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Persévérance des croyances : définition, expériences et exemples en Bourse

La persévérance des croyances est la tendance à conserver une croyance alors que les informations qui l’avaient fait naître ont été démenties, parce que l’esprit lui a entre-temps trouvé d’autres appuis.

Persévérance des croyances : La preuve est tombée, la conviction est restée debout

Qu’est-ce que la persévérance des croyances ?

La persévérance des croyances est la tendance à conserver une croyance alors même que l’information qui l’avait fait naître a été démentie, voire reconnue comme fabriquée. On sait que la preuve était fausse ; on continue de croire ce qu’elle prouvait. Le phénomène n’exige ni entêtement ni intérêt particulier : il se produit aussi pour des opinions que l’on n’avait aucune raison de chérir.

La clé, selon les chercheurs qui l’ont étudié, tient aux explications. Dès qu’une croyance se forme, on se raconte pourquoi elle est vraie : on lui trouve des causes, des exemples, des liens avec ce que l’on sait déjà. Quand la preuve initiale tombe, ces explications restent debout. La croyance n’a plus de fondation, mais elle a des murs porteurs.

La persévérance des croyances en résumé

Ce biais est l’un des plus dérangeants de la famille, car il montre que corriger une erreur ne suffit pas à l’effacer. Il a aussi une portée éthique particulière : il est né d’une question sur les expériences de psychologie elles-mêmes, qui trompent parfois leurs participants avant de les détromper.

  • Famille : croire ce qu’on veut croire
  • Mis en évidence par : Lee Ross, Mark Lepper et Michael Hubbard (Stanford), puis Craig Anderson, Mark Lepper et Lee Ross
  • Date : 1975 pour l’expérience fondatrice, 1980 pour l’étude sur les pompiers, 1982 pour la parade de l’explication contraire
  • Expérience de référence : le « paradigme du débriefing », publié dans le Journal of Personality and Social Psychology
  • Proche de : le biais de confirmation, l’erreur de narration, l’effet de primauté
  • Sur les marchés : effets durables des fausses nouvelles, thèses d’investissement qui survivent à la disparition de leur argument de départ

Quelles expériences ont révélé la persévérance des croyances ?

Stanford, 1975. Des étudiants doivent accomplir une tâche de discrimination inédite, que les comptes rendus ultérieurs décrivent ainsi : distinguer, dans une série de lettres d’adieu, celles qui ont été écrites par de vrais suicidés de celles qui ont été inventées. La tâche est nouvelle pour tous, et personne ne sait ce qu’est une bonne performance. L’expérimentateur annonce à certains qu’ils ont très bien réussi, à d’autres qu’ils ont échoué. Ces scores sont en réalité tirés d’avance, sans aucun rapport avec leurs réponses.

Puis vient le débriefing. On explique soigneusement aux participants que les résultats étaient fictifs, décidés avant même leur arrivée, et l’on vérifie qu’ils l’ont bien compris. On leur demande ensuite d’estimer leur talent réel pour cette tâche et leurs chances de réussir une tâche voisine. Ceux qui avaient « réussi » continuent de se juger plus doués que ceux qui avaient « échoué ». Dans une seconde expérience, des observateurs qui avaient assisté à la scène, débriefing compris, montrent la même persévérance à propos des participants qu’ils avaient regardés. Lee Ross, Mark Lepper et Michael Hubbard publient ces résultats en 1975.

Le même article contient une nuance décisive. Un débriefing ordinaire, qui annonce que les résultats étaient faux, ne suffit pas. Un débriefing « de processus », qui explique en plus le phénomène de persévérance lui-même et la façon dont l’esprit s’est fabriqué des raisons, a en général suffi à faire disparaître les fausses impressions des participants sur eux-mêmes.

En 1980, Craig Anderson, Mark Lepper et Lee Ross étendent le résultat aux théories sur le monde. Ils présentent à des étudiants deux études de cas suggérant que le goût du risque rend un pompier meilleur, ou au contraire moins bon. Certains doivent écrire pourquoi il en serait ainsi, d’autres non. Puis on leur révèle que les cas étaient inventés. La théorie survit au démenti, même lorsqu’elle reposait sur deux exemples à peine ; et elle survit d’autant mieux que les participants ont eu à l’expliquer.

Comment fonctionne la persévérance des croyances ?

Le mécanisme central est la construction de scénarios causals. Une fois la croyance formée, on cherche comment elle pourrait être vraie : « j’ai sans doute de l’intuition pour les gens », « un pompier prudent évite les accidents ». Ces explications deviennent indépendantes de la preuve qui les a suscitées. Le démenti retire une pièce, pas l’édifice. C’est pourquoi demander une explication renforce la persévérance, et pourquoi le biais voisine avec l’erreur de narration.

Deux autres ressorts y contribuent. La mémoire relit le passé à la lumière de la croyance et retrouve des souvenirs qui la soutiennent, ce qui relève du biais de confirmation. Et l’ordre compte : l’information arrivée en premier a structuré l’interprétation de la suite, ce que décrit l’effet de primauté. Le démenti arrive toujours en second.

Ce qui amplifie le phénomène : avoir expliqué sa croyance, l’avoir dite en public, y avoir engagé de l’argent, disposer de peu d’autres informations. Ce qui l’atténue : expliquer la persévérance elle-même, comme le montre le débriefing de processus, et surtout demander d’imaginer et d’expliquer la thèse contraire. Craig Anderson l’a vérifié en 1982 dans Social Cognition : les participants invités à expliquer les deux relations possibles entre goût du risque et réussite d’un pompier ont montré une persévérance nettement plus faible.

Quels exemples de la persévérance des croyances en Bourse ?

Le dimanche 7 septembre 2008, un article du Chicago Tribune daté du 10 décembre 2002, qui relatait la faillite de la maison mère de United Airlines, réapparaît sur le site d’un quotidien de Floride, le Sun-Sentinel, parmi les articles économiques les plus consultés. Aucune date explicite ne le rattache à 2002. Le robot de Google News l’indexe comme une nouvelle. Le lundi 8 au matin, un employé d’une société d’information financière le repère et en transmet un résumé au service Bloomberg ; le titre apparaît vers 11 h 03 sur les terminaux.

L’action, qui avait clôturé la séance précédente à 12,30 dollars et cotait 11,85, s’effondre à partir de 10 h 57 et touche 3 dollars à 11 h 00, soit une chute de 76 %, avant que le Nasdaq ne suspende la cotation vers 11 h 07. Le démenti de la compagnie est relayé par Bloomberg à 11 h 16. À la reprise, à 12 h 30, le titre vaut environ 11,25 dollars, mais la séance se termine à 10,92 dollars, en baisse de 11,2 %. Les jours suivants, il descend jusqu’à 9,12 dollars le 11 septembre, et ne retrouve qu’au septième jour le niveau que prévoit le modèle d’évaluation des auteurs.

Carlos Carvalho, Nicholas Klagge et Emanuel Moench, alors économistes à la Réserve fédérale de New York, ont étudié l’épisode comme une expérience naturelle (Journal of Empirical Finance, 2011). Leur constat : trois séances après, le cours était encore anormalement bas, et aucune des explications qu’ils ont testées ne rend compte de cette lenteur. Une nouvelle notoirement fausse, démentie dans l’heure, a donc laissé une trace pendant près d’une semaine. Les autres compagnies aériennes ont subi un effet comparable, quoique atténué. On ne saurait réduire ce cas à la seule persévérance des croyances, mais il en offre une illustration chiffrée rare : le démenti ne remet pas le compteur à zéro.

Comment reconnaître la persévérance des croyances dans ses décisions ?

Le biais se repère en remontant le fil de vos convictions. Quelques signes :

  • La raison pour laquelle vous avez acheté a disparu, mais vous avez trouvé d’autres raisons de garder.
  • Vous ne vous souvenez plus très bien d’où vient votre opinion sur une valeur, seulement qu’elle est solide.
  • Une rumeur démentie continue de colorer votre jugement sur une entreprise.
  • Votre opinion sur votre propre talent n’a pas bougé après une série de résultats qui la contredisent.
  • Vous avez du mal à formuler la thèse inverse de la vôtre de façon convaincante.

Comment éviter la persévérance des croyances ?

La parade la mieux documentée est l’explication contraire, celle qu’a testée Craig Anderson : rédiger, de façon aussi convaincante que possible, pourquoi l’idée inverse pourrait être vraie. Elle s’attaque directement au mécanisme, en donnant à l’esprit une seconde histoire capable de concurrencer la première. Le journal de trading y aide, à condition d’y inscrire, au moment de l’entrée, la raison précise de la décision : quand cette raison disparaît, la position doit être réexaminée comme si elle était nouvelle.

Une autre règle simple consiste à se demander, devant chaque position, si on l’ouvrirait aujourd’hui avec ce que l’on sait aujourd’hui. Si la réponse est non, ce qui la maintient est peut-être de la persévérance, ou le piège des coûts irrécupérables. Enfin, connaître le phénomène aide un peu, comme le montre le débriefing de processus de 1975 : savoir que l’esprit fabrique des raisons après coup permet de les regarder avec un peu plus de méfiance. Ce qui marche mal : simplement répéter le démenti. Il retire la preuve, pas les explications qui ont poussé autour.

Quelles sont les limites de la persévérance des croyances ?

Les expériences fondatrices reposent sur des échantillons d’étudiants et des tâches artificielles, et la persévérance observée est partielle : la croyance s’affaiblit après le démenti, sans revenir à zéro. Les critiques soulignent aussi qu’elle n’est pas forcément irrationnelle. Si l’on a, en chemin, trouvé de bonnes raisons de croire quelque chose, il est logique de ne pas l’abandonner quand une seule preuve tombe. Tout dépend de la qualité des raisons ajoutées.

Il faut surtout distinguer la persévérance de l’effet dit « boomerang », selon lequel une correction renforcerait la croyance erronée. Brendan Nyhan et Jason Reifler l’avaient signalé en 2010 dans certaines conditions politiques ; Thomas Wood et Ethan Porter, testant 52 affirmations auprès de plus de 10 100 personnes, ne l’ont jamais retrouvé, et Nyhan lui-même a conclu en 2021 qu’il n’explique pas la durée des idées fausses. Les corrections font en général bouger les croyances dans le bon sens. Ce qui est solide, c’est qu’elles ne les effacent pas entièrement.

Questions fréquentes sur la persévérance des croyances

Quelle est la différence entre persévérance des croyances et biais de confirmation ?

Le biais de confirmation porte sur la façon dont on recueille l’information nouvelle. La persévérance des croyances décrit ce qui se passe quand l’information d’origine est retirée : la croyance demeure, soutenue par les explications que l’on a construites entre-temps.

Un démenti suffit-il à corriger une fausse information ?

Il aide, mais rarement complètement. Les expériences de Stanford montrent qu’un démenti simple laisse une trace, et qu’une explication du mécanisme de persévérance est plus efficace. L’épisode United Airlines de 2008 montre qu’un marché peut, lui aussi, garder quelques jours la marque d’une nouvelle démentie.

Pourquoi garde-t-on une conviction quand ses raisons ont disparu ?

Parce que la conviction ne repose plus seulement sur ses raisons de départ. On lui a trouvé des causes, des exemples et des liens avec d’autres idées, qui restent en place quand la preuve initiale tombe.

Comment lutter contre la persévérance des croyances en Bourse ?

En notant la raison exacte de chaque prise de position, en la réexaminant dès qu’elle disparaît, et en s’obligeant à écrire la meilleure thèse contraire. La question « l’ouvrirais-je aujourd’hui ? » est un bon test.

Pour aller plus loin

L’auteur

Benoist Rousseau

Trader depuis 1994 · Auteur de « Devenez Trader Pro »

La première difficulté du trading n’est pas technique : elle se trouve entre la chaise et l’écran. Auteur de « Devenez Trader Pro » et préfacier de « La Psychologie des foules » de Gustave Le Bon, je partage ici ce que trente ans de marchés m’ont appris sur la discipline, la peur et l’ego.

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