Décote de l’impôt sur le revenu 2026 : seuils, calcul et effet de seuil
Qui a droit à la décote en 2026, comment la calculer, et pourquoi elle porte le taux marginal réel des foyers peu imposés de 11 % à près de 16 %.

La décote est une diminution automatique de l’impôt sur le revenu des foyers peu imposés. Pour les revenus de 2025, déclarés en 2026, elle s’applique quand l’impôt brut est inférieur à 1 982 € pour une personne seule ou à 3 277 € pour un couple marié ou pacsé, et elle est égale à 897 € (ou 1 483 € pour un couple) moins 45,25 % de l’impôt brut. Elle a un effet secondaire mal connu : dans sa zone d’application, chaque euro de revenu supplémentaire imposé à 11 % coûte en réalité près de 16 centimes d’impôt.
La décote est prévue au 4 du I de l’article 197 du Code général des impôts. Elle sert à éviter qu’un foyer passe brutalement de l’exonération à un impôt de plusieurs centaines d’euros : l’impôt démarre à zéro et monte progressivement. Le prix de cette progressivité adoucie est un taux marginal réel plus élevé que celui affiché par le barème.
Comment se calcule la décote ?
La décote se calcule sur l’impôt brut, c’est-à-dire l’impôt obtenu en appliquant le barème progressif au revenu par part, multiplié par le nombre de parts, puis après plafonnement éventuel du quotient familial. Elle ne dépend pas du nombre de parts, seulement de la situation du foyer : personne seule ou couple soumis à imposition commune.
| Revenus 2025 (impôt 2026) | Personne seule | Couple marié ou pacsé |
|---|---|---|
| Décote si l’impôt brut est inférieur à | 1 982 € | 3 277 € |
| Montant de la décote | 897 € − 45,25 % × impôt brut | 1 483 € − 45,25 % × impôt brut |
| Impôt entièrement effacé jusqu’à (calcul) | environ 617 € d’impôt brut | environ 1 021 € d’impôt brut |
Les seuils de 1 982 € et 3 277 € ne sont pas choisis au hasard : ce sont les montants pour lesquels la formule donne une décote nulle (897 ÷ 0,4525 et 1 483 ÷ 0,4525). La décote ne peut pas dépasser l’impôt brut : en dessous d’environ 617 € d’impôt brut pour une personne seule, ou 1 021 € pour un couple, l’impôt après décote tombe à zéro.
Les exemples de l’administration pour les revenus de 2025 :
- personne seule, impôt brut de 1 400 € : décote de 897 − (1 400 × 45,25 %) = 897 − 633,50 = 263,50 € ; impôt après décote de 1 136,50 € ;
- couple, impôt brut de 2 800 € : décote de 1 483 − 1 267 = 216 € ; impôt après décote de 2 584 € ;
- couple, impôt brut de 2 140 € (notre calcul) : décote de 1 483 − 968,35 = 514,65 €, arrondie à 515 € ; impôt après décote de 1 625 €.
Les montants changent chaque année avec l’indexation du barème ; le taux de 45,25 % est le même pour les revenus de 2023 à 2025.
| Imposition des revenus de | Seuil personne seule | Seuil couple | Formule |
|---|---|---|---|
| 2023 | 1 929 € | 3 191 € | 873 € ou 1 444 € − 45,25 % |
| 2024 | 1 965 € | 3 249 € | 889 € ou 1 470 € − 45,25 % |
| 2025 | 1 982 € | 3 277 € | 897 € ou 1 483 € − 45,25 % |
Les montants applicables aux revenus de 2026 seront fixés par la loi de finances pour 2027, qui n’est pas votée au 23 octobre 2026. Le projet du gouvernement prévoit de relever de 2,1 % les tranches du barème et les seuils qui lui sont associés.
Exemple chiffré : un salarié célibataire et l’effet de seuil
Prenons un salarié célibataire, sans enfant, dont le salaire net imposable de 2025 est de 22 000 €.
- Déduction forfaitaire de 10 % : 2 200 €. Revenu net imposable : 22 000 − 2 200 = 19 800 €.
- Impôt brut (1 part) : (19 800 − 11 600) × 11 % = 8 200 × 11 % = 902 €.
- L’impôt brut est inférieur à 1 982 € : la décote s’applique. Décote : 897 − (902 × 45,25 %) = 897 − 408,16 = 488,84 €.
- Impôt après décote : 902 − 488,84 = 413,16 €, arrondi à 413 €.
Supposons maintenant que son revenu net imposable augmente de 1 000 €, à 20 800 €.
- Impôt brut : (20 800 − 11 600) × 11 % = 9 200 × 11 % = 1 012 €, soit 110 € de plus.
- Décote : 897 − (1 012 × 45,25 %) = 897 − 457,93 = 439,07 €, soit 49,77 € de moins.
- Impôt après décote : 1 012 − 439,07 = 572,93 €, arrondi à 573 €.
Les 1 000 € supplémentaires coûtent 573 − 413 = 160 € d’impôt, soit 16 %, alors que le contribuable est « dans la tranche à 11 % ». Ce n’est pas une anomalie de calcul : chaque euro d’impôt brut ajouté réduit la décote de 0,4525 €, donc l’impôt après décote augmente de 1,4525 € pour chaque euro d’impôt brut. Le taux marginal réel est 11 % × 1,4525 = 15,98 %.
Le même raisonnement vaut pour un couple. Un couple marié sans enfant dont le revenu net imposable est de 40 000 € a un impôt brut de (20 000 − 11 600) × 11 % × 2 = 1 848 €, une décote de 1 483 − 836,22 = 646,78 € et un impôt de 1 201 €. À titre de comparaison, deux concubins qui déclarent chacun 20 000 € paient chacun 924 − (897 − 418,11) = 445 €, soit 890 € à eux deux : le plafond de la décote d’un couple (1 483 €) n’est pas le double de celui d’une personne seule (897 €).
Pourquoi le taux marginal réel peut-il dépasser la tranche ?
Dans la zone de décote, le taux marginal réel est égal au taux de la tranche multiplié par 1,4525. Il retombe au taux de la tranche dès que l’impôt brut dépasse le seuil de 1 982 € ou de 3 277 €.
| Situation (revenus 2025, calculs) | Taux affiché | Taux marginal réel |
|---|---|---|
| Personne seule, revenu imposable entre environ 17 214 € et 29 579 € | 11 % | 15,98 % |
| Personne seule, revenu imposable entre 29 579 € et environ 29 593 € | 30 % | 43,58 % |
| Couple sans enfant, revenu imposable entre environ 32 487 € et 52 990 € | 11 % | 15,98 % |
| Au-delà de ces zones | taux de la tranche | taux de la tranche |
Les bornes basses sont les seuils de non-imposition que nous avons calculés à partir du barème et de la décote, avec les règles officielles d’arrondi : en dessous, la décote efface tout l’impôt. Juste au-dessus, l’impôt n’est pas réclamé tant qu’il reste sous 61 €, ce qui crée un petit ressaut au passage de ce seuil. Les bornes hautes sont calculées pour 1 et 2 parts ; un foyer avec enfants reste dans la zone de décote jusqu’à un revenu plus élevé. Le tableau donne des ordres de grandeur, pas un barème officiel.
Concrètement, pour une personne seule, toute la partie imposable de la tranche à 11 % est en réalité imposée à 15,98 %. La zone à 43,58 % ne concerne qu’une bande d’une quinzaine d’euros de revenu, à l’entrée de la tranche à 30 %. Cette mécanique est développée dans la fiche taux moyen et taux marginal.
Qui a droit à la décote et comment la déclarer ?
Rien à déclarer : la décote est calculée par l’administration à partir de la déclaration de revenus et apparaît sur l’avis d’imposition, entre l’impôt brut et les réductions d’impôt. Elle s’applique à tous les contribuables, quels que soient leur situation et leurs charges de famille, dès que l’impôt brut est sous le seuil.
Le Bulletin officiel des finances publiques (BOI-IR-LIQ-20-20-30, version du 7 avril 2026) précise plusieurs cas.
- Impôt calculé au barème seulement. La décote porte sur l’impôt issu du barème, y compris l’impôt sur les revenus imposés selon le système du quotient (revenus exceptionnels). Elle ne s’applique pas à l’impôt calculé à un taux proportionnel, comme le prélèvement forfaitaire unique de 12,8 % sur les dividendes ou les plus-values.
- Époux ou partenaires imposés séparément. Ils sont traités comme des célibataires, y compris l’année du mariage ou du Pacs s’ils ont opté pour l’imposition distincte.
- Veufs. Le plafond de 897 € s’applique au veuf, même lorsqu’il garde le quotient conjugal grâce à ses enfants. L’année du décès, la décote se calcule avec le plafond « couple » pour la période antérieure au décès et le plafond « personne seule » pour la période postérieure.
- Outre-mer. Dans les départements d’outre-mer, la décote se calcule après la réduction de 30 % (Guadeloupe, Martinique, Réunion) ou de 40 % (Guyane, Mayotte) de l’impôt.
La décote est souvent confondue avec l’ancienne « réduction d’impôt de 20 % » sous condition de revenus. Celle-ci n’existe plus pour les revenus de 2025 : il ne reste que la décote.
Les erreurs à éviter
Retrancher la décote du revenu. La décote se retranche de l’impôt, pas du revenu imposable. Un « abattement » de 897 € sur le revenu n’existe pas.
Appliquer le seuil couple à des concubins. Deux concubins font deux déclarations et ont chacun droit à la décote d’une personne seule, s’ils y sont éligibles.
Croire que la décote réduit l’impôt sur les dividendes au prélèvement forfaitaire. L’impôt de 12,8 % est proportionnel : il échappe à la décote.
Oublier la décote dans une simulation. Calculer l’effet d’une augmentation de salaire, d’une déduction ou d’une option pour le barème au taux de 11 % sous-estime l’effet réel de près de moitié pour un foyer dans la zone de décote.
Compter sur une réduction d’impôt quand la décote a tout effacé. Les réductions d’impôt s’imputent après la décote et ne sont pas remboursées : un foyer dont l’impôt est déjà nul ne tire rien d’une réduction. Les crédits d’impôt, eux, sont remboursés (voir réduction ou crédit d’impôt).
Ce que la décote change aux choix que la loi permet
Pour un foyer dans la zone de décote, toute variation du revenu imposé au barème compte pour environ 16 % et non 11 %. Cela vaut dans les deux sens.
Option pour le barème des revenus du capital. Un célibataire dans la zone de décote qui opte pour le barème (case 2OP) voit ses intérêts imposés à 15,98 % au lieu de 12,8 % au prélèvement forfaitaire unique, avant prise en compte de la CSG déductible. Pour des dividendes, l’abattement de 40 % ramène ce taux à 9,59 % du dividende (15,98 % × 60 %). La comparaison est donc moins simple qu’il n’y paraît ; elle est détaillée dans la fiche flat tax ou barème.
Déductions du revenu. Inversement, une charge déductible (versement sur un plan d’épargne retraite, pension alimentaire, frais réels) réduit l’impôt d’environ 16 % de son montant dans la zone de décote, tant que l’impôt reste positif. Une fois l’impôt effacé, elle ne rapporte plus rien.
Ordre des corrections. Comme les réductions d’impôt viennent après la décote, leur intérêt réel dépend de l’impôt qui reste à payer. L’ordre complet est expliqué dans la fiche ordre d’imputation des réductions et crédits.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que la décote sur l’avis d’imposition ?
C’est une réduction automatique de l’impôt sur le revenu accordée aux foyers peu imposés. Pour les revenus de 2025, elle s’applique si l’impôt brut est inférieur à 1 982 € (personne seule) ou 3 277 € (couple) et vaut 897 € ou 1 483 € moins 45,25 % de l’impôt brut.
Comment calculer sa décote ?
Multipliez votre impôt brut par 45,25 % et retranchez le résultat de 897 € si vous êtes seul, de 1 483 € si vous êtes en couple marié ou pacsé. Par exemple, pour une personne seule avec 1 000 € d’impôt brut : 897 − 452,50 = 444,50 € de décote, soit 555,50 € d’impôt.
Faut-il demander la décote ?
Non. Elle est calculée et appliquée automatiquement par l’administration à partir de la déclaration de revenus. Il suffit de déclarer correctement sa situation de famille.
Pourquoi mon impôt augmente-t-il plus vite que 11 % de mon augmentation ?
Parce que la décote diminue quand l’impôt brut augmente. Dans la zone de décote, chaque euro d’impôt brut supplémentaire réduit la décote de 0,4525 €, ce qui porte le taux marginal réel de 11 % à 15,98 %.
La décote s’applique-t-elle aux couples pacsés ?
Oui, avec le plafond « couple » de 1 483 €, comme pour les couples mariés, dès lors qu’ils sont soumis à imposition commune. S’ils sont imposés séparément, chacun est traité comme une personne seule.
Pour aller plus loin
- Salaires : déduction de 10 % ou frais réels
- La fiscalité des pensions de retraite
- Qu’est-ce que la charge fiscale excédentaire ?
Sources officielles
- BOFiP — BOI-IR-LIQ-20-20-30, décote prévue au 4 du I de l’article 197 du CGI (07/04/2026)
- Service-Public.fr — Comment est calculé l’impôt sur le revenu ?
- Service-Public.fr — Barème de l’impôt sur le revenu
- BOFiP — Actualité du 07/04/2026 : indexation du barème et des seuils associés
Fiche à jour au 23 octobre 2026, en tenant compte de la loi de finances et de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026. Elle présente les règles générales : elle ne remplace pas l’avis d’un expert-comptable ou d’un avocat fiscaliste sur votre situation.
Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.
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