DeutschEnglishEspañolFrançaisItalianoPortuguês
Rejoindre le forum

Thomas Mun : biographie, idées et héritage

Thomas Mun (1571-1641), marchand de la Compagnie des Indes, a fait de la balance du commerce la règle de la richesse : vendre plus qu’on n’achète.

Thomas Mun : biographie, idées et héritage

Qui était Thomas Mun ?

Thomas Mun (1571-1641) est un marchand et économiste anglais, membre du comité de direction de la Compagnie anglaise des Indes orientales, qui a donné la formulation la plus claire de la doctrine mercantiliste de la balance du commerce : un pays s’enrichit quand il vend chaque année à l’étranger plus qu’il ne lui achète. Son livre posthume, England’s Treasure by Forraign Trade (publié en 1664), est resté pendant plus d’un siècle le texte de référence du mercantilisme anglais.

Mun n’était ni professeur ni philosophe : il raisonnait en négociant qui avait commercé en Italie et au Levant, puis en administrateur d’une compagnie accusée de vider l’Angleterre de son argent. De là le ton concret et chiffré de ses pages, plus subtil que la caricature du mercantilisme.

Thomas Mun en résumé

Fils d’un mercier de Londres, Thomas Mun fait fortune dans le commerce méditerranéen avant d’entrer en 1615 au comité de la Compagnie des Indes orientales. Lors de la crise commerciale du début des années 1620, il défend la Compagnie, à qui l’on reproche d’exporter des métaux précieux, dans A Discourse of Trade, from England unto the East Indies (1621). Il y soutient que sortir de l’argent n’appauvrit pas le pays si l’ensemble des exportations dépasse l’ensemble des importations. Son second traité, rédigé vers 1630 et publié par son fils en 1664, généralise l’argument : la balance du commerce extérieur est la règle de la richesse nationale.

  • Naissance : baptisé le 17 juin 1571 à Londres, paroisse de St Andrew Hubbard
  • Mort : juillet 1641 ; inhumé le 21 juillet en l’église St Helen’s Bishopsgate, à Londres
  • Nationalité : anglaise
  • Courant : mercantilisme
  • Œuvres principales : A Discourse of Trade, from England unto the East Indies (1621), England’s Treasure by Forraign Trade (écrit vers 1630, publié en 1664)
  • Idée la plus connue : la balance du commerce extérieur est la règle du trésor national

Un mercier de Londres au comité de la Compagnie des Indes

Thomas Mun est baptisé le 17 juin 1571 dans la paroisse londonienne de St Andrew Hubbard. Il est le troisième fils de John Mun, mercier, c’est-à-dire marchand d’étoffes, et de Margaret Barwick. Son père meurt en 1573 ; sa mère se remarie avec Thomas Cordell, lui aussi mercier, qui élève les enfants. La famille avait des liens avec la Monnaie royale, où son grand-père avait exercé une charge. On ne sait rien de ses études.

Sa carrière se fait dans le commerce de la Méditerranée, en Italie et au Levant. Il écrit lui-même avoir longtemps vécu en Italie. Il y a connu Ferdinand Ier, grand-duc de Toscane, qui lui prêta sans intérêt quarante mille écus pour un an, sachant que Mun enverrait aussitôt cet argent en Turquie pour y acheter des marchandises : le grand-duc comptait que le commerce ferait revenir la somme accrue vers son port de Livourne.

En 1612, il épouse Ursula Malcott et s’installe dans la paroisse de St Helen’s Bishopsgate ; le couple a un fils, John, et deux filles, Anne et Mary. En juillet 1615, enrichi, il est élu au comité, l’organe de direction, de la Compagnie des Indes orientales, fondée en 1600 avec le monopole du commerce anglais vers l’Asie. Il y siège jusqu’à sa mort ; il refuse en 1624 le poste de gouverneur adjoint. En 1622, il est nommé à la commission permanente du commerce chargée de conseiller le gouvernement pendant la dépression des années 1620. En 1628, il rédige pour l’essentiel la pétition que la Compagnie adresse aux Communes.

Devenu propriétaire de terres dans le Kent, notamment à Bearsted, Mun meurt en juillet 1641 à environ soixante-dix ans, au moment où l’Angleterre glisse vers la guerre civile. Il est inhumé le 21 juillet dans le chœur de St Helen’s Bishopsgate. Son grand traité reste alors à l’état de manuscrit ; c’est son fils John Mun, établi à Bearsted dans le Kent, qui le publie vingt-trois ans plus tard.

Les idées clés

La balance du commerce comme règle. Pour Mun, les dons et les prises de guerre sont incertains ; le moyen ordinaire d’accroître la richesse d’un royaume est le commerce extérieur, à condition de respecter une règle : vendre chaque année aux étrangers plus, en valeur, qu’on ne leur achète (« sell more to strangers yearly than wee consume of theirs in value »). Son exemple est chiffré : si l’Angleterre exporte pour 2,2 millions de livres et importe pour 2 millions, elle s’enrichit de 200 000 livres, qui rentrent forcément en métal précieux. Cette notion annonce ce qu’on appelle aujourd’hui la balance des paiements.

Exporter de l’argent peut enrichir. Contre le bullionisme, la doctrine qui interdisait de sortir l’or et l’argent du royaume, Mun soutient que l’exportation de monnaie dans le commerce augmente le trésor : le poivre acheté aux Indes avec de l’argent anglais est en partie réexporté vers le continent avec bénéfice. Seul compte le solde global des opérations du pays.

Des moyens concrets plutôt que des interdits. Pour améliorer le solde, Mun recommande de mettre en culture les terres incultes afin de moins importer de chanvre, de lin ou de tabac, de modérer la consommation de produits de luxe étrangers, de transporter les marchandises sur des navires anglais pour gagner aussi le fret et l’assurance, de développer la pêche et de faire de l’Angleterre un entrepôt de réexportation. Il observe surtout qu’un prix plus bas peut augmenter les recettes : une baisse de 25 % du prix du drap, écrit-il, peut accroître de plus de 50 % les quantités vendues à l’étranger. C’est une intuition précoce de ce que les économistes appelleront l’élasticité de la demande au prix, c’est-à-dire la sensibilité des quantités achetées à une variation de prix.

Les manipulations monétaires ne servent à rien. Plusieurs chapitres démontent les remèdes alors à la mode : affaiblir ou renforcer la monnaie, imposer des cours aux pièces étrangères, fixer le taux de change par décret comme le voulait Gerard Malynes. Pour Mun, le change suit la balance du commerce et non l’inverse. Il note aussi que l’abondance de monnaie renchérit les marchandises du pays, ce qui finit par réduire leurs ventes : une intuition qui rejoint la future théorie quantitative de la monnaie.

Un trésor du prince limité par le commerce. Mun admet qu’un prince accumule une réserve, mais pas au-delà de ce que rapporte l’excédent du commerce extérieur ; sinon, écrit-il, il ne tondrait plus ses sujets, il les écorcherait, et ruinerait ses propres revenus futurs. Keynes relève en 1936 que Mun faisait partie des mercantilistes qui, au nom de la puissance de l’État, défendaient cette accumulation d’un trésor public.

Une œuvre en contexte : England’s Treasure by Forraign Trade

Au début des années 1620, l’Angleterre traverse une grave dépression commerciale, accompagnée d’une pénurie de monnaie d’argent. Beaucoup accusent la Compagnie des Indes, qui finance ses achats d’épices en embarquant des métaux précieux, de l’ordre de 30 000 livres par voyage selon Britannica. Mun répond en 1621 par son Discourse of Trade, puis participe aux débats où s’affrontent Gerard Malynes, partisan d’un contrôle des changes, et Edward Misselden. Le manuscrit d’England’s Treasure by Forraign Trade, rédigé vers 1630, élargit la défense d’une compagnie en théorie de la richesse nationale.

Le livre paraît à Londres en 1664, avec pour sous-titre The Ballance of our Forraign Trade is the Rule of our Treasure. John Mun le dédie à Thomas Wriothesley, comte de Southampton, lord grand trésorier, en expliquant que son père le lui a laissé comme un legs. Les chapitres posent la règle de la balance, les moyens de l’améliorer, puis réfutent un à un les remèdes monétaires. La page la plus célèbre compare l’exportation d’argent aux semailles : à ne regarder que le laboureur qui jette son bon grain en terre, on le prendrait pour un fou ; c’est à la moisson qu’on mesure la valeur de son travail. Le livre est réédité à de nombreuses reprises au XVIIe et au XVIIIe siècle.

Sa réception la plus fameuse vient de son adversaire le plus redoutable. Dans la Richesse des nations (1776), Adam Smith cite la comparaison des semailles puis écrit, dans la traduction de Germain Garnier : « Le titre du livre de Mun, le Trésor de l’Angleterre dans le commerce étranger, devint une maxime fondamentale d’économie politique, non-seulement pour l’Angleterre, mais pour tous les autres pays commerçants. » L’hommage est aussi une critique : Smith juge que l’on a remplacé un souci inutile, interdire la sortie de l’or, par un autre « beaucoup plus compliqué, beaucoup plus embarrassant et tout aussi inutile ».

Les critiques et les débats

La confusion entre monnaie et richesse. La critique d’Adam Smith est la plus connue : la richesse d’une nation tient à ce qu’elle produit, non au stock de métal qu’elle accumule, et le commerce intérieur, que la doctrine de la balance tenait pour secondaire, est le plus important de tous. Britannica résume ainsi la position des économistes postérieurs : le commerce tend à s’équilibrer de lui-même et thésauriser de l’or appauvrit plutôt qu’il n’enrichit. David Hume avait montré en 1752 qu’un excédent durable fait entrer du métal, monte les prix intérieurs et finit par réduire les exportations, ce que Mun avait lui-même entrevu pour le drap.

Un plaidoyer intéressé ? Mun écrivait d’abord pour défendre la Compagnie dont il était dirigeant, et dont le monopole était contesté. Britannica signale cet intérêt personnel. Ses défenseurs répondent que l’argument du solde global reste valable quelle que soit la motivation de l’auteur.

Un mercantiliste moins protectionniste qu’on le dit. Le protectionnisme de Mun est modéré : il préfère l’exemple, la sobriété et la qualité des produits aux interdictions, écrit que le commerce doit être libre aux étrangers pour entrer et sortir, et combat les contrôles de change. Mais la logique de la balance reste celle d’un jeu où le gain de l’un est la perte de l’autre, à l’opposé de l’avantage comparatif de David Ricardo, selon lequel les deux partenaires gagnent à l’échange.

Ce qu’il en reste aujourd’hui

Thomas Mun reste l’auteur que l’on cite pour définir le mercantilisme anglais, aux côtés de Antoine de Montchrestien en France et de la politique de Jean-Baptiste Colbert. La balance commerciale reste l’un des chiffres les plus commentés de la statistique publique. Dans le chapitre 23 de la Théorie générale (1936), John Maynard Keynes a d’ailleurs réhabilité en partie les mercantilistes, en soulignant que l’afflux de métal pouvait faire baisser les taux d’intérêt et soutenir l’activité.

Quand un gouvernement présente un déficit commercial bilatéral comme une perte nette et menace d’un tarif douanier, l’argument de Mun revient, sous une forme plus grossière : lui raisonnait sur le solde global, non pays par pays.

Ce que ça change pour un investisseur ou un trader

Mun apprend d’abord à lire une balance : un excédent ou un déficit commercial se traduit par des flux de monnaie, donc par des pressions sur le change. C’est encore la grille de lecture des marchés face aux publications de balance commerciale ou de compte courant, en particulier pour les devises de pays très exportateurs. Il rappelle aussi qu’un solde se juge dans son ensemble : un déficit avec un pays peut être compensé par des réexportations, des services ou des revenus financiers.

Ses critiques livrent la seconde leçon. Un excédent obtenu par la contrainte ou par l’accumulation de réserves finit par renchérir les prix ou la monnaie, ce que Mun avait lui-même observé. Les épisodes de guerre commerciale, comme les annonces de droits de douane, se lisent mieux avec cette tension en tête : ce que la politique commerciale promet du côté du solde, elle le paie souvent en inflation, en change ou en représailles.

Questions fréquentes

Qu’a apporté Thomas Mun à l’économie ?

Thomas Mun a donné la formulation la plus claire de la théorie de la balance du commerce : un pays s’enrichit quand ses exportations dépassent ses importations sur l’ensemble de ses échanges. Il a aussi montré qu’exporter de la monnaie pour commercer peut rapporter davantage qu’elle ne coûte.

Thomas Mun était-il protectionniste ?

En partie. Il voulait limiter les importations de luxe et réserver le transport aux navires anglais, mais il préférait l’exemple et la qualité des produits aux interdictions et combattait le contrôle des changes. Sa logique de solde reste néanmoins mercantiliste, opposée au libre-échange d’Adam Smith.

Quel livre lire de Thomas Mun ?

England’s Treasure by Forraign Trade, publié en 1664, est son ouvrage principal. Il compte vingt et un chapitres et se lit en anglais dans l’édition de William Ashley parue en 1895.

Pourquoi Adam Smith cite-t-il Thomas Mun ?

Dans la Richesse des nations (1776), Adam Smith prend Mun comme exemple des marchands qui ont fait accepter la doctrine de la balance du commerce. Il reconnaît que le titre de son livre est devenu une maxime fondamentale, puis réfute cette maxime.

Pour aller plus loin

L’auteur

Benoist Rousseau

Maîtrise d’histoire (Sorbonne) · Trader depuis 1994

Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.

Découvrir mon parcours
À lire ensuite
Trader, ça s’apprend
2 étapes pour progresser
1ProRealTime —
La formation complète Gratuit

Le trading commence par les bons outils.

  • La formation complète à la plateforme
  • Mes Graphiques & Espaces de travail : accès exclusif à mes indicateurs, modèles et réglages personnalisés
  • Configuration guidée, pas à pas
2Mon École de Trading —
Quand vous serez prêt Pour aller plus loin

Formations, séminaires, webinaire et coaching privé. Je vous accompagne personnellement.

Découvrir l’École
Excellentsur Trustpilot · 590+ avis

0 commentaires

La discussion se poursuit sur le forum andlil.com.
Laisser un commentaire

Votre nom et votre commentaire seront publiés après relecture ; votre adresse e-mail ne le sera jamais. Votre adresse IP est conservée un an, comme la loi l’exige. Pour en savoir plus ou exercer vos droits : charte de confidentialité. Le formulaire est protégé contre les robots par Cloudflare Turnstile.

Restez au contact des marchés et du monde.

Recevez mes analyses par e-mail, et rejoignez la discussion avec la communauté du forum.