Un excédent permanent est donc impossible ; c’est le mécanisme dit des « prix et espèces ».
La seconde est celle d’Adam Smith. La richesse d’une nation n’est pas son stock d’or, mais la quantité de biens que produit son travail. L’échange profite aux deux parties, et les droits de douane, les monopoles et les primes servent surtout les marchands protégés aux dépens des consommateurs. David Ricardo complète l’argument en 1817 avec l’avantage comparatif.
Le débat n’a jamais été clos. Alexander Hamilton, premier secrétaire au Trésor des États-Unis, défend dans son Rapport sur les manufactures du 5 décembre 1791 la protection de l’industrie naissante. L’Allemand Friedrich List systématise l’idée en 1841 dans Système national d’économie politique : une protection temporaire, le temps que les jeunes industries deviennent compétitives. C’est à cette tradition, plus qu’au mercantilisme au sens strict, que se rattachent les politiques américaine et allemande du XIXe siècle citées plus haut. Keynes, en 1936, consacre un chapitre de sa Théorie générale à des « notes sur le mercantilisme », où il reconnaît aux mercantilistes une part de vérité : à l’époque des monnaies métalliques, un excédent modéré faisait entrer de l’or, baisser les taux d’intérêt et soutenait l’investissement et l’emploi. Ha-Joon Chang, auteur de la citation ci-dessus, soutient en 2002 dans Kicking Away the Ladder que les pays riches ont presque tous utilisé la protection pour se développer avant de prêcher le libre-échange aux autres. Ses contradicteurs rappellent que la protection a aussi échoué dans bien des pays, et que les économies qui ont le plus progressé après 1945 se sont appuyées sur leurs exportations, donc sur l’ouverture des autres.
Qu’est-ce que le néomercantilisme aujourd’hui ?
Le Japon d’après-guerre, puis la Chine, ont été qualifiés de néomercantilistes : excédents commerciaux durables, monnaie maintenue à un niveau favorable aux exportations, soutien public à l’industrie. Les droits de douane sont revenus au premier plan avec les États-Unis : le 2 avril 2025, l’administration Trump a instauré un droit minimal de 10 % sur la plupart des importations, en invoquant une urgence nationale liée au déficit commercial. En février 2026, la Cour suprême a jugé que la loi d’urgence invoquée ne permettait pas d’imposer ces droits.
Pour un investisseur, une politique mercantiliste se lit dans plusieurs marchés à la fois. Les droits de douane renchérissent les importations et peuvent relancer l’inflation, ce qui pèse sur les taux et sur les décisions de la Fed. Une devise maintenue basse soutient les exportateurs cotés du pays mais réduit le pouvoir d’achat de ses ménages. Les pays excédentaires accumulent des réserves de change qu’ils placent souvent en bons du Trésor américain, ce qui relie leurs choix commerciaux au marché obligataire des États-Unis.
Questions fréquentes
Qui est le père du mercantilisme ?
Il n’a pas de fondateur unique. Ses principaux auteurs sont Antoine de Montchrestien en France et Thomas Mun en Angleterre ; Jean-Baptiste Colbert en est le grand praticien, au point que l’on parle de colbertisme.
Quelle différence entre mercantilisme et protectionnisme ?
Le protectionnisme est un instrument : protéger un marché national par des droits de douane ou des quotas. Le mercantilisme est une doctrine complète, qui voit dans l’excédent commercial et l’accumulation de métaux précieux la source de la puissance de l’État, et utilise le protectionnisme parmi d’autres moyens.
Pourquoi Adam Smith s’oppose-t-il au mercantilisme ?
Parce qu’il juge que la richesse est faite des biens produits, non de l’or accumulé, que l’échange enrichit les deux partenaires, et que les protections profitent à quelques marchands au détriment des consommateurs.
Le mercantilisme existe-t-il encore ?
Plus comme doctrine, mais ses réflexes demeurent : recherche d’excédents commerciaux, monnaie sous-évaluée, droits de douane présentés comme un moyen d’enrichir le pays.
Pour aller plus loin
Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.
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