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Richard Donchian : biographie, méthode et règles du père des canaux

Fondateur en 1949 du premier fonds public de contrats à terme et auteur de la règle des quatre semaines, Richard Donchian a donné au suivi de tendance ses premières règles écrites, dont le canal qui porte son nom.

Richard Donchian : Le vendeur de tapis qui a mis la tendance en règles

Qui était Richard Donchian ?

Richard Davoud Donchian (1905-1993) est un analyste et gérant américain, pionnier de la gestion collective de contrats à terme et du suivi de tendance fondé sur des règles mécaniques. Il fonde en 1949 Futures, Inc., que CME Group décrit comme le premier fonds public géré en contrats à terme, et publie de 1960 à 1979 une lettre hebdomadaire, Commodity Trend Timing.

Son nom survit surtout dans un indicateur, le canal de Donchian, que tous les logiciels de cotation proposent. C’est une postérité un peu ingrate pour un homme qui a surtout eu une idée de méthode : on ne devine pas le marché, on le suit, et on le suit avec des règles écrites à l’avance.

Richard Donchian en résumé

Fils d’immigrés arméniens, vendeur de tapis d’Orient, ruiné en partie par 1929, officier statisticien pendant la guerre, Donchian n’a jamais été un spéculateur flamboyant. Il a été un ingénieur de la discipline, longtemps avant que le mot de système de trading ne devienne courant.

  • Famille : Chicago, futures et tendance
  • Naissance : septembre 1905, Hartford (Connecticut)
  • Mort : 24 avril 1993, Fort Lauderdale (Floride), à 87 ans
  • Nationalité : américaine, de parents arméniens
  • Marchés : actions dans les années 1930, puis contrats à terme sur matières premières
  • Style : suivi de tendance mécanique, moyennes mobiles et cassures de plus hauts et de plus bas, diversification
  • Coup le plus célèbre : la création de Futures, Inc. en 1949
  • Livres : aucun ; des articles, dont « Commodities : High Finance in Copper » (Financial Analysts Journal, 1960), et dix-neuf ans de lettre hebdomadaire

La vie de Richard Donchian : le vendeur de tapis qui lisait les graphiques

Richard Donchian naît en septembre 1905 à Hartford, dans le Connecticut, de Samuel B. Donchian et d’Armenouhi Davoud, deux immigrés arméniens arrivés aux États-Unis dans les années 1880. Il passe par l’école publique de Hartford et la Taft School, puis obtient en 1928 une licence d’économie à Yale. Il entre dans l’affaire familiale de tapis d’Orient, dont il deviendra vice-président.

C’est un livre qui le détourne des tapis : Mémoires d’un spéculateur, le récit d’Edwin Lefèvre inspiré de Jesse Livermore. Le krach de 1929 lui coûte de l’argent et le convainc, selon sa fondation, que seuls les chartistes avaient raison et gagnaient de l’argent. En 1933, il devient analyste financier et chargé de clientèle chez Hemphill, Noyes & Co.

La guerre l’emmène au débarquement de Sicile, puis au Pentagone comme officier de contrôle statistique de l’armée de l’air. Revenu à la vie civile, il exerce comme conseiller en placement indépendant. En 1948, il se tourne vers les contrats à terme et obtient l’autorisation de gérer des comptes de clients par procuration ; l’année suivante naît Futures, Inc.

En 1960, Hayden Stone l’engage comme directeur de la recherche sur les matières premières. Il y lance Commodity Trend Timing, lettre hebdomadaire qu’il rédigera pendant dix-neuf ans, et restera dans la maison au fil de ses fusions jusqu’à Shearson Lehman Brothers, comme vice-président senior. Il obtient le titre d’analyste financier agréé (CFA) en 1963.

En juin 1983, la revue Managed Accounts Report fait de lui le premier lauréat de son prix « Most Valuable Performer ». Il meurt le 24 avril 1993 à Fort Lauderdale. Une fondation à son nom finance depuis des œuvres d’éducation, et l’association américaine des techniciens de marché l’a distingué à titre posthume en 2011.

Quelle était la méthode de Richard Donchian ?

La méthode de Donchian repose sur une conviction : les prix des matières premières évoluent par grands mouvements prolongés, et l’essentiel des gains vient de quelques tendances amples qu’il faut accompagner du début à la fin. Deux outils servent à les repérer.

Le premier est la moyenne mobile, c’est-à-dire la moyenne des cours des N dernières séances, recalculée chaque jour. Ed Seykota, qui s’en est inspiré, décrit dans Market Wizards son système de croisement d’une moyenne à cinq jours et d’une moyenne à vingt jours : quand la courte passe au-dessus de la longue, la tendance est jugée haussière, et inversement. Sa lettre hebdomadaire reposait sur cette méthode.

Le second est la règle des quatre semaines, la plus connue des techniciens : acheter quand le cours dépasse le plus haut des quatre dernières semaines, vendre quand il enfonce le plus bas des quatre dernières semaines. Le système est toujours en position, acheteur ou vendeur. Tracez le plus haut et le plus bas des vingt dernières séances : vous obtenez un canal dont la cassure déclenche l’ordre. C’est ce que les logiciels appellent aujourd’hui le canal de Donchian.

Le reste tient en principes : appliquer les signaux sans les commenter, couper vite les positions perdantes et laisser courir les gagnantes, répartir le capital sur plusieurs marchés pour qu’une tendance quelque part compense les faux signaux ailleurs. Ce dernier point, la diversification, était neuf dans le monde des matières premières de l’après-guerre. Donchian l’a emprunté aux fonds communs de placement en actions.

Quel est le coup le plus célèbre de Richard Donchian ?

Son coup le plus célèbre n’est pas une transaction, c’est une structure. En 1949, les contrats à terme sur marchandises ont mauvaise presse : on les associe aux corners, aux manipulations et aux paris de parquet. Donchian, qui a obtenu en 1948 le droit de gérer un compte de contrats à terme par procuration, crée Futures, Inc., un fonds ouvert au public qui applique des règles techniques sur un panier de marchés.

L’idée est double. D’un côté, une gestion fondée sur des règles écrites, donc vérifiables ; de l’autre, la mutualisation du capital et des risques, comme dans un fonds commun de placement. CME Group le présente aujourd’hui comme le premier fonds public géré en contrats à terme. Les performances de ce fonds pionnier ne sont pas documentées par une source publique accessible, et le guide ne les invente pas.

La portée du geste se mesure plutôt à ce qui a suivi. Selon CME Group, les conseillers en contrats à terme, les CTA, géraient moins de 20 millions de dollars en 1980 ; en 2018, ils en géraient environ 367 milliards. Entre les deux, il y a eu les Tortues de Richard Dennis et des centaines de gérants qui appliquent, sous des noms divers, des variantes de la règle des quatre semaines.

Quelle a été la pire erreur de Richard Donchian ?

La pire erreur documentée de Donchian remonte à 1929 : jeune lecteur de Lefèvre, encore sans méthode, il perd de l’argent dans le krach. Le montant n’est pas connu. Sa fondation présente cet épisode comme l’origine de sa conversion à l’analyse technique.

Pour le reste, il faut avouer une lacune : Donchian a publié des règles, pas des relevés de comptes. Personne ne sait aujourd’hui, sur des documents publics, quelles furent les pires années de Futures, Inc. ou de ses comptes gérés. On sait en revanche ce que coûte la règle des quatre semaines dans un marché sans tendance : un système toujours en position achète les fausses cassures haussières et vend les fausses cassures baissières, et accumule de petites pertes pendant des mois. C’est le prix du suivi de tendance, et Donchian le savait mieux que quiconque.

Qu’a ajouté la légende à l’histoire de Richard Donchian ?

On le dit inventeur du canal de Donchian. C’est vrai et faux à la fois : la règle qu’il a publiée et pratiquée est celle des quatre semaines, avec ses moyennes mobiles à cinq et vingt jours. Le canal paramétrable que proposent les plateformes, avec ses bandes et sa ligne médiane, est la mise en forme graphique de cette règle par les logiciels, sur des réglages qu’il n’a pas fixés. On lit même, jusque dans Wikipédia, qu’il aurait créé en 1950 une « règle des Tortues » : c’est un anachronisme, l’expérience des Tortues date de 1983.

On l’appelle aussi le père du suivi de tendance. L’idée de suivre la tendance est plus ancienne que lui : Charles Dow l’avait décrite, Livermore l’avait pratiquée. Ce que Donchian a apporté, c’est la formalisation : des règles assez précises pour être testées, enseignées et confiées à d’autres. Ed Seykota raconte avoir écrit ses premiers programmes de test après avoir lu une lettre de Donchian sur les systèmes de suivi de tendance mécaniques, et le range, dans Market Wizards, parmi les guides de l’analyse technique.

Enfin, le titre de premier fonds public de contrats à terme, que lui attribue CME Group, se lit avec la prudence qu’on doit à tous les premiers : il désigne un pionnier reconnu par l’institution, pas un record homologué.

Que peut apprendre un trader de Richard Donchian ?

Donchian enseigne d’abord la modestie devant le prix : il ne prétendait pas savoir où allait le marché, seulement réagir quand le marché le lui disait. Cette posture, qui paraît passive, demande en réalité une discipline rare.

  • Écrire ses règles d’entrée et de sortie avant d’ouvrir une position, pour pouvoir les tester et s’y tenir.
  • Accepter les petites pertes répétées des marchés sans tendance comme le prix d’entrée des grandes tendances.
  • Laisser courir les gains : un système de cassure ne sort qu’à la cassure inverse, ce qui contredit le réflexe de prendre son bénéfice trop tôt, décrit par l’effet de disposition.
  • Diversifier sur des marchés peu corrélés, pour qu’une seule tendance forte paie les faux signaux des autres.
  • Se méfier des paramètres magiques : quatre semaines n’était pas un nombre sacré, mais un compromis entre réactivité et bruit.

Quels livres lire sur Richard Donchian ?

  • Richard D. Donchian, « Commodities : High Finance in Copper », Financial Analysts Journal, vol. 16, n° 6, novembre 1960, p. 133-142 : l’un de ses rares textes accessibles, retenu par l’histoire de l’analyse technique comme une présentation précoce de règles de cassure.
  • Michael W. Covel, Trend Following, Financial Times Prentice Hall, 2004 ; en français, Le trading directionnel, Valor, 2006 : l’histoire du suivi de tendance, où Donchian tient le rôle de précurseur.
  • Curtis Faith, Way of the Turtle, McGraw-Hill, 2007 ; en français, La stratégie des tortues, Valor, 2008 : les règles des Tortues, dont la cassure de vingt jours est l’héritière directe de la règle des quatre semaines.
  • Jack D. Schwager, Market Wizards, New York Institute of Finance, 1989 ; en français, Les magiciens des marchés, Valor, 2011 : l’entretien avec Ed Seykota, qui cite Donchian parmi ses influences.
  • Edwin Lefèvre, Mémoires d’un spéculateur, le livre qui a décidé de sa vocation ; l’édition française de JDH (2022) a sa page sur le site.

Questions fréquentes sur Richard Donchian

Qu’est-ce que le canal de Donchian ?

C’est un indicateur qui trace, au-dessus et au-dessous des cours, le plus haut et le plus bas des N dernières séances, souvent vingt. Une clôture au-dessus de la borne haute signale une cassure haussière, une clôture au-dessous de la borne basse une cassure baissière. Il dérive de la règle des quatre semaines de Richard Donchian.

Qu’est-ce que la règle des quatre semaines ?

C’est la règle la plus connue de Donchian : acheter sur un nouveau plus haut de quatre semaines, vendre sur un nouveau plus bas de quatre semaines, en restant toujours en position. Elle ne prévoit rien ; elle réagit. Sa simplicité en a fait une référence pour tester les systèmes de suivi de tendance.

Richard Donchian a-t-il inspiré les Tortues ?

Indirectement, oui. Le premier système enseigné par Richard Dennis et William Eckhardt en 1983 entrait sur une cassure de vingt jours, soit quatre semaines de bourse, le second sur une cassure de cinquante-cinq jours. Les deux appartiennent à la famille de règles que Donchian avait popularisée.

Quel livre de Richard Donchian lire ?

Donchian n’a pas publié de livre. On peut lire son article de 1960 dans le Financial Analysts Journal, puis les ouvrages de Michael Covel et de Curtis Faith, qui exposent les règles nées de son travail.

Pour aller plus loin

L’auteur

Benoist Rousseau

Sièges CME & CBOT · Trader depuis 1994

Benoist Rousseau est trader, membre du Chicago Mercantile Exchange (CME) et du Chicago Board of Trade (CBOT), spécialiste en histoire économique formé à la Sorbonne et pédagogue expérimenté. Il a ainsi créé son École de Trading en 2022.
Fort de plus de 30 ans d’expérience sur les futures CME, il partage analyses de séance, replays de trades commentés, psychologie et gestion du risque — sans signaux ni promesses, du trading brut et sans filtre.

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