Les grands économistes : le guide en 52 biographies
Le guide des grands économistes : 52 biographies, de Thomas Mun à Paul Romer, rangées par école, avec une frise de quatre siècles et 21 prix Nobel.

Cinquante-deux économistes, de Thomas Mun, marchand de Londres au début du XVIIe siècle, à Paul Romer, prix Nobel 2018. Chacun a sa biographie : sa vie, ses idées, les critiques qu’elles ont reçues et ce qu’elles changent pour un investisseur ou un trader.
Ils sont rangés ici par école, dans l’ordre où ces écoles sont apparues. Les idées elles-mêmes sont expliquées dans le guide des grandes théories économiques, en 52 fiches.
Par où commencer
Huit biographies, à lire dans l’ordre : chacune répond à la précédente.
Le point de départ : la division du travail, la concurrence et la main invisible.
L’avantage comparatif, qui fonde encore les débats sur le libre-échange.
La critique la plus influente du capitalisme, et la plus discutée.
Pourquoi une économie peut rester en sous-emploi, et ce que l’État peut y faire.
La réponse de l’école autrichienne : ce que les prix savent et qu’aucun plan ne sait.
La monnaie, l’inflation et la contre-révolution monétariste.
L’entrepreneur, l’innovation et la destruction créatrice.
Les biais qui nous font décider autrement que ne le prévoient les modèles.
Les écoles
Treize familles, des mercantilistes à la finance comportementale. Certains économistes en enjambent plusieurs : ils sont rangés là où leur apport compte le plus.
Aucun économiste ne correspond à cette recherche. Essayez un autre nom ou une autre idée.
Les mercantilistes
Pour eux, la richesse d’un royaume se mesure à l’or et à l’argent qu’il accumule : il faut exporter plus qu’on n’importe. Montchrestien donne en 1615 son nom à l’économie politique, Mun en fait une règle de commerce, Colbert une politique d’État.
Thomas Mun1571-1641 · anglaiseLa balance du commerce, règle de la richesse nationale.
Antoine de Montchrestienvers 1575-1621 · françaiseLe premier traité d’économie politique, au service du royaume.
Jean-Baptiste Colbert1619-1683 · françaiseLe mercantilisme appliqué : tarifs, manufactures royales et finances redressées.
Les physiocrates
Au milieu du XVIIIe siècle, Quesnay et ses disciples soutiennent que seule la terre produit un surplus, le « produit net », et réclament la liberté du commerce des grains. Turgot, proche d’eux, tente de l’appliquer comme ministre de Louis XVI.
L’école classique
De la Richesse des nations (1776) au milieu du XIXe siècle : la richesse vient du travail, de sa division et de l’accumulation du capital, et la concurrence coordonne le tout. Bastiat en est le polémiste le plus vif, Mill la dernière grande synthèse, en 1848.
Adam Smith1723-1790 · écossaiseLa division du travail, la concurrence et la main invisible.
Thomas Robert Malthus1766-1834 · anglaiseLa population, les subsistances et l’insuffisance de la demande.
Jean-Baptiste Say1767-1832 · françaiseL’utilité, l’entrepreneur et la loi des débouchés.
David Ricardo1772-1823 · britanniqueLa rente, la répartition et l’avantage comparatif.
Frédéric Bastiat1801-1850 · françaiseLe libre-échange et ce qu’on ne voit pas.
John Stuart Mill1806-1873 · britanniqueProduction, répartition, état stationnaire et liberté individuelle.
Le marxisme
Marx et Engels retournent l’économie classique contre le capitalisme : la valeur vient du travail, le profit d’un travail non payé, et le système va de crise en crise. Le Manifeste paraît en 1848, le premier livre du Capital en 1867.
Les marginalistes et les néoclassiques
En 1871-1874, Jevons, Menger et Walras découvrent chacun de son côté que la valeur dépend de l’utilité de la dernière unité. Marshall en tire l’offre et la demande, Walras l’équilibre général ; Fisher, Allais et Samuelson mettent l’économie en équations.
William Stanley Jevons1835-1882 · britanniqueL’utilité marginale, l’économie mathématique et le paradoxe du charbon.
Léon Walras1834-1910 · françaiseL’équilibre général : tous les marchés et tous les prix liés.
Alfred Marshall1842-1924 · britanniqueL’offre et la demande comme les deux lames des ciseaux.
Irving Fisher1867-1947 · américaineLe taux d’intérêt réel, la monnaie et la déflation par la dette.
Maurice Allais1911-2010 · françaiseL’efficacité des marchés, le paradoxe du risque et la critique du libre-échange.
Paul Samuelson1915-2009 · américaineLes mathématiques en économie et la synthèse néoclassique.
L’école autrichienne
Née à Vienne avec Menger : valeur subjective, rôle du temps et du capital, méfiance envers le crédit trop facile et la planification. Schumpeter, formé à Vienne, n’appartient pas vraiment à l’école, mais il en partage l’attention à l’entrepreneur.
Carl Menger1840-1921 · autrichienneLa valeur subjective et l’origine spontanée de la monnaie.
Eugen von Böhm-Bawerk1851-1914 · autrichienneL’intérêt comme prix du temps et la critique de Marx.
Ludwig von Mises1881-1973 · autrichienne, puis américaineLe calcul économique impossible sans prix et les cycles du crédit.
Joseph Schumpeter1883-1950 · autrichienne, puis américaineL’innovation de l’entrepreneur et la destruction créatrice.
Friedrich Hayek1899-1992 · autrichienne, puis britanniqueLes prix transmettent un savoir dispersé qu’aucun planificateur ne détient.
Keynes et ses héritiers
La Théorie générale (1936) montre qu’une économie peut rester durablement en sous-emploi faute de demande. Kahn lui a fourni le multiplicateur ; Galbraith, Minsky et Krugman ont prolongé l’héritage chacun à sa façon ; Bernanke, spécialiste de la crise de 1929, présidait la Fed en 2008.
John Maynard Keynes1883-1946 · britanniqueLa demande globale, le multiplicateur et le sous-emploi durable.
Richard Kahn1905-1989 · britanniqueLe multiplicateur : une dépense nouvelle crée des emplois en chaîne.
John Kenneth Galbraith1908-2006 · canadienne, puis américaineLe pouvoir des grandes entreprises et l’euphorie spéculative de 1929.
Hyman Minsky1919-1996 · américaineLa stabilité qui engendre l’endettement excessif et la crise.
Paul Krugmanné en 1953 · américaineRendements croissants, géographie économique et trappe à liquidité.
Ben Bernankené en 1953 · américaineLes crises bancaires qui transforment une récession en dépression.
Les monétaristes
Ils remettent la quantité de monnaie au centre : elle est la seule cause durable de l’inflation, et la banque centrale doit suivre une règle plutôt que régler finement l’économie. Friedman et Schwartz publient leur histoire monétaire des États-Unis en 1963 ; Brunner et Meltzer fondent le Shadow Open Market Committee en 1973.
Milton Friedman1912-2006 · américaineLa monnaie, l’inflation et le marché libre contre Keynes.
Anna Schwartz1915-2012 · américaineLa Fed et l’effondrement de la monnaie après 1929.
Karl Brunner1916-1989 · suisse, puis américaineLa monnaie, la critique de la Fed et les règles monétaires.
Allan Meltzer1928-2017 · américaineL’histoire de la Fed et des règles contre la discrétion.
Les anticipations rationnelles
Muth formule l’hypothèse en 1961 ; Lucas, Sargent et Wallace en tirent dans les années 1970 une révolution : une politique attendue perd une grande part de son effet. D’où l’importance des règles crédibles et des banques centrales indépendantes.
John Muth1930-2005 · américaineL’article de 1961 qui a fondé les anticipations rationnelles.
Robert Lucas1937-2023 · américaineLes anticipations rationnelles et la critique des modèles de politique économique.
Thomas Sargentné en 1943 · américaineAnticipations rationnelles, dette publique et fin des grandes inflations.
Neil Wallacené en 1939 · américaineAnticipations rationnelles, et l’inflation dictée par les déficits publics.
Institutions, choix public et capital humain
Trois économistes qui ont porté l’analyse économique hors de ses terres : Coase explique l’existence des entreprises par les coûts de transaction, Buchanan les décisions des élus, Becker l’éducation, la famille et même le crime.
Ronald Coase1910-2013 · britanniqueLes coûts de transaction, la firme et les droits de propriété.
James Buchanan1919-2013 · américaineLa politique sans romantisme : réformer les règles plutôt qu’espérer de meilleurs élus.
Gary Becker1930-2014 · américaineLe capital humain et l’économie des comportements hors marché.
Information, jeux et régulation
Que se passe-t-il quand chacun anticipe la réaction des autres, ou quand l’un en sait plus que l’autre ? Nash donne son équilibre à la théorie des jeux, Akerlof et Stiglitz comptent parmi les fondateurs de l’économie de l’information, Tirole en tire une théorie de la régulation.
John Nash1928-2015 · américaineL’équilibre de Nash et la logique des jeux non coopératifs.
George Akerlofné en 1940 · américaineL’asymétrie d’information et le marché des voitures d’occasion.
Joseph Stiglitzné en 1943 · américaineL’information imparfaite, le rationnement du crédit et la critique du FMI.
Jean Tirolené en 1953 · françaiseRéguler les monopoles et les plateformes sans connaître leurs coûts.
Croissance et économie internationale
D’où vient l’enrichissement durable, et comment les pays s’ajustent-ils entre eux ? Solow fait du progrès technique le moteur de la croissance, Romer l’explique par les idées, Mundell étudie les changes et les zones monétaires.
Finance et comportements
Les marchés sont-ils efficients, et les investisseurs rationnels ? Fama soutient que les prix intègrent vite l’information disponible ; Kahneman, Tversky et Thaler décrivent les biais qui éloignent nos décisions de la rationalité.
Eugene Famané en 1939 · américaineDes prix qui reflètent l’information disponible : l’efficience des marchés.
Daniel Kahneman1934-2024 · israélienne et américaineLes biais de jugement et l’aversion aux pertes.
Amos Tversky1937-1996 · israélienneLes illusions du hasard et la théorie des perspectives.
Richard Thalerné en 1945 · américaineComptes mentaux, effet de dotation et coup de pouce.
La frise : quatre siècles d’économistes
Chaque barre couvre une vie ; un dégradé signale un économiste vivant. Faites défiler la frise sur téléphone, et cliquez sur un nom pour ouvrir sa biographie.
Les prix Nobel du guide
Le prix de la Banque de Suède en sciences économiques, dit prix Nobel d’économie, est décerné depuis 1969. Vingt et un des économistes du guide l’ont reçu.
| Année | Lauréat | Ce qu’on retient |
|---|---|---|
| 1970 | Paul Samuelson | Les mathématiques en économie et la synthèse néoclassique. |
| 1974 | Friedrich Hayek | Les prix transmettent un savoir dispersé qu’aucun planificateur ne détient. |
| 1976 | Milton Friedman | La monnaie, l’inflation et le marché libre contre Keynes. |
| 1986 | James Buchanan | La politique sans romantisme : réformer les règles plutôt qu’espérer de meilleurs élus. |
| 1987 | Robert Solow | Le progrès technique, moteur de la croissance à long terme. |
| 1988 | Maurice Allais | L’efficacité des marchés, le paradoxe du risque et la critique du libre-échange. |
| 1991 | Ronald Coase | Les coûts de transaction, la firme et les droits de propriété. |
| 1992 | Gary Becker | Le capital humain et l’économie des comportements hors marché. |
| 1994 | John Nash | L’équilibre de Nash et la logique des jeux non coopératifs. |
| 1995 | Robert Lucas | Les anticipations rationnelles et la critique des modèles de politique économique. |
| 1999 | Robert Mundell | Changes, mobilité des capitaux et zones monétaires optimales. |
| 2001 | George Akerlof | L’asymétrie d’information et le marché des voitures d’occasion. |
| 2001 | Joseph Stiglitz | L’information imparfaite, le rationnement du crédit et la critique du FMI. |
| 2002 | Daniel Kahneman | Les biais de jugement et l’aversion aux pertes. |
| 2008 | Paul Krugman | Rendements croissants, géographie économique et trappe à liquidité. |
| 2011 | Thomas Sargent | Anticipations rationnelles, dette publique et fin des grandes inflations. |
| 2013 | Eugene Fama | Des prix qui reflètent l’information disponible : l’efficience des marchés. |
| 2014 | Jean Tirole | Réguler les monopoles et les plateformes sans connaître leurs coûts. |
| 2017 | Richard Thaler | Comptes mentaux, effet de dotation et coup de pouce. |
| 2018 | Paul Romer | Les idées, biens non rivaux, moteur de la croissance endogène. |
| 2022 | Ben Bernanke | Les crises bancaires qui transforment une récession en dépression. |
Questions fréquentes
Qui est le plus grand économiste de l’histoire ?
Il n’y a pas de réponse unique, mais trois noms reviennent souvent : Adam Smith, qui a fondé la discipline en 1776, John Maynard Keynes, dont la Théorie générale a inspiré les politiques d’après-guerre, et Karl Marx, pour l’influence politique de son œuvre. Le choix dit souvent autant de celui qui répond que des économistes eux-mêmes.
Quel économiste lire en premier ?
Commencez par les huit biographies du parcours ci-dessus, de Adam Smith à Daniel Kahneman. Pour un texte d’origine court et vivant, les pamphlets de Frédéric Bastiat se lisent en une soirée.
Keynes ou Hayek : quelle différence ?
John Maynard Keynes pensait qu’une économie peut rester durablement en sous-emploi et que l’État doit alors soutenir la demande. Friedrich Hayek jugeait au contraire que les prix coordonnent un savoir dispersé qu’aucun gouvernement ne possède, et que le crédit trop facile prépare les crises. Leur débat des années 1930 n’est pas clos.
Combien d’économistes du guide ont reçu le prix Nobel ?
Vingt et un, de Paul Samuelson en 1970 à Ben Bernanke en 2022. Le prix n’existe que depuis 1969 : les économistes plus anciens, de Smith à Keynes, ne pouvaient pas le recevoir.
Y a-t-il des économistes français dans ce guide ?
Oui, neuf : Antoine de Montchrestien, Jean-Baptiste Colbert, François Quesnay, Anne Robert Jacques Turgot, Jean-Baptiste Say, Frédéric Bastiat, Léon Walras, Maurice Allais et Jean Tirole.
0 commentaires
Restez au contact des marchés et du monde.
Recevez mes analyses par e-mail, et rejoignez la discussion avec la communauté du forum.






