Trading Haute Fréquence : comprendre les nouveaux risques

Quel est actuellement le volume total d’opérations issu du trading à haute fréquence, le High-Frequency Trading ?
Le poids du trading à haute fréquence dans le volume total des opérations dépend des zones géographiques. L’autorité des marchés financiers (AMF) estime à environ 17 % le volume des transactions sur le CAC 40 lié à cette activité au dernier trimestre 2011. Pour l’Europe on estime le poids à 30 %. Aux États-Unis, ils représentent près de 70 % du volume des transactions sur les actions américaines en 2010. En Asie, on tourne entre 5 % à 10 % du volume total sur les actions. Quoi qu’il en soit une chose est sûre, le trading à haute fréquence se développe très rapidement et il est devenu maintenant un élément clé pour comprendre les marchés financiers. Nous devons, nous les petits porteurs, le prendre en considération pour pouvoir espérer survivre. Le Trading Haute Fréquence fait et défait les marchés, ces robots de trading amplifient considérablement les hausses mais aussi les baisses, les bulles et les krachs sont plus fréquents et plus rapides et cela va encore s’accélérer.
Nous sommes donc déjà dans une numérisation totale de la finance, il n’y a plus d’actions en papier, rien n’est tangible, tout est numérique, tout passe par la fibre optique, les ordres d’achat, les ordres de ventes, les annulations… Cela devient un grand jeu vidéo à l’échelle planétaire, j’achète l’indice Dax 30 parce que j’anticipe un rebond sur un seuil psychologique. Je le revends, quelques secondes après je peux investir en un clic sur les actions Apple ou Google, gagner un dollar par action, les revendre et me mettre à trader le pétrole ou bien à « jouer » sur la faiblesse de l’euro contre le dollar… L’argent circule à la vitesse de la lumière, on prend ses bénéfices très rapidement. Au final, quand on trade, on ne voit plus que les chiffres, il n’y a plus de réalité palpable, je trade une action, un indice, du blé, du pétrole, une monnaie de la même manière.
Qu’est ce que le quote stuffing et ses conséquences sur le trading ?
Le « quote stuffing ou le bourrage de cotation est une technique utilisée par le trading haute fréquence pour être le mieux placé dans le carnet d’ordres. On peut le voir comme une course à la vitesse : celui qui arrive le premier est servi le premier (il obtiendra le meilleur prix à l’achat ou à la vente). Le but est aussi d’empêcher les autres de se placer sur une valeur. Au final, c’est une guerre numérique, les robots des HFT se livrent une lutte titanesque à l’échelle de la milliseconde où tout est bon pour passer devant les concurrents.
Dans cette guerre virtuelle entre algorithmes, où le temps de décision de l’intelligence artificielle est la nanoseconde, on est très loin de la réalité du petit boursicoteur qui trade avec sa pauvre connexion adsl. Il est indéniable que beaucoup de petits investisseurs ont quitté la bourse parce qu’ils ne comprennent plus ces variations soudaines de cours sans d’autres raisons qu’une action programmée du trading à haute fréquence. Pour beaucoup d’investisseurs classiques, les fondamentaux, les habitudes qu’ils avaient pour leurs prises de position sont fortement perturbées. Certains renoncent car ils ne voient plus de logique au système. Je trade depuis 16 ans et ma façon de trader a totalement changé, les marchés financiers sont beaucoup plus dynamiques, rapides, fluctuants, « incertains »… J’ai dû m’adapter, trader différemment pour prendre en compte ces nouveaux risques, cette nouvelle volatilité (variation des cours). Il y a 10 ans une action du CAC 40 qui prenait 4 % dans la journée cela faisait la Une de la presse financière. Maintenant c’est d’une banalité navrante.
Nous sommes en fait en plein darwinisme technologique et social, si le boursicoteur n’arrive pas à s’adapter très rapidement aux changements de dynamique des places financières, il est condamné à très court terme. Depuis août 2011, j’ai dû revoir totalement deux fois ma manière de trader, changer mes habitudes, trouver de nouveaux repères, abandonner un marché dominé par le trading haute fréquence qui ne me laissait pas de place… En effet en moins d’un an les marchés financiers ont à nouveau totalement muté. Seuls ceux qui peuvent perpétuellement évoluer, qui ne s’accrochent pas à un système, pourront espérer survivre.
Le flash krach de 2010 et le trading haute fréquence
J’ai vécu en direct le krach flash de mai 2010. Je n’avais jamais vu cela, et pourtant j’ai connu et survécu à de nombreux krachs depuis que je trade. Deux ans plus tard, je reste encore traumatisé car toute forme de rationalité avait été perdue. Avec un peu d’expérience, on arrive à détecter les bulles, on est moins étonné quand il y a un krach, on l’attend même parfois. Mais là, la folie, au sens propre, a touché pendant quelques minutes l’ensemble des marchés financiers, tous les indices mondiaux s’effondraient, rien ne semblait pouvoir endiguer cette chute vers les abîmes. Durant ces 12 minutes, le monde financier pouvait s’écrouler. J’ai vu des actions américaines perdre 99 % de leur valeur, virtuellement elles étaient ruinées. Je me revois encore assis devant mon écran en train de regarder effaré toutes les actions planétaires s’effondrer et de me demander impuissant « mais que se passe-t-il ? ».
Le pire était de ne pas savoir pourquoi, j’avais vécu le 11 septembre 2001 en bourse et ce n’était rien à côté. J’ai pensé qu’il a dû y avoir une bombe atomique sur New York pour provoquer une telle panique. Ces 12 minutes ont été les plus longues de ma vie, j’avais l’impression de voir tout notre système économique s’effondrer sur lui-même. Depuis ce jour, j’ai adapté mon style de trading à ce risque, je fais du scalping c’est-à-dire que j’achète et que je revends très rapidement, à mon niveau, pour prendre le plus rapidement possible mon bénéfice et ainsi rester le moins de temps possible positionné sur un marché financier afin de limiter le risque du flash krach. Il y aura un autre flash krach, c’est inévitable, et ce jour-là, j’espère ne pas être positionné. Il y a des traders qui ont perdu en quelques minutes les économies d’une vie. C’est hélas un risque à prendre perpétuellement en considération maintenant.
Peut-on maitriser le trading haute fréquence ?
Face à cette guerre des algorithmes, les grands acteurs de la finance n’ont pas d’arme réelle. L’AMF surveille particulièrement la manipulation de cours, elle développe des logiciels capables d’analyser à J+1 toutes les transactions effectuées sur la plate-forme Nyse Euronext. Mais c’est un travail a posteriori, il est impossible d’analyser en temps réel les fluctuations des marchés.
Le scénario catastrophe existe, un nouveau flash krach mais qui durerait plus de 12 minutes et qui verrait la ruine du plus grand nombre (entreprises, actionnaires, banques…). Mais il faut bien comprendre que la bourse est un jeu à somme nulle. Quand quelqu’un perd de l’argent, un autre en gagne, les plus grosses fortunes se font durant les krachs, il faut beaucoup de personnes ruinées pour faire quelques riches. En cas de flash krach, je peux par exemple vendre 10 millions d’actions que je ne possède pas à 11 € (en bourse on peut vendre des actions que l’on ne possède pas, cela s’appelle de la vente à découvert). Le cours de l’action s’effondre et je rachète les actions que je ne possédais pas quelques minutes avant à 1 €. Bilan : je viens de gagner 100 millions d’euros en 12 minutes, juste sur une action.
Ce qui me fait le plus peur c’est qu’une entité suffisamment forte financièrement provoque volontairement un flash krach en se mettant à vendre massivement des actions. Les algorithmes des concurrents amplifiant le mouvement, c’est le jackpot assuré sans aucun risque…
Le trading à haute fréquence en résumé
Le trading à haute fréquence (THF, ou HFT en anglais) est une forme extrême de trading algorithmique : des programmes informatiques passent, modifient et annulent un très grand nombre d’ordres en quelques millionièmes de seconde, et ne gardent leurs positions que quelques instants. Leur avantage tient à la vitesse : serveurs installés au plus près des bourses, liaisons ultrarapides, réaction automatique à chaque changement du carnet d’ordres.
Le krach éclair du 6 mai 2010 en chiffres
La chute commence à 14 h 32, heure de New York, et dure environ 36 minutes. Le Dow Jones perd jusqu’à 998,5 points, soit environ 9 %, avant de regagner l’essentiel du terrain. Huit valeurs du S&P 500, dont Accenture, s’échangent un instant à 1 cent, tandis que d’autres titres cotent brièvement plus de 100 000 dollars. Le rapport commun de la SEC et de la CFTC, publié le 30 septembre 2010, part d’une vente de 75 000 contrats E-mini S&P 500, environ 4,1 milliards de dollars, passée par un gestionnaire pour couvrir ses positions ; les algorithmes à haute fréquence se sont ensuite renvoyé ces contrats et ont amplifié la baisse. En 2015, la justice américaine a aussi poursuivi un trader londonien, Navinder Sarao, pour manipulation par ordres fictifs ; il a plaidé coupable.
Quote stuffing et ordres fictifs
Le quote stuffing consiste à inonder le marché d’ordres aussitôt annulés pour ralentir les concurrents, contraints de les traiter, et créer de la confusion. Le spoofing consiste à afficher de gros ordres sans intention de les exécuter, pour faire croire à une pression acheteuse ou vendeuse. Les deux sont considérés comme des manipulations de marché. En Europe, la directive MiFID II et le règlement MiFIR, applicables depuis 2018, ont donné un cadre propre au trading algorithmique.
Questions fréquentes
Le trading à haute fréquence est-il légal ?
Oui, la vitesse en elle-même est autorisée, et les traders à haute fréquence assurent une bonne part de la liquidité. Ce sont certaines pratiques, comme le spoofing ou le quote stuffing, qui sont interdites.
Quelle part des volumes représente-t-il ?
Les estimations varient selon les sources et les années. Pour 2010, la Banque d’Angleterre l’estimait à environ 40 % des ordres sur les actions européennes ; aux États-Unis, il représentait 73 % des ordres sur actions en 2009 selon une estimation souvent citée.
Comment un particulier peut-il s’en protéger ?
En évitant les ordres au marché lors des annonces et des ouvertures agitées, en privilégiant l’ordre à cours limité, et en plaçant ses stops loin des chiffres ronds où se concentrent les ordres.
Pour aller plus loin
Lexique boursier : toutes les définitions, de A à Z.
Benoist Rousseau est trader, membre du Chicago Mercantile Exchange (CME) et du Chicago Board of Trade (CBOT), spécialiste en histoire économique formé à la Sorbonne et pédagogue expérimenté. Il a ainsi créé son École de Trading en 2022.
Fort de plus de 30 ans d’expérience sur les futures CME, il partage analyses de séance, replays de trades commentés, psychologie et gestion du risque — sans signaux ni promesses, du trading brut et sans filtre.










La formation complète Gratuit
Le trading commence par les bons outils.
- La formation complète à la plateforme
- Mes Graphiques & Espaces de travail : accès exclusif à mes indicateurs, modèles et réglages personnalisés
- Configuration guidée, pas à pas
Quand vous serez prêt Pour aller plus loin
Formations, séminaires, webinaire et coaching privé. Je vous accompagne personnellement.
Découvrir l’École