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Qu’est-ce que la recherche de rente ?

L’ensemble des acteurs économiques (multinationales, moyennes entreprises, associations etc…) font pression sous forme de lobbying, sur le gouvernement. A travers ce procédé, énormément de ressources disparaissent et ne sont pas mises à contribution pour le bien du plus grand nombre. En effet, si plusieurs lobbying aux intérêts discordants sont en concurrence pour tenter d’influer sur les décisions politiques et y parviennent, en réponse, les bureaucrates n’agissent également plus dans l’intérêt du plus grand nombre ; ils sont alors à la recherche de la rente, tout comme les acteurs économiques ordinaires.

Il y a donc un risque de généralisation de la sphère d’influence des lobbying qui peut favoriser un petit nombre au détriment du plus grand nombre. Ceux qui bénéficient le plus de l’influence des lobbying et de la recherche de rente sont les organisations et les personnalités les plus influentes au niveau politique et économique.

Je suis influent, donc les lobbying me ciblent. Je recherche la rente et l’enrichissement donc j’accepte les recommandations des lobbyistes et je défavorise certains au détriment du plus grand nombre. Ces types de comportements ralentissent le développement général et sont souvent des problèmes structurels dans certains pays.

Quelles sont les limites de la recherche de rente ?

On utilise souvent le concept de la recherche de rente pour mettre en évidence l’impact néfaste de l’intervention de l’État dans l’économie. Les régulations sont pourtant nécessaires, comme lorsqu’elles touchent à la protection du bien privé. Il faut simplement retenir que le plus grand nombre est systématiquement défavorisé lorsqu’un petit nombre d’individus parviennent à influer sur les décisions des politiques dans le but de favoriser leur propre intérêt.

Citation sur la recherche de rente

« Il est normal que les particuliers investissent des ressources soit pour augmenter les revenus qu’ils perçoivent, soit pour éviter qu’ils soient redistribués ailleurs. Toutes les transactions visant à la distribution mènent donc à l’opposition directe et conflictuelle des investissements de ressources. », Gordon Tullock

George Tullock
Gordon Tullock et la recherche de rente

La recherche de rente en résumé

La recherche de rente consiste à dépenser des ressources pour obtenir une part de la richesse existante par la voie politique ou réglementaire, au lieu d’en créer de nouvelle : une protection douanière, une licence qui limite la concurrence, une subvention, un monopole légal. Son coût pour la société ne se limite pas au transfert obtenu : l’argent et le talent consacrés à l’obtenir sont perdus pour la production.

La notion distingue deux façons de s’enrichir : le profit, gagné en offrant ce que les clients veulent acheter, et la rente, obtenue en faisant changer les règles en sa faveur.

Qui sont les auteurs de la notion, et dans quel contexte ?

En économie, la rente désigne un revenu supérieur à ce qui serait nécessaire pour que le bien ou le service soit fourni. L’idée de la recherche de rente vient de Gordon Tullock, dans « The Welfare Costs of Tariffs, Monopolies, and Theft » (Western Economic Journal, 1967). Son raisonnement : quand on calcule le coût d’un monopole ou d’un droit de douane, on oublie les sommes dépensées pour l’obtenir ou pour s’en protéger, qui sont un gaspillage pur.

L’expression elle-même est forgée par l’économiste américaine Anne Krueger dans « The Political Economy of the Rent-Seeking Society » (American Economic Review, 1974). Étudiant les licences d’importation, elle estime que les rentes créées par la réglementation représentaient environ 7,3 % du revenu national de l’Inde en 1964, et que celles des seules licences d’importation atteignaient environ 15 % du PNB de la Turquie en 1968. En 1975, le juriste et économiste Richard Posner prolonge l’analyse dans « The Social Costs of Monopoly and Regulation » (Journal of Political Economy).

Ces travaux appartiennent à l’école des choix publics, qui applique aux hommes politiques et aux fonctionnaires la même hypothèse qu’aux acteurs économiques : chacun poursuit d’abord son intérêt. C’est ce que décrit le texte ci-dessus à propos des bureaucrates.

Combien coûte la recherche de rente, chiffres à l’appui ?

Imaginons qu’un gouvernement crée un quota d’importation qui rapporte chaque année 100 millions d’euros de rente à l’entreprise qui obtiendra la licence. Quatre entreprises la convoitent. Si chacune dépense 25 millions d’euros en lobbying, en conseils juridiques et en campagnes d’influence, la société a consommé 100 millions d’euros de ressources pour décider qui empochera 100 millions, sans qu’un seul bien supplémentaire ait été produit. Il faut y ajouter la perte habituelle due au quota lui-même : des consommateurs qui paient plus cher et achètent moins.

Dans la réalité, les sommes dépensées sont souvent bien inférieures aux rentes en jeu : c’est le « paradoxe de Tullock ». Les explications avancées tiennent au risque de sanction électorale, à la concurrence entre élus et à la difficulté de passer des accords fiables quand ils sont à la limite de la légalité.

Quelles critiques vise la notion de recherche de rente ?

La première difficulté est de tracer la frontière. Une entreprise qui fait valoir ses arguments auprès d’un législateur apporte parfois une information utile ; un syndicat professionnel qui défend une norme de sécurité peut servir l’intérêt général autant que le sien. L’économiste Ernest Pasour a souligné combien il est difficile de distinguer la recherche du profit, utile, de la recherche de rente, nuisible. D’autres, comme Warren Samuels, contestent l’idée même que ces dépenses soient un pur gaspillage.

La deuxième porte sur l’usage politique du concept. Comme le note le texte ci-dessus, il sert souvent à critiquer l’intervention de l’État. Mais il s’applique aussi à des acteurs privés : une entreprise dominante qui cherche à se protéger de nouveaux concurrents par la réglementation fait de la recherche de rente. Le concept est aujourd’hui employé par des économistes de sensibilités très différentes, pour dénoncer aussi bien les subventions que certains privilèges du secteur financier ou des grandes entreprises.

Enfin, les licences professionnelles en offrent un cas débattu. Pour certains libéraux, la limitation du nombre de licences de taxi est un exemple type de rente : une partie du prix de la course va aux détenteurs de licences plutôt qu’au service rendu. Leurs contradicteurs rappellent que ces règles répondaient aussi à des objectifs de sécurité et de qualité.

Que change la recherche de rente pour un investisseur ?

Pour un investisseur, une rente réglementaire est à la fois un atout et un risque. Une entreprise protégée par une licence, un quota ou un tarif réglementé peut afficher des marges stables pendant des années : c’est souvent le cas des utilities. Mais ce que la loi a donné, la loi peut le reprendre : une ouverture à la concurrence, la fin d’une subvention ou l’arrivée d’une technologie qui contourne la règle peuvent effacer la rente en peu de temps. Dans l’analyse fondamentale d’une entreprise, il est utile de se demander si ses marges viennent de ses produits ou d’une protection politique, car le risque n’est pas le même.

Questions fréquentes

Quelle est la définition simple de la recherche de rente ?

C’est le fait de chercher à s’enrichir en obtenant un avantage des pouvoirs publics (protection, subvention, monopole, licence) plutôt qu’en produisant davantage de valeur.

Quelle différence entre lobbying et recherche de rente ?

Le lobbying est un moyen, la recherche de rente un objectif. Le lobbying peut servir à informer le législateur ; il devient recherche de rente quand il vise à obtenir un privilège payé par les consommateurs ou les contribuables.

Qui a inventé la notion de recherche de rente ?

Gordon Tullock en a posé l’idée en 1967 ; Anne Krueger a créé l’expression rent-seeking en 1974.

Quels sont des exemples de recherche de rente ?

Une industrie qui obtient des droits de douane contre ses concurrents étrangers, une profession qui fait limiter le nombre de nouveaux entrants, une entreprise qui obtient une subvention réservée ou un marché public sans réelle mise en concurrence.

Pour aller plus loin

L’auteur

Benoist Rousseau

Maîtrise d’histoire (Sorbonne) · Trader depuis 1994

Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.

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1 commentaire

La discussion se poursuit sur le forum andlil.com.
C
Christelle PUYRAUD3 février 2021
merci Benoist, je ne connaissais pas cette notion !
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