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Qu’est-ce que le corporatisme ?

Le corporatisme est un terme polysémique qui désigne à la fois une idéologie socio-économique et une attitude négative :

  • En effet, le corporatisme est assimilé à la pensée selon laquelle les acteurs d’une seule et même profession se regroupent dans une organisation appelée corporation. Ces corporations représentatives sont les interlocuteurs du gouvernement et sont consultées en cas de négociations. Ce type de corporatisme est associé aux régimes autoritaires ou totalitaires qui les ont souvent mis en place.
  • Le corporatisme peut aussi désigner le fait de défendre sa corporation, c’est-à-dire son groupe social, culturel ou professionnel. Ce terme revêt une connotation péjorative car il renvoie aux corporations de l’Ancien Régime qui imposaient les membres de leur groupe et négligeaient l’intérêt commun. Les corporations sont parfois tellement puissantes qu’elles peuvent être à l’origine de lobbying.

corporatisme

Quel est un exemple concret de corporatisme ?

Le premier sens du mot corporatisme renvoie aux régimes autoritaires et totalitaires du 20ème siècle :

  • les nazis en Allemagne
  • les fascistes en Italie
  • l’État de Vichy en France
  • Franco en Espagne
  • Salazar au Portugal

Tous ces régimes ont contrôlé les corporations en rejetant fermement les syndicats interprofessionnels et toutes les autres organisations ouvertes.

Le second sens de ce terme est aussi utilisé pour désigner, de manière négative, certains corps de métiers ou certains organismes syndicaux, fermés et puissants tels :

  • les agriculteurs, les routiers, les cheminots…
  • les médecins, pharmaciens, huissiers de justice, notaires, journalistes…
  • les anciens élèves de grandes écoles françaises désormais dans des entreprises (ENA, HEC, l’École polytechnique…)
  • les corps de hauts fonctionnaires de l’État
  • les corporations étudiantes (écoles de médecine, écoles de commerce)

Le corporatisme en résumé

Le corporatisme est une doctrine qui veut organiser l’économie et la société par métiers ou par branches, en réunissant patrons et salariés d’une même profession dans des corps intermédiaires reconnus par l’État, plutôt que de laisser jouer la concurrence entre individus ou la lutte entre classes. Le mot désigne aussi, dans la langue courante, la défense étroite des intérêts d’une profession. Le corporatisme a pris des formes autoritaires dans l’Europe de l’entre-deux-guerres, mais il existe aussi sous des formes démocratiques, que les politistes appellent néocorporatisme.

Comment les corporations ont-elles été abolies ?

Sous l’Ancien Régime, les corporations de métiers réglementaient l’accès à la profession, la formation des apprentis, les prix et la qualité. Les économistes libéraux du XVIIIe siècle y voyaient une entrave à la liberté du travail. La Révolution les supprime en 1791 : le décret d’Allarde proclame la liberté du commerce et de l’industrie, puis la loi Le Chapelier du 14 juin 1791 interdit de reconstituer les corporations et toute coalition entre membres d’un même métier. Ce second texte frappera longtemps aussi les associations ouvrières.

Comment le corporatisme est-il devenu une doctrine au XIXe siècle ?

Le corporatisme moderne naît en réaction à la fois au libéralisme économique, accusé de dissoudre les liens sociaux, et au socialisme, accusé d’attiser la lutte des classes. Le catholicisme social en est la source principale : l’encyclique Rerum novarum du pape Léon XIII, en 1891, puis Quadragesimo anno de Pie XI, en 1931, plaident pour la collaboration entre patrons et ouvriers au sein d’organisations professionnelles. En France, René de La Tour du Pin est la référence de tous les corporatistes du XXe siècle. Dans cette version, les corps professionnels doivent naître de la société elle-même, librement, et non être imposés par l’État.

Qu’est-ce que le corporatisme d’État de l’entre-deux-guerres ?

Plusieurs régimes reprennent le vocabulaire corporatiste en le mettant au service d’un État fort. L’Italie fasciste adopte en 1927 une Charte du travail (Carta del Lavoro) et bâtit des institutions corporatives. Le Portugal de Salazar s’en réclame avec l’Estado Novo, de même que l’Espagne de Franco. En France, le régime de Vichy promulgue la Charte du travail du 4 octobre 1941. Dans tous ces cas, la liberté syndicale disparaît et les corporations deviennent des relais du pouvoir. Les historiens distinguent les régimes totalitaires, comme l’Allemagne nazie, où l’État prétend contrôler toute la société, et les régimes autoritaires, comme ceux de Salazar, de Franco ou de Vichy, plus conservateurs que révolutionnaires.

Qu’est-ce que le néocorporatisme démocratique ?

Après 1945, une forme démocratique se développe, surtout en Europe du Nord et en Europe centrale : syndicats et organisations patronales, libres et représentatifs, négocient avec l’État les salaires, la protection sociale ou les grandes réformes. Le partenariat social autrichien en est l’exemple le plus cité ; aux Pays-Bas, le Conseil économique et social créé en 1950 est au cœur du « modèle des polders ». En 1974, le politiste Philippe Schmitter relance l’étude du sujet dans un article intitulé « Still the Century of Corporatism ? », en distinguant le corporatisme imposé par l’État de celui qui naît de la société. La cogestion allemande relève de la même famille.

Quelles critiques et quels débats entourent le corporatisme ?

Ses défenseurs voient dans la concertation organisée un moyen de limiter les conflits, de modérer les hausses de salaires en période d’inflation et de faire accepter des réformes difficiles. Ses critiques libéraux répondent que des groupes organisés défendent leur intérêt propre aux dépens des consommateurs et des nouveaux entrants. L’économiste Mancur Olson, dans The Rise and Decline of Nations (1982), soutient que l’accumulation de ces coalitions d’intérêts, qui obtiennent protections et privilèges, finit par ralentir la croissance des nations. C’est la même logique que la recherche de rente décrite par la théorie du choix public, et c’est le sens péjoratif décrit dans le texte ci-dessus : numerus clausus, monopoles d’exercice, accès réservé à certains postes.

Entre ces deux lectures, le débat porte sur les conditions : une concertation entre organisations représentatives et ouvertes ne produit pas les mêmes effets qu’une profession fermée qui contrôle seule son entrée et ses tarifs.

Qu’est-ce que le corporatisme change pour un investisseur ou un trader ?

Le poids des corps intermédiaires se lit dans les marchés. Les professions réglementées, les secteurs protégés par des licences ou des monopoles d’exercice dégagent souvent des marges stables, menacées dès qu’une réforme les ouvre à la concurrence. À l’échelle d’un pays, la manière dont se négocient salaires et réformes influe sur l’inflation, la conflictualité sociale et donc sur la prime de risque demandée par les investisseurs.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre corporatisme et syndicalisme ?

Le syndicat défend les salariés face aux employeurs. Le corporatisme veut réunir employeurs et salariés d’un même métier dans une même organisation, pour remplacer la confrontation par la collaboration.

Le corporatisme est-il forcément fasciste ?

Non. Il est né dans le catholicisme social au XIXe siècle et existe sous des formes démocratiques, comme le partenariat social autrichien. Les régimes autoritaires de l’entre-deux-guerres en ont donné une version imposée par l’État.

Que signifie « réflexe corporatiste » ?

Dans le langage courant, c’est la tendance d’une profession à défendre ses avantages acquis, même au détriment de l’intérêt général.

Quand les corporations ont-elles été supprimées en France ?

En 1791, par le décret d’Allarde puis la loi Le Chapelier du 14 juin 1791.

Pour aller plus loin

Lexique économique : toutes les définitions, de A à Z.

L’auteur

Benoist Rousseau

Maîtrise d’histoire (Sorbonne) · Trader depuis 1994

Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.

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2 commentaires

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R
riba23 novembre 2016
Le corporatisme c'est la sclérose pour un pays. La France semble en être gravement atteinte.
B
Benoist Rousseau23 novembre 2016
Oui le corporatisme c'est privilégier ses intérêts particuliers contre les intérêts de plus de personne. On l'est tous à divers degrés je pense. Il y a un équilibre à trouver entre égoisme et altruisme
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