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Marty Schwartz : biographie, méthode et leçons du Pit Bull de Wall Street

Analyste financier qui perdait de l’argent, Marty Schwartz est devenu à partir de 1979 l’un des traders de court terme les plus rentables, notamment sur le contrat à terme S&P 500, avant de tout raconter, faiblesses comprises, dans Pit Bull.

Marty Schwartz : L’analyste qui a cessé d’avoir raison pour gagner

Qui est Marty Schwartz ?

Martin S. Schwartz, dit « Buzzy », né en 1945, est un trader américain spécialiste du trading à court terme sur actions, options et surtout contrats à terme sur l’indice S&P 500, vainqueur à plusieurs reprises des concours de trading organisés par Norman Zadeh dans les années 1980, interrogé par Jack Schwager dans Market Wizards (1989) et auteur de Pit Bull : Lessons from Wall Street’s Champion Trader (1998).

Il n’est pas un homme de Chicago : il a acheté son siège à l’American Stock Exchange, à New York. Mais il a fait fortune sur un contrat né au Chicago Mercantile Exchange de Leo Melamed, le contrat à terme sur le S&P 500 lancé en 1982, et il incarne mieux que personne une figure que les lecteurs de ce site connaissent bien : le day trader, qui solde ses positions avant la fin de la séance.

Marty Schwartz en résumé

Ancien officier de réserve des Marines, diplômé d’Amherst et de Columbia, Schwartz a passé près de dix ans à perdre de l’argent avant de devenir l’un des traders de court terme les plus rentables de sa génération. Il l’a raconté avec une franchise rare dans ses mémoires.

  • Famille : Chicago, futures et tendance
  • Naissance : 1945
  • Nationalité : américaine
  • Marchés : actions et options, puis contrats à terme sur le S&P 500
  • Style : day trading et trading de très court terme, analyse technique, préparation quotidienne
  • Coup le plus célèbre : ses victoires dans les U.S. Trading Championships de Norman Zadeh, dans les années 1980
  • Livres : Pit Bull : Lessons from Wall Street’s Champion Trader, avec Dave Morine et Paul Flint (HarperBusiness, 1998)

La vie de Marty Schwartz : l’analyste devenu pit-bull

Martin Schwartz naît en 1945 et grandit à New Haven, dans une famille modeste. Diplômé du collège d’Amherst en 1967, il entre à la Columbia Business School ; les sursis d’études venant d’être supprimés, il s’engage dans une unité de réserve du corps des Marines qui recrute des officiers, passe par l’école des officiers de Quantico, puis revient achever son MBA à Columbia. Il dit devoir aux Marines une discipline dont ses mémoires montrent l’empreinte sur sa façon de travailler.

Il devient analyste financier, d’abord chez Kuhn Loeb, puis dans plusieurs maisons de Wall Street, jusqu’à E.F. Hutton. Pendant près de dix ans, il trade pour son propre argent avec l’analyse fondamentale et perd assez pour rester presque sans le sou malgré de bons salaires, raconte-t-il à Jack Schwager. Le tournant vient à la fin des années 1970 : passé à l’analyse technique, il porte 5 000 dollars à environ 140 000 en deux ans, jusqu’à la mi-1979. Poussé par sa femme, il achète alors un siège à l’American Stock Exchange pour 92 500 dollars, le 13 août 1979 selon Publishers Weekly, et commence comme teneur de marché sur options avec 70 000 dollars de fonds de roulement, dont 50 000 empruntés à ses beaux-parents.

Le changement est spectaculaire. Ses quatre premiers mois lui rapportent 100 000 dollars, l’année suivante 600 000 ; après 1981, dit-il, il n’a jamais gagné moins d’un million de dollars par an. Il quitte le parquet pour un bureau, passe aux contrats à terme, que la fiscalité de 1981 rend plus avantageux que les actions et les options, et se spécialise dans le contrat sur le S&P 500, en ne gardant presque jamais une position plus d’une journée. Il se fait connaître par ses participations aux U.S. Trading Championships, et Jack Schwager l’interroge pour Market Wizards, publié en 1989, où il voisine avec Ed Seykota.

La réussite lui apporte ce qu’elle apporte à Wall Street : déjeuners à Lutèce, œuvres d’art, costumes italiens, selon la critique de Kirkus Reviews. Elle l’entraîne aussi à créer ses propres fonds, avec l’argent d’autres investisseurs. L’expérience tourne mal pour sa santé : il souffre d’une péricardite, une inflammation de l’enveloppe du cœur, qui manque de l’emporter. À quarante-huit ans, sur le conseil de ses médecins, il s’installe en Floride avec sa femme et leurs deux enfants, se met au golf et reprend le trading pour lui seul, à un rythme plus lent.

Quelle est la méthode de Marty Schwartz ?

La méthode de Schwartz est celle d’un day trader : entrer et sortir dans la même séance, ou presque, sur des marchés très liquides, d’abord les actions et les options, puis le contrat à terme sur le S&P 500. Le contrat offre un effet de levier élevé, c’est-à-dire une exposition très supérieure au dépôt de garantie, et chaque point de mouvement pèse lourd sur le résultat. Cela exige de la vitesse, de l’endurance et des nerfs, comme le résume Kirkus Reviews à la sortie de Pit Bull.

Son outil principal est l’analyse technique. Dans Market Wizards, il raconte avoir été analyste fondamental pendant des années sans gagner d’argent, puis être devenu riche en suivant les prix. Il y explique qu’il regarde toujours ses graphiques et ses moyennes mobiles avant de prendre position, et qu’il évite d’aller contre elles : c’est, dit-il, l’outil qui marche le mieux pour lui. Il calcule chaque soir de nombreux ratios et oscillateurs et tient ses propres graphiques.

Le reste est une affaire d’hygiène. Pit Bull se termine par une annexe qui détaille son emploi du temps quotidien et sa méthode d’investissement : préparation avant l’ouverture, suivi des marchés, bilan du soir. Quant à sa règle la plus personnelle, il l’a formulée devant Schwager : il est devenu un trader gagnant le jour où il a accepté que gagner de l’argent comptait plus que son ego, c’est-à-dire plus que d’avoir raison.

Quel est le coup le plus célèbre de Marty Schwartz ?

Le coup le plus célèbre de Schwartz est une série. Dans les années 1980, il s’inscrit aux U.S. Trading Championships organisés par Norman Zadeh, professeur à Stanford, des concours de quatre mois sur comptes réels. Selon Jack Schwager, dans neuf des dix concours de quatre mois auxquels il participe, avec une mise de départ le plus souvent de 400 000 dollars, il gagne plus d’argent que tous les autres concurrents réunis, avec un rendement moyen de 210 % sur quatre mois, non annualisé ; le dixième se solde à peu près à l’équilibre. Sa seule participation à un concours d’un an lui vaut 781 %. Ses enfants, raconte-t-il, voulaient pouvoir dire que leur père était le champion des traders ; le sous-titre de ses mémoires en garde la trace.

À la différence du record de Larry Williams en 1987, publié par l’organisateur de son concours, ces résultats sont connus par le livre de Schwager, qui n’en donne ni les années ni le détail. Ils ont le mérite de la répétition : ce n’est pas une année exceptionnelle, c’est une série de concours courts, gagnés avec la même méthode.

La scène qui résume le mieux sa méthode n’est d’ailleurs pas une grande opération, mais la journée type que décrit l’annexe de Pit Bull : un emploi du temps réglé d’avance, des positions rarement conservées au-delà de la séance, et le même exercice recommencé le lendemain. C’est un métier de sprinteur, pratiqué avec une constance de coureur de fond.

Quelle a été la pire erreur de Marty Schwartz ?

La première erreur de Schwartz a duré des années. Analyste financier, il trade en s’appuyant sur ce qu’il connaît le mieux, l’analyse des comptes et des perspectives des entreprises, et il perd, pendant près d’une décennie selon le récit qu’il en fait à Schwager. Il en a tiré la conclusion qui a fait sa fortune : pour un trader de court terme, le prix compte plus que l’histoire qu’on se raconte sur l’entreprise.

La seconde est d’une autre nature. Fort de ses succès, il crée ses propres fonds et gère l’argent d’autres investisseurs. Les clients le harcèlent au sujet de leur argent, raconte Kirkus Reviews en résumant Pit Bull ; la tension contribue à une péricardite qui manque de le tuer. Il regrettera cette décision et reviendra à la gestion de son seul capital.

Ces deux erreurs n’ont pas de montant publié. Elles ont en commun de n’être pas des erreurs de marché, mais des erreurs de terrain : la première sur la méthode, la seconde sur le genre de pression qu’un homme peut supporter. Pour un trader, la seconde est souvent la plus coûteuse.

Qu’a ajouté la légende à l’histoire de Marty Schwartz ?

La légende a surtout détaché ses chiffres de leur source. Dans Market Wizards, c’est Schwartz lui-même qui dit avoir porté 40 000 dollars à environ 20 millions sur les contrats à terme sans jamais perdre plus de 3 % d’une fin de mois à l’autre, et avoir connu ses deux pires mois autour de la naissance de ses deux enfants ; Schwager reprend le chiffre des 3 % en introduction, après un examen de ses comptes réalisé, dit Schwartz, pour un projet de gestion. Ce sont des déclarations, non des relevés audités publiés, et les versions qui circulent en ligne les arrondissent souvent à la hausse.

Le surnom de « Pit Bull » est souvent pris pour un sobriquet de parquet. C’est surtout le titre de ses mémoires, qui assume l’image d’un trader agressif, accroché à ses positions de la journée comme un chien à sa proie. Le surnom de « Buzzy », lui, est bien le sien, et il figure dans la signature même de ses mémoires, Martin « Buzzy » Schwartz.

Ce que le public sait moins, c’est la franchise de Pit Bull sur les mauvais côtés de la réussite : l’obsession de gagner davantage, le désir de fréquenter les « gros chiens » de Wall Street, et le prix payé en santé. C’est ce qui en fait, pour beaucoup de lecteurs, un livre plus utile que bien des manuels.

Que peut apprendre un trader de Marty Schwartz ?

Schwartz parle directement aux day traders. Sa leçon tient moins dans un indicateur que dans une manière de travailler et de se connaître.

  • Préférer avoir gagné à avoir eu raison : l’ego qui refuse de couper une perte coûte plus cher que n’importe quel mauvais signal, un travers proche du biais d’autocomplaisance.
  • Aligner son horizon d’analyse sur son horizon de trading : l’analyse fondamentale ne dit presque rien de la prochaine heure de cotation.
  • Préparer chaque séance comme une mission, avec un emploi du temps écrit et un bilan le soir.
  • Réduire son activité après une série de pertes au lieu de chercher à se refaire.
  • Mesurer ce que l’on peut supporter : gérer l’argent des autres ajoute une pression que tout le monde ne tolère pas.

Quels livres lire sur Marty Schwartz ?

  • Martin « Buzzy » Schwartz, avec Dave Morine et Paul Flint, Pit Bull : Lessons from Wall Street’s Champion Trader, HarperBusiness, 1998 : les mémoires, des années de pertes à la Floride, avec en annexe son emploi du temps et sa méthode. Pas d’édition française connue.
  • Jack D. Schwager, Market Wizards, New York Institute of Finance, 1989 ; en français, Les magiciens des marchés, Valor, 2011 : l’entretien où il explique son passage de l’analyse fondamentale à l’analyse technique.
  • David E. Morine, Small Claims : My Little Trials in Life, Down East Books, 2003 : le chapitre « Betting With Buzzy », par l’un des coauteurs de Pit Bull, ancien camarade d’Amherst.

Questions fréquentes sur Marty Schwartz

Que raconte le livre Pit Bull de Marty Schwartz ?

Pit Bull (1998) raconte comment un analyste financier qui perdait de l’argent est devenu un day trader très rentable sur les contrats à terme sur le S&P 500, puis comment la gestion de fonds pour autrui a failli lui coûter la vie. Une annexe détaille son emploi du temps et sa méthode.

Marty Schwartz utilisait-il l’analyse fondamentale ?

Il l’a pratiquée pendant des années comme analyste chez E.F. Hutton, en perdant de l’argent sur ses propres opérations. Il est devenu gagnant en passant à l’analyse technique, comme il l’explique à Jack Schwager dans Market Wizards.

Pourquoi Marty Schwartz est-il appelé le champion des traders ?

Parce qu’il a dominé dans les années 1980 les U.S. Trading Championships de Norman Zadeh, des concours de quatre mois sur comptes réels : selon Jack Schwager, il y a gagné neuf fois sur dix plus que tous les autres concurrents réunis. Le sous-titre de ses mémoires, Lessons from Wall Street’s Champion Trader, reprend ce titre, que ses enfants aimaient citer.

Combien Marty Schwartz a-t-il gagné ?

Selon ce qu’il déclare à Jack Schwager en 1989 : 100 000 dollars ses quatre premiers mois en 1979, 600 000 l’année suivante, plus d’un million chaque année après 1981, et environ 20 millions tirés de 40 000 dollars sur les contrats à terme. Aucun relevé audité n’est public, et sa fortune actuelle n’est pas connue.

Pour aller plus loin

L’auteur

Benoist Rousseau

Sièges CME & CBOT · Trader depuis 1994

Benoist Rousseau est trader, membre du Chicago Mercantile Exchange (CME) et du Chicago Board of Trade (CBOT), spécialiste en histoire économique formé à la Sorbonne et pédagogue expérimenté. Il a ainsi créé son École de Trading en 2022.
Fort de plus de 30 ans d’expérience sur les futures CME, il partage analyses de séance, replays de trades commentés, psychologie et gestion du risque — sans signaux ni promesses, du trading brut et sans filtre.

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