Histoire d’Airbus : du consortium de 1970 à EADS, puis au groupe européen d’aujourd’hui

Airbus est le groupe aéronautique européen qui construit des avions de ligne, des hélicoptères, des avions militaires et des satellites, et se dispute avec Boeing le marché mondial des avions de ligne. Il s’est appelé EADS de 2000 à 2013 : son histoire est celle d’un consortium franco-allemand né en 1970, devenu entreprise en 2000 sous la tutelle conjointe de Daimler, de Lagardère et des États français et espagnol, puis émancipé en 2013, au prix de crises industrielles, de querelles de pouvoir et d’une amende record pour corruption.
Airbus en bref
- Origine : le consortium Airbus Industrie, créé le 18 décembre 1970, et le groupe EADS, créé le 10 juillet 2000 par la fusion d’Aérospatiale-Matra, de DaimlerChrysler Aerospace (DASA) et de l’espagnol CASA.
- Siège : société européenne de droit néerlandais ; direction opérationnelle à Blagnac, près de Toulouse.
- Dirigeants : Guillaume Faury, directeur général depuis avril 2019 ; Amparo Moraleda, présidente du conseil d’administration depuis le 1er octobre 2026, en remplacement de René Obermann.
- Activités : avions commerciaux (A220, famille A320, A330, A350), hélicoptères, défense et espace (avions de transport et ravitailleurs, satellites, part de l’Eurofighter et de MBDA).
- Effectifs : 165 294 salariés fin 2025.
- Cotation : Paris, Francfort et Madrid ; membre du CAC 40 et de l’Euro Stoxx 50.
- Chiffre d’affaires 2025 : 73,4 milliards d’euros, pour 793 avions commerciaux livrés.
Quelle est l’histoire d’Airbus ?
1970-1999 : un consortium avant une entreprise
Après le Concorde, programme franco-britannique de prestige et de pertes, les Européens tentent une coopération plus terre à terre : un avion de ligne à deux moteurs et à large fuselage. Le 18 décembre 1970, la française Aérospatiale, issue des nationalisations et fusions successives des constructeurs français, et les allemands Messerschmitt-Bölkow-Blohm et VFW-Fokker créent pour le construire Airbus Industrie, un groupement d’intérêt économique. L’A300 vole en 1972. L’espagnol CASA rejoint le consortium en 1971, British Aerospace en 1979.
Le consortium n’est pas une entreprise mais un groupement, où chaque partenaire garde sa part du travail. Le système fonctionne pourtant. L’A310 entre en service en 1983 ; l’A320, lancé en 1984, entre en service en 1988 et devient le best-seller de la maison ; les long-courriers A330 et A340 sont lancés en 1987.
Les années 1990 obligent à aller plus loin. Lockheed Martin naît en 1995, Boeing absorbe McDonnell Douglas en 1997. Le 9 décembre 1997, Paris, Bonn et Londres demandent à leurs industriels de proposer avant le 31 mars 1998 un plan de regroupement. Le projet d’une grande European Aerospace and Defence Company échoue, notamment parce qu’Aérospatiale est publique quand British Aerospace et l’allemand DASA sont privés. British Aerospace rachète Marconi et devient BAE Systems ; Aérospatiale fusionne en 1999 avec Matra, la société de Jean-Luc Lagardère, et l’État y descend à 48 %.
2000-2006 : EADS, l’équilibre franco-allemand
Le 10 juillet 2000 naît la European Aeronautic Defence and Space Company (EADS), par la fusion d’Aérospatiale-Matra, de DaimlerChrysler Aerospace et de CASA, et son action est cotée à Paris, Francfort et Madrid. La société est néerlandaise, pour sa neutralité et pour des raisons fiscales. Tout est double : deux présidents du conseil, Jean-Luc Lagardère et Manfred Bischoff, deux présidents exécutifs, Philippe Camus et l’Allemand Rainer Hertrich, et une répartition minutieuse des postes entre Français et Allemands. Le pacte entre Daimler, Lagardère et l’État français organise ce condominium. Airbus, jusque-là groupement, devient une société intégrée, détenue à 80 % par EADS et à 20 % par BAE Systems, et lance le très gros porteur A380.
Jean-Luc Lagardère meurt en 2003 ; son fils Arnaud le remplace à la coprésidence. En 2005, après une lutte de pouvoir avec Philippe Camus, Noël Forgeard, patron d’Airbus, devient coprésident exécutif, aux côtés de Thomas Enders. Le 18 janvier 2005, l’A380 est présenté en grande pompe à Toulouse.
2006-2012 : l’A380 et la crise de gouvernance
En juin 2006, Airbus annonce de nouveaux retards de livraison de l’A380. L’action s’effondre. Or plusieurs dirigeants avaient exercé leurs options et vendu des titres dans les mois précédents, et Lagardère avait réduit sa participation. Noël Forgeard démissionne début juillet 2006, avec une indemnité de départ qui fait scandale. L’Autorité des marchés financiers soupçonne des délits d’initiés ; elle clôt le dossier en 2009 sans sanction, et l’affaire judiciaire se referme en 2015. BAE Systems revend en 2006 ses 20 % d’Airbus à EADS.
Louis Gallois, ancien patron d’Aérospatiale, devient coprésident exécutif en 2006, puis seul président exécutif le 16 juillet 2007, quand la direction bicéphale est abandonnée. Il lance le plan d’économies Power8 et une stratégie « Vision 2020 », censée équilibrer les avions civils et la défense. Les difficultés s’accumulent pourtant : provisions pour l’A350, retard d’au moins trois ans annoncé le 9 janvier 2009 sur l’avion de transport militaire A400M. En 2012, Thomas Enders, qui a succédé à Louis Gallois en juin, explore avec BAE Systems une fusion des deux groupes ; révélée par la presse en septembre 2012, elle se heurte aux intérêts des États et échoue en octobre.
2013-2019 : la normalisation, et l’enquête
Thomas Enders obtient ce que ses prédécesseurs n’avaient pas eu : un groupe gouverné comme une entreprise. L’accord du 5 décembre 2012, approuvé par les actionnaires le 27 mars 2013, organise la sortie de Daimler et de Lagardère ; l’Allemagne, par sa banque publique KfW, rachète une partie des titres de Daimler pour maintenir la parité avec la France, et les droits de veto du pacte disparaissent. EADS devient Airbus Group le 2 janvier 2014, puis Airbus en 2017, après la fusion du groupe et de sa grande filiale ; la direction opérationnelle s’installe à Toulouse. Eurocopter devient Airbus Helicopters en 2014, et les lanceurs passent dans ArianeGroup, coentreprise avec Safran.
En octobre 2017, Airbus prend 50,01 % de l’avion régional CSeries du canadien Bombardier, pour un dollar canadien symbolique ; l’appareil devient l’A220. L’A380, lui, ne trouve pas assez de clients : sa production s’arrête en décembre 2021. Dans le même temps, le groupe paie ses pratiques commerciales passées. Après avoir lui-même signalé en 2016 des irrégularités sur le recours à des intermédiaires, Airbus fait l’objet d’enquêtes au Royaume-Uni, en France puis aux États-Unis. Les accords validés en janvier 2020 lui coûtent 3,6 milliards d’euros d’amendes, dont 2,08 milliards en France. Marwan Lahoud, Fabrice Brégier et Thomas Enders quittent le groupe pendant ces enquêtes.
Depuis 2019 : Guillaume Faury, la pandémie et la cadence
Guillaume Faury devient directeur général en avril 2019. La pandémie de 2020 cloue les avions au sol : Airbus réduit sa production d’un tiers et annonce en juin 2020 la suppression de 15 000 emplois, dont 5 000 en France. La reprise est ensuite une affaire de moteurs, de fournisseurs et de cadences, plus que de commandes. En décembre 2025, Airbus reprend les usines de Spirit AeroSystems qui travaillaient pour lui. En octobre 2025, il signe avec Thales et Leonardo le projet de regroupement de leurs activités de satellites. Ces dossiers, comme l’abandon de l’avion de combat franco-allemand du SCAF en juin 2026, sont détaillés dans l’analyse SWOT.
Que fait Airbus aujourd’hui ?
En 2025, Airbus a réalisé 73,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires et livré 793 avions commerciaux, dont 607 de la famille A320. Le groupe est organisé en trois divisions :
- Avions commerciaux (52,6 milliards d’euros) : A220, famille A320 (A319neo, A320neo, A321neo), A330neo et A350, assemblés à Toulouse, Hambourg, Tianjin (Chine), Mobile (Alabama) et Mirabel (Québec).
- Défense et espace (13,4 milliards d’euros) : A400M, ravitailleur A330 MRTT, participation à l’Eurofighter et au missilier MBDA, satellites et services spatiaux.
- Hélicoptères (9,0 milliards d’euros) : Airbus Helicopters, ex-Eurocopter, gamme civile et militaire.
Qui sont les dirigeants d’Airbus ?
- Jean-Luc Lagardère et Manfred Bischoff (2000-2003), puis Arnaud Lagardère et Manfred Bischoff (2003-2007) : coprésidents du conseil d’EADS.
- Philippe Camus et Rainer Hertrich (2000-2005) : coprésidents exécutifs.
- Noël Forgeard (2005-2006) et Thomas Enders (2005-2007) : coprésidents exécutifs.
- Louis Gallois (2006-2012) : coprésident exécutif, puis président exécutif à partir de 2007.
- Thomas Enders (2012-2019) : président exécutif d’EADS, puis d’Airbus.
- Guillaume Faury (depuis 2019) : directeur général.
- René Obermann (2020-2026), puis Amparo Moraleda (depuis octobre 2026) : présidents du conseil d’administration.
Quel est le parcours d’Airbus en Bourse ?
L’action EADS est cotée dès la création du groupe, en juillet 2000, à Paris, Francfort et Madrid ; elle devient l’action Airbus Group en 2014, puis Airbus. Au départ, un tiers seulement du capital est coté, le reste étant tenu par Daimler, Lagardère et les États français et espagnol. Depuis 2013, la majorité du capital est sur le marché ; en 2017, les États français et allemand en détenaient chacun environ 11 % et l’Espagne un peu plus de 4 %. L’épisode qui a le plus marqué l’histoire du titre reste celui de juin 2006, quand l’annonce des retards de l’A380 a fait plonger l’action et mis en lumière les ventes d’actions de dirigeants.
Quels sont les chiffres clés d’Airbus depuis 2021 ?
| Exercice | Chiffre d’affaires | Résultat opérationnel ajusté | Résultat net |
|---|---|---|---|
| 2021 | 52,15 | 4,87 | 4,21 |
| 2022 | 58,76 | 5,63 | 4,25 |
| 2023 | 65,45 | 5,84 | 3,79 |
| 2024 | 69,23 | 5,35 | 4,23 |
| 2025 | 73,42 | 7,13 | 5,22 |
En milliards d’euros, comptes publiés par Airbus. Les livraisons d’avions commerciaux sont passées de 611 en 2021 à 793 en 2025.
Questions fréquentes sur Airbus
Que signifie EADS ?
European Aeronautic Defence and Space Company, c’est-à-dire Société européenne d’aéronautique, de défense et d’espace. Le groupe a porté ce nom de sa création, en 2000, jusqu’à fin 2013.
Pourquoi EADS s’appelle-t-il Airbus ?
Parce que la filiale d’avions de ligne faisait l’essentiel du chiffre d’affaires et que sa marque était bien plus connue que le sigle du groupe. EADS est devenu Airbus Group le 2 janvier 2014, puis Airbus en 2017.
Qui dirige Airbus ?
Guillaume Faury est directeur général depuis avril 2019. Le conseil d’administration est présidé depuis le 1er octobre 2026 par l’Espagnole Amparo Moraleda, qui a succédé à René Obermann, président depuis 2020.
Airbus est-il une entreprise française ?
Européenne. Airbus est une société européenne de droit néerlandais, cotée à Paris, Francfort et Madrid, dirigée depuis Toulouse, avec de grandes usines en France, en Allemagne, en Espagne et au Royaume-Uni. Les États français, allemand et espagnol figurent parmi ses actionnaires.
Toutes nos analyses sont réunies sur la page des analyses SWOT des grandes entreprises.
Sources
Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.
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