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Mikhaïl Gorbatchev : biographie, perestroïka et chute de l’URSS

Dernier dirigeant de l’Union soviétique, Mikhaïl Gorbatchev voulut réformer un empire qui vivait du pétrole au moment où son prix s’effondrait, mit fin à la guerre froide et assista à la faillite de l’URSS.

Mikhaïl Gorbatchev : Le réformateur qui voulut sauver l’URSS quand le pétrole s’effondrait

Qui était Mikhaïl Gorbatchev ?

Mikhaïl Sergueïevitch Gorbatchev (1931-2022) est un homme politique soviétique, secrétaire général du Parti communiste de l’Union soviétique de mars 1985 à août 1991 et président de l’URSS de mars 1990 à sa démission, le 25 décembre 1991, jour de la disparition de l’Union soviétique. Ses réformes, la perestroïka (restructuration) et la glasnost (transparence), et sa politique étrangère ont mis fin à la guerre froide. Il reçut le prix Nobel de la paix en 1990.

À l’étranger, on lui doit la chute du mur de Berlin sans un coup de feu. En Russie, beaucoup lui reprochent l’effondrement d’un État et d’un niveau de vie. Les deux jugements portent sur le même homme, qui hérita d’un empire dont les comptes ne tenaient plus et crut pouvoir le réformer sans l’ébranler.

Mikhaïl Gorbatchev en résumé

Juriste formé à Moscou, cadre du parti dans la région agricole de Stavropol, Gorbatchev devient secrétaire du comité central chargé de l’agriculture en 1978, puis le plus jeune membre du bureau politique. Élu secrétaire général à cinquante-quatre ans, il réforme l’économie par étapes, libéralise la parole et la vie politique, puis perd le contrôle des républiques et du parti. Le putsch manqué d’août 1991 le laisse sans pouvoir.

  • Époque : Le XXe siècle
  • Naissance : 2 mars 1931, Privolnoïe (région de Stavropol)
  • Mort : 30 août 2022, Moscou
  • Pays : Union soviétique, Russie
  • Fonctions : premier secrétaire du parti pour la région de Stavropol (1970-1978), membre du bureau politique (1980-1991), secrétaire général du PCUS (11 mars 1985-24 août 1991), chef de l’État (1988-1990), président de l’URSS (15 mars 1990-25 décembre 1991)
  • Œuvre principale : la perestroïka et la glasnost, le traité de Washington sur les forces nucléaires intermédiaires (1987), le retrait d’Afghanistan (1989), la fin de la guerre froide
  • À retenir : il gouverna pendant la chute des prix du pétrole de 1986, qui priva l’URSS d’une grande partie de ses devises au moment où il voulait la réformer

La vie de Mikhaïl Gorbatchev : l’apparatchik qui voulut réparer la machine

Mikhaïl Gorbatchev naît le 2 mars 1931 à Privolnoïe, village de la steppe de Stavropol, dans une famille de paysans russes et ukrainiens. Ses deux grands-pères ont connu les arrestations des années 1930. Adolescent, il conduit une moissonneuse-batteuse avec son père et reçoit en 1949 une décoration pour une récolte record. Admis à la faculté de droit de l’université de Moscou, il y adhère au parti et épouse en 1953 une étudiante en philosophie, Raïssa Titarenko.

Rentré à Stavropol, il gravit les échelons du Komsomol et du parti, devient premier secrétaire de la région en 1970 et se fait remarquer par les dirigeants de passage dans les stations thermales du Caucase, dont Iouri Andropov. Appelé à Moscou en 1978 comme secrétaire du comité central chargé de l’agriculture, il entre au bureau politique en 1980. Le 11 mars 1985, au lendemain de la mort de Konstantin Tchernenko, il est élu secrétaire général.

Il commence par l’« accélération » de la croissance et une campagne contre l’alcoolisme. La catastrophe de Tchernobyl, le 26 avril 1986, et la dissimulation qui la suit le convainquent de la nécessité de la transparence. À partir de 1987, il engage des réformes économiques, puis politiques : élections en partie libres au Congrès des députés du peuple en mars 1989, fin du rôle dirigeant du parti inscrit dans la Constitution en mars 1990. À l’extérieur, il négocie avec Ronald Reagan le désarmement, retire l’Armée rouge d’Afghanistan en février 1989 et laisse les régimes communistes d’Europe de l’Est tomber à l’automne 1989.

À l’intérieur, les nationalités s’émancipent. La répression fait des morts à Tbilissi en avril 1989, à Bakou en janvier 1990, à Vilnius en janvier 1991, sans que la responsabilité personnelle de Gorbatchev dans ces ordres ait été clairement établie. Élu président de l’URSS par le Congrès en mars 1990, il voit monter son rival, Boris Eltsine, élu président de la Russie au suffrage universel en juin 1991. Le 19 août 1991, des conservateurs le séquestrent dans sa datcha de Foros, en Crimée ; le putsch échoue en trois jours devant la résistance de Moscou menée par Eltsine. Le 8 décembre, les dirigeants de la Russie, de l’Ukraine et de la Biélorussie constatent la fin de l’URSS. Gorbatchev démissionne le 25 décembre 1991. Il se présente à l’élection présidentielle russe de 1996, où il recueille moins de 1 % des voix, crée une fondation et meurt à Moscou le 30 août 2022.

Qu’a accompli Mikhaïl Gorbatchev, et que reste-t-il de son œuvre ?

Gorbatchev a mis fin à la guerre froide par la négociation : traité de 1987 sur les forces nucléaires intermédiaires, retrait d’Afghanistan, refus d’intervenir en Europe de l’Est, accord sur la réunification allemande en 1990. Il a rendu aux Soviétiques une liberté de parole et de presse que la Russie n’avait jamais connue à ce degré, ouvert les archives, réhabilité des victimes du stalinisme et libéré les prisonniers politiques, dont Andreï Sakharov, rappelé d’exil en décembre 1986.

Il n’a pas atteint son objectif principal : un socialisme réformé dans une Union rénovée. L’URSS a disparu, son économie s’est effondrée, et quinze États sont nés de ses ruines. Le jugement porté sur lui diffère du tout au tout entre l’Europe centrale, qui lui doit sa liberté, et une partie de l’opinion russe, qui lui reproche une humiliation.

Comment Mikhaïl Gorbatchev a-t-il financé son pouvoir ?

L’Union soviétique dont il hérite vit en grande partie du pétrole et du gaz de Sibérie occidentale, mis en exploitation dans les années 1970. Ces exportations payées en devises fortes financent l’achat à l’Ouest de machines, de biens de consommation et surtout de céréales : depuis le début des années 1970, l’URSS, puissance agricole sous les tsars, importe massivement du blé et du maïs pour nourrir son bétail. Le pays fonctionne comme une économie de rente adossée à une agriculture collectivisée en échec, ce que l’ancien responsable de l’agriculture savait mieux que personne.

La première décision budgétaire du nouveau secrétaire général va à contresens. En mai 1985, la campagne contre l’alcoolisme réduit la production et la vente de vodka, dont les taxes figuraient parmi les principales recettes de l’État. La mortalité baisse ; les recettes s’effondrent, la distillation clandestine prospère et le sucre disparaît des magasins. Au même moment, l’Arabie saoudite, lasse de réduire sa production pour soutenir les prix pendant que d’autres producteurs en profitent, décide à l’automne 1985 de reconquérir ses parts de marché. En 1986, le prix du pétrole brut, qui dépassait 25 dollars le baril, tombe par moments sous les 10 dollars. Ce contre-choc pétrolier prive Moscou d’une grande partie de ses recettes en devises, alors que Tchernobyl et la guerre d’Afghanistan pèsent sur les dépenses.

L’ancien Premier ministre russe Iegor Gaïdar a fait de ce choc la clef de la chute dans La Chute de l’empire soviétique (2006 en russe, traduction française en 2010) : privé de devises, le pouvoir dut choisir entre réduire les importations de céréales, avec le risque de pénuries, ou emprunter à l’Ouest. Il emprunta. La dette extérieure en devises augmente rapidement à la fin des années 1980, et les banques occidentales, inquiètes, réduisent leurs crédits en 1989-1990. Pour obtenir l’accord de Moscou à la réunification et au retrait de ses troupes, la République fédérale d’Allemagne accorde en 1990 des garanties de crédit, puis, après un marchandage téléphonique entre Kohl et Gorbatchev le 10 septembre, 12 milliards de marks pour l’entretien, le retrait et le logement des soldats soviétiques, et un crédit sans intérêt de 3 milliards. Gorbatchev demande à l’été 1991 au sommet du G7 une aide massive ; il obtient des promesses et un statut auprès du FMI.

Le budget de l’Union, lui, se dégrade sans cesse. Les entreprises d’État, rendues plus autonomes par la loi de 1987 sur l’entreprise, augmentent les salaires sans produire davantage ; les coopératives autorisées en 1988 achètent aux prix d’État et revendent aux prix libres ; le déficit est couvert par la planche à billets de la Banque d’État. Les prix restant fixés, l’excédent de roubles se traduit non par l’inflation officielle mais par des rayons vides et des files d’attente. Le plan des « 500 jours » de Stanislav Chataline et Grigori Iavlinski, qui proposait à l’été 1990 une transition rapide vers le marché, est écarté par Gorbatchev au profit d’un compromis. Le 22 janvier 1991, un décret de Gorbatchev, préparé par son Premier ministre Valentin Pavlov, retire en trois jours les billets de 50 et 100 roubles, échangeables dans la limite de 1 000 roubles par personne, pour punir les spéculateurs et éponger la masse monétaire ; l’opération ruine surtout la confiance. En 1991, la Russie et les autres républiques cessent de reverser leurs impôts au budget fédéral. L’Union soviétique meurt aussi d’une faillite de trésorerie : son président n’avait plus de quoi payer ses fonctionnaires sans l’accord d’Eltsine.

Qu’a ajouté la légende à l’histoire de Mikhaïl Gorbatchev ?

La phrase selon laquelle la vie punit ceux qui arrivent trop tard est apparue le 7 octobre 1989, à Berlin-Est, dans les dépêches des agences dpa et AP : deux journalistes y condensèrent une déclaration alambiquée de son porte-parole, Guennadi Guerassimov, qui rapportait ses propos à Erich Honecker. Gorbatchev affirma plus tard l’avoir dite en tête à tête au dirigeant est-allemand ; ses mots exacts ne sont pas établis. Elle est devenue la devise de la chute de la RDA.

La légende américaine attribue volontiers la fin de la guerre froide au discours de Ronald Reagan devant la porte de Brandebourg, en juin 1987, l’invitant à abattre ce mur. Le mur tomba deux ans et demi plus tard, à la suite d’une erreur de communication du régime est-allemand et de la décision soviétique de ne pas intervenir, ce qui revient moins à Reagan qu’à Gorbatchev. En 1984, avant même son élection, Margaret Thatcher avait déclaré qu’il était un homme avec qui l’on pouvait faire affaire.

La dernière image est commerciale. En 1997, l’ancien président tourna une publicité pour une chaîne de pizzerias américaine, au profit de sa fondation ; en 2007, il posa pour un maroquinier de luxe. L’homme qui avait dirigé la deuxième puissance mondiale finançait ses œuvres comme une vedette.

Qu’en disent les historiens aujourd’hui ?

La biographie de William Taubman (Gorbachev : His Life and Times, 2017) et les travaux d’Archie Brown (The Gorbachev Factor, 1996) décrivent un réformateur sincère, convaincu de pouvoir humaniser le socialisme, qui a choisi de ne pas employer la force pour préserver l’empire. En France, Hélène Carrère d’Encausse avait annoncé dès L’Empire éclaté (1978) la question des nationalités, qu’elle a reprise dans La Gloire des nations (1990) ; Taline Ter Minassian a publié une biographie en 2022.

Le débat économique oppose deux lectures. Pour Iegor Gaïdar, l’URSS était condamnée par une économie de rente que le contre-choc pétrolier a fait tomber ; Stephen Kotkin (Armageddon Averted, 2001) insiste sur l’épuisement d’un système que les réformes ont achevé de défaire. Pour Chris Miller (The Struggle to Save the Soviet Economy, 2016) et Vladislav Zubok (Collapse, 2021), les choix de Gorbatchev ont joué un rôle décisif : réformes mal séquencées, perte de contrôle du budget et de la monnaie, refus de libérer les prix à temps. Les historiens débattent aussi des engagements occidentaux sur l’élargissement de l’OTAN en 1990, question sur laquelle Gorbatchev lui-même a varié.

Que peut apprendre de Mikhaïl Gorbatchev celui qui décide ?

Gorbatchev a réformé un système au moment où ses recettes disparaissaient. Ses choix politiques ont été souvent courageux ; ses choix financiers ont aggravé une situation qu’il avait sous-estimée.

  • Une rente unique est un risque unique : la dépendance au pétrole fit de la décision saoudienne de 1985 un choc budgétaire soviétique.
  • Ne pas supprimer une recette avant d’avoir sa remplaçante : la campagne contre l’alcool creusa le déficit au pire moment.
  • Réformer les comportements sans libérer les prix crée des pénuries : salaires libérés et prix fixés vidèrent les magasins.
  • Couvrir un déficit par la création monétaire détruit la confiance, et l’échange forcé des billets de 1991 l’acheva.
  • Repousser la décision difficile ne la supprime pas : écarter le plan des 500 jours n’évita pas la transition brutale, menée en 1992 par d’autres, la thérapie de choc.

Quels livres lire sur Mikhaïl Gorbatchev ?

  • Mikhaïl Gorbatchev, Mémoires. Une vie et des réformes, traduit du russe par Galia Ackerman, Michel Secinski et Pierre Lorrain, Éditions du Rocher, 1997 : sa version, à lire avec recul.
  • Andreï Gratchev, Gorbatchev, le pari perdu ? De la perestroïka à l’implosion de l’URSS, Armand Colin, 2011 : par son ancien porte-parole, devenu historien.
  • Taline Ter Minassian, Gorbatchev, PUF, 2022 : la biographie française la plus récente.
  • Hélène Carrère d’Encausse, La Gloire des nations ou la Fin de l’empire soviétique, Fayard, 1990 : la question des nationalités.
  • Egor Gaïdar, La Chute de l’empire soviétique. Leçons pour la Russie d’aujourd’hui, Eyrolles, 2010 : la thèse du pétrole et du blé, par un acteur de la transition.
  • William Taubman, Gorbachev : His Life and Times, W. W. Norton, 2017 : la biographie de référence, en anglais.

Questions fréquentes sur Mikhaïl Gorbatchev

Qu’est-ce que la perestroïka ?

Le mot signifie « restructuration ». Il désigne les réformes économiques lancées par Gorbatchev à partir de 1987 : autonomie des entreprises d’État, autorisation des coopératives et des sociétés mixtes avec des capitaux étrangers, tout en conservant la propriété publique et les prix administrés.

La chute du prix du pétrole a-t-elle causé la fin de l’URSS ?

Elle y a contribué en privant l’URSS d’une grande partie de ses devises à partir de 1986, ce qui l’obligea à emprunter pour importer des céréales. Les historiens discutent de son poids face aux erreurs de politique économique et à la crise des nationalités.

Pourquoi Gorbatchev a-t-il démissionné le 25 décembre 1991 ?

Parce que l’État qu’il présidait n’existait plus : le 8 décembre, la Russie, l’Ukraine et la Biélorussie avaient constaté la fin de l’URSS, rejointes le 21 décembre par huit autres républiques. Il remit le contrôle de l’arsenal nucléaire à Boris Eltsine.

Pourquoi Gorbatchev est-il impopulaire en Russie ?

Une grande partie des Russes associe son nom aux pénuries de la fin des années 1980, à la perte de l’empire et à l’effondrement économique des années 1990. À l’élection présidentielle de 1996, il obtint moins de 1 % des voix.

Pour aller plus loin

L’auteur

Benoist Rousseau

Maîtrise d’histoire (Sorbonne)

Diplômé d’histoire de la Sorbonne, j’ai enseigné douze ans avant de trader à plein temps. Les krachs, les bulles et les grandes figures de la finance éclairent mieux les marchés d’aujourd’hui que bien des modèles. J’ai préfacé Machiavel, Renan et Le Bon chez JDH Éditions.

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