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Winston Churchill : biographie, étalon-or, guerre et prêt-bail

Aristocrate, soldat, écrivain et ministre aux échecs retentissants, Winston Churchill ramena la livre à l’étalon-or en 1925, puis refusa en 1940 de traiter avec Hitler et paya la guerre avec les dollars du prêt-bail.

Winston Churchill : Le chancelier de l’étalon-or, devenu le chef de guerre de 1940

Qui était Winston Churchill ?

Winston Churchill (1874-1965) est un homme politique britannique, conservateur puis libéral puis de nouveau conservateur, qui fut Premier ministre du Royaume-Uni de mai 1940 à juillet 1945, puis d’octobre 1951 à avril 1955. Son refus de négocier avec l’Allemagne nazie après la chute de la France, en 1940, fait de lui l’une des figures centrales de la Seconde Guerre mondiale.

Sa carrière fut aussi faite d’échecs retentissants, des Dardanelles en 1915 au retour de la livre à l’étalon-or en 1925. Ce dernier épisode, et la manière dont le Royaume-Uni paya sa guerre avec l’aide américaine, en font un personnage essentiel de l’histoire monétaire du siècle.

Winston Churchill en résumé

Fils de lord Randolph Churchill et de l’Américaine Jennie Jerome, Churchill est officier de cavalerie et correspondant de guerre avant d’entrer aux Communes en 1900. Ministre dès 1908, il occupe presque tous les grands postes, change deux fois de parti, traverse dix ans de disgrâce dans les années 1930, puis devient Premier ministre le 10 mai 1940. Battu aux élections de juillet 1945, il revient au pouvoir en 1951 et se retire en 1955.

  • Époque : Le XXe siècle
  • Naissance : 30 novembre 1874, palais de Blenheim (Oxfordshire)
  • Mort : 24 janvier 1965, Londres
  • Pays : Royaume-Uni
  • Fonctions : Premier lord de l’Amirauté (1911-1915 et 1939-1940), ministre des Munitions (1917-1919), chancelier de l’Échiquier (1924-1929), Premier ministre (10 mai 1940-26 juillet 1945 et 26 octobre 1951-5 avril 1955)
  • Œuvre principale : la conduite britannique de la Seconde Guerre mondiale et ses Mémoires de guerre (6 volumes, 1948-1953)
  • À retenir : il rétablit en 1925 la parité d’avant-guerre de 4,86 dollars pour une livre, que Keynes jugea surévaluée d’environ 10 %, et la livre dut quitter l’or en 1931

La vie de Winston Churchill : l’homme des échecs retentissants et d’une victoire décisive

Winston Leonard Spencer Churchill naît le 30 novembre 1874 au palais de Blenheim, chez son grand-père, le duc de Marlborough. Élève médiocre, il entre à l’école militaire de Sandhurst et sert comme officier de cavalerie à Cuba, en Inde et au Soudan, où il charge à Omdurman en 1898, tout en écrivant pour la presse. Correspondant pendant la guerre des Boers, il est fait prisonnier et s’évade en décembre 1899 : la célébrité lui ouvre les Communes l’année suivante.

Conservateur, il passe aux libéraux en 1904 sur la question du libre-échange. Ministre du Commerce puis de l’Intérieur, il crée les bourses du travail et soutient les premières assurances sociales. Premier lord de l’Amirauté en 1911, il prépare la flotte à la guerre, mais l’expédition des Dardanelles, qu’il a défendue, échoue en 1915 face aux Ottomans, dont l’un des chefs est Mustafa Kemal ; il démissionne et part commander un bataillon sur le front de France. Ministre des Munitions en 1917, il revient au premier plan.

En novembre 1924, Stanley Baldwin, conservateur, le nomme chancelier de l’Échiquier ; Churchill a rejoint son ancien parti. Il le reste jusqu’en juin 1929. Dans les années 1930, écarté du pouvoir, il combat l’autonomie de l’Inde, puis le réarmement allemand et la politique d’apaisement, et dénonce les accords de Munich de 1938 comme une défaite. Il vit de sa plume et frôle plusieurs fois la ruine.

Rappelé à l’Amirauté en septembre 1939, il succède à Neville Chamberlain le 10 mai 1940, le jour de l’offensive allemande à l’ouest. Trois jours plus tard, il déclare aux Communes qu’il n’a rien d’autre à offrir que du sang, du labeur, des larmes et de la sueur. Fin mai, pendant que l’armée britannique est encerclée à Dunkerque, il obtient de son cabinet de guerre le refus de toute négociation ; après la chute de la France, le Royaume-Uni et son empire tiennent sans grand allié jusqu’en juin 1941. L’alliance avec l’URSS, puis l’entrée en guerre des États-Unis en décembre 1941, assurent la victoire. Il participe aux conférences de Téhéran, de Yalta, racontée dans la fiche de Franklin D. Roosevelt, et au début de celle de Potsdam.

Les travaillistes le battent en juillet 1945. Dans l’opposition, il dénonce à Fulton, en mars 1946, le « rideau de fer » qui coupe l’Europe. Revenu au pouvoir en 1951, diminué par une attaque cérébrale en 1953, l’année de son prix Nobel de littérature, il se retire en avril 1955. Il meurt à Londres le 24 janvier 1965 et reçoit des funérailles nationales.

Qu’a accompli Winston Churchill, et que reste-t-il de son œuvre ?

Son legs principal tient en une décision : avoir refusé, en mai 1940, de négocier une paix avec Hitler, quand une partie du cabinet l’envisageait. Le Royaume-Uni resta en guerre, servit de base au débarquement de 1944 et garda son indépendance. Ses discours de 1940 sont entrés dans la mémoire nationale.

Il a aussi façonné le récit de la guerre. Ses Mémoires de guerre, publiés de 1948 à 1953 et largement préparés par une équipe d’assistants, ont fixé pour une génération la version britannique des événements et pesé sur l’attribution de son prix Nobel. Son héritage impérial est plus discuté : partisan acharné de l’Empire, il s’opposa à l’indépendance de l’Inde, et sa responsabilité dans la famine du Bengale de 1943, qui fit de 1,5 million de morts selon la commission d’enquête officielle de 1945 à environ 3 millions selon l’économiste Amartya Sen, fait l’objet de vifs débats.

Comment Winston Churchill a-t-il financé son pouvoir ?

Le 28 avril 1925, dans son premier budget, le chancelier Churchill annonce le retour de la livre à l’étalon-or, suspendu depuis la guerre, à la parité d’avant 1914 : 4,86 dollars pour une livre. Il le fait à contrecœur. En janvier et février 1925, il avait interrogé par écrit ses experts du Trésor, Otto Niemeyer en tête, sur les dangers d’une livre trop forte pour l’industrie et le chômage, et organisé le 17 mars un dîner où Keynes et l’ancien chancelier Reginald McKenna plaidèrent contre le retour. Mais le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Montagu Norman, le Trésor et la City y voyaient la condition du rang financier de Londres, et la livre était déjà remontée près de cette parité sur les marchés.

Keynes répondit en juillet 1925 par un pamphlet, Les Conséquences économiques de M. Churchill. Revenir à la parité d’avant-guerre, écrivait-il, revenait à relever d’environ 10 % le prix des exportations britanniques, et donc à exiger une baisse équivalente des salaires. « Pourquoi a-t-il fait une chose aussi stupide ? », demandait-il, avant de répondre : en partie faute de jugement instinctif, en partie parce que les voix de la finance conventionnelle l’avaient assourdi, et surtout parce que ses experts l’avaient gravement induit en erreur. La suite lui donna en partie raison. Les propriétaires de mines voulurent baisser les salaires des mineurs ; le conflit aboutit à la grève générale du 3 au 12 mai 1926, pendant laquelle Churchill dirigea le journal officiel du gouvernement, puis à des mois de lock-out. La livre surévaluée pesa sur l’industrie jusqu’à la crise de 1931 : le 21 septembre, le Royaume-Uni abandonnait l’or.

La guerre posa le problème inverse : comment payer quand on n’a plus de dollars. Au début, les achats aux États-Unis devaient être payés comptant et transportés par des navires britanniques. À l’automne 1940, les réserves étaient presque épuisées ; dans une longue lettre datée du 7 décembre, Churchill écrivit à Roosevelt que le moment approchait où le Royaume-Uni ne pourrait plus payer. La réponse fut le prêt-bail, voté par le Congrès le 11 mars 1941 : le matériel serait prêté ou loué, payable après la guerre en nature ou en avantages. Avant même le vote, Washington exigea des gages, et le Royaume-Uni dut vendre dans l’urgence des actifs américains, comme l’American Viscose Corporation du groupe Courtaulds. Sur les 50,1 milliards de dollars de fournitures du prêt-bail, le Royaume-Uni et son empire reçurent 31,4 milliards.

À l’intérieur, le gouvernement suivit en partie les idées de Keynes, revenu au Trésor : taux normal de l’impôt sur le revenu porté à 50 %, épargne obligatoire remboursable après la guerre, emprunts à taux bas. La dette publique gonfla, y compris envers l’Inde, l’Égypte et d’autres pays de l’Empire, dont les avoirs en livres restèrent bloqués à Londres : ce furent les balances sterling. Quand Truman mit fin au prêt-bail en août 1945, le nouveau gouvernement travailliste dut négocier un prêt américain de 3,75 milliards de dollars, conduit par Keynes, dont le dernier remboursement fut effectué le 29 décembre 2006.

Qu’a ajouté la légende à l’histoire de Winston Churchill ?

Peu d’hommes ont autant de citations apocryphes. La formule selon laquelle le succès ne serait pas définitif ni l’échec fatal, celle qui oppose le cœur à vingt ans et la raison à quarante, et bien d’autres, ne figurent dans aucun de ses écrits ou discours connus. La plus célèbre des authentiques est souvent tronquée : le 11 novembre 1947, aux Communes, il rappela qu’« on a dit que la démocratie est la pire forme de gouvernement, à l’exception de toutes les autres » ; il citait, sans dire qui.

Sur l’étalon-or, on lui prête l’aveu tardif qu’il s’agissait de la plus grande erreur de sa vie. Le mot est rapporté de seconde main et n’a pas de source sûre ; il est en revanche établi qu’il avait douté avant de décider.

Il a enfin lui-même écrit sa légende. Les Mémoires de guerre passent sous silence ou adoucissent plusieurs épisodes, des Dardanelles à la Grèce, et l’historien David Reynolds a montré, dans In Command of History (2004), comment il les a composés pour défendre sa propre conduite.

Qu’en disent les historiens aujourd’hui ?

La biographie officielle, commencée par son fils Randolph et achevée par Martin Gilbert (8 volumes, 1966-1988, et des volumes de documents), reste la mine principale. En français, François Bédarida (Churchill, 1999) et François Kersaudy (Winston Churchill. Le pouvoir de l’imagination, 2000) ont donné des synthèses équilibrées ; Andrew Roberts (Churchill, 2018, traduit en 2020) penche vers l’admiration.

Les débats portent sur trois points. Le premier est économique : la décision de 1925 a-t-elle prolongé le déclin industriel britannique, comme le soutenaient Keynes puis Donald Moggridge (British Monetary Policy, 1924-1931, 1972), ou le choix était-il presque imposé par le consensus de la City ? Le deuxième est impérial : Richard Toye (Churchill’s Empire, 2010) a étudié son attachement à l’Empire, et Madhusree Mukerjee (Churchill’s Secret War, 2010) l’accuse d’avoir aggravé la famine du Bengale, ce que contestent d’autres historiens, qui insistent sur les contraintes de la guerre maritime. Le troisième porte sur la conduite de la guerre, entre génie stratégique et interventions brouillonnes auprès des militaires.

Que peut apprendre de Winston Churchill celui qui décide ?

Churchill s’est souvent trompé et ne l’a pas toujours reconnu. Sa grande décision de 1940 fut pourtant prise en mesurant l’incertitude plutôt qu’en l’ignorant.

  • Le prix d’un actif n’est pas une question de prestige : rétablir la livre à 4,86 dollars, c’était fixer un cours que l’économie réelle ne justifiait plus, et en faire payer l’ajustement aux salaires.
  • Douter avant de décider ne suffit pas, il faut écouter l’objection : Churchill avait posé les bonnes questions à ses experts en 1925, puis suivi le consensus.
  • La liquidité est une question de survie : en décembre 1940, le Royaume-Uni n’était pas vaincu militairement, mais il allait l’être financièrement sans le prêt-bail.
  • Celui qui finance fixe des conditions : les ventes forcées d’actifs de 1941 et la fin brutale du prêt-bail en 1945 rappelèrent qui était le créancier.
  • Une position perdante n’oblige pas à négocier au plus bas : en mai 1940, refuser l’offre d’une paix de compromis supposait d’espérer l’entrée en guerre d’alliés qui n’y étaient pas encore.

Quels livres lire sur Winston Churchill ?

  • François Kersaudy, Winston Churchill. Le pouvoir de l’imagination, Tallandier, 2000 : une biographie vivante et sûre.
  • François Bédarida, Churchill, Fayard, 1999 : la synthèse d’un historien de la Grande-Bretagne.
  • Andrew Roberts, Churchill, Perrin, 2020 : la grande biographie récente, admirative.
  • Winston Churchill, Mémoires de guerre, traduits et annotés par François Kersaudy, Tallandier, 2009-2010 : la source, à lire avec recul.
  • John Maynard Keynes, « Les conséquences économiques de M. Churchill » (1925), repris dans Essais de persuasion, trad. Herbert Jacoby, Gallimard, 1933 : le réquisitoire contre le retour à l’or.

Questions fréquentes sur Winston Churchill

Pourquoi Churchill a-t-il rétabli l’étalon-or en 1925 ?

Parce que la Banque d’Angleterre, le Trésor et la City y voyaient la condition du rang financier de Londres et de la confiance dans la livre. Churchill avait des doutes, exprimés à ses conseillers, mais suivit le consensus et rétablit la parité d’avant-guerre, 4,86 dollars pour une livre.

Qu’est-ce que le prêt-bail ?

C’est la loi américaine du 11 mars 1941 qui permit aux États-Unis de prêter ou de louer du matériel de guerre aux pays dont la défense importait à leur sécurité, sans paiement immédiat. Elle fournit 50,1 milliards de dollars de matériel, dont 31,4 milliards au Royaume-Uni et à son empire.

Churchill a-t-il dit que la démocratie est le pire des régimes ?

Il l’a dit aux Communes le 11 novembre 1947, mais en citant une formule existante : on a dit, précisa-t-il, que la démocratie est la pire forme de gouvernement à l’exception de toutes les autres qui ont été essayées. Beaucoup d’autres phrases qui lui sont attribuées sont apocryphes.

Pourquoi Churchill a-t-il perdu les élections de 1945 ?

Les électeurs le remerciaient pour la guerre mais attendaient pour la paix les réformes sociales promises par les travaillistes de Clement Attlee, qui l’emportèrent largement en juillet 1945. Churchill avait aussi mené une campagne maladroite, comparant ses adversaires à une Gestapo.

Pour aller plus loin

L’auteur

Benoist Rousseau

Maîtrise d’histoire (Sorbonne)

Diplômé d’histoire de la Sorbonne, j’ai enseigné douze ans avant de trader à plein temps. Les krachs, les bulles et les grandes figures de la finance éclairent mieux les marchés d’aujourd’hui que bien des modèles. J’ai préfacé Machiavel, Renan et Le Bon chez JDH Éditions.

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