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Ed Seykota : biographie, méthode et chiffres du pionnier des systèmes

Ingénieur du MIT, Ed Seykota a confié ses décisions de trading à un ordinateur dès le début des années 1970 ; ses performances, connues surtout par Market Wizards, en ont fait une référence du suivi de tendance.

Ed Seykota : L’ingénieur qui a confié la tendance à l’ordinateur

Qui est Ed Seykota ?

Edward Arthur Seykota, né en 1946, est un trader américain de contrats à terme, diplômé du Massachusetts Institute of Technology en 1969, connu pour avoir conçu dès le début des années 1970 l’un des premiers systèmes de trading informatisés appliqués à de l’argent de clients, et pour les performances que lui prête Jack Schwager dans Market Wizards (1989).

Seykota occupe une place singulière dans la famille du suivi de tendance. Il n’a pas fréquenté les fosses de Chicago ; il a travaillé avec des cartes perforées, puis depuis un bureau installé chez lui, au bord du lac Tahoe. Il a ensuite consacré une bonne part de son énergie à un sujet que ses confrères évitent : ce que ressent le trader quand il n’applique pas ses propres règles.

Ed Seykota en résumé

Ingénieur électricien de formation, lecteur de Donchian et de Lefèvre, Seykota est le trait d’union entre les règles écrites à la main des années 1950 et les systèmes automatiques d’aujourd’hui. Il reste aussi l’un des personnages les plus difficiles à chiffrer de ce guide.

  • Famille : Chicago, futures et tendance
  • Naissance : 1946
  • Nationalité : américaine
  • Marchés : contrats à terme sur matières premières, devises et taux
  • Style : suivi de tendance systématique, moyennes mobiles exponentielles, décisions confiées à un programme
  • Coup le plus célèbre : un compte client ouvert avec 5 000 dollars en 1972, en hausse de plus de 250 000 % à la mi-1988 selon Jack Schwager
  • Livres : The Trading Tribe (2005), Govopoly in the 39th Day (2013)

La vie d’Ed Seykota : des cartes perforées au lac Tahoe

Ed Seykota naît en 1946 et obtient en 1969 un diplôme d’ingénieur électricien au MIT, ainsi qu’un diplôme de gestion de la Sloan School, l’école de commerce du même institut. Ses débuts sur les marchés, à la fin des années 1960, sont décevants : il perd de l’argent sur une opération sur l’argent métal et sur une vente à découvert de cuivre, la vente à découvert consistant à vendre ce qu’on ne possède pas en pariant sur une baisse.

Le déclic vient d’une lettre de Richard Donchian sur les systèmes de suivi de tendance mécaniques. Seykota écrit des programmes sur cartes perforées pour tester ces idées sur un gros ordinateur IBM, et constate, selon ses mots rapportés par Michael Covel, qu’elles résistent à l’épreuve. Engagé au début des années 1970 par une grande maison de courtage, il y conçoit ce que Jack Schwager présente comme le premier système informatisé commercial de gestion de l’argent de clients sur les marchés à terme. Le système gagne, mais les interventions de la direction en dégradent les résultats, ce qui le décide à partir.

Dès 1972, il se met à son compte et gère son argent et celui de quelques clients choisis. Il forme ou conseille d’autres traders, dont Michael Marcus et David Druz, avec qui il signe en 1993 un article sur le niveau de risque optimal dans la revue Technical Analysis of Stocks & Commodities. En 1989, Jack Schwager lui consacre un chapitre de Market Wizards, aux côtés de Richard Dennis, de Bruce Kovner ou de Marty Schwartz, et écrit que ses résultats le placent parmi les meilleurs traders de son temps.

Installé à Incline Village, dans le Nevada, sur la rive nord du lac Tahoe, il réunit à partir de 1992 des traders pour parler de leurs émotions. Ces réunions deviennent la Trading Tribe, qui essaime dans plusieurs pays et à laquelle il consacre un livre en 2005. Il publie en 2013 Govopoly in the 39th Day, un ouvrage de critique politique et économique.

Quelle est la méthode d’Ed Seykota ?

La méthode de Seykota est un suivi de tendance entièrement mécanique. Son premier système, une variante de celui de Donchian, reposait sur des moyennes mobiles exponentielles, qui donnent plus de poids aux cours récents qu’aux cours anciens : tant que le prix reste du bon côté des moyennes, la position est conservée ; quand il les traverse, elle est retournée ou soldée. Le système s’est enrichi au fil des années de règles supplémentaires, de configurations de prix et d’algorithmes de gestion de l’argent, sans que Seykota en publie le détail.

Le travail quotidien, tel que le décrit Schwager, qui l’a vu travailler sans un seul écran de cotation, se limite aux quelques minutes nécessaires pour faire tourner le programme, qui calcule les ordres du lendemain. Le reste relève de la discipline : appliquer ces ordres sans les commenter, couper les pertes, laisser courir les gains, garder des mises petites par rapport au capital.

Dans Market Wizards, Seykota explique que l’enjeu n’est pas de changer sans cesse de système, mais de trouver un système avec lequel on est compatible. C’est la charnière entre ses deux carrières : si le trader n’applique pas ses règles, ce n’est pas un problème de règles, c’est un problème de trader. La Trading Tribe est née de cette idée : faire remonter, en groupe, les sentiments qui poussent à saboter un plan, plutôt que de chercher un meilleur indicateur.

Pour un lecteur pressé, la méthode de Seykota tient donc en deux étages : un système simple de suivi de tendance, qui ressemble beaucoup à ceux de Donchian et des Tortues, et un travail sur soi pour pouvoir le suivre. Le premier étage est documenté ; le second relève davantage du témoignage que de la recherche.

Quel est le coup le plus célèbre d’Ed Seykota ?

Le coup le plus célèbre de Seykota n’est pas une opération, c’est une courbe. En 1972, un client ouvre chez lui un compte de 5 000 dollars. Selon Jack Schwager dans Market Wizards, ce compte affiche à la mi-1988 un gain de plus de 250 000 %, calculé sur l’argent effectivement versé, soit en seize ans une multiplication par plus de deux mille cinq cents ; corrigé des retraits, ajoute Schwager, le gain théorique se compterait en millions de pour cent. Seykota parle lui-même d’un compte modèle, le seul dont il publie les résultats, qui a rapporté plus de 15 millions de dollars.

Il faut dire clairement ce que l’on sait et ce que l’on ne sait pas. On sait que Schwager a publié ces chiffres en 1989 et qu’il en concluait que Seykota comptait parmi les meilleurs traders de son temps. On ne dispose d’aucun relevé audité public, d’aucune série annuelle de rendements vérifiable, ni de l’historique des retraits éventuels du client. Le chiffre de 15 millions est un témoignage de première main sur un compte choisi par l’intéressé, pas un rapport de performance.

La scène qui accompagne cette courbe est d’une sobriété remarquable : un homme seul, un ordinateur, quelques minutes de calcul chaque soir, et des positions conservées pendant des semaines sur des marchés qui montent ou qui baissent longtemps. Les années 1970, marquées par l’inflation et la fin des changes fixes, ont offert à ce genre de système des tendances d’une ampleur rare.

Quelle a été la pire erreur d’Ed Seykota ?

Les erreurs connues de Seykota sont celles de ses débuts. À la fin des années 1960, il perd de l’argent sur l’argent métal, puis sur une vente à découvert de cuivre, en tradant sans système. Les montants ne sont pas publiés ; il a toujours présenté ces pertes comme la raison de son passage à une méthode testée et mécanique.

Aucune grosse perte ultérieure n’est documentée par une source publique vérifiable. Cela ne signifie pas qu’il n’en a pas connu : un système de tendance traverse forcément des périodes de pertes, parfois longues, quand les marchés tournent en rond. Mais Seykota n’a pas publié ses séries de résultats, et les rares chiffres disponibles sont ceux qu’il a choisi de communiquer à Schwager.

Son erreur la plus instructive est peut-être celle qu’il décrit chez les autres : croire que l’échec vient de la méthode, alors qu’il vient de l’incapacité à l’appliquer. Toute sa seconde carrière, consacrée aux émotions du trader, est une réponse à ce constat.

Qu’a ajouté la légende à l’histoire d’Ed Seykota ?

La légende a surtout détaché les chiffres de leur contexte. Les 250 000 % et les seize ans viennent bien de Market Wizards, mais ils décrivent un seul compte, celui que Seykota choisit de montrer, mesuré à la mi-1988 ; on les lit souvent comme la performance de tous ses clients, voire comme un rendement annuel. Le lecteur prudent retient l’ordre de grandeur, l’origine et le périmètre.

Elle lui prête aussi des citations à foison. Seykota a beaucoup écrit, notamment dans une longue foire aux questions en ligne, et les recueils de citations lui attribuent des formules dont la source est rarement indiquée. Celle qui est bien attestée, dans Market Wizards, dit en substance que, gagnant ou perdant, chacun obtient du marché ce qu’il veut. On en a fait un slogan ; c’était surtout, chez lui, une hypothèse de travail sur les motivations cachées du trader.

Enfin, le public le croit souvent trader de Chicago, à cause des Tortues et de la famille à laquelle on le rattache. Il n’a pas fait partie de l’expérience de Richard Dennis et a mené sa carrière loin des parquets. Ce qui le rattache à Chicago, ce sont les contrats à terme qu’il trade et la règle de Donchian dont il est parti.

Que peut apprendre un trader d’Ed Seykota ?

Seykota propose une leçon en deux temps : une méthode simple, puis le travail pour s’y tenir. Le second temps est le plus difficile et le plus négligé.

  • Tester une idée avant de la trader : ses cartes perforées de 1970 ont la même fonction qu’un test historique aujourd’hui.
  • Choisir un système compatible avec son tempérament, plutôt que d’en changer à chaque série de pertes.
  • Observer ce que l’on ressent au moment de violer une règle : l’heuristique d’affect décide souvent à la place du plan.
  • Garder des mises petites, pour que les pertes inévitables d’un système de tendance restent supportables.
  • Se méfier des chiffres spectaculaires qui n’ont qu’une source, y compris quand ils sont vrais.

Quels livres lire sur Ed Seykota ?

  • Jack D. Schwager, Market Wizards, New York Institute of Finance, 1989 ; en français, Les magiciens des marchés, Valor, 2011 : le chapitre qui l’a fait connaître, et la source de la plupart des chiffres qui circulent.
  • Ed Seykota, The Trading Tribe, 2005 : la méthode de groupe qu’il a mise au point pour travailler sur les émotions du trader. Pas d’édition française.
  • Michael W. Covel, Trend Following, Financial Times Prentice Hall, 2004 ; en français, Le trading directionnel, Valor, 2006 : Seykota y est l’un des témoins principaux.
  • Ed Seykota et Dave Druz, « Determining Optimal Risk », Technical Analysis of Stocks & Commodities, mars 1993 : un texte court sur le dimensionnement du risque.

Questions fréquentes sur Ed Seykota

Combien Ed Seykota a-t-il gagné ?

Le seul chiffre de référence vient de Market Wizards : un compte client ouvert avec 5 000 dollars en 1972 affichait à la mi-1988 un gain de plus de 250 000 %, soit plus de 15 millions de dollars de bénéfices selon Seykota. Aucun relevé audité n’est public, et Seykota n’a jamais communiqué sa fortune personnelle. Les pourcentages qui circulent sont des reprises plus ou moins exactes de ce chiffre.

Ed Seykota faisait-il partie des Tortues ?

Non. Les Tortues ont été formées par Richard Dennis et William Eckhardt en 1983 et 1984. Seykota pratiquait déjà le suivi de tendance informatisé depuis le début des années 1970, en dehors des parquets de Chicago, à partir des idées de Richard Donchian.

Qu’est-ce que la Trading Tribe d’Ed Seykota ?

C’est un groupe de traders réuni par Seykota à partir de 1992 pour parler des émotions qui les empêchent de suivre leurs règles. Le principe s’est étendu à d’autres groupes et à d’autres professions ; Seykota l’a décrit dans The Trading Tribe, publié en 2005.

Quel livre lire en premier sur Ed Seykota ?

Le chapitre qui lui est consacré dans Market Wizards de Jack Schwager, traduit en français sous le titre Les magiciens des marchés. C’est la source de presque tout ce qu’on sait de lui, y compris les chiffres.

Pour aller plus loin

L’auteur

Benoist Rousseau

Sièges CME & CBOT · Trader depuis 1994

Benoist Rousseau est trader, membre du Chicago Mercantile Exchange (CME) et du Chicago Board of Trade (CBOT), spécialiste en histoire économique formé à la Sorbonne et pédagogue expérimenté. Il a ainsi créé son École de Trading en 2022.
Fort de plus de 30 ans d’expérience sur les futures CME, il partage analyses de séance, replays de trades commentés, psychologie et gestion du risque — sans signaux ni promesses, du trading brut et sans filtre.

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