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Charlie Munger : biographie, méthode et modèles mentaux de l’associé de Buffett

Charlie Munger, avocat devenu investisseur, a converti Warren Buffett aux entreprises de qualité, enseigné l’art d’éviter les erreurs de jugement et perdu près d’un tiers de son fonds deux années de suite.

Charlie Munger : L’avocat qui collectionnait les erreurs humaines pour les éviter

Qui était Charlie Munger ?

Charlie Munger (1924-2023) est un avocat et investisseur américain, né à Omaha, vice-président de Berkshire Hathaway de 1978 à sa mort et principal associé de Warren Buffett. Il a géré son propre fonds de 1962 à 1975, présidé la société financière Wesco et le groupe de presse Daily Journal, et laissé une réflexion très suivie sur les erreurs de jugement humaines.

Buffett lui attribue un rôle décisif : c’est Munger qui l’a convaincu de payer un prix correct pour une entreprise remarquable plutôt qu’un prix bas pour une entreprise médiocre. Dans sa première lettre après la mort de son associé, Buffett écrit que Munger devrait être considéré pour toujours comme « l’architecte » de Berkshire, lui-même n’ayant été que le chef de chantier.

Charlie Munger en résumé

Fils et petit-fils de juristes, entré à Harvard sans licence, Munger a fait carrière dans le droit à Los Angeles avant de se convertir à l’investissement au début des années 1960, sous l’influence de Buffett, rencontré en 1959. Il a appliqué la méthode de la valeur avec une concentration extrême, puis l’a infléchie vers la qualité, et a passé ses dernières décennies à enseigner, en public et avec un humour très sec, l’art d’éviter les bêtises.

  • Famille : La valeur et le long terme
  • Naissance : 1er janvier 1924, à Omaha, dans le Nebraska.
  • Mort : 28 novembre 2023, à Santa Barbara, en Californie, à 99 ans.
  • Nationalité : américaine.
  • Marchés : actions américaines, entreprises non cotées ; plus tard actions chinoises.
  • Style : investissement dans la qualité à prix raisonnable, portefeuille très concentré, longue détention, pluridisciplinarité.
  • Coup le plus célèbre : le constructeur chinois BYD, acheté par Berkshire en 2008 sur sa recommandation pour 232 millions de dollars.
  • Livres : aucun livre écrit de sa main ; ses discours sont réunis dans Poor Charlie’s Almanack (2005), édité par Peter Kaufman.

La vie de Charlie Munger : l’avocat qui préférait les erreurs des autres

Charles Thomas Munger naît le 1er janvier 1924 à Omaha, dans une famille de juristes : son grand-père est juge fédéral, son père avocat. Adolescent, il travaille dans l’épicerie du grand-père de Warren Buffett, sans croiser le petit-fils. Il étudie les mathématiques à l’université du Michigan, s’engage dans l’armée de l’air en 1943, qui l’envoie apprendre la météorologie à Caltech, en Californie. Après la guerre, il entre à la faculté de droit de Harvard sans avoir terminé sa licence, grâce à l’intervention d’un ancien doyen, ami de la famille, et en sort en 1948 avec mention.

Il s’installe à Los Angeles comme avocat. Sa vie personnelle est rude : divorcé en 1953, il perd peu après un fils de 9 ans, Teddy, emporté par une leucémie. Il se remarie en 1956 avec Nancy Barry. En 1959, de passage à Omaha, il rencontre Buffett lors d’un déjeuner ; les deux hommes, raconte-t-on, se mettent à parler d’investissement et ne s’arrêtent plus.

En 1962, il cofonde le cabinet Munger, Tolles & Olson et, la même année, une société d’investissement, Wheeler, Munger & Co., avec un membre de la Bourse du Pacifique, Jack Wheeler. Il abandonne bientôt le droit pour la gestion. Après deux années catastrophiques, il ferme son fonds en 1975. Il rejoint officiellement Berkshire en 1978 comme vice-président, préside Wesco de 1984 à 2011 et le Daily Journal de 1977 à 2022, siège au conseil de Costco. Dans la cinquantaine, une opération de la cataracte ratée lui coûte l’œil gauche.

À partir des années 1990, ses discours deviennent des événements : à l’université de Californie du Sud en 1994 sur la « sagesse élémentaire du monde », à Harvard en 1995 sur la psychologie des erreurs de jugement. Philanthrope, il finance des résidences universitaires qu’il dessine lui-même, parfois sans fenêtres dans les chambres, ce qui lui vaut quelques polémiques. Il meurt le 28 novembre 2023 dans un hôpital de Santa Barbara, trente-quatre jours avant ses cent ans.

Quelle était la méthode de Charlie Munger ?

Munger a commencé, comme tous les élèves de Graham, par chercher des aubaines. Mais il a vite préféré la qualité : une entreprise capable de réinvestir ses bénéfices à un taux élevé pendant des années vaut davantage qu’une affaire bon marché sans avenir. C’est lui qui pousse Berkshire, en 1972, à payer le chocolatier See’s Candies trois fois son actif net, un épisode raconté dans notre histoire de Berkshire Hathaway. Les idées de Philip Fisher sur les entreprises d’exception passent largement par lui.

Il concentrait à l’extrême. Le tableau publié par Buffett en 1984 montre que son fonds, à l’opposé de celui de Walter Schloss, ne détenait qu’un très petit nombre de titres, et en acceptait la volatilité. Munger comparait l’investissement au jeu de cartes, qu’il pratiquait depuis l’armée : on se couche vite quand les chances sont contre soi, et l’on mise lourd, rarement, quand on dispose d’un vrai avantage.

Son originalité tient à sa « grille de modèles mentaux » : emprunter les idées essentielles de la psychologie, de la biologie, de la physique, des mathématiques ou du droit, et vérifier chaque décision à travers elles. Il recommandait aussi l’inversion, empruntée au mathématicien Carl Jacobi : au lieu de se demander comment réussir, se demander comment échouer à coup sûr, puis l’éviter.

Enfin, il traquait les biais. Son discours de 1995 en recense une vingtaine : la puissance des incitations, la cohérence avec ses engagements passés, l’imitation des autres, le respect de l’autorité. Il appelait « effet lollapalooza » la convergence de plusieurs biais dans la même direction, qui produit selon lui les comportements les plus extrêmes. La réunion Tupperware, où se cumulent réciprocité, engagement et preuve sociale, était son exemple favori.

Quel est le coup le plus célèbre de Charlie Munger ?

En 2008, Li Lu, un gérant d’origine chinoise dont Munger est l’un des investisseurs, lui présente BYD, un fabricant de batteries de Shenzhen devenu constructeur automobile, dirigé par un ingénieur, Wang Chuanfu. Munger est séduit par l’homme et par l’entreprise, et en parle à Buffett. Le 29 septembre 2008, en pleine crise financière mondiale, la filiale énergétique de Berkshire achète 225 millions d’actions BYD à 8 dollars de Hong Kong l’unité, soit environ 232 millions de dollars, près de 10 % de l’entreprise.

Dans sa lettre sur l’exercice 2008, Buffett évoque déjà la voiture électrique de cette « entreprise étonnante ». Fin 2009, la participation vaut 1,99 milliard de dollars dans les comptes de Berkshire ; fin 2021, 7,69 milliards. Berkshire commence à vendre en août 2022, et la totalité est cédée au plus tard au 31 mars 2025, d’après les comptes de sa filiale énergétique, ce qu’un porte-parole confirme en septembre 2025. Selon les estimations publiées, le cours a progressé de plusieurs milliers de pour cent pendant la détention.

Le pari réunit tout Munger : une conviction construite sur un dirigeant, une mise importante au plus mauvais moment du marché, et une patience de quatorze ans avant la première vente.

Quelle a été la pire erreur de Charlie Munger ?

La plus chiffrée est publique, puisque Buffett l’a publiée lui-même en 1984. De 1962 à 1972, le fonds de Munger gagne en moyenne bien plus que le marché. Puis viennent 1973 et 1974 : −31,9 % puis −31,5 %, quand le Dow Jones, dividendes compris, perd 23,1 % puis 13,1 % selon le même tableau. Le capital de ses associés est réduit de plus de moitié en deux ans. Le fonds rebondit de 73,2 % en 1975, ce qui ne suffit pas à le rattraper, et Munger le ferme.

Le bilan global reste remarquable, 19,8 % par an de 1962 à 1975 avant sa rémunération, contre 5,0 % pour le Dow Jones, mais le chemin a été brutal. La concentration, qui faisait sa force, a fait son malheur quand ses quelques titres ont chuté ensemble. Munger en a tiré une règle de vie : on ne fait de gros paris qu’avec un capital qui peut les supporter et des associés qui ne partiront pas au mauvais moment.

À la fin de sa vie, il a ajouté une erreur à sa liste : l’achat d’actions Alibaba par le Daily Journal en 2021, qu’il a lui-même rangé parmi ses pires décisions à l’assemblée du groupe en février 2023. La leçon est la même : même les meilleurs se trompent, et l’important est que l’erreur ne soit pas fatale. Le biais en jeu dans ses deux grands revers s’appelle l’excès de confiance, celui qu’il dénonçait le plus volontiers chez les autres.

Qu’a ajouté la légende à l’histoire de Charlie Munger ?

La légende principale fait de Munger le génie caché derrière Buffett. Elle contient une part de vérité, que Buffett a lui-même affirmée, mais elle fausse les proportions : c’est Buffett qui a dirigé Berkshire et pris la grande majorité des décisions, et Munger n’en a jamais revendiqué le mérite. Il préférait le rôle de l’associé qui dit non.

Deuxième légende, les citations. Les plus célèbres phrases sur les incitations, sur l’art de savoir où l’on mourra pour ne jamais y aller, ou sur la vie sans envie, circulent sous des formes très variables, souvent raccourcies. Elles s’inspirent de discours réels, en particulier ceux de 1986, 1994 et 1995 réunis dans Poor Charlie’s Almanack, mais une citation sans date ni texte d’origine doit être tenue pour une paraphrase. Celle que l’on retrouve à coup sûr dans le discours de 1995 est l’anecdote de FedEx : les équipes de nuit ne parvenaient pas à transférer les colis à temps tant qu’on les payait à l’heure ; le problème a disparu le jour où on les a payées à la vacation.

Enfin, on présente souvent sa liste d’erreurs de jugement comme une invention personnelle. Munger lui-même la disait faite d’emprunts, à la psychologie sociale en particulier, et elle recoupe largement les travaux que Daniel Kahneman et Amos Tversky menaient à la même époque dans le monde universitaire. Son mérite est d’en avoir fait une liste de contrôle pour décider, pas une théorie.

Que peut apprendre un trader de Charlie Munger ?

Munger méprisait la spéculation à court terme, mais sa façon de penser s’applique à toute prise de risque : savoir quand on a un avantage, miser fort seulement dans ce cas, et surtout ne pas se détruire en route.

  • Inversez la question : avant chaque position, listez les façons sûres de perdre, et éliminez-les.
  • Misez gros seulement sur un avantage clair, et rarement : le reste du temps, se coucher est une décision.
  • Méfiez-vous des incitations, les vôtres comprises : un objectif mal défini produit des comportements absurdes.
  • Vérifiez que plusieurs biais ne poussent pas dans le même sens : la convergence de l’euphorie, de l’imitation et de l’engagement est le terrain des pires décisions.
  • Une concentration extrême exige un capital et des nerfs capables d’encaisser −30 % deux années de suite.

Quels livres lire sur Charlie Munger ?

  • Peter D. Kaufman (éd.), Poor Charlie’s Almanack : The Wit and Wisdom of Charles T. Munger, Donning Company, 2005 ; réédition Stripe Press, 2023. Traduction française : L’Almanach de ce bon vieux Charlie, Valor, 2025.
  • Tren Griffin, Charlie Munger : The Complete Investor, Columbia Business School Publishing (Columbia University Press), 2015. Traduction française : Charlie Munger, l’investisseur avisé, Valor, 2017.
  • Janet Lowe, Damn Right ! Behind the Scenes with Berkshire Hathaway Billionaire Charlie Munger, John Wiley & Sons, 2000 : la biographie écrite de son vivant (pas de traduction française recensée).
  • Peter Bevelin, Seeking Wisdom : From Darwin to Munger, Post Scriptum, 2003 ; troisième édition, PCA Publications, 2007 : une exploration des modèles mentaux (pas de traduction française recensée).

Questions fréquentes sur Charlie Munger

Quand Charlie Munger est-il mort ?

Le 28 novembre 2023, dans un hôpital de Santa Barbara, en Californie, à 99 ans, trente-quatre jours avant son centième anniversaire. Il était encore vice-président de Berkshire Hathaway.

Quelle était la fortune de Charlie Munger ?

Selon Forbes, elle était estimée à environ 2,6 milliards de dollars à sa mort, en novembre 2023 : bien moins que celle de Buffett, car il détenait une part beaucoup plus faible de Berkshire et en avait déjà beaucoup donné.

Qu’est-ce que l’effet lollapalooza ?

C’est le nom que Munger donnait à la convergence de plusieurs biais psychologiques dans la même direction, qui produit selon lui des comportements extrêmes. Il l’a exposé dans son discours de Harvard de 1995 sur la psychologie des erreurs de jugement.

Quel livre de Charlie Munger lire ?

Poor Charlie’s Almanack, qui réunit ses principaux discours, dont celui de 1995 sur les erreurs de jugement. Il existe en français depuis 2025 sous le titre L’Almanach de ce bon vieux Charlie.

Pour aller plus loin

L’auteur

Benoist Rousseau

Sièges CME & CBOT · Trader depuis 1994

Benoist Rousseau est trader, membre du Chicago Mercantile Exchange (CME) et du Chicago Board of Trade (CBOT), spécialiste en histoire économique formé à la Sorbonne et pédagogue expérimenté. Il a ainsi créé son École de Trading en 2022.
Fort de plus de 30 ans d’expérience sur les futures CME, il partage analyses de séance, replays de trades commentés, psychologie et gestion du risque — sans signaux ni promesses, du trading brut et sans filtre.

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