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Qu’est-ce que l’hypothèse du revenu permanent ?

Les individus dépensent en fonction des revenus futurs qu’ils comptent avoir.

Milton Friedman a mis en avant une théorie selon laquelle, les individus font des estimations sur ce qu’ils comptent gagner durant leur vie et calquent leurs dépenses sur ces estimations. Ils feront donc leurs dépenses importantes telles que les emprunts sur le long terme en fonction de cette estimation de revenu.

L'hypothèse du revenu permanent
L’hypothèse du revenu permanent

Comment analyser l’hypothèse du revenu permanent ?

Cette théorie est très intéressante car elle met en avant la prudence des consommateurs. Développée à la fin des années 1950 afin de mettre en avant le caractère inefficace de la théorie keynésienne par la demande, elle sous-entend que les personnes épargneront les éventuelles recettes excédant le revenu permanent plutôt que de l’utiliser pour consommer.

 Citation sur l’hypothèse du revenu permanent

« Bois à longs traits le commencement et la fin du tonneau, mais épargne le milieu ; car il est trop tard quand on ne ménage que le fond. »

Hésiode

L’hypothèse du revenu permanent en résumé

L’hypothèse du revenu permanent, formulée par Milton Friedman en 1957, soutient que les ménages règlent leur consommation non sur leur revenu du moment, mais sur le revenu qu’ils s’attendent à percevoir en moyenne sur une longue période. Un gain exceptionnel est donc surtout épargné, alors qu’une hausse durable du revenu se traduit presque entièrement en consommation.

Elle a profondément changé la manière de juger l’efficacité des baisses d’impôts et des chèques de relance.

Qui est l’auteur de l’hypothèse, et dans quel contexte ?

Milton Friedman publie A Theory of the Consumption Function en 1957, chez Princeton University Press. Il répond à une énigme laissée par Keynes. Dans la Théorie générale, la consommation dépend du revenu courant, et la part épargnée augmente avec le revenu. Si c’était vrai, l’épargne aurait dû croître à mesure que les pays s’enrichissaient. Or les séries longues de l’économiste Simon Kuznets montraient que, sur plusieurs décennies, la part du revenu consacrée à la consommation restait à peu près stable aux États-Unis.

Friedman reprend une distinction qu’il avait déjà utilisée avec Kuznets en 1945, entre revenu permanent et revenu transitoire, et en fait une théorie de la consommation. Trois ans plus tôt, Franco Modigliani et Richard Brumberg avaient présenté une idée voisine, l’hypothèse du cycle de vie : les ménages épargnent pendant leur vie active pour consommer pendant leur retraite. Les deux approches sont souvent réunies. Friedman a reçu le prix Nobel en 1976, Modigliani en 1985.

Quelle est l’idée clé du revenu permanent ?

Le revenu d’une année, Y, se décompose en revenu permanent Yp (ce que le ménage s’attend à gagner en moyenne, compte tenu de son métier, de ses diplômes, de son patrimoine) et en revenu transitoire Yt (les écarts imprévus : prime exceptionnelle, héritage, mauvaise année). La consommation dépend du seul revenu permanent : C = k × Yp, où k est une proportion stable, qui dépend des goûts, des taux d’intérêt et de la richesse du ménage.

Imaginons un ménage dont le revenu permanent est de 40 000 € par an. S’il reçoit une prime exceptionnelle de 5 000 €, un raisonnement keynésien simple, avec une propension à consommer de 0,8, prévoit 4 000 € de consommation supplémentaire dans l’année. Selon Friedman, le ménage étale cette somme sur toute sa vie : sur un horizon de 40 ans et sans tenir compte des intérêts, cela représente environ 125 € de consommation en plus par an (5 000 / 40). En revanche, si son salaire augmente durablement de 5 000 € par an, sa consommation augmente presque d’autant, chaque année.

Comment la théorie a-t-elle vécu les années 1970 ?

La théorie date de 1957. Elle a toutefois pris toute son importance dans les années 1970, au moment où les politiques keynésiennes de relance étaient contestées, ce qui explique l’association avec cette décennie. En 1978, Robert Hall l’a combinée avec les anticipations rationnelles : si les ménages consomment déjà tout ce qu’ils savent de leur avenir, seule une information nouvelle peut modifier leur consommation, qui suit alors une « marche au hasard » (Journal of Political Economy, 1978).

Que disent les critiques et les faits ?

Les tests ont donné un résultat nuancé. D’un côté, la consommation réagit bien davantage aux hausses durables de revenu qu’aux hausses passagères, comme le prévoit Friedman. De l’autre, elle réagit trop aux variations de revenu prévisibles : Marjorie Flavin (1981) parle d’« excès de sensibilité ». Les remboursements d’impôts américains en donnent une mesure concrète. Selon David Johnson, Jonathan Parker et Nicholas Souleles (American Economic Review, 2006), les ménages ont dépensé en biens non durables 20 à 40 % des chèques fiscaux de 2001 dans les trois mois de leur réception, et environ un tiers de plus le trimestre suivant. Une théorie stricte du revenu permanent prévoyait beaucoup moins.

Deux explications dominent, sans contredire l’intuition de Friedman. Beaucoup de ménages ne peuvent pas emprunter sur leurs revenus futurs : contraints par leur trésorerie, ils dépensent dès que l’argent arrive. D’autres gardent une épargne de précaution face à l’incertitude. La théorie décrit donc bien le comportement des ménages aisés et sans contrainte de crédit, moins bien celui des ménages modestes.

Que change le revenu permanent pour l’investisseur et pour l’État ?

Pour l’État, la leçon est directe : une baisse d’impôt temporaire ou un chèque ponctuel soutient moins la consommation qu’une baisse durable, parce que les ménages en épargnent une partie. C’est l’un des arguments opposés à l’économie keynésienne normative. Pour l’investisseur, elle aide à lire les statistiques de consommation : un bond des ventes au détail porté par une aide ponctuelle a peu de chances de durer, alors qu’une hausse portée par les salaires et l’emploi est plus solide. Elle invite aussi à la prudence sur l’effet des hausses de la bourse : un gain jugé durable sur un portefeuille peut soutenir la consommation, un gain jugé fragile beaucoup moins.

Questions fréquentes

Qui a formulé l’hypothèse du revenu permanent ?

Milton Friedman, dans A Theory of the Consumption Function, publié en 1957.

Quelle différence entre revenu permanent et revenu transitoire ?

Le revenu permanent est ce qu’un ménage s’attend à gagner en moyenne sur une longue période ; le revenu transitoire est l’écart passager, positif ou négatif, entre ce revenu moyen et le revenu de l’année.

Quelle différence avec l’hypothèse du cycle de vie ?

Celle de Modigliani et Brumberg insiste sur les étapes de la vie, avec une épargne pendant la vie active et une désépargne à la retraite. Celle de Friedman insiste sur la distinction entre revenu durable et revenu passager. Les deux reposent sur le lissage de la consommation dans le temps.

Pourquoi un chèque de relance est-il moins efficace selon cette théorie ?

Parce qu’il s’agit d’un revenu transitoire : le ménage en étale l’usage sur plusieurs années, au lieu de tout dépenser tout de suite. Les études montrent cependant qu’une part importante est dépensée rapidement, surtout par les ménages qui manquent de trésorerie.

Pour aller plus loin

L’auteur

Benoist Rousseau

Maîtrise d’histoire (Sorbonne) · Trader depuis 1994

Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.

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1 commentaire

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B
badesire14 avril 2018
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