René Descartes : biographie, idées et héritage
Philosophe et mathématicien, René Descartes a fondé la philosophie moderne sur le doute méthodique et le cogito, et créé avec Fermat la géométrie analytique.

Qui était René Descartes ?
René Descartes (1596-1650) est un philosophe, mathématicien et physicien français, l’auteur du Discours de la méthode et des Méditations métaphysiques, considéré comme le fondateur de la philosophie moderne pour avoir cherché dans la pensée elle-même, par le doute méthodique, un premier principe certain : le cogito. Inventeur, avec Fermat, de la géométrie analytique, il a voulu reconstruire tout le savoir, de la métaphysique à la médecine, sur des fondements aussi sûrs que ceux des mathématiques.
Gentilhomme poitevin devenu soldat, voyageur puis savant solitaire aux Provinces-Unies, il a passé l’essentiel de sa vie de travail hors de France. Son dualisme, qui sépare l’esprit et la matière, et son projet de rendre les hommes comme maîtres et possesseurs de la nature ont façonné la science et la philosophie des siècles suivants, et suscité des objections qui ne se sont jamais éteintes.
René Descartes en résumé
Élève des jésuites de La Flèche, licencié en droit à Poitiers, Descartes s’engage en 1618 dans l’armée de Maurice de Nassau, rencontre le savant Isaac Beeckman et, dans la nuit du 10 novembre 1619, conçoit le projet d’une science nouvelle. Installé aux Provinces-Unies à partir de 1629, il renonce à publier son Monde après la condamnation de Galilée, publie le Discours de la méthode en 1637, les Méditations en 1641, les Principes de la philosophie en 1644 et Les Passions de l’âme en 1649. Appelé à Stockholm par la reine Christine, il y meurt en février 1650.
- Naissance : 31 mars 1596, à La Haye en Touraine (aujourd’hui Descartes, Indre-et-Loire)
- Mort : 11 février 1650, à Stockholm
- Nationalité : française
- Courant ou école : rationalisme, mécanisme
- Œuvres principales : Discours de la méthode (1637), Méditations métaphysiques (1641), Les Passions de l’âme (1649)
- Idée la plus connue : le cogito, je pense donc je suis, vérité qui résiste au doute le plus radical
Du collège de La Flèche au « poêle » de Neubourg
René Descartes naît le 31 mars 1596 à La Haye, en Touraine, chez sa grand-mère maternelle. Son père, Joachim, est conseiller au parlement de Bretagne ; sa mère, Jeanne Brochard, meurt en mai 1597. Élevé par sa grand-mère, l’enfant entre en 1606 ou 1607 au collège royal de La Flèche, fondé peu avant par Henri IV et tenu par les jésuites, où il reste jusqu’en 1614 ou 1615. Il y apprend le latin, la philosophie d’Aristote enseignée par la scolastique, et les mathématiques, dont seule la certitude le satisfait. En novembre 1616, il obtient à Poitiers sa licence en droit, mais n’exercera jamais.
Décidé à étudier dans le grand livre du monde, il s’engage en 1618 comme gentilhomme volontaire dans l’armée de Maurice de Nassau, à Breda. Il y rencontre le savant néerlandais Isaac Beeckman, qui l’entraîne vers la physique mathématique ; il rédige pour lui un Abrégé de musique. L’année suivante, la guerre de Trente Ans l’emmène en Allemagne, dans l’armée du duc de Bavière. Dans ses quartiers d’hiver, à Neubourg sur le Danube ou près d’Ulm, les sources hésitent, il passe ses journées enfermé dans un « poêle », une chambre chauffée. Dans la nuit du 10 au 11 novembre 1619, selon le récit de son premier biographe, Adrien Baillet, il fait trois songes qu’il interprète comme l’annonce de sa vocation : fonder une science admirable.
En 1622, la vente de biens hérités de sa mère, en Poitou, lui assure une rente qui le dispense de vivre de la science. À Paris, de 1625 à 1627, il fréquente le père Marin Mersenne, qui devient son correspondant et le relais de ses idées dans l’Europe savante. Vers la fin de 1627 ou en 1628, chez le nonce du pape, il critique devant un auditoire savant la philosophie nouvelle d’un certain Chandoux ; le cardinal de Bérulle, présent, lui fait un devoir de conscience de se consacrer à la philosophie.
Au printemps 1629, il s’installe aux Provinces-Unies, où il vivra plus de vingt ans en changeant souvent d’adresse. Il y prépare un grand traité de physique, Le Monde, mais apprend en novembre 1633 la condamnation de Galilée pour avoir soutenu le mouvement de la Terre ; il renonce à publier. En 1635 naît sa fille Francine, de sa liaison avec une servante, Hélène Jans ; il la reconnaît, et sa mort en 1640, à cinq ans, l’accable. Le Discours de la méthode paraît sans nom d’auteur à Leyde, le 8 juin 1637, en français et non en latin. Suivent les Méditations (1641), accompagnées des objections de Hobbes, Gassendi, Arnauld et d’autres, puis les Principes (1644). Accusé d’athéisme par le théologien calviniste Voetius, qui fait condamner sa philosophie par l’université d’Utrecht en 1642, il entretient à partir de 1643 avec la princesse Élisabeth de Bohême une correspondance qui donnera Les Passions de l’âme. Invité par la reine Christine de Suède, il gagne Stockholm en 1649, lui donne des leçons à cinq heures du matin, tombe malade et meurt le 11 février 1650, probablement d’une pneumonie.
Les idées clés
La méthode. Le Discours réduit la méthode à quatre préceptes : ne recevoir pour vrai que ce que l’on connaît évidemment être tel ; diviser chaque difficulté en autant de parties qu’il faut ; conduire ses pensées par ordre, des plus simples aux plus composées ; faire des dénombrements si complets qu’on soit assuré de ne rien omettre. Le livre s’ouvre sur une phrase restée célèbre, « le bon sens est la chose du monde la mieux partagée » (orthographe modernisée) : tous les hommes ont la même capacité de juger, ils diffèrent par la manière de la conduire.
Le doute méthodique et le cogito. Pour trouver un fondement certain, Descartes décide de tenir pour faux tout ce qui peut être mis en doute : les sens, qui trompent parfois ; la distinction de la veille et du rêve ; même les vérités mathématiques, si un Dieu trompeur ou, dans les Méditations, un « mauvais génie, non moins rusé et trompeur que puissant » s’employait à l’abuser (le « malin génie » des commentateurs). Ce doute est volontaire, méthodique et provisoire. Il bute sur une vérité : pendant que je doute, je pense, et pour penser il faut être. Dans le Discours, il l’énonce ainsi : « je pense, donc je suis » (« ie penſe, donc ie ſuis » dans l’orthographe de l’édition de 1637 reproduite par Adam et Tannery). C’est le premier principe de sa philosophie.
Deux substances. Ce que je suis avec certitude, c’est une chose qui pense, une substance dont toute la nature est de penser. La matière, elle, n’est qu’étendue : longueur, largeur, profondeur, figure et mouvement. Ce dualisme fonde une physique entièrement mécanique, où les corps vivants eux-mêmes sont des machines ; les animaux, dépourvus d’âme pensante, en sont la limite la plus discutée. L’homme seul unit les deux substances, et Descartes situe dans la glande pinéale, au centre du cerveau, le lieu de leur interaction.
Dieu, garant de la vérité. Pour sortir du cogito, Descartes prouve l’existence de Dieu : l’idée d’un être parfait, que je trouve en moi, ne peut venir que d’un être parfait. Un Dieu parfait ne saurait être trompeur ; ce que je conçois clairement et distinctement est donc vrai. La science repose ainsi sur une métaphysique, ce qu’il résume, dans la préface de l’édition française des Principes (1647), par l’image de l’arbre : les racines sont la métaphysique, le tronc la physique, les branches la médecine, la mécanique et la morale.
Une morale par provision. En attendant que la science soit achevée, il faut vivre. Le Discours propose trois maximes : obéir aux lois et coutumes de son pays ; être ferme dans ses actions une fois décidé, comme des voyageurs égarés en forêt qui marchent droit au lieu de tourner en rond ; chercher à se vaincre plutôt que la fortune, et à changer ses désirs plutôt que l’ordre du monde.
Une œuvre en contexte : le Discours de la méthode
Le livre paraît à Leyde le 8 juin 1637, sans nom d’auteur, chez l’imprimeur Jan Maire, sous un titre long : Discours de la méthode pour bien conduire sa raison et chercher la vérité dans les sciences. Ce n’est que la préface de trois « essais » scientifiques, La Dioptrique, Les Météores et La Géométrie, qui doivent montrer la méthode à l’œuvre. Après la condamnation de Galilée, Descartes livre ainsi des échantillons de sa physique sans exposer le système du Monde, prudence qu’il ne cache guère.
Le texte se présente comme une autobiographie intellectuelle : l’insatisfaction devant l’enseignement reçu, les voyages, la nuit du poêle, la morale provisoire, puis le cogito, Dieu, la physique et, en sixième partie, l’ambition de rendre les hommes maîtres de la nature, d’abord pour conserver la santé. Le choix du français vise ceux qui se servent de leur raison naturelle plutôt que ceux qui ne croient qu’aux livres anciens, écrit-il. La Géométrie y introduit la méthode qui permet de traduire des courbes en équations, base de la géométrie analytique ; le repère dit cartésien en est issu, même si Descartes ne l’emploie pas encore sous sa forme moderne.
Les critiques et les débats
Le cercle cartésien. Dès 1641, Antoine Arnauld objecte aux Méditations un raisonnement circulaire : Descartes ne serait certain que ce qu’il conçoit clairement est vrai que parce que Dieu existe, et certain que Dieu existe parce qu’il le conçoit clairement. Descartes répond en distinguant les évidences présentes de celles dont on se souvient.
L’union de l’âme et du corps. La princesse Élisabeth lui demande en 1643 comment une âme sans étendue peut mouvoir un corps étendu. Descartes reconnaît qu’il n’a pas de réponse pleinement satisfaisante. Ses successeurs, de Spinoza à Leibniz, proposeront d’autres solutions, et la philosophie de l’esprit discute encore ce problème. En 1949, Gilbert Ryle le raillera comme le mythe d’un fantôme dans la machine.
Un Dieu trop commode ? Les éditions des Pensées de Pascal recueillent un mot que sa nièce Marguerite Périer dit lui avoir entendu : « Je ne puis pardonner à Descartes ». La suite du propos, transmise sous diverses formes, lui reproche d’avoir voulu se passer de Dieu, sauf pour donner au monde une chiquenaude. L’Église met ses œuvres à l’Index en 1663, notamment parce que sa conception de la matière paraît difficile à concilier avec le dogme de l’eucharistie. Les empiristes, Locke puis Hume, contestent quant à eux l’existence d’idées innées et la prétention de fonder la science sur la seule raison.
La mort de Descartes. Une hypothèse d’empoisonnement à l’arsenic a été défendue par Eike Pies (1996) puis Theodor Ebert. En 2020, l’analyse par le médecin légiste Philippe Charlier des ossements attribués à Descartes n’a trouvé ni arsenic ni mercure ; l’explication la plus communément admise reste une pneumonie contractée dans l’hiver suédois.
Ce qu’il en reste aujourd’hui
Le repère cartésien, la notation algébrique moderne, avec les premières lettres de l’alphabet pour les grandeurs connues et les dernières pour les inconnues, la loi de la réfraction qu’il publie en 1637 et que Snell avait trouvée avant lui sans la publier : la part mathématique et physique de son œuvre est passée dans l’enseignement courant. Philosophiquement, la question qu’il a posée, partir du sujet pensant pour fonder la connaissance, structure la philosophie moderne jusqu’à Kant et au-delà. L’adjectif cartésien désigne en français un esprit méthodique et clair, parfois avec une nuance de raideur.
Ce qu’un investisseur ou un trader peut en tirer
La deuxième maxime de la morale provisoire est une leçon de décision sous incertitude : le voyageur perdu en forêt ne sait pas où est la sortie, mais il sait qu’à tourner en rond il n’en sortira jamais. Descartes ne prétend pas que la direction choisie soit la bonne ; il dit qu’un choix tenu avec constance vaut mieux que l’irrésolution. Sur les marchés, cela s’appelle tenir un plan : décider à froid, avant, les conditions d’entrée et de sortie, puis ne pas en changer pour de faibles raisons, mais pour de bonnes.
La troisième maxime, plus stoïcienne, rappelle ce qui est en notre pouvoir : nos décisions, non le prix. Quant aux quatre préceptes de la méthode, ils décrivent assez bien la discipline d’une analyse : ne pas accepter une information sans l’avoir vérifiée, découper un problème, avancer du simple au complexe, vérifier qu’on n’a rien oublié. La limite est connue depuis Pascal : la raison seule ne protège pas des passions, et les biais décrits par Daniel Kahneman montrent combien le jugement clair et distinct est rare quand l’argent est en jeu.
Questions fréquentes
Que veut dire « Je pense, donc je suis » ?
La formule, publiée en français dans le Discours de la méthode (1637), signifie que celui qui doute de tout ne peut douter qu’il pense, et donc qu’il existe pendant qu’il pense. C’est la première certitude sur laquelle Descartes reconstruit le savoir. La version latine, cogito, ergo sum, apparaît dans les Principes de la philosophie (1644).
Qu’est-ce que le doute méthodique de Descartes ?
C’est la décision de rejeter provisoirement tout ce qui peut être mis en doute, les sens, les rêves, même les mathématiques, pour voir ce qui résiste. Contrairement au doute sceptique, il est un moyen et non une fin : il vise à atteindre une certitude.
Quel livre de Descartes lire en premier ?
Le Discours de la méthode, court, écrit en français et autobiographique, est la meilleure entrée. Les Méditations métaphysiques, plus exigeantes, développent ensuite le doute, le cogito et les preuves de l’existence de Dieu.
Comment est mort Descartes ?
Descartes est mort à Stockholm le 11 février 1650, quelques mois après son arrivée à la cour de la reine Christine, probablement d’une pneumonie. L’hypothèse d’un empoisonnement, avancée à la fin du XXe siècle, reste minoritaire.
Pour aller plus loin
- Montaigne, dont le doute sceptique est celui que Descartes veut dépasser
- Thomas Hobbes, auteur des troisièmes objections aux Méditations
- Augustin d’Hippone et son « si je me trompe, je suis », ébauche du cogito
- Aristote, la physique de l’École que Descartes voulut remplacer
- Jean-Paul Sartre, qui consacra un essai à « La liberté cartésienne »
La première difficulté du trading n’est pas technique : elle se trouve entre la chaise et l’écran. Auteur de « Devenez Trader Pro » et préfacier de « La Psychologie des foules » de Gustave Le Bon, je partage ici ce que trente ans de marchés m’ont appris sur la discipline, la peur et l’ego.
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