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Planification centralisée : système et économie dirigée

La planification centralisée : la théorie économique expliquée
· Mis à jour le · 10 min de lecture

Qu’est-ce que la planification centralisée ?

Dans la théorie de la planification centralisée, les entreprises sont soumises au contrôle absolu de l’Etat que ce soit pour les usines, les machines et l’ensemble de la direction de l’entreprise. Les acteurs du marché sont totalement absents.

La production et la distribution sont entièrement aux mains de l’État.

Durant l’ère du bloc communiste, la planification centralisée s’organisait en commission se réunissant tous les 4 à 5 ans et planifiant ce qu’il fallait produire pour les 5 prochaines années : période des plans quinquennaux. Ces commissions expliquaient ce qu’il fallait produire, comment le produire et pourquoi le produire. Les tâches sont réparties entre les différents responsables d’usines et chaque responsable avait des objectifs à atteindre en fonction de ce que la commission gouvernementale centrale avait décidé.

Ce système est dit système socialiste car tout est encadré, il n’y a pas la place pour le libre échange, ni pour l’entreprise privée.

La faucille et le marteau, emblème du communisme sous Lénine
La faucille et le marteau, emblème du communisme sous Lénine

Quel lien entre planification centralisée et marxisme ?

La planification centralisée est souvent associée à une théorie marxiste, mais Engels prévenait déjà qu’un État qui reprend les forces productives devient lui-même un « capitaliste collectif » : une planification d’État peut rester proche du capitalisme. En effet, la planification centralisée ne profite qu’à l’État et non aux ouvriers qui travaillent dans les usines. Le fait qu’il n’y ait qu’un seul décideur et bénéficiaire est donc loin des idéaux de Marx qui prônait des prises de décision collectives et une répartition des richesses créées.

Citation sur la planification centralisée

« Nous avons cinquante ou cent ans de retard sur les développés et dix ans pour les rattraper. Soit nous y parvenons, soit ils nous écrasent. »

Joseph Staline

La planification centralisée en résumé

La planification centralisée, appelée aussi économie planifiée ou économie dirigée, est un système dans lequel une autorité centrale décide à la place du marché ce qu’il faut produire, en quelle quantité, à quel prix et pour qui. Les moyens de production appartiennent à l’État, et les entreprises exécutent des objectifs chiffrés fixés par le plan. L’Union soviétique en a donné l’exemple le plus complet, de la fin des années 1920 jusqu’à sa disparition en 1991.

D’où vient la planification centralisée, de Marx au Gosplan ?

Marx et Engels n’ont pas décrit en détail l’économie de l’avenir, mais ils annonçaient une production organisée selon un plan. Dans l’Anti-Dühring (1878), Engels parle d’une régulation sociale de la production selon un plan déterminé, conforme aux besoins de la collectivité et de chacun. Dans le même livre, il prévient qu’un État qui reprend à son compte les forces productives devient lui-même « le capitaliste collectif » de la nation : c’est sans doute de là que vient l’idée, évoquée plus haut, d’une planification d’État proche du capitalisme. Le sujet a été repris plus tard par des marxistes critiques de l’URSS, qui la qualifiaient de « capitalisme d’État » (voir le marxisme).

En Russie soviétique, le Gosplan, commission d’État au plan, est créé par un décret du 22 février 1921. C’est un organisme permanent : il élabore les plans quinquennaux, déclinés en plans annuels. Staline lance le premier plan quinquennal le 1er octobre 1928 ; il est déclaré accompli à la fin de 1932, « en quatre ans et trois mois ». La citation ci-dessus vient d’un discours que Staline prononce le 4 février 1931 devant les dirigeants de l’industrie, en plein premier plan. Les plans se succèdent ensuite jusqu’à la fin du régime ; le Gosplan disparaît en avril 1991, quelques mois avant l’Union soviétique.

Comment fonctionne la planification centralisée ?

Le planificateur part d’objectifs politiques (acier, énergie, armement, logements) et doit les rendre cohérents : chaque tonne d’acier exige du charbon, du minerai, des wagons, des ouvriers, qui doivent eux-mêmes être prévus. Les Soviétiques le faisaient par des « balances matières » qui confrontaient, produit par produit, les ressources et les besoins. Chaque usine reçoit des quotas en quantités physiques et des fournitures attribuées ; les prix sont fixés par l’administration et servent surtout à la comptabilité, pas à orienter la production.

Ce mode de pilotage crée des incitations particulières. Un directeur d’usine est jugé sur l’exécution du plan, pas sur la qualité ni sur la satisfaction des clients. Si l’objectif est fixé en tonnes, il a intérêt à produire lourd ; s’il est fixé en nombre de pièces, à produire petit. Il a aussi intérêt à cacher ses vraies capacités pour obtenir un objectif facile, et à stocker des matières premières au cas où les livraisons manqueraient.

Qu’ont montré les faits sur la planification centralisée ?

La planification soviétique a permis une industrialisation très rapide. Pendant le premier plan, l’industrie lourde dépasse ses objectifs (103,4 % du plan selon les chiffres officiels), tandis que les biens de consommation restent en retrait (84,9 %), et les historiens jugent beaucoup de chiffres gonflés. Le prix humain est immense : la collectivisation forcée de l’agriculture provoque la famine de 1932-1933, dont les estimations vont de 3,3 à 7 millions de morts.

À partir des années 1970, la croissance soviétique ralentit, et les pénuries deviennent la marque des économies planifiées : files d’attente, produits introuvables à côté de stocks invendables. L’économiste hongrois János Kornai, dans Economics of Shortage (1980), montre que ces pénuries ne viennent pas d’erreurs des planificateurs, mais du système lui-même : des prix administrés qui ne signalent plus la rareté, et des entreprises qui savent que l’État couvrira leurs pertes.

Quelles critiques vise la planification centralisée ?

La critique de fond vient de l’école autrichienne. En 1920, Ludwig von Mises soutient que sans propriété privée des moyens de production, il n’y a plus de prix pour les biens de production, et donc plus de calcul économique possible. En 1945, dans « The Use of Knowledge in Society », Friedrich Hayek ajoute que l’information nécessaire est dispersée entre des millions de personnes et qu’aucune autorité centrale ne peut la réunir à temps (voir l’école autrichienne).

Les défenseurs de la planification ont répondu de deux façons. Certains, comme Oskar Lange, ont proposé d’utiliser des prix de marché simulés, ce qui a donné le socialisme de marché. D’autres soutiennent que les ordinateurs pourraient aujourd’hui résoudre ce que les bureaux du Gosplan ne pouvaient pas calculer. Leurs critiques répondent que le problème n’est pas la puissance de calcul : c’est que l’information n’existe pas avant les décisions des consommateurs et des entrepreneurs, et que le plan supprime les incitations à la révéler.

Que reste-t-il aujourd’hui de la planification centralisée ?

La planification centralisée intégrale ne subsiste plus que dans de rares pays, comme la Corée du Nord et, en partie, Cuba. La Chine adopte toujours des plans quinquennaux, le quinzième couvrant 2026-2030, mais ce sont des orientations pour une économie où le marché fixe la plupart des prix. Il ne faut pas la confondre avec la planification « indicative » pratiquée en France après 1946 par le Commissariat général du Plan, dirigé d’abord par Jean Monnet : elle fixait des priorités sans commander aux entreprises.

Pour un investisseur, l’héritage est concret. Les pays sortis de l’économie planifiée ont connu des transitions brutales (voir la thérapie de choc), et les économies où l’État fixe encore des objectifs de production restent exposées à un risque politique : un secteur peut être favorisé ou sanctionné du jour au lendemain par une décision du pouvoir.

Questions fréquentes sur la planification centralisée

Quelle différence entre planification centralisée et planification indicative ?

La planification centralisée impose aux entreprises ce qu’elles produisent et à quel prix. La planification indicative, comme en France après la guerre, fixe des objectifs nationaux et oriente l’investissement, mais laisse les entreprises libres de leurs décisions.

Qu’est-ce qu’un plan quinquennal ?

Un programme économique sur cinq ans qui fixe les objectifs de production par secteur. L’URSS en a enchaîné de 1928 à sa disparition ; la Chine en utilise toujours, sous une forme beaucoup moins contraignante.

Pourquoi l’économie soviétique s’est-elle essoufflée ?

Les explications les plus courantes sont l’absence de prix reflétant la rareté, des incitations tournées vers la quantité plutôt que vers la qualité ou l’innovation, et le renflouement automatique des entreprises en perte, qui supprimait toute sanction.

Quels pays pratiquent encore la planification centralisée ?

Presque plus aucun sous sa forme intégrale : la Corée du Nord s’en rapproche le plus. Cuba a introduit des éléments de marché, et la Chine, le Vietnam ou le Laos combinent plans et marchés.

Pour aller plus loin

L’auteur

Benoist Rousseau

Maîtrise d’histoire (Sorbonne) · Trader depuis 1994

Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.

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2 commentaires

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C
Christelle Puyraud4 janvier 2021
merci pour cet article, Beoist.
M
Michel15 avril 2022
Puis je savoir quels sont les principales étapes de la planification centralisée ? S'il vous plaît
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