DeutschEnglishEspañolFrançaisItalianoPortuguês
Rejoindre le forum

Benito Mussolini : biographie, fascisme, dictature et quota 90

Socialiste devenu fondateur du fascisme, Benito Mussolini gouverna l’Italie de 1922 à 1943, sacrifia l’économie au prestige de la lire, conquit l’Éthiopie et suivit Hitler jusqu’à la défaite.

Benito Mussolini : Le Duce qui fit de la lire un drapeau, et de l’Italie un vaincu

Qui était Benito Mussolini ?

Benito Mussolini (1883-1945) est un homme politique italien, ancien dirigeant socialiste, qui fonda en 1919 le mouvement fasciste et gouverna l’Italie de 1922 à 1943, d’abord comme chef d’un gouvernement de coalition, puis comme dictateur à partir de janvier 1925. Allié de l’Allemagne nazie, il fut renversé en juillet 1943 et fusillé par des partisans en avril 1945.

Il a donné son nom générique à un type de régime : parti unique, culte du chef, milice, corporatisme, guerre comme horizon. Sa politique économique fut d’abord orthodoxe, puis dirigiste, et toujours subordonnée au prestige : la lire forte de 1927 en est l’exemple le plus pur.

Benito Mussolini en résumé

Fils d’un forgeron socialiste et d’une institutrice de Romagne, Mussolini dirige le quotidien du Parti socialiste avant d’être exclu en 1914 pour avoir prôné l’entrée en guerre. Il fonde les Faisceaux en 1919, s’appuie sur les violences des squadristes contre les ligues paysannes et ouvrières, et reçoit le pouvoir du roi en octobre 1922. Dictateur à partir de 1925, il conquiert l’Éthiopie, s’allie à Hitler, entre en guerre en 1940 et perd tout en 1943-1945.

  • Époque : Le XXe siècle
  • Naissance : 29 juillet 1883, Dovia di Predappio (Romagne)
  • Mort : 28 avril 1945, Giulino di Mezzegra (lac de Côme)
  • Pays : Italie
  • Fonctions : directeur de l’Avanti ! (1912-1914), président du Conseil puis chef du gouvernement (30 octobre 1922-25 juillet 1943), Duce du fascisme, chef de la République sociale italienne (1943-1945)
  • Œuvre principale : l’État fasciste (lois de 1925-1926), les accords du Latran (1929), l’IRI (1933)
  • À retenir : il fixa la lire à environ 90 pour une livre sterling en 1927 par pur prestige, au prix d’une déflation imposée aux salariés

La vie de Benito Mussolini : le socialiste qui inventa le fascisme et le paya de sa vie

Benito Mussolini naît le 29 juillet 1883 à Dovia di Predappio, en Romagne. Son père, forgeron, est un militant socialiste ; sa mère, institutrice. Instituteur lui-même, il émigre en Suisse en 1902, vit de petits métiers et d’articles, est expulsé du canton de Genève en 1904. Rentré en Italie, journaliste et agitateur, il devient en 1912 directeur de l’Avanti !, le quotidien du Parti socialiste, dont il fait monter le tirage.

En octobre 1914, il se prononce pour l’entrée en guerre de l’Italie. Exclu du parti, il fonde en novembre son propre journal, Il Popolo d’Italia. Mobilisé en 1915, blessé en 1917, il retrouve sa rédaction. Le 23 mars 1919, à Milan, place San Sepolcro, il fonde les Faisceaux italiens de combat avec une poignée d’anciens combattants. Battus aux élections de novembre 1919, les fascistes prospèrent ensuite grâce aux « escouades » qui, avec l’argent des propriétaires terriens, incendient les sièges des syndicats et des coopératives de la plaine du Pô.

Fin octobre 1922, les chemises noires convergent vers Rome. Le roi Victor-Emmanuel III refuse de signer l’état de siège et appelle Mussolini, qui arrive de Milan en wagon-lit et forme le 30 octobre un gouvernement de coalition. La loi Acerbo de 1923 donne les deux tiers des sièges à la liste arrivée en tête. Le 10 juin 1924, le député socialiste Giacomo Matteotti, qui avait dénoncé les fraudes et les violences électorales, est enlevé et assassiné par des fascistes. Le 3 janvier 1925, Mussolini revendique devant la Chambre la responsabilité politique de ce qui s’est passé ; suivent la suppression des partis, de la presse libre et des syndicats indépendants, et la création d’une police politique, l’OVRA.

Le régime signe avec le Saint-Siège les accords du Latran le 11 février 1929. En octobre 1935, il envahit l’Éthiopie et y emploie des gaz de combat ; l’empire est proclamé en mai 1936. L’intervention en Espagne, l’Axe avec Berlin en 1936, les lois raciales antijuives de 1938 et le pacte d’Acier de mai 1939 le lient à Hitler. Il déclare la guerre à la France et au Royaume-Uni le 10 juin 1940.

Les défaites en Grèce, en Afrique et en Russie, puis le débarquement allié en Sicile, provoquent sa chute : le 25 juillet 1943, le Grand Conseil du fascisme vote contre lui et le roi le fait arrêter. Libéré par un commando allemand au Gran Sasso le 12 septembre, il dirige dans le Nord la République sociale italienne, dite de Salò, sous contrôle allemand. Le 27 avril 1945, des partisans l’arrêtent alors qu’il fuit vers la Suisse avec sa maîtresse Clara Petacci. Il est fusillé le lendemain ; les corps sont pendus par les pieds à Milan, piazzale Loreto.

Qu’a accompli Benito Mussolini, et que reste-t-il de son œuvre ?

Il ne reste presque rien des institutions fascistes : le parti unique, les corporations, l’empire colonial et la monarchie qui l’avait laissé faire ont disparu en 1943-1946. La Constitution italienne de 1948 interdit la reconstitution du parti fasciste.

Trois héritages ont pourtant duré. Les accords du Latran, qui créent l’État de la Cité du Vatican, sont toujours en vigueur, révisés en 1984. L’Institut pour la reconstruction industrielle, l’IRI, créé en 1933 pour sauver les banques et les entreprises qu’elles possédaient, fit de l’État italien le premier industriel du pays jusqu’à sa liquidation en 2000. Enfin, le mot fascisme lui-même est entré dans toutes les langues, au point d’être employé bien au-delà de son sens historique.

Comment Benito Mussolini a-t-il financé son pouvoir ?

Avant le pouvoir, le fascisme vécut d’argent privé et étranger. Il Popolo d’Italia fut lancé en 1914 avec des fonds réunis par l’intermédiaire de l’homme d’affaires Filippo Naldi, venus d’industriels favorables à la guerre, comme Ansaldo et Fiat, et de gouvernements alliés, français notamment. En 1917, les services de renseignement britanniques lui versèrent, selon des archives révélées en 2009, cent livres par semaine pour soutenir la propagande de guerre. Après 1919, les propriétaires terriens de la plaine du Pô et une partie des industriels financèrent les escouades qui brisaient les grèves.

Au gouvernement, Mussolini laisse d’abord faire un économiste libéral, Alberto De Stefani, ministre des Finances de 1922 à 1925 : économies budgétaires, privatisations, budget équilibré. En 1925, son successeur, le comte Giuseppe Volpi, règle la dette de guerre envers les États-Unis et ouvre ainsi l’accès au crédit américain ; la banque Morgan prête 100 millions de dollars à l’Italie. Mais la lire glisse : en 1926, il faut plus de 150 lires pour une livre sterling.

Le 18 août 1926, à Pesaro, Mussolini annonce que la lire, symbole de la nation, sera défendue. L’objectif, bientôt appelé « quota 90 », est de ramener le cours à 90 lires pour une livre. Volpi lui-même aurait préféré 100 à 110 lires, et les grands industriels exportateurs, comme Fiat, autour de 120. Le gouvernement resserre le crédit, consolide d’autorité une partie de la dette à court terme dans un emprunt dit du Licteur, et décrète en octobre 1927 une baisse des salaires de 10 à 20 %. La cible est atteinte en 1927 ; le décret du 21 décembre 1927 rattache la lire à l’or à 92,46 lires pour une livre et 19 lires pour un dollar.

Le prix fut une déflation sévère. Les exportations, la construction et les petites entreprises souffrirent, les salaires baissèrent plus vite que les prix, et l’Italie entra surévaluée dans la crise de 1929. Le régime y répondit par l’intervention : sauvetage des grandes banques mixtes, qui détenaient des pans entiers de l’industrie, par l’IMI en 1931 et l’IRI en 1933, puis loi bancaire de 1936 qui sépara banques de dépôt et crédit industriel.

La guerre d’Éthiopie fut payée par l’emprunt, l’impôt et la mise en scène. Le 18 décembre 1935, Journée de la foi, la reine Hélène donne l’exemple et des millions d’Italiennes déposent leur alliance d’or contre un anneau de fer : l’opération « Or pour la patrie » répond aux sanctions de la Société des Nations. L’autarcie, proclamée en 1936, et le réarmement creusent le déficit. Les accords du Latran, en 1929, eurent aussi leur volet financier : l’État italien versa au Saint-Siège 750 millions de lires en espèces et un milliard en titres de rente à 5 %, pour solder la perte des États pontificaux en 1870.

Qu’a ajouté la légende à l’histoire de Benito Mussolini ?

La plus tenace des légendes veut que, sous Mussolini, les trains arrivaient à l’heure. Les chemins de fer avaient été largement remis en état avant 1922, et la presse censurée ne signalait pas les retards. La formule relève de la propagande, reprise ensuite par la nostalgie.

La marche sur Rome, présentée comme une conquête héroïque, fut une démonstration de force que l’armée aurait pu disperser ; le roi choisit de ne pas l’ordonner, et le chef de la marche attendit à Milan, près de la frontière suisse, avant de prendre le train. Le régime a aussi entretenu l’image d’un Mussolini infatigable, la lumière de son bureau du palais de Venise restant allumée la nuit.

Dans l’autre sens, la mémoire italienne d’après-guerre a longtemps cultivé l’idée d’un « bon Italien » et d’un fascisme moins cruel que le nazisme. Les recherches d’Angelo Del Boca sur les gaz en Éthiopie, longtemps niés officiellement jusqu’en 1996, et celles sur la répression en Libye et dans les Balkans ont corrigé ce tableau.

Qu’en disent les historiens aujourd’hui ?

La biographie monumentale de Renzo De Felice (huit volumes, 1965-1997) a fait date en décrivant les années 1929-1934 comme celles d’un « consensus » réel autour du régime ; la thèse fit scandale et reste discutée. Emilio Gentile (Qu’est-ce que le fascisme ?, 2002, traduit en 2004) a analysé le fascisme comme une religion politique et un totalitarisme inachevé. R. J. B. Bosworth (Mussolini, 2002) insiste au contraire sur les limites d’un pouvoir qui composait avec la monarchie, l’Église et les notables. En France, Pierre Milza (Mussolini, 1999) et Didier Musiedlak (Mussolini, 2005) ont donné les synthèses de référence.

Les crimes du régime sont mieux connus. En Cyrénaïque, en 1930-1931, quelque 100 000 personnes, la moitié de la population, furent déportées dans des camps où des dizaines de milliers moururent ; les estimations des morts civiles de la reconquête de la Libye vont de 20 000 à 100 000 (Giorgio Rochat). Le chef de la résistance, Omar al-Mokhtar, fut pendu en 1931. À Addis-Abeba, les représailles de février 1937 après un attentat contre le vice-roi Graziani firent entre 1 400 et 6 000 morts selon les estimations anciennes, près de 19 000 selon l’étude d’Ian Campbell (The Addis Ababa Massacre, 2017), 30 000 selon les sources éthiopiennes. Marie-Anne Matard-Bonucci (L’Italie fasciste et la persécution des Juifs, 2006) a montré que les lois raciales de 1938 étaient une décision italienne, non une concession à Berlin ; après septembre 1943, les Allemands, avec le concours des autorités de Salò, déportèrent quelque 8 500 Juifs d’Italie, des zones d’occupation italiennes et du Dodécanèse ; un millier seulement revinrent.

Que peut apprendre de Benito Mussolini celui qui décide ?

Mussolini n’est pas un modèle de gouvernement. Son parcours montre comment un mouvement violent et minoritaire est admis au pouvoir par des élites qui croient pouvoir l’utiliser, et ce que coûte une politique de prestige.

  • Un pouvoir illégal s’installe quand ceux qui pouvaient l’arrêter s’abstiennent : en octobre 1922, l’armée pouvait disperser les chemises noires, et le roi refusa de signer l’état de siège.
  • Les élites qui financent un mouvement pour briser leurs adversaires en perdent le contrôle : propriétaires et industriels payèrent les escouades, puis subirent le parti unique, les cours forcés et l’autarcie.
  • Un taux de change choisi pour l’orgueil est payé par l’économie réelle : quota 90 coûta aux salariés une baisse de 10 à 20 % de leur paie et aux exportateurs leurs marchés.
  • Le moment de l’assassinat de Matteotti, en 1924, fut la dernière occasion : l’opposition quitta la Chambre au lieu d’y combattre, et le roi ne bougea pas. Six mois plus tard, la dictature était proclamée.
  • Les victimes se comptent : des dizaines de milliers de morts dans les camps de Cyrénaïque, des milliers, peut-être près de 19 000, à Addis-Abeba en 1937, quelque 8 500 Juifs déportés dont un millier seulement revinrent, et une guerre qui coûta à l’Italie des centaines de milliers de vies.

Quels livres lire sur Benito Mussolini ?

  • Pierre Milza, Mussolini, Fayard, 1999 : la biographie de référence en français.
  • Didier Musiedlak, Mussolini, Presses de Sciences Po, 2005 : le chef et son régime.
  • Emilio Gentile, Qu’est-ce que le fascisme ? Histoire et interprétation, Gallimard, Folio histoire, 2004 : la nature du régime.
  • Marie-Anne Matard-Bonucci, L’Italie fasciste et la persécution des Juifs, Perrin, 2006 : les lois raciales et leurs suites.
  • R. J. B. Bosworth, Mussolini, Arnold, 2002 : la grande biographie britannique, non traduite.
  • Renzo De Felice, Mussolini, Einaudi, 8 vol., 1965-1997 : la somme, en italien.

Questions fréquentes sur Benito Mussolini

Qu’est-ce que la quota 90 de Mussolini ?

C’est l’objectif annoncé à Pesaro le 18 août 1926 : ramener la lire à 90 pour une livre sterling, contre plus de 150 auparavant. Il fut atteint en 1927 par le resserrement du crédit et des baisses de salaires, et la lire fut rattachée à l’or en décembre 1927 à 92,46 pour une livre.

Comment Mussolini a-t-il pris le pouvoir ?

Par une démonstration de force, la marche sur Rome de la fin octobre 1922, que le roi Victor-Emmanuel III refusa de réprimer. Mussolini fut nommé chef d’un gouvernement de coalition le 30 octobre 1922, puis transforma ce pouvoir légal en dictature à partir de janvier 1925.

Comment est mort Mussolini ?

Arrêté par des partisans communistes le 27 avril 1945 près du lac de Côme alors qu’il fuyait avec un convoi allemand, il fut fusillé le lendemain avec Clara Petacci. Leurs corps furent exposés à Milan, piazzale Loreto, le 29 avril.

Que sont les accords du Latran ?

Signés le 11 février 1929 entre l’Italie fasciste et le Saint-Siège, ils créent l’État de la Cité du Vatican, règlent la question romaine ouverte en 1870 et font du catholicisme la religion d’État. Une convention financière y accorde au Saint-Siège 750 millions de lires et un milliard en titres d’État.

Pour aller plus loin

L’auteur

Benoist Rousseau

Maîtrise d’histoire (Sorbonne)

Diplômé d’histoire de la Sorbonne, j’ai enseigné douze ans avant de trader à plein temps. Les krachs, les bulles et les grandes figures de la finance éclairent mieux les marchés d’aujourd’hui que bien des modèles. J’ai préfacé Machiavel, Renan et Le Bon chez JDH Éditions.

Découvrir mon parcours
À lire ensuite
Trader, ça s’apprend
2 étapes pour progresser
1ProRealTime —
La formation complète Gratuit

Le trading commence par les bons outils.

  • La formation complète à la plateforme
  • Mes Graphiques & Espaces de travail : accès exclusif à mes indicateurs, modèles et réglages personnalisés
  • Configuration guidée, pas à pas
2Mon École de Trading —
Quand vous serez prêt Pour aller plus loin

Formations, séminaires, webinaire et coaching privé. Je vous accompagne personnellement.

Découvrir l’École
Excellentsur Trustpilot · 590+ avis

0 commentaires

La discussion se poursuit sur le forum andlil.com.
Laisser un commentaire

Votre nom et votre commentaire seront publiés après relecture ; votre adresse e-mail ne le sera jamais. Votre adresse IP est conservée un an, comme la loi l’exige. Pour en savoir plus ou exercer vos droits : charte de confidentialité. Le formulaire est protégé contre les robots par Cloudflare Turnstile.

Restez au contact des marchés et du monde.

Recevez mes analyses par e-mail, et rejoignez la discussion avec la communauté du forum.