Histoire de Danone : de la pharmacie de Barcelone au géant mondial du yaourt

Danone est un groupe agroalimentaire français coté au CAC 40, qui vend des produits laitiers et végétaux, de la nutrition infantile et médicale et des eaux en bouteille. Son histoire tient en deux lignées qui se sont rejointes en 1973 : celle d’un yaourt vendu en pharmacie à Barcelone par un immigré de Salonique, et celle d’un verrier qui a voulu passer du contenant au contenu.
Danone en bref
- Fondation : 1919, à Barcelone, par Isaac Carasso ; la société actuelle descend aussi de BSN, fondé en 1966 par Antoine Riboud.
- Siège : Paris, rue La Fayette (9e arrondissement).
- Dirigeants : Antoine de Saint-Affrique, directeur général depuis le 15 septembre 2021 ; Gilles Schnepp, président du conseil d’administration depuis mars 2021.
- Activités : produits laitiers et d’origine végétale, nutrition spécialisée (laits infantiles, nutrition médicale), eaux.
- Marques principales : Danone, Activia, Actimel, Alpro, Silk, Aptamil, Nutricia, Blédina, evian, Volvic, Aqua.
- Effectifs : 88 670 salariés fin 2025, dont plus au Mexique (15 267) qu’en France (9 175).
- Cotation : Euronext Paris, membre du CAC 40.
- Chiffre d’affaires 2025 : 27,3 milliards d’euros.
Quelle est l’histoire de Danone ?
1919-1939 : un yaourt vendu en pharmacie
Isaac Carasso naît à Salonique, en 1874 ou en 1875 selon les sources, alors ville ottomane, dans une famille juive séfarade. Peu après la prise de la ville par la Grèce, en 1912, il s’installe à Barcelone. Il y constate que beaucoup d’enfants souffrent de troubles digestifs, et il connaît les travaux d’Élie Metchnikoff, chercheur de l’Institut Pasteur et prix Nobel de médecine en 1908, qui prêtait au lait fermenté des Balkans des vertus pour l’intestin. En 1919, il lance dans un petit atelier barcelonais la fabrication de yaourts, avec des ferments obtenus auprès de l’Institut Pasteur, et les vend d’abord en pharmacie, comme un remède.
Il donne à son affaire le nom de son fils Daniel. Selon l’explication la plus répandue, « Danone » vient de « Danón », diminutif catalan de Daniel, soit « petit Daniel ». On lit parfois que le « e » final aurait été ajouté pour pouvoir déposer la marque ; l’histoire est jolie, mais aucune source sérieuse ne l’établit.
Daniel Carasso, né en 1905, fait ses études de commerce à Marseille. En 1929, il ouvre à Paris, à Montmartre, la filiale française de l’entreprise paternelle, puis une première usine à Levallois-Perret en 1932. Isaac Carasso meurt en 1939.
1939-1972 : Dannon, Gervais Danone et un verrier ambitieux
Juif, Daniel Carasso quitte la France occupée pour les États-Unis. En 1942, à New York, avec un associé d’origine suisse, Joe Metzger, et le fils de celui-ci, Juan, il reprend une petite fabrique de yaourts du Bronx et la baptise Dannon Milk Products : deux « n » pour que les Américains prononcent le nom à peu près correctement. Le succès vient vers 1950, quand Dannon ajoute de la confiture de fraise au fond du pot.
Daniel Carasso rentre en Europe après la guerre, et les Metzger dirigent l’affaire américaine, qui est vendue en 1959 au groupe Beatrice Foods. La France reste son terrain : en 1967, Danone fusionne avec les fromageries Gervais, et Gervais Danone devient le premier groupe français de produits laitiers frais.
Pendant ce temps naît l’autre moitié de l’histoire. En 1966, deux verriers, les Glaces de Boussois et Souchon-Neuvesel, fusionnent ; dirigée par Antoine Riboud, la nouvelle société prend l’année suivante le nom de BSN. Fin 1968, celui-ci lance contre Saint-Gobain une offre publique hostile, la première du genre en France. Elle échoue. Riboud en tire une leçon : plutôt que de fabriquer les bouteilles, mieux vaut vendre ce qu’on met dedans. Au début des années 1970, BSN prend le contrôle de Kronenbourg, de la Société européenne de brasseries et d’evian, et plus tard de Blédina. En 1972, à Marseille, Riboud prononce un discours sur la responsabilité sociale de l’entreprise que le groupe cite encore comme son acte de naissance moral.
1973-1996 : BSN, de l’emballage à l’assiette
Antoine Riboud et Daniel Carasso se rencontrent en 1972 ; en 1973, BSN et Gervais Danone fusionnent pour former BSN-Gervais Danone. L’alimentaire pèse alors 52 % des ventes du nouveau groupe, premier de l’agroalimentaire français. Le verre recule : le groupe vend en 1979 son activité de verre plat, et reprend en 1983 le nom plus court de BSN.
Suivent quinze années d’achats. Le groupe rachète Dannon à Beatrice Foods en 1981, pour 84,3 millions de dollars, afin de récupérer aux États-Unis un nom qu’il possède partout ailleurs. Il s’offre Amora, Maille, Liebig, La Pie qui chante, puis Générale Biscuit et ses biscuits LU en 1986, et les filiales européennes de Nabisco en 1989, dont Belin. Il prend pied en Chine dans les années 1980, avec une première usine de yaourts à Canton en 1987. En 1991, Antoine Riboud se fait photographier sur la Grande Muraille par son frère, le photographe Marc Riboud.
Le sigle BSN est connu des actionnaires, mais il ne dit rien aux consommateurs. Le 7 juillet 1994, les actionnaires votent le changement de nom : BSN devient Danone, d’après la marque qui fait à elle seule près du quart des ventes. En mai 1996, Antoine Riboud passe la main à son fils Franck ; il meurt en 2002.
1996-2014 : Franck Riboud vend pour se concentrer
L’ère Franck Riboud est celle des cessions. À partir de 1997, l’épicerie part par blocs : Panzani et Amora Maille d’abord, puis la confiserie, Carambar compris, en 1998. Le groupe se sépare en 1999 de l’emballage, métier d’origine de BSN, puis de la bière : Kronenbourg est vendu en 2000. Le recentrage a son revers : en 2001, l’annonce de la fermeture de deux usines LU, à Calais et à Ris-Orangis, par un groupe bénéficiaire, provoque des appels au boycott et une crise d’image durable.
Le grand pari chinois tourne mal. En 1996, Danone prend 51 % de coentreprises avec Hangzhou Wahaha, grand groupe chinois de boissons sans alcool. En 2007, il accuse son partenaire, Zong Qinghou, d’avoir monté une quarantaine de sociétés parallèles vendant des produits Wahaha hors de la coentreprise. Le conflit devient affaire d’État, au point que Nicolas Sarkozy l’évoque avec Hu Jintao lors d’une visite à Pékin, en 2008. Un accord amiable est signé le 30 septembre 2009 : Danone vend ses 51 % à ses partenaires chinois, pour un prix non publié.
L’année 2007 est celle du grand virage. Le 3 juillet, Danone annonce la vente de ses biscuits, LU compris, à l’américain Kraft Foods pour 5,3 milliards d’euros. Une semaine plus tard, il propose 12,3 milliards d’euros pour le néerlandais Numico, spécialiste de la nutrition infantile et médicale (Nutricia, Milupa). En quelques mois, le vendeur de biscuits devient un groupe de nutrition. En 2010, il s’allie en Russie à Unimilk.
2014-2021 : Emmanuel Faber, la mission et la chute
Emmanuel Faber devient directeur général le 1er octobre 2014, puis président-directeur général en 2017. Il rachète l’américain WhiteWave, opération annoncée le 7 juillet 2016 pour environ 12,5 milliards de dollars dette comprise et conclue le 12 avril 2017. Elle apporte les boissons végétales Silk et Alpro, qui pèsent aujourd’hui dans le chiffre d’affaires, ainsi que le lait bio Horizon Organic, revendu en 2024 ; pour obtenir le feu vert américain, Danone doit céder son yaourt bio Stonyfield.
Le 26 juin 2020, plus de 99 % des actionnaires votent l’adoption du statut d’« entreprise à mission », créé par la loi Pacte : Danone devient la première société cotée à inscrire dans ses statuts une raison d’être et des objectifs sociaux et environnementaux. Neuf mois plus tard, le même conseil congédie son auteur. Sous la pression de deux fonds activistes, Bluebell Capital et Artisan Partners, qui jugent la marge et le cours de Bourse insuffisants, Emmanuel Faber accepte d’abord, début mars, de céder la direction générale pour ne garder que la présidence ; le 14 mars 2021, le conseil le démet de ses fonctions « avec effet immédiat ». Gilles Schnepp, ancien patron de Legrand, prend la présidence. La mission, elle, reste dans les statuts.
Depuis 2021 : Antoine de Saint-Affrique et le plan Renew
Antoine de Saint-Affrique, ancien d’Unilever et ancien directeur général du chocolatier Barry Callebaut, prend la direction générale le 15 septembre 2021. L’histoire a de l’humour : en 1997, il avait été vice-président marketing d’Amora Maille, que Danone venait de céder. Il présente en 2022 son plan Renew Danone. Il conduit la sortie des produits laitiers en Russie, annoncée en octobre 2022 après l’invasion de l’Ukraine ; l’État russe prend le contrôle de la filiale en juillet 2023, et la cession est achevée en mai 2024. Les rachats récents, de Kate Farms à Huel, poursuivent le mouvement vers la nutrition ; ils sont détaillés dans l’analyse SWOT.
Que fait Danone aujourd’hui ?
Danone se décrit comme numéro un mondial des produits laitiers frais et des produits d’origine végétale, et numéro deux des eaux conditionnées. En 2025, il a réalisé 27,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires, réparti en trois catégories :
- Produits laitiers et d’origine végétale (environ 48 % des ventes) : Danone, Activia, Actimel, Danette, Danonino, Oikos, Alpro, Silk, International Delight.
- Nutrition spécialisée (environ 34 %) : Aptamil, Nutrilon, Blédina, Gallia, Cow & Gate, Nutricia, Neocate.
- Eaux (18 %) : evian, Volvic, Badoit, Aqua, Bonafont, Mizone, Żywiec Zdrój.
L’Europe ne fait plus que 36 % des ventes, devant l’Amérique du Nord (23 %), la zone Asie, Moyen-Orient et Afrique (16 %), la zone Chine, Asie du Nord et Océanie (14 %) et l’Amérique latine (10 %). La France compte pour 2,3 milliards d’euros, environ 8 % du total.
Qui sont les dirigeants de Danone ?
- Isaac Carasso (1919-1939) : fondateur de Danone à Barcelone.
- Daniel Carasso (1929-1973) : fondateur de la filiale française et de Dannon, artisan des fusions avec Gervais puis BSN ; président d’honneur jusqu’à sa mort, en 2009, à 103 ans.
- Antoine Riboud (1966-1996) : patron de BSN, puis de BSN-Gervais Danone, redevenu BSN en 1983 et rebaptisé Danone en 1994.
- Franck Riboud (1996-2017) : président-directeur général de 1996 à 2014, puis président jusqu’en 2017.
- Emmanuel Faber (2014-2021) : directeur général, puis président-directeur général à partir de 2017.
- Gilles Schnepp (depuis 2021) : président du conseil d’administration.
- Antoine de Saint-Affrique (depuis 2021) : directeur général.
Quel est le parcours de Danone en Bourse ?
L’action Danone est l’héritière de celle de BSN, rebaptisée en 1994. Elle est cotée sur Euronext Paris (compartiment A, code BN) et fait partie des indices CAC 40 et Euro Stoxx 50. Un épisode dit bien la place des actionnaires dans l’histoire récente : en mars 2021, au lendemain de l’éviction d’Emmanuel Faber, réclamée par deux fonds activistes, l’action gagne plus de 4 % dès le lundi matin.
Quels sont les chiffres clés de Danone depuis 2021 ?
| Exercice | Chiffre d’affaires | Résultat opérationnel courant | Résultat net part du groupe |
|---|---|---|---|
| 2021 | 24,28 | 3,34 | 1,92 |
| 2022 | 27,66 | 3,38 | 0,96 |
| 2023 | 27,62 | 3,48 | 0,88 |
| 2024 | 27,38 | 3,56 | 2,02 |
| 2025 | 27,28 | 3,67 | 1,83 |
En milliards d’euros, comptes publiés par Danone. Les résultats nets de 2022 et 2023 sont amputés par des charges non courantes, liées notamment à la Russie.
Questions fréquentes sur Danone
Qui a fondé Danone ?
Isaac Carasso, né à Salonique, alors ottomane, a fondé Danone à Barcelone en 1919. Son fils Daniel a créé la filiale française en 1929.
D’où vient le nom Danone ?
Isaac Carasso a nommé son entreprise d’après son fils Daniel. L’explication la plus répandue fait venir le nom de « Danón », diminutif catalan de Daniel. Aux États-Unis, la marque s’écrit Dannon depuis 1942.
Qui dirige Danone ?
Antoine de Saint-Affrique est directeur général depuis le 15 septembre 2021. Gilles Schnepp préside le conseil d’administration depuis mars 2021, après l’éviction d’Emmanuel Faber.
Pourquoi Danone a-t-il vendu LU ?
Pour se concentrer sur la santé et la nutrition. En 2007, le groupe a cédé ses biscuits à Kraft Foods pour 5,3 milliards d’euros, puis racheté Numico, spécialiste de la nutrition infantile et médicale, pour 12,3 milliards d’euros.
Toutes nos analyses sont réunies sur la page des analyses SWOT des grandes entreprises.
Sources
- Danone, « Un siècle d’innovation » (page d’histoire du groupe, consultée le 9 octobre 2026)
- Danone, document d’enregistrement universel 2025 (4 mars 2026)
- Danone, résultats du premier semestre 2026 (29 juillet 2026)
- Danone, résultats annuels 2021 (23 février 2022)
- Danone, résultats annuels 2022 (22 février 2023)
- Danone, résultats annuels 2023 (22 février 2024)
- Danone, « Danone reçoit le plébiscite de ses actionnaires pour devenir la première Entreprise à Mission cotée » (26 juin 2020)
- Danone, biographie d’Antoine de Saint-Affrique (consultée le 9 octobre 2026)
- BFM Bourse, « Danone : le groupe va mettre la main sur WhiteWave pour 12,5 milliards de dollars » (juillet 2016)
- Libération (La Libre Belgique), « Danone : Emmanuel Faber vaincu par la loi des marchés » (15 mars 2021)
Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.
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