Comprendre le consensus de Washington : définition et principes

Qu’est-ce que le consensus de Washington ?
Pour atteindre la prospérité, il faut une faible intervention étatique, une limitation des contrôles, un équilibre du budget étatique et la privatisation des entreprises publiques.
Le terme « consensus de Washington » a été inventé par John Williamson. Il s’agit d’un ensemble de recommandations politiques en direction des pays en voie de développement.
Ce consensus a été nommé au nom de la ville de « Washington » puisqu’il est préconisé par : la Banque mondiale, le Fonds monétaire international et le Trésor public des États-Unis.
Selon eux, le développement passe par la dérégulation et la fiscalité.
Il y a 5 volets dans ce consensus qui sont :
- La stabilisation qui passe par le maintien d’une inflation faible, une réduction des déficits publics et un contrôle des réserves d’argent.
- La privatisation : faire passer du secteur public au secteur privé des biens comme l’eau afin d’obtenir une meilleure efficacité.
- La libéralisation qui passe par l’ouverture à l’international des frontières et donc permettre d’attirer les investissements directs à l’étranger.
- La déréglementation qui passe par le fait de s’ouvrir à tous les acteurs du marché et d’ouvrir au maximum la compétition entre les acteurs.
- La discipline budgétaire qui consiste pour un gouvernement à équilibrer les dépenses et les recettes et donc ne pas dépenser plus que ce qui est encaissé.

Comment analyser le consensus de Washington ?
Ce consensus est souvent associé au néolibéralisme et donc à l’image négative qu’évoquent le libéralisme et la mondialisation. De plus, il ne faut pas oublier que les pays qui ont mis en place le consensus de Washington et prônent son application, ont par maintes occasions dérogé à ses principes. La discipline budgétaire en est un exemple probant puisque la rigueur budgétaire imposée aux pays en développement n’est nullement respectée par les pays développés eux-mêmes.
Citation sur le consensus de Washington
« La plupart du temps, (les idées de base) sentent bon la soupe et le pain chaud, c’est pourquoi elles ont imposé un consensus. »
John Williamson
Le consensus de Washington en résumé
Le consensus de Washington est une liste de dix réformes économiques que l’économiste John Williamson présente en 1989 comme le socle commun des recommandations adressées aux pays d’Amérique latine par les institutions installées à Washington : le Fonds monétaire international, la Banque mondiale et le Trésor américain. Discipline budgétaire, ouverture commerciale, privatisations, déréglementation et protection de la propriété en sont les piliers.
L’expression a ensuite servi, bien au-delà de ce que voulait son auteur, à désigner l’ensemble des politiques dites néolibérales des années 1990.
D’où vient l’expression « consensus de Washington » ?
John Williamson (1937-2021), économiste britannique installé à Washington, travaille alors à l’Institute for International Economics, devenu depuis le Peterson Institute. En 1989, il rédige un texte de travail, « What Washington Means by Policy Reform », pour une conférence consacrée aux réformes en Amérique latine ; il est publié en 1990. Le contexte est celui de la crise de la dette des années 1980, que l’Amérique latine appelle la « décennie perdue » : inflation très forte, déficits publics, dettes extérieures que plusieurs pays ne peuvent plus rembourser.
Williamson ne propose pas un programme. Il dresse le constat de ce sur quoi, selon lui, les décideurs de Washington s’accordaient à ce moment-là. C’est dans ce sens qu’il écrira en 2002 que ces idées étaient pour l’essentiel motherhood and apple pie, des évidences consensuelles : c’est l’origine de la citation ci-dessus, dont la traduction française est assez libre.
Quels sont les dix points de Williamson ?
Les cinq volets décrits plus haut regroupent les dix points de la liste d’origine :
- la discipline budgétaire, pour éviter des déficits importants rapportés au PIB ;
- la réorientation des dépenses publiques, des subventions générales vers l’éducation, la santé et les infrastructures ;
- une réforme fiscale qui élargit l’assiette de l’impôt avec des taux marginaux modérés ;
- des taux d’intérêt fixés par le marché, positifs en termes réels et modérés ;
- un taux de change compétitif ;
- la libéralisation du commerce, avec des droits de douane bas et uniformes à la place des quotas ;
- l’ouverture aux investissements directs étrangers ;
- la privatisation des entreprises publiques ;
- la déréglementation, sauf pour les règles de sécurité, d’environnement, de protection du consommateur et de surveillance financière ;
- la sécurité juridique des droits de propriété.
Deux points sont souvent oubliés : la liste demande de réorienter la dépense publique vers l’éducation et la santé, pas seulement de la réduire, et elle ne mentionne que l’ouverture aux investissements directs, pas la libéralisation complète des mouvements de capitaux.
Que montre l’Argentine des années 1990 ?
En avril 1991, l’Argentine fixe le peso à parité avec le dollar (un peso pour un dollar) et lance un vaste programme de privatisations et d’ouverture, dans l’esprit du consensus. L’hyperinflation disparaît, la croissance revient. Dix ans plus tard, le pays s’effondre : gel partiel des dépôts bancaires en décembre 2001, suspension du paiement de la dette extérieure à la fin du même mois, abandon de la parité en janvier 2002.
Les lectures de cet épisode divergent. Pour les critiques, l’Argentine illustre l’échec du modèle. Williamson répond, dans une conférence du 6 novembre 2002, que le pays a commis deux erreurs contraires à sa liste : un taux de change rigide devenu très surévalué, alors qu’il recommandait un taux compétitif, et une politique budgétaire trop laxiste pour un tel régime. Le débat illustre une difficulté de fond : il est rare qu’un pays applique tout le programme, ce qui permet à chaque camp de lire les résultats à sa façon.
Quelles critiques vise le consensus de Washington ?
Joseph Stiglitz, prix Nobel 2001 et ancien économiste en chef de la Banque mondiale, en a fait la critique la plus connue dans La Grande Désillusion (2002) : le FMI aurait appliqué des recettes uniformes, trop vite, sans tenir compte des institutions de chaque pays ni du rôle de l’État dans les réussites asiatiques. Dani Rodrik (« Goodbye Washington Consensus, Hello Washington Confusion ? », Journal of Economic Literature, 2006) souligne que la Chine et l’Inde ont connu une croissance très rapide sans suivre la liste, tandis que l’Amérique latine, qui l’a davantage appliquée, a été décevante.
Les défenseurs du consensus font valoir trois arguments. D’abord, Williamson distinguait sa liste du « néolibéralisme » que lui ont attribué ses adversaires. Ensuite, les pays qui ont renoncé à la discipline budgétaire et monétaire ont souvent connu inflation et crises de change. Enfin, des travaux statistiques récents, comme ceux de Kevin et Robin Grier (Journal of Comparative Economics, 2021), trouvent qu’une réforme durable dans ce sens augmente sensiblement le PIB par habitant à un horizon de cinq à dix ans.
Après la crise de 2008, le climat change. À l’issue du sommet du G20 de Londres en 2009, le Premier ministre britannique Gordon Brown déclare que « l’ancien consensus de Washington est terminé », et le G20 de Séoul adopte en 2010 un « consensus de Séoul pour le développement » qui laisse plus de place à l’État. Williamson lui-même estimait que ses dix points restaient valables, mais que l’interprétation néolibérale qu’on en avait faite était morte.
Que change le consensus de Washington pour un investisseur ?
La logique du consensus survit dans les conditions attachées aux prêts du FMI : quand un pays émergent négocie un programme d’aide, les engagements portent presque toujours sur le déficit, l’inflation, le change et les entreprises publiques. Pour un investisseur en obligations ou en devises émergentes, le sérieux de ces engagements, et la capacité politique à les tenir, pèse directement sur le prix de la dette. L’épisode argentin rappelle aussi qu’un ancrage de change sans discipline budgétaire peut céder brutalement, avec des pertes lourdes pour ceux qui y ont cru.
Questions fréquentes
Qui a inventé l’expression « consensus de Washington » ?
L’économiste britannique John Williamson, en 1989, dans un texte consacré aux réformes en Amérique latine, publié en 1990.
Pourquoi parle-t-on de « Washington » ?
Parce que les trois institutions qui portaient ces recommandations y ont leur siège : le FMI, la Banque mondiale et le Trésor des États-Unis.
Le consensus de Washington a-t-il échoué ?
Les avis divergent. Les critiques citent la crise argentine et la croissance décevante de l’Amérique latine ; les défenseurs répondent que les pays en crise n’avaient pas appliqué tout le programme, et certaines études récentes lui trouvent un effet positif sur la croissance.
Quelle différence avec la thérapie de choc ?
Le consensus est une liste de réformes ; la thérapie de choc désigne la manière de les appliquer, toutes en même temps et très vite, comme en Pologne ou en Russie au début des années 1990.
Pour aller plus loin
Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.
Découvrir mon parcours









La formation complète Gratuit
Le trading commence par les bons outils.
- La formation complète à la plateforme
- Mes Graphiques & Espaces de travail : accès exclusif à mes indicateurs, modèles et réglages personnalisés
- Configuration guidée, pas à pas
Quand vous serez prêt Pour aller plus loin
Formations, séminaires, webinaire et coaching privé. Je vous accompagne personnellement.
Découvrir l’École