Histoire d’Orange : de France Télécom et des PTT à l’opérateur de 26 pays

Orange est l’opérateur historique français des télécommunications, présent dans 26 pays d’Europe, d’Afrique et du Moyen-Orient, et coté au CAC 40. Il s’appelait France Télécom jusqu’en 2013 : son histoire est celle d’une administration des PTT devenue entreprise, privatisée par étapes, qui a acheté au prix fort une marque britannique à la fin de la bulle Internet, avant de payer cette audace en dette, puis en souffrance sociale.
Orange en bref
- Origine : la Direction générale des télécommunications (DGT) du ministère des PTT, devenue France Télécom en 1988 comme marque, en 1991 comme entreprise ; rebaptisée Orange le 1er juillet 2013.
- Siège : Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine), 111 quai du Président-Roosevelt.
- Dirigeants : Christel Heydemann, directrice générale depuis le 4 avril 2022 ; Frédéric Sanchez, président du conseil d’administration depuis le 19 mai 2026.
- Activités : téléphonie mobile, internet fixe et fibre, télévision, services aux entreprises (Orange Business), cybersécurité, paiement mobile (Orange Money).
- Clients : 340 millions fin 2025, dans 26 pays, en comptant l’Espagne.
- Effectifs : 123 503 salariés fin 2025.
- Cotation : Euronext Paris depuis 1997, membre du CAC 40 ; l’État et Bpifrance détenaient 22,95 % du capital fin 2025.
- Chiffre d’affaires 2025 : 40,4 milliards d’euros.
Histoire d’Orange
1878-1987 : le téléphone, affaire d’État
En France, le téléphone est d’abord une affaire d’administration. L’État crée en 1878 un ministère des Postes et Télégraphes, nationalise les compagnies téléphoniques en 1889, et le ministère prend en 1923 le nom de PTT. Une Direction générale des télécommunications s’y organise dans les années 1940, épaulée à partir de 1944 par un centre de recherche, le Centre national d’études des télécommunications (CNET).
Le réseau reste longtemps en retard sur ceux des pays voisins. Le rattrapage vient en 1974 avec Valéry Giscard d’Estaing, qui fait du téléphone une priorité, et un directeur général des télécommunications, Gérard Théry. Le plan « Delta LP » (pour lignes principales) construit l’essentiel du réseau de cuivre ; en 1979, l’automatisation du réseau est achevée, et les dernières « demoiselles du téléphone » sont reclassées. Le CNET met au point avec les industriels la commutation numérique et le Minitel, et participe, avec son homologue allemand, à la définition de la norme GSM, celle du téléphone mobile numérique. Le 25 octobre 1985, à 23 heures, toute la France passe à la numérotation à huit chiffres.
1988-1999 : de l’administration à la Bourse
L’ouverture des télécommunications à la concurrence, voulue par Bruxelles, impose de sortir de l’administration. Le 1er janvier 1988, la DGT prend le nom de France Télécom, sans changer encore de statut. La loi du 2 juillet 1990 sépare La Poste et France Télécom, qui devient le 1er janvier 1991 un exploitant autonome de droit public. Michel Bon en prend la présidence en septembre 1995. La loi du 26 juillet 1996 transforme France Télécom en société anonyme, à capitaux encore entièrement publics, avant l’ouverture complète du marché au 1er janvier 1998. Les agents gardent leur statut de fonctionnaire.
En octobre 1997, l’action est introduite à la Bourse de Paris et à New York : l’État cède environ 25 % du capital au public et au personnel. La part publique descend ensuite à 53 %. L’ancienne administration a désormais des actionnaires, et des ambitions.
2000-2002 : Orange, le prix de la bulle
La marque Orange naît loin de Paris. Le 28 avril 1994, l’opérateur mobile britannique Microtel, contrôlé par le conglomérat hongkongais Hutchison Whampoa, se lance sous ce nom. Fin 1999, l’allemand Mannesmann l’achète ; peu après, Vodafone s’empare de Mannesmann, une opération conditionnée à la revente d’Orange.
France Télécom, distancé dans la course à l’international, saute sur l’occasion. Le rachat est bouclé en août 2000, pour une somme que la presse chiffre alors à près de 50 milliards d’euros, payée en partie en actions remises à Vodafone. Les activités mobiles de France Télécom (Itinéris, Ola, Mobicarte) sont fondues dans Orange, introduite en Bourse en février 2001. Le groupe achète aussi Equant, spécialiste des réseaux d’entreprise, prend des participations dans l’allemand MobilCom ou l’italien Wind, et s’engage, notamment en Allemagne, dans les enchères ruineuses des licences de téléphonie mobile de troisième génération.
La facture arrive en 2002. L’action, montée à plus de 200 euros en mars 2000, tombe sous les 7 euros à l’automne 2002. France Télécom est alors l’une des entreprises les plus endettées du monde, et ses comptes 2002 affichent une perte d’environ 20 milliards d’euros. Michel Bon démissionne.
2002-2010 : redressement, privatisation et crise sociale
Thierry Breton, nommé le 2 octobre 2002, résume son plan en trois fois quinze milliards : quinze de dette réaménagée par les banques et les investisseurs, quinze d’augmentation de capital, réclamés à l’État actionnaire, quinze d’économies internes. Le groupe vend Eutelsat ou sa participation dans Wind, et rachète en 2003-2004 les minoritaires d’Orange. En septembre 2004, l’État passe sous 50 % du capital : la téléphonie française redevient privée, cent quinze ans après sa nationalisation. Thierry Breton quitte l’entreprise en février 2005 pour devenir ministre de l’Économie.
Didier Lombard lui succède le 27 février 2005. En juillet, le groupe achète 80 % de l’opérateur mobile espagnol Amena pour 6,4 milliards d’euros ; en juin 2006, Orange devient la marque unique de l’internet, de la télévision et du mobile, Wanadoo compris. Le plan NExT veut réduire massivement les effectifs, dans une entreprise où l’on ne licencie pas un fonctionnaire : il faut donc pousser au départ ou à la mutation. À la fin des années 2000, une vague de suicides de salariés devient une affaire nationale. Didier Lombard parle en septembre 2009 de « mode du suicide », puis s’en excuse. Il quitte la direction générale en mars 2010, au profit de Stéphane Richard, puis la présidence en février 2011.
La justice a tranché dix ans plus tard. Le 20 décembre 2019, le tribunal correctionnel de Paris condamne France Télécom, devenue Orange, à l’amende maximale de 75 000 euros pour harcèlement moral, une première pour une société du CAC 40, ainsi que Didier Lombard et plusieurs anciens dirigeants. L’entreprise ne fait pas appel. Le 30 septembre 2022, la cour d’appel confirme le « harcèlement moral institutionnel » et ramène la peine de Didier Lombard à un an de prison avec sursis et 15 000 euros d’amende ; la Cour de cassation a confirmé la condamnation en janvier 2025.
2010-2022 : Stéphane Richard, France Télécom devient Orange
Stéphane Richard, ancien directeur de cabinet de Christine Lagarde à Bercy, est directeur général à partir du 1er mars 2010, puis président-directeur général à partir de février 2011. Il apaise le climat social et poursuit l’expansion en Afrique, avec Mobinil en Égypte et Méditel au Maroc, dont il prend 40 % en 2010, puis 49 % en 2015. L’assemblée générale du 28 mai 2013 adopte le nom d’Orange, effectif le 1er juillet 2013. Le groupe rachète Jazztel en Espagne en 2015, s’accorde en 2015 avec BT pour lui céder sa part de l’opérateur britannique EE, achète plusieurs opérateurs africains en 2016 et lance Orange Bank en 2017, qu’il fermera ensuite.
Une autre affaire rattrape le patron. Poursuivi pour son rôle dans l’arbitrage favorable à Bernard Tapie en 2008, quand il était au cabinet de la ministre, Stéphane Richard est relaxé en 2019, puis condamné en appel le 24 novembre 2021. Il annonce aussitôt son départ. La Cour de cassation ordonne en 2023 un nouveau procès, à l’issue duquel, en 2025, la qualification est ramenée à une négligence.
Depuis 2022 : Christel Heydemann, l’Afrique et l’Espagne
Christel Heydemann, venue de Schneider Electric, prend la direction générale le 4 avril 2022 ; Jacques Aschenbroich préside le conseil. Le 26 mars 2024, Orange et MásMóvil réunissent leurs activités espagnoles dans MasOrange, coentreprise à parts égales ; le 8 juin 2026, Orange en rachète la moitié qu’il ne détenait pas. En 2024, le groupe retire ses titres de la Bourse de New York. Le 19 mai 2026, Frédéric Sanchez, président du directoire du groupe d’ingénierie Fives, succède à Jacques Aschenbroich, atteint par la limite d’âge. Le projet de rachat de SFR avec Bouygues Telecom et Free, signé en juin 2026, est détaillé dans l’analyse SWOT.
Ce que fait Orange aujourd’hui
Orange se présente comme l’un des principaux opérateurs mondiaux, avec 340 millions de clients dans 26 pays fin 2025. En 2025, il a réalisé 40,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires, réparti ainsi :
- France : 17,5 milliards d’euros, mobile, fibre, télévision et réseau de gros pour les autres opérateurs.
- Afrique et Moyen-Orient : 8,4 milliards d’euros dans 18 pays, du Maroc à la République démocratique du Congo, avec Orange Money pour le paiement mobile.
- Europe : 7,3 milliards d’euros, notamment en Pologne, en Belgique et en Roumanie ; l’Espagne, consolidée par mise en équivalence en 2025, n’y figure pas.
- Orange Business : 7,3 milliards d’euros de services aux entreprises, dont la cybersécurité d’Orange Cyberdefense.
- Totem et opérateurs internationaux : les pylônes du groupe et ses activités de transport international.
Les dirigeants d’Orange
- Gérard Théry (nommé en 1974) : directeur général des télécommunications, artisan du rattrapage téléphonique.
- Marcel Roulet (1986-1995) : dernier directeur de la DGT, puis premier président de l’exploitant public France Télécom.
- Michel Bon (1995-2002) : président, de la privatisation partielle au rachat d’Orange.
- Thierry Breton (2002-2005) : président-directeur général du redressement financier.
- Didier Lombard (2005-2011) : président-directeur général, puis président à partir de 2010.
- Stéphane Richard (2010-2022) : directeur général, puis président-directeur général à partir de 2011.
- Christel Heydemann (depuis 2022) : directrice générale.
- Jacques Aschenbroich (2022-2026), puis Frédéric Sanchez (depuis 2026) : présidents du conseil d’administration.
Orange en Bourse
L’action France Télécom est introduite en octobre 1997 à Paris et à New York ; elle devient l’action Orange en 2013. Elle fait partie du CAC 40. Son histoire tient dans un graphique en forme de falaise : plus de 200 euros en mars 2000, moins de 7 euros le 30 septembre 2002. Le titre n’a jamais retrouvé ces sommets et se négocie depuis comme une valeur de rendement. Les certificats américains d’actions ont été retirés de la Bourse de New York en 2024. L’État reste le premier actionnaire, directement et par Bpifrance, qui a cédé 2,5 % du capital en juillet 2026.
Chiffres clés depuis 2021
| Exercice | Chiffre d’affaires | Résultat net part du groupe |
|---|---|---|
| 2021 | 42,52 | 0,23 |
| 2022 | 43,47 | 2,15 |
| 2023 | 44,12 | 2,44 |
| 2024 | 40,26 | 2,35 |
| 2025 | 40,40 | 0,54 |
En milliards d’euros, comptes publiés chaque année, non retraités. Le recul du chiffre d’affaires en 2024 tient à la sortie de l’Espagne du périmètre consolidé avec la création de MasOrange. Le résultat de 2025 est amputé par le coût d’un accord social en France (1,24 milliard d’euros) ; intérêts minoritaires compris, le résultat net de l’ensemble consolidé atteint 1,14 milliard d’euros. L’excédent brut d’exploitation après loyers (EBITDAaL) a atteint 12,47 milliards d’euros en 2025.
Questions fréquentes sur Orange
Pourquoi France Télécom s’appelle-t-il Orange ?
Parce que France Télécom a racheté en 2000 l’opérateur mobile britannique Orange, dont la marque était plus moderne et plus internationale. Orange est devenu la marque commerciale principale en 2006, puis le nom de la société le 1er juillet 2013.
Qui dirige Orange ?
Christel Heydemann est directrice générale depuis le 4 avril 2022. Frédéric Sanchez préside le conseil d’administration depuis le 19 mai 2026.
L’État est-il encore actionnaire d’Orange ?
Oui. L’État et Bpifrance détenaient ensemble 22,95 % du capital fin 2025, puis environ 20,4 % après la cession d’un bloc par Bpifrance en juillet 2026. France Télécom est devenu une entreprise privée en septembre 2004, quand l’État est passé sous 50 %.
Qu’est-ce que l’affaire des suicides de France Télécom ?
Une vague de suicides de salariés en 2008 et 2009, pendant un plan de réduction massive des effectifs. L’entreprise et plusieurs anciens dirigeants, dont Didier Lombard, ont été condamnés pour harcèlement moral institutionnel, en 2019 puis en appel en 2022.
Pour la stratégie, les forces et les faiblesses du groupe aujourd’hui, lisez notre analyse SWOT d’Orange.
Toutes nos analyses sont réunies sur la page des analyses SWOT des grandes entreprises.
Sources
- Orange, document d’enregistrement universel 2025 (avril 2026)
- Orange, résultats annuels 2025 (18 février 2026)
- Orange, information financière au 30 juin 2026 (28 juillet 2026)
- L’Express, « France Télécom boucle le rachat d’Orange » (22 août 2000)
- Le Figaro (AFP), « Harcèlement moral à France Télécom : la peine de l’ex-PDG Didier Lombard allégée en appel » (30 septembre 2022)
- EcoMatin, « Télécoms : qui est Frédéric Sanchez, le nouveau président du groupe Orange ? » (19 mai 2026)
- BFM Bourse, Bpifrance vend 66,5 millions d’actions Orange (31 juillet 2026)
Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.
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