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LA MARÉE MONTE POUR TOUS. LA DISCIPLINE DÉCIDE QUI NAVIGUE.
Il existe, dans les bas-fonds de Florence, une horloge mécanique du XVIe siècle qui n'a jamais cessé de fonctionner. Elle est magnifique. Précise. Hypnotique. Et pourtant, l'homme qui se contente d'admirer le mouvement des aiguilles sans jamais soulever le boîtier pour observer la tension des ressorts à l'intérieur… celui-là finit toujours par être surpris le jour où la mécanique cède.
Les marchés américains, en ce 13 mai 2026, sont cette horloge. Splendides en surface. Tendus à l'extremité dans leurs entrailles.
+17 % depuis le 1er
mars. De nouveaux records absolus inscrits aujourd'hui même. Et pendant que la foule applaudit, je vous propose de regarder les ressorts.
S&P 500,
nasdaq,
Dow Jones, tous gravent ce mercredi de nouveaux sommets historiques. La hausse est verticale, presque insolente. Mais sous cette euphorie se joue un duel d'une rare violence : d'un côté, un super-cycle technologique alimenté par l'intelligence artificielle. De l'autre, un retour de flamme inflationniste qui devrait, en toute logique, asphyxier les valorisations.
Et pourtant, le marché monte. Permettez-moi de vous expliquer pourquoi.
Le Super-Cycle IA et l'effet Chine : Quand Jensen Huang, patron de Nvidia, et Elon Musk montent dans l'avion présidentiel de Donald Trump pour Pékin, ce n'est pas un voyage d'agrément. C'est un signal. Les marchés l'ont lu instantanément : assouplissement probable des restrictions sur les puces IA exportées vers la Chine. Réouverture potentielle d'un marché de plusieurs centaines de milliards de dollars. Dans la foulée, SoftBank et Alibaba publient des bénéfices records, soutenus précisément par leurs investissements en IA. Ce n'est plus de la promesse. C'est du cash qui rentre, trimestre après trimestre.
Des bénéfices en bouclier 83 % des entreprises du S&P 500 ont dépassé les prévisions de bénéfices ce trimestre. C'est un chiffre considérable. Et, point essentiel, la hausse n'est plus portée par les seules "Magnificent Seven" : le secteur des communications progresse de +18 % depuis
mars, l'industrie de +17 %. La rotation sectorielle prend forme. Le marché respire sur plusieurs poumons.
Le paradoxe inflationniste: Voilà le point qui devrait vous faire dresser l'oreille. Les prix à la production (PPI) américains viennent de bondir de +6 % sur un an, la plus forte hausse depuis 2022. Un baril de pétrole stationné au-dessus des 100 $. L'espoir d'une baisse des taux de la
FED s'évapore au soleil.
Dans un monde rationnel, les actions devraient corriger. Elles font l'inverse exact. Pourquoi ? Parce que les investisseurs ont fait un choix très simple : entre des obligations dont le
rendement réel est dévoré par
l'inflation, et des actions d'entreprises capables de répercuter la hausse des prix sur leurs clients, Nvidia,
apple, les majors pétrolières, le luxe, le choix est tranché avant même d'avoir été posé.
l'inflation devient un argument haussier pour les actions à pricing power.
C'est de l'alchimie financière. Et l'alchimie, mes amis, finit toujours par décevoir ses adeptes.
Maintenant, retournons la pièce. Cette hausse, aussi impressionnante soit-elle, repose sur un socle d'une étroitesse vertigineuse. Quelques dizaines de titres, Nvidia,
microsoft,
apple, Meta, Alphabet, Tesla, Broadcom, pèsent plus que des pans entiers de l'économie réelle. La capitalisation du seul Nvidia dépasse aujourd'hui le
pib de l'Allemagne. Ce n'est pas une métaphore. C'est une mesure.
Quand un marché entier repose sur la croyance qu'une technologie va transformer tous les secteurs simultanément, deux scénarios deviennent possibles :
1. La technologie tient sa promesse. Le marché continue son ascension.
2. La technologie déçoit, ne serait-ce qu'un trimestre. Et tout s'effondre comme un château de cartes mal empilé un soir de vent.
C'est ce que les opérateurs avertis nomment une distribution, au sens Wyckoffien du terme. Le smart money distribue. La foule achète l'extension. La liquidité se concentre aux sommets et c'est très précisément là que les institutions transfèrent leurs positions à ceux qui croient encore au mouvement.
Quatre détonateurs à surveiller comme un faucon surveille un mulot dans un champ d'orge :
• Une déception IA. Un trimestre de Nvidia en-dessous des attentes. Une démonstration produit qui tourne mal. Un hyperscaler qui annonce ralentir ses commandes. La valorisation du
nasdaq à plus de 35x les bénéfices ne pardonne aucune approximation.
• Une
FED forcée de durcir. Si
l'inflation continue sur cette trajectoire, Jerome Powell ne pourra plus se contenter du statu quo. Une remontée de taux, même symbolique, ferait dévisser les valorisations technologiques de manière brutale.
• Une rupture géopolitique sino-américaine. Le voyage de Trump à Pékin peut tout aussi bien produire l'inverse de ce que les marchés ont valorisé. Une crispation sur les puces, sur Taïwan, sur les terres rares et le rêve s'effrite en quelques séances.
• Un stress du marché obligataire. Le
rendement du 10 ans US reste la bombe à retardement la plus polie du marché. Au-delà de certains seuils, le coût du capital étrangle mécaniquement les multiples de valorisation. Et personne ne sonne la cloche au moment où ça craque.
J'ai croisé beaucoup d'hommes, dans cette vie comme dans d'autres, qui ont confondu un vent favorable avec un talent personnel. Ce sont rarement ceux que l'on retrouve à bord quand la tempête se lève.
Le marché monte. Profitez-en. Mais ne perdez jamais de vue que sous la mer la plus calme dort le courant le plus violent. Quand 83 % des entreprises battent les prévisions, quand l'euphorie devient la norme, quand
l'inflation elle-même est tordue en argument haussier, c'est précisément à ce moment qu'il faut serrer ses stops, alléger ses positions les plus tendues, et préparer son capital pour la prochaine vague de soldes.
Le marché, lui, n'a pas peur. Vous, vous devriez l'être un peu. Pas paralysé. Juste lucide.
Restez tactiques. Restez disciplinés. Gardez de la poudre sèche.
La marée monte pour tous. La discipline décide qui navigue.