John Templeton : biographie, méthode et pessimisme maximal du contrarien
John Templeton a fait fortune en achetant ce dont personne ne voulait, des actions à moins d’un dollar en 1939 au Japon des années 1960, en partant du principe qu’un tiers de ses choix seraient des erreurs.

Qui était John Templeton ?
Sir John Templeton (1912-2008) est un gérant de fonds américain, naturalisé britannique et installé aux Bahamas, fondateur en 1954 du Templeton Growth Fund et l’un des premiers grands investisseurs à chercher des actions bon marché dans le monde entier, notamment au Japon dès les années 1960. Il est resté le modèle de l’investisseur à contre-courant, celui qui achète quand tout le monde vend.
Il était aussi un presbytérien fervent et un philanthrope : le prix Templeton, créé en 1972, récompense chaque année une contribution aux questions spirituelles, et la fondation qui porte son nom finance la recherche à la frontière de la science et de la religion. L’investisseur et le croyant partageaient la même conviction : l’humilité devant ce que l’on ne sait pas.
John Templeton en résumé
Né dans une petite ville du Tennessee, boursier de Yale et d’Oxford, Templeton a fait fortune en achetant ce dont personne ne voulait : les valeurs à moins d’un dollar de 1939, les actions japonaises des années 1960, les actions américaines au plus bas de la fin des années 1970. Il a vendu son groupe de fonds en 1992 pour 913 millions de dollars et passé la fin de sa vie à sa fondation.
- Famille : La valeur et le long terme
- Naissance : 29 novembre 1912, à Winchester, dans le Tennessee.
- Mort : 8 juillet 2008, à Nassau, aux Bahamas, à 95 ans.
- Nationalité : américaine de naissance, britannique après sa renonciation à la citoyenneté américaine en 1964.
- Marchés : actions du monde entier, avec une avance de vingt ans sur le Japon et les pays émergents.
- Style : investissement dans la valeur à l’échelle mondiale, à contre-courant, détention de quelques années.
- Coup le plus célèbre : l’achat, en 1939, de cent actions de chacune des 104 sociétés cotées à un dollar ou moins.
- Livres : des ouvrages surtout spirituels, dont The Humble Approach (1981) ; sa méthode d’investissement est exposée par sa petite-nièce Lauren Templeton dans Investing the Templeton Way (2008).
La vie de John Templeton : le joueur de poker devenu chevalier
John Marks Templeton naît le 29 novembre 1912 à Winchester, petite ville du Tennessee. Il entre à Yale en pleine crise ; quand son père ne peut plus payer, il finance ses études par des bourses, des petits emplois et ses gains au poker, jeu où il excelle. Diplômé en 1934 parmi les premiers de sa promotion, il part à Oxford comme boursier Rhodes au Balliol College, où il étudie le droit, puis voyage à travers l’Europe et l’Asie avec un budget de routard.
Il commence à Wall Street en 1937. Deux ans plus tard, il réalise l’opération qui le rend célèbre, puis reprend en 1940 un petit cabinet de conseil en placement à New York. La maison grandit pendant les années 1940 et 1950, sans éclat particulier. En 1954, il lance le Templeton Growth Fund, un fonds de droit canadien qui investit dans le monde entier, à une époque où presque aucun gérant américain ne regarde au-delà de ses frontières.
Sa vie privée est marquée par un drame : sa première femme, Judith, meurt en 1951 dans un accident de moto. Il se remarie en 1958 avec Irene Butler. En 1964, il renonce à la nationalité américaine et devient sujet britannique ; il s’installe définitivement aux Bahamas, à Lyford Cay, en 1968. Il y gère son fonds loin de Wall Street, persuadé que la distance protège de l’humeur des foules.
Il est fait chevalier par la reine Élisabeth II en 1987 pour sa philanthropie. En 1992, il vend son groupe, Templeton, Galbraith & Hansberger, qui gère alors 21,3 milliards de dollars dans 78 fonds, à Franklin Resources pour 913 millions de dollars. Il se consacre ensuite à sa fondation, tout en continuant d’investir pour son compte. Il meurt d’une pneumonie à Nassau le 8 juillet 2008, à 95 ans.
Quelle était la méthode de John Templeton ?
Templeton cherchait les plus fortes décotes du monde, pays par pays et secteur par secteur. Il comparait le cours aux bénéfices futurs estimés sur plusieurs années, à la valeur des actifs et aux perspectives de l’entreprise, et n’achetait que lorsque l’écart lui paraissait considérable. Il ne pratiquait pas l’analyse technique et se méfiait des prévisions macroéconomiques : il voulait des entreprises bon marché, pas des scénarios.
Sa règle de conduite était l’inverse du comportement moutonnier : acheter quand les autres vendent par désespoir, vendre quand ils achètent par enthousiasme. Le moment idéal, disait-il en substance, est celui du pessimisme maximal, quand les mauvaises nouvelles sont déjà dans les cours. Cette patience allait avec un horizon de quelques années : il conservait en moyenne un titre autour de cinq ans selon un portrait de 1981, et le revendait quand il avait trouvé mieux ailleurs, plutôt que quand il avait monté.
La diversification mondiale était son autre arme. En regardant partout, il multipliait les occasions et évitait de dépendre d’un seul marché. Il expliquait en 1981 que plus de neuf gérants sur dix ne regardaient que les États-Unis : c’était, pour lui, autant de concurrents en moins.
Il appliquait enfin une hygiène mentale qu’il jugeait décisive : vivre loin de Wall Street, garder son calme, accepter de se tromper. Il estimait lui-même qu’environ un tiers de ses choix se révélaient être des erreurs, et bâtissait son portefeuille pour que les deux autres tiers suffisent.
Quel est le coup le plus célèbre de John Templeton ?
Septembre 1939. L’Allemagne envahit la Pologne, la France et le Royaume-Uni entrent en guerre, et Wall Street sort à peine d’une décennie de dépression. Templeton a 26 ans. Il raisonne à rebours de l’époque : une guerre longue relancera l’industrie américaine, et les entreprises les plus abîmées seront celles qui en profiteront le plus.
Il emprunte 10 000 dollars et demande à son courtier d’acheter cent actions de chaque société cotée à un dollar ou moins, sans exception. Il y en a 104, dont beaucoup en faillite ou en voie de l’être. Le courtier, raconte-t-on, s’étonne qu’on veuille de ces titres. Templeton les garde plusieurs années, pendant que l’économie de guerre fait tourner les usines.
Le bilan, tel que le rapporte la nécrologie diffusée par l’agence Associated Press en 2008 : il gagne de l’argent sur cent de ces sociétés, et seules quatre deviennent sans valeur. L’opération lui a donné son capital de départ, sa réputation et sa doctrine : on n’achète jamais aussi bien qu’au moment où personne ne veut acheter.
Quelle a été la pire erreur de John Templeton ?
Templeton n’a pas laissé de désastre retentissant, et il l’attribuait à une hygiène simple : se savoir faillible. Dans un portrait publié par le Christian Science Monitor en février 1981, il estime qu’environ un tiers de ses choix se révèlent être des erreurs. En 2004, il précisait que, lorsqu’il conseillait à un client d’échanger un titre contre un autre, le client aurait mieux fait de l’ignorer une fois sur trois environ.
Son erreur la plus coûteuse en manque à gagner est d’avoir eu raison trop tôt sur le Japon. Il avait été l’un des premiers étrangers à y investir massivement, au point que le pays a pesé autour de la moitié de ses fonds. En décembre 1986, le même journal rapporte que cette part est tombée à environ 1 %. Or l’indice Nikkei 225, qui avait clôturé l’année 1986 à 18 701,30 points, culmine à 38 915,87 points le 29 décembre 1989 : il a donc encore doublé après son départ. Templeton refusait de payer plus de cinquante fois les bénéfices, et des consultants le jugeaient dangereusement sous-exposé.
L’histoire lui a donné raison à long terme, puisque la bulle japonaise a éclaté dès 1990. Mais pendant trois ans, le contrarien le plus célèbre du monde a regardé la plus forte hausse du monde depuis le quai. C’est le prix de sa méthode, et il le payait sans se plaindre.
Qu’a ajouté la légende à l’histoire de John Templeton ?
L’opération de 1939 a été embellie à chaque récit. Selon les versions, il a acheté cent actions ou cent dollars de chaque titre, à la Bourse de New York seulement ou sur toutes les places américaines ; le nombre de sociétés en faillite varie de 34 à 37 ; on lui prête un gain précis au moment de la revente, rarement sourcé. Le noyau solide tient en trois chiffres : 10 000 dollars empruntés, 104 sociétés, quatre pertes totales.
On répète aussi qu’il a renoncé à la nationalité américaine pour ne plus payer d’impôts. L’argument fiscal est plausible, car les États-Unis imposent leurs citoyens où qu’ils vivent, et le fonds a prospéré hors de leur juridiction ; mais Templeton l’a contesté, notamment dans un entretien télévisé avec Charlie Rose en 1997, en expliquant qu’il voulait finir sa vie aux Bahamas. Les deux versions coexistent ; aucune n’est démontrée.
Enfin, beaucoup de maximes circulent sous son nom, sur les marchés haussiers qui naîtraient dans le pessimisme et mourraient dans l’euphorie, ou sur les quatre mots les plus coûteux de la langue anglaise, « this time is different ». Elles résument bien sa pensée. Leur forme exacte et leur première publication datée restent difficiles à établir : mieux vaut les lire comme des résumés que comme des citations. On sait moins, en revanche, qu’il a aussi vendu à découvert, autour de 2000, des valeurs Internet à l’approche de la fin des périodes de blocage qui suivaient leur introduction en Bourse, selon le livre de sa petite-nièce : un contrarien sait parier dans les deux sens, et la bulle Internet lui en a donné l’occasion.
Que peut apprendre un trader de John Templeton ?
Templeton raisonnait en années, mais sa psychologie est celle de tout opérateur à contre-courant : acheter la peur, vendre l’euphorie, et accepter de se tromper souvent pour gagner beaucoup quand on a raison.
- Le pessimisme général n’est pas un signal de vente : c’est souvent le moment où les mauvaises nouvelles sont déjà dans les prix.
- Élargissez le terrain de chasse : plus vous regardez de marchés, plus vous trouvez d’écarts entre prix et valeur.
- Comptez sur un tiers d’erreurs et dimensionnez en conséquence : aucune position ne doit pouvoir ruiner le portefeuille.
- Avoir raison trop tôt coûte cher : prévoyez comment tenir, financièrement et psychologiquement, la période où le marché vous donne tort.
- Mettez de la distance entre vous et le bruit : Templeton gérait depuis les Bahamas pour ne pas entendre Wall Street.
Quels livres lire sur John Templeton ?
- Lauren C. Templeton et Scott Phillips, Investing the Templeton Way : The Market-Beating Strategies of Value Investing’s Legendary Bargain Hunter, McGraw-Hill, 2008 : la méthode, épisode par épisode, par sa petite-nièce (pas de traduction française recensée).
- John Train, The Money Masters, Harper & Row, 1980 : un portrait de Templeton parmi ceux d’autres grands gérants (pas de traduction française recensée).
- John Marks Templeton, Réussir sa vie, Fides, 2010 : un livre de principes de vie plus que d’investissement, mais le seul de lui traduit en français.
Questions fréquentes sur John Templeton
Qu’a fait John Templeton en 1939 ?
Au début de la Seconde Guerre mondiale, il a emprunté 10 000 dollars pour acheter cent actions de chacune des 104 sociétés cotées à un dollar ou moins. Selon l’Associated Press, il a gagné de l’argent sur cent d’entre elles ; quatre seulement sont devenues sans valeur.
Quel a été le rendement du Templeton Growth Fund ?
Selon la nécrologie de l’Associated Press, le fonds a réalisé un rendement annuel moyen de 14,5 % de 1954 à 1992, année où Templeton a vendu son groupe à Franklin Resources.
Pourquoi John Templeton vivait-il aux Bahamas ?
Il y a vécu de 1968 à sa mort, après avoir renoncé à la nationalité américaine en 1964. Il y voyait un moyen de penser loin de Wall Street ; ses critiques y ont vu un avantage fiscal, ce qu’il contestait.
Qu’est-ce que le prix Templeton ?
Un prix créé par John Templeton en 1972 pour récompenser une contribution aux questions spirituelles. Il est attribué chaque année par la fondation qui porte son nom.
Pour aller plus loin
- La Psychologie des foules de Gustave Le Bon, pour comprendre la foule qu’il prenait à rebours
Benoist Rousseau est trader, membre du Chicago Mercantile Exchange (CME) et du Chicago Board of Trade (CBOT), spécialiste en histoire économique formé à la Sorbonne et pédagogue expérimenté. Il a ainsi créé son École de Trading en 2022.
Fort de plus de 30 ans d’expérience sur les futures CME, il partage analyses de séance, replays de trades commentés, psychologie et gestion du risque — sans signaux ni promesses, du trading brut et sans filtre.










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