Économie keynésienne : théorie, demande et croissance

Qu’est-ce que l’économie keynésienne ?
Une économie qui est vivante est une économie qui consomme.
La croissance suit un chemin sinueux. En effet, il y a les périodes d’expansion où la croissance est présente, le chômage est alors faible et les individus peuvent consommer et profiter du fruit de leur travail. Mais il y a aussi des périodes de contraction de l’économie qui provoquent une baisse de la consommation et donc une explosion massive du chômage s’ensuit.
Cette période de cycle de croissance et de non croissance s’appelle le cycle des affaires.
Pour l’école classique, s’il y a une période de crise, les salaires, ainsi que les prix, s’adaptent aux fluctuations de l’offre et de la demande, le marché absorbe ces chocs et donc le chômage n’est pas si important que cela, c’est une variable d’ajustement.
Pour Keynes, au contraire, la demande globale est l’élément fondateur d’un cycle économique. En effet, en période de crise, la demande globale baisse ce qui provoque un ralentissement de l’économie générale, et donc accroît cette période de crise.
Keynes développe l’idée selon laquelle la demande agrégée doit être orientée afin d’inverser la tendance des crises et par la même occasion assainir l’instabilité du capitalisme. Et ce rôle de soutien à l’économie revient à l’État qui est garant de la santé économique du pays.
Pour résumer le Keynésianisme est organisé autour de 6 axes :
- La demande agrégée ne suit pas de règle particulière
- La baisse de la consommation a principalement un impact sur la production et sur le chômage (plus que sur les prix)
- Les prix et les salaires ne réagissent que lentement aux variations générales de l’offre et de la demande
- Il n’existe pas de niveau parfait d’emploi car il est trop dépendant de la conjoncture économique
- L’application de politiques de stabilisation peut être nécessaire
- D’une manière générale il est préférable de soutenir l’emploi plutôt que de lutter contre l’inflation (courbe de Phillips)

Analyse de la théorie Keynésienne positive
Certes, la demande agrégée est un élément important de la vie de l’économie moderne, mais il ne faut pas oublier que sur le long-terme, l’investissement, ainsi que l’innovation sont également des éléments clés.
Keynes explique aussi que les gouvernements peuvent manipuler cette demande agrégée mais, quelles solutions ont-ils pour faire repartir la croissance par la consommation en période de crise ? Une politique monétaire ou fiscale est-elle suffisante pour relancer l’économie ? De plus, même si l’État peut manipuler la demande agrégée, rien n’assure qu’il le fasse correctement et que cette manipulation ne va pas biaiser les marchés. En France les ménages sont particulièrement prudents et ont tendance à épargner en prévision des périodes à venir. Le keynésianisme, étant basé sur une consommation forte des ménages, n’est donc pas optimum pour une économie épargnante.
Citation sur le Keynésianisme
« Les défauts marquants de la société économique dans laquelle nous vivons consistent en son échec à garantir le plein emploi et sa distribution arbitraire et injuste des richesses et des revenus. »
John Maynard Keynes
L’économie keynésienne en résumé
L’économie keynésienne est la théorie de John Maynard Keynes selon laquelle, à court terme, la production et l’emploi dépendent de la demande globale : la consommation des ménages, l’investissement des entreprises, les dépenses publiques et les exportations nettes. Quand cette demande est insuffisante, l’économie peut rester durablement en sous-emploi, car les salaires et les prix ne baissent pas assez vite pour rétablir l’équilibre. L’État et la banque centrale doivent alors la soutenir.
On parle d’économie keynésienne « positive » pour désigner la description du fonctionnement de l’économie, et d’économie keynésienne normative pour les politiques qui en découlent.
Keynes et le contexte
John Maynard Keynes (1883-1946), économiste de Cambridge, devient célèbre en 1919 avec Les Conséquences économiques de la paix, où il prédit que les réparations imposées à l’Allemagne par le traité de Versailles nuiront à toute l’Europe. Après le Traité sur la monnaie (1930), il publie en février 1936 la Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, en pleine Grande Dépression. Le livre répond à l’idée, alors dominante chez les économistes qu’il appelle « classiques », selon laquelle une baisse des salaires suffit à résorber le chômage. En 1944, Keynes conduit la délégation britannique à la conférence de Bretton Woods, qui crée le FMI et la Banque mondiale.
La citation reproduite ci-dessus est tirée du dernier chapitre (chapitre 24) de la Théorie générale.
Les idées clés
La demande effective. Les entreprises produisent ce qu’elles pensent pouvoir vendre. Si elles anticipent une demande faible, elles produisent et embauchent moins, ce qui réduit les revenus distribués, donc la demande : le pessimisme peut se réaliser de lui-même.
Le multiplicateur. Repris d’un article de Richard Kahn (1931), il mesure l’effet d’une dépense supplémentaire sur le revenu national. Chaque euro dépensé devient le revenu de quelqu’un, qui en dépense à son tour une partie. Si c est la part de chaque euro supplémentaire consommée (la propension marginale à consommer), le multiplicateur vaut 1 / (1 − c).
La préférence pour la liquidité. Le taux d’intérêt n’est pas seulement le prix qui équilibre épargne et investissement : c’est aussi le prix auquel les épargnants acceptent de renoncer à la sécurité de la monnaie. En période d’inquiétude, ils thésaurisent, et une baisse des taux peut ne plus suffire à relancer l’investissement.
Les « esprits animaux ». Au chapitre 12, Keynes explique que l’investissement dépend largement de la confiance et d’une humeur collective que les calculs ne suffisent pas à fonder.
Le paradoxe de l’épargne. Si tous les ménages épargnent davantage en même temps, la consommation baisse, les revenus aussi, et l’épargne totale peut ne pas augmenter. Ce qui est prudent pour un ménage peut être nuisible pour l’économie entière.
Un exemple chiffré du multiplicateur
Imaginons que l’État dépense 10 milliards d’euros pour construire des routes, et que les ménages consomment 80 % de tout revenu supplémentaire (c = 0,8). Le multiplicateur vaut 1 / (1 − 0,8) = 5. Les 10 milliards deviennent des revenus, dont 8 sont dépensés, puis 6,4, puis 5,12, et ainsi de suite : au total, le revenu national augmente en théorie de 50 milliards.
Dans la réalité, une partie de chaque euro part en impôts, en épargne et en importations, et le multiplicateur est bien plus faible. Sa valeur est l’un des grands débats de la macroéconomie : en 2013, Olivier Blanchard et Daniel Leigh, au FMI, ont conclu que les multiplicateurs avaient été nettement sous-estimés au début de la crise de la zone euro, ce qui expliquait l’effet récessif plus fort que prévu des plans d’austérité.
Un épisode historique : le plan de relance américain de 2009
Le 17 février 2009, Barack Obama signe l’American Recovery and Reinvestment Act, un plan d’environ 787 milliards de dollars (réestimé ensuite à environ 831 milliards). Dans son évaluation finale de 2015, le Bureau du budget du Congrès (CBO) estime qu’il a augmenté le PIB réel de 1,7 % à 9,2 % en moyenne sur six ans selon les hypothèses retenues : une fourchette large, qui montre à elle seule la difficulté de mesurer l’effet d’une relance. Des économistes keynésiens, comme Paul Krugman, l’ont jugé trop petit ; d’autres, à l’inverse, ont contesté son coût par emploi créé.
Les critiques et les débats
Les monétaristes. Milton Friedman soutient que la politique monétaire compte davantage que le budget et qu’à long terme, la relance ne fait qu’accélérer l’inflation. La stagflation des années 1970, chômage et inflation élevés en même temps, a affaibli la confiance dans les politiques keynésiennes de réglage fin.
Les anticipations. En 1974, Robert Barro relance l’idée de l’« équivalence ricardienne » : si les ménages savent qu’un déficit d’aujourd’hui sera payé par des impôts demain, ils épargnent la relance au lieu de la dépenser. C’est la forme théorique de l’objection soulevée ci-dessus pour les ménages français. En 1976, Robert Lucas montre que les comportements changent quand la politique change, ce qui fragilise les modèles keynésiens de l’époque.
Les choix publics. En 1977, James Buchanan et Richard Wagner (Democracy in Deficit) observent que les gouvernements creusent volontiers les déficits en période de crise, mais les résorbent rarement quand la croissance revient.
La réponse keynésienne. Les nouveaux keynésiens ont intégré les anticipations rationnelles tout en conservant la rigidité des prix et des salaires. La crise de 2008 et celle de 2020 ont remis au premier plan la relance budgétaire, quand les taux d’intérêt étaient déjà proches de zéro.
Ce que ça change pour un investisseur ou un trader
La grille keynésienne reste celle des banques centrales et des gouvernements quand l’activité ralentit. Un plan de relance soutient les anticipations de croissance et les bénéfices, mais il augmente l’émission d’obligations d’État et peut pousser les taux longs à la hausse si le marché craint l’inflation ou la dette. Lorsque la banque centrale achète elle-même ces titres, comme avec le quantitative easing, politique budgétaire et monétaire se renforcent. Suivre la consommation des ménages, l’investissement et le solde budgétaire, c’est suivre les variables que Keynes a placées au centre de l’analyse.
Questions fréquentes
Quel est le livre principal de Keynes ?
La Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, publiée en février 1936.
Qu’est-ce que le multiplicateur keynésien ?
C’est le rapport entre la hausse du revenu national et la dépense initiale qui l’a provoquée. En théorie il vaut 1 / (1 − c), où c est la part d’un revenu supplémentaire que les ménages consomment ; en pratique il est réduit par les impôts, l’épargne et les importations.
Quelle différence entre keynésianisme et monétarisme ?
Le keynésianisme met l’accent sur la demande globale et sur le rôle du budget de l’État pour stabiliser l’économie. Le monétarisme de Milton Friedman donne la priorité à la masse monétaire et se méfie des politiques de relance discrétionnaires.
Keynes était-il favorable aux déficits permanents ?
Non. Sa théorie justifie un soutien à la demande quand l’économie est en sous-emploi. La dérive vers des déficits durables, même en période de croissance, est justement ce que lui reprochent ses critiques de l’école des choix publics.
Pour aller plus loin
Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.
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