DeutschEnglishEspañolFrançaisItalianoPortuguês
Rejoindre le forum

Biais d’autocomplaisance : définition, expériences et exemples en Bourse

Le biais d’autocomplaisance est la tendance à attribuer ses réussites à ses qualités personnelles et ses échecs à des causes extérieures, comme la malchance, les autres ou les circonstances.

Biais d’autocomplaisance : Le gain est un talent, la perte un accident de marché

Qu’est-ce que le biais d’autocomplaisance ?

Le biais d’autocomplaisance est la tendance à expliquer ses réussites par ses propres qualités, son intelligence ou son travail, et ses échecs par des causes extérieures, comme la malchance, la difficulté de la tâche ou la faute d’autrui. Les anglophones parlent de « self-serving bias » ou, en finance, de biais d’auto-attribution.

Le mécanisme protège l’estime de soi, et c’est sans doute pourquoi il est si répandu. Mais il a un coût caché : en séparant les causes selon le résultat, il empêche d’apprendre. Une perte imputée au marché n’enseigne rien sur la méthode ; un gain attribué à son talent ne dit rien de la part du hasard. L’investisseur garde ainsi intactes ses erreurs et son assurance.

Le biais d’autocomplaisance en résumé

C’est l’un des biais les plus universels mesurés par la psychologie sociale, avec des variations nettes selon la culture, l’âge et l’état psychologique. En finance, il est regardé comme le moteur qui fabrique l’excès de confiance : on ne naît pas surconfiant, on le devient en relisant ses succès.

  • Famille : la confiance en soi
  • Mis en évidence par : les chercheurs de la théorie de l’attribution ; synthèse de Dale Miller et Michael Ross
  • Date : 1975 pour la synthèse, 2004 pour la méta-analyse de Mezulis et ses collègues
  • Expérience de référence : la méta-analyse de 266 études, puis, en finance, l’enquête menée auprès de clients d’un courtier néerlandais en 2008
  • Proche de : l’excès de confiance, le biais du résultat, le raisonnement motivé
  • Sur les marchés : confiance accrue après les gains, pertes jamais analysées, tailles de position qui grossissent au mauvais moment

Quelles expériences ont révélé le biais d’autocomplaisance ?

Les premières observations datent des années 1960, quand la psychologie sociale s’intéresse à la façon dont les gens expliquent les événements, ce qu’elle appelle l’attribution causale. Une cause peut être interne (mon effort, mon talent) ou externe (la chance, la situation), stable ou passagère. Très vite, un schéma apparaît : les mêmes personnes ne choisissent pas le même type de cause selon qu’elles ont réussi ou échoué.

En 1975, dans le Psychological Bulletin, Dale Miller et Michael Ross font le tri dans ces travaux, et leur conclusion est plus nuancée que la légende. Ils trouvent des preuves solides que l’on s’attribue ses succès, mais peu de preuves que l’on rejette systématiquement ses échecs sur l’extérieur. Ils proposent même une explication sans amour-propre : on s’attend à réussir ce qu’on entreprend, on perçoit mieux le lien entre ses efforts et une amélioration qu’entre ses efforts et un échec constant, et l’on attribue naturellement à soi ce que l’on attendait.

La mesure de référence vient trente ans plus tard. En 2004, Amy Mezulis, Lyn Abramson, Janet Hyde et Benjamin Hankin rassemblent 266 études, soit 503 mesures indépendantes, dans le même Psychological Bulletin. L’effet moyen est grand : près d’un écart-type (d = 0,96) entre la façon dont on explique ses bons et ses mauvais résultats. Le biais est présent dans presque tous les échantillons. Il est nettement plus faible dans les échantillons asiatiques (0,30) que dans les échantillons américains (1,05), et très faible chez les personnes déprimées (0,21), ce qui en dit long sur sa fonction de protection.

Comment fonctionne le biais d’autocomplaisance ?

Deux mécanismes se superposent, et la recherche a longtemps débattu de leur part respective. Le premier est motivationnel : s’attribuer ses succès flatte l’estime de soi, imputer ses échecs à l’extérieur la protège. Le second est cognitif, comme l’avaient suggéré Miller et Ross : nous connaissons nos intentions et nos efforts, nous nous attendons à réussir, et un résultat conforme à l’attente semble naturellement venir de nous.

Le biais est amplifié quand le résultat compte pour l’image de soi, quand la tâche est perçue comme un test de compétence et quand le hasard joue un grand rôle, car le hasard laisse toute latitude au récit. Il est très affaibli chez les personnes déprimées, selon la méta-analyse de 2004.

En finance, le mécanisme se lit comme une boucle. Simon Gervais et Terrance Odean l’ont modélisée en 2001 dans la Review of Financial Studies : un trader qui ignore son niveau l’apprend de ses résultats, mais compte ses succès plus que ses échecs. Il devient donc surconfiant au début de sa carrière, trade plus agressivement, et ne s’améliore qu’avec beaucoup d’expérience. Leur résumé tient en une phrase : la surconfiance n’enrichit pas les traders, mais s’enrichir peut les rendre surconfiants.

Quels exemples du biais d’autocomplaisance en Bourse ?

Pendant longtemps, le biais d’auto-attribution des investisseurs a été supposé plutôt que mesuré. Arvid Hoffmann et Thomas Post, de l’université de Maastricht, l’ont testé directement en associant une enquête aux relevés de compte réels. En avril 2008, ils invitent 20 000 clients tirés au sort d’un grand courtier en ligne néerlandais à rejoindre un panel ; environ 4 % acceptent. D’avril à juin 2008, ces clients indiquent chaque mois, sur une échelle de 1 à 7, s’ils sont d’accord avec la phrase : la performance récente de mon portefeuille reflète fidèlement mes compétences d’investisseur.

Le moment est bien choisi. Le printemps 2008 est celui d’un marché qui se dégrade, quelques mois avant la faillite de Lehman Brothers. Sur 866 investisseurs, ceux dont le rendement du mois dépasse la médiane s’attribuent davantage leur performance (3,79 en moyenne) que ceux qui sont en dessous (3,66). Et plus le rendement du mois est élevé, plus l’accord est fort à la fin de ce mois, même en tenant compte du score du mois précédent. L’écart paraît faible sur une échelle de 7 ; il est statistiquement net, et il va toujours dans le même sens.

Le détail le plus parlant est ailleurs. Les rendements individuels influencent le sentiment de compétence, mais les rendements de l’indice néerlandais AEX, eux, n’ont aucun effet propre. Autrement dit, chacun juge son talent sur son propre portefeuille sans le rapporter au marché : un gain porté par une hausse générale compte comme une preuve de compétence au même titre qu’un gain obtenu contre la tendance.

Ce mécanisme alimente directement l’excès de confiance et, à l’échelle du marché, il a servi à Kent Daniel, David Hirshleifer et Avanidhar Subrahmanyam en 1998 pour expliquer pourquoi les cours surréagissent puis se corrigent : des investisseurs dont la confiance grandit quand les nouvelles leur donnent raison, et diminue peu quand elles leur donnent tort, poussent les cours trop loin. Il prépare aussi l’effet de l’argent gagné, quand un gain attribué au talent autorise des paris plus risqués.

Comment reconnaître le biais d’autocomplaisance dans ses décisions ?

Le biais se trahit dans le vocabulaire que vous employez pour raconter vos opérations.

  • Vos trades gagnants sont « bien lus », vos perdants sont « des mouvements absurdes » ou « de la manipulation ».
  • Vous analysez vos pertes en cherchant ce que le marché a fait, et vos gains en cherchant ce que vous avez fait.
  • Votre performance vous semble meilleure en marché haussier, sans que vous l’ayez comparée à l’indice.
  • Vous ne relisez jamais vos trades gagnants pour vérifier qu’ils respectaient votre plan.

Comment éviter le biais d’autocomplaisance ?

La parade la plus simple est de traiter gains et pertes avec la même grille. Pour chaque opération, notez avant la sortie si elle respectait votre plan, puis séparez deux questions que le biais confond : la décision était-elle bonne, et le résultat l’a-t-il été ? Un gain obtenu en violant ses règles est une erreur qui a eu de la chance ; une perte subie en les respectant n’est pas une faute.

La deuxième parade consiste à mesurer sa performance contre un indice de référence, et non contre zéro. C’est exactement ce que les investisseurs de l’étude néerlandaise ne faisaient pas : un portefeuille qui monte de 8 % quand l’indice prend 10 % n’est pas une preuve de talent. Enfin, la relecture par un tiers, partenaire ou mentor, oblige à expliquer ses gains avec les mêmes arguments que ses pertes, ce que l’on fait mal seul.

Ce qui marche mal : la sincérité. Le biais ne s’accompagne d’aucune sensation de mauvaise foi, et l’on peut être parfaitement honnête en racontant une histoire parfaitement biaisée.

Quelles sont les limites du biais d’autocomplaisance ?

La première objection est historique : Miller et Ross eux-mêmes ont montré dès 1975 que la moitié défensive du biais, rejeter ses échecs sur l’extérieur, était mal établie à l’époque, et qu’une partie de l’effet pouvait s’expliquer par les attentes plutôt que par l’amour-propre. Le débat entre explication motivationnelle et explication cognitive n’est pas entièrement tranché, comme le rappelle la synthèse de James Shepperd, Wendi Malone et Kate Sweeny en 2008.

La deuxième porte sur l’universalité. La méta-analyse de 2004 montre que l’effet est plus de trois fois plus fort dans les échantillons américains que dans les échantillons asiatiques, et qu’il s’amenuise fortement dans la dépression. Le biais n’est donc pas une constante de l’esprit humain mais une disposition modulée par l’éducation et l’humeur.

La troisième concerne les études de marché : dans l’enquête néerlandaise, l’effet est statistiquement net mais d’ampleur modeste, sur un échantillon de volontaires et sur trois mois seulement. Il confirme un mécanisme supposé depuis longtemps, sans permettre d’en chiffrer le coût en rendement. Enfin, il serait faux d’y voir un pur défaut : une dose d’attribution favorable soutient la persévérance, et son absence complète est un symptôme plutôt qu’une vertu.

Questions fréquentes sur le biais d’autocomplaisance

Quelle différence entre biais d’autocomplaisance et excès de confiance ?

Le biais d’autocomplaisance porte sur l’explication des résultats passés : mes gains viennent de moi, mes pertes du marché. L’excès de confiance porte sur l’évaluation de ses capacités et la précision de ses prévisions. Le premier nourrit le second, comme l’ont modélisé Gervais et Odean en 2001.

Le biais d’autocomplaisance est-il toujours néfaste ?

Non. Il protège l’estime de soi et aide à persévérer après un échec. Il est même nettement plus faible chez les personnes déprimées. Il devient coûteux quand le résultat dépend beaucoup du hasard et qu’il faut apprendre de ses erreurs, ce qui est le cas en Bourse.

Comment éviter de s’attribuer les hausses du marché ?

En comparant systématiquement sa performance à un indice de référence pertinent, frais compris. Si votre portefeuille monte moins que l’indice, la hausse vient du marché, pas de vous. L’exercice est désagréable en marché haussier, c’est précisément ce qui le rend utile.

Pourquoi parle-t-on aussi de biais d’auto-attribution ?

C’est la traduction de « self-attribution bias », le terme employé en finance comportementale. Il désigne la même tendance, appliquée à l’explication des gains et des pertes, et il est utilisé dans les modèles qui relient psychologie des investisseurs et mouvements de cours.

Pour aller plus loin

L’auteur

Benoist Rousseau

Trader depuis 1994 · Auteur de « Devenez Trader Pro »

La première difficulté du trading n’est pas technique : elle se trouve entre la chaise et l’écran. Auteur de « Devenez Trader Pro » et préfacier de « La Psychologie des foules » de Gustave Le Bon, je partage ici ce que trente ans de marchés m’ont appris sur la discipline, la peur et l’ego.

Découvrir mon parcours
À lire ensuite
Trader, ça s’apprend
2 étapes pour progresser
1ProRealTime —
La formation complète Gratuit

Le trading commence par les bons outils.

  • La formation complète à la plateforme
  • Mes Graphiques & Espaces de travail : accès exclusif à mes indicateurs, modèles et réglages personnalisés
  • Configuration guidée, pas à pas
2Mon École de Trading —
Quand vous serez prêt Pour aller plus loin

Formations, séminaires, webinaire et coaching privé. Je vous accompagne personnellement.

Découvrir l’École
Excellentsur Trustpilot · 590+ avis

0 commentaires

La discussion se poursuit sur le forum andlil.com.
Laisser un commentaire

Votre nom et votre commentaire seront publiés après relecture ; votre adresse e-mail ne le sera jamais. Votre adresse IP est conservée un an, comme la loi l’exige. Pour en savoir plus ou exercer vos droits : charte de confidentialité. Le formulaire est protégé contre les robots par Cloudflare Turnstile.

Restez au contact des marchés et du monde.

Recevez mes analyses par e-mail, et rejoignez la discussion avec la communauté du forum.