William D. Gann : biographie, méthode et vérité sur ses prédictions
William D. Gann (1878-1955) a laissé aux traders ses angles, son carré de 9 et une réputation de prophète des prix, bâtie sur un article de 1909 et sur des comptes jamais publiés.

Qui était William D. Gann ?
William D. Gann (1878-1955) est un spéculateur américain sur les actions et les matières premières, auteur de livres et de cours qui ont popularisé les « angles de Gann », le « carré de 9 » et l’analyse des cycles de temps. Il s’est présenté toute sa vie comme le découvreur de lois naturelles régissant les prix.
Sa réputation repose largement sur un article de 1909 et sur des prévisions qu’il publiait lui-même. Ses outils sont réels et documentés ; ses performances ne le sont presque pas. Cette fiche sépare ce qu’on sait de ce qu’on raconte.
William D. Gann en résumé
Né au Texas en 1878, Gann travaille dans le négoce du coton avant de s’installer à New York au début des années 1900. En décembre 1909, le magazine The Ticker lui consacre un article enthousiaste qui lui prête des prévisions exactes et une série d’opérations presque toutes gagnantes. Il vend ensuite des lettres de prévisions, publie des livres, dont Truth of the Stock Tape (1923), un roman d’anticipation (1927) et 45 Years in Wall Street (1949), ainsi que des cours. Il meurt le 18 juin 1955.
- Famille : Wall Street avant 1945
- Naissance : 6 juin 1878, Lufkin (Texas)
- Mort : 18 juin 1955
- Nationalité : américaine
- Marchés : coton, blé et autres céréales, actions américaines
- Style : prévision de prix et de dates, géométrie des graphiques, cycles de temps, ésotérisme assumé
- Coup le plus célèbre : la prévision du blé de septembre 1909 à 1,20 dollar, selon un témoin cité par The Ticker
- Livres : Truth of the Stock Tape (1923) ; The Tunnel Thru the Air (1927, roman) ; Wall Street Stock Selector (1930) ; New Stock Trend Detector (1936) ; How to Make Profits in Commodities (1941) ; 45 Years in Wall Street (1949)
La vie de William D. Gann : le géomètre qui ne montrait pas ses comptes
William Delbert Gann naît le 6 juin 1878 à Lufkin, dans l’est du Texas. Il travaille jeune dans le négoce de la fibre, à Texarkana, et y découvre les marchés à terme, où l’on achète ou vend aujourd’hui une marchandise livrable plus tard. Il dit lui-même, en 1909, avoir perdu « des milliers de dollars » en débutant, comme tout novice qui entre sur le marché sans préparation.
Il s’installe à New York au début des années 1900 et ouvre une maison de courtage à son nom. Selon son propre récit, publié en 1909, il passe neuf mois à étudier les cotations depuis 1820 à l’Astor Library de New York et au British Museum de Londres, y compris les manipulations de Jay Gould et de Daniel Drew. Il en tire la conviction qu’une « loi de vibration » détermine les points où les prix monteront et baisseront.
En décembre 1909, The Ticker, le magazine de Richard Wyckoff, publie l’article qui fait sa réputation. Gann en vit pendant plus de quarante ans : il vend des lettres de prévisions, la Supply and Demand Letter à partir de 1919, des livres et surtout des cours, rédigés dans un style si allusif qu’on l’a souvent soupçonné de cacher volontairement sa méthode.
Ses livres, de Truth of the Stock Tape (1923) à 45 Years in Wall Street (1949), mêlent des conseils de trading classiques et des allusions à des lois cachées. En 1927, il publie un roman, The Tunnel Thru the Air, dont ses admirateurs disent qu’il contient sa méthode en langage codé. Il meurt le 18 juin 1955, à 77 ans.
Quelle était la méthode de William D. Gann ?
Il faut distinguer trois couches. La première est classique et vérifiable dans ses livres : suivre la tendance, placer un ordre stop sur chaque position, ne pas risquer plus qu’une fraction de son capital, ne pas renforcer une position perdante. Ses « règles » de trading ressemblent beaucoup à celles de Livermore et de Dow, et elles sont saines.
La deuxième couche, ce sont les outils qui portent son nom, exposés dans ses cours des années 1930 et 1940. Les angles de Gann sont des droites tracées depuis un plus haut ou un plus bas, avec une pente qui relie le prix et le temps : l’angle « 1 sur 1 » fait progresser le prix d’une unité par unité de temps, et le marché est dit fort tant qu’il reste au-dessus. Le carré de 9 dispose les nombres en spirale autour d’un centre pour en tirer des niveaux de prix et des dates. S’y ajoutent les retracements, notamment celui de 50 % d’un mouvement, et des anniversaires de dates importantes.
La troisième couche est ésotérique. En 1909, Gann explique qu’une « loi de vibration », la même que celle qui rend possibles la télégraphie sans fil et le phonographe, lui permet de déterminer « les points exacts » des hausses et des baisses ; il refuse de la divulguer. Dans ses lettres privées à des élèves, il utilise ouvertement les cycles planétaires, par exemple pour le café. Cette couche ne peut pas être testée, parce qu’elle n’a jamais été écrite sous une forme reproductible. Le trader qui utilise un éventail de Gann aujourd’hui utilise un outil graphique, pas la méthode de Gann.
Quel est le coup le plus célèbre de William D. Gann ?
Fin septembre 1909, à la Bourse de Chicago, selon le témoin que cite The Ticker. Gann aurait annoncé pendant l’été que le blé livrable en septembre toucherait 1,20 dollar avant l’échéance. Le 30 septembre, dernier jour du contrat, à midi heure de Chicago, il cote encore sous 1,08. Gann aurait maintenu que si le prix ne touchait pas 1,20 à la clôture, toute sa méthode de calcul serait fausse. Dans la dernière heure, toujours selon ce récit, le blé de septembre monte à 1,20 dollar et clôture à ce niveau, sans un cent de plus.
La scène vient de l’article de décembre 1909 de The Ticker. Elle n’est pas racontée par la rédaction, mais par William E. Gilley, présenté comme inspecteur des importations, qui avait encouragé Gann dans ses recherches et opérait avec lui. Le même témoin lui attribue un demi-million de dollars retirés du marché « ces dernières années » et un compte passé de 130 dollars à plus de 12 000 en moins d’un mois. Rien de tout cela n’est documenté au-delà de sa parole.
La partie attestée par le magazine lui-même est une démonstration : en octobre 1909, en vingt-cinq séances, Gann aurait passé devant un représentant du journal 286 opérations, dont 264 gagnantes et 22 perdantes, et terminé le mois avec « mille pour cent » de sa marge initiale. La même phrase affirme que son capital a « doublé dix fois », ce qui ne donne pas du tout le même chiffre. L’article précise que Gann ignorait que les résultats seraient publiés. Il ne donne ni les tailles de position, ni les prix, ni le capital.
Quelle a été la pire erreur de William D. Gann ?
On ne connaît à Gann aucune grande perte datée, et c’est justement le problème : il n’a jamais publié de comptes. Le seul indice sérieux sur ses résultats réels est indirect. Alexander Elder rapporte, dans Trading for a Living (Wiley, 1993), avoir interrogé l’un des fils de Gann, analyste dans une banque de Boston : selon lui, son père ne faisait pas vivre sa famille avec le trading, mais avec ses livres et ses cours, et sa succession, maison comprise, valait un peu plus de 100 000 dollars. Larry Williams rapporte des propos du même ordre. Ce sont des témoignages de seconde main, mais ils sont cohérents.
Sa pire erreur est donc méthodologique. En refusant de divulguer sa « loi de vibration » et en écrivant de manière délibérément obscure, Gann a rendu ses affirmations invérifiables. Il a vendu de la certitude dans le métier où elle n’existe pas, et laissé à des générations de traders le soin de « craquer » un code dont rien ne prouve qu’il existait.
Qu’a ajouté la légende à l’histoire de William D. Gann ?
Les faits, d’abord. Gann a existé comme courtier, auteur et vendeur de prévisions pendant un demi-siècle. Ses livres et ses outils sont publiés, et ses règles de gestion du risque sont banales et justes. L’article de 1909 existe : on peut le lire dans les archives du magazine, et ses chiffres ont été recopiés dans tous les sens.
L’article de 1909, ensuite. Il est signé « R. D. W. », les initiales de l’éditeur, qui présente Gann comme destiné à devenir l’un des premiers opérateurs de Wall Street. Ses preuves sont de trois natures : les déclarations de Gann, le témoignage d’un associé, et une démonstration d’un mois sans relevé publié. Le même numéro publie les prévisions de Gann pour 1910 : baisse des actions jusqu’en mars ou avril, blé de mai à 1,45 dollar au printemps, coton à 18 cents. Une note ajoutée avant l’impression se félicite déjà que le coton ait baissé de 120 points comme prévu. Personne n’a publié de bilan complet de ces prévisions.
Les prédictions invérifiables, enfin. On prête à Gann l’annonce du krach de 1929 et, dans son roman de 1927, celle d’une guerre où les États-Unis seraient attaqués par les airs. Ses défenseurs citent ses lettres annuelles ; ses critiques notent qu’il publiait beaucoup de prévisions et que seules les réussites ont été conservées. Le krach lui-même est raconté dans la fiche de Jesse Livermore. Quant aux dizaines de millions de dollars de gains qu’on lit parfois, aucun document ne les étaye.
Que peut apprendre un trader de William D. Gann ?
Gann est un excellent sujet d’étude pour un trader, à condition de le lire comme un cas de méthode plutôt que comme une méthode.
- Gardez ses règles de risque, qui sont saines : stop systématique, risque limité par position, pas de moyenne à la baisse.
- Traitez un angle ou un carré de Gann comme un niveau graphique parmi d’autres, à tester sur vos données, pas comme une loi.
- Exigez le dénominateur : 264 gains sur 286 opérations ne disent rien sans les tailles, les prix et le capital.
- Méfiez-vous de toute méthode présentée comme un code secret ; ce qui ne peut pas être testé ne peut pas être cru.
Quels livres lire sur William D. Gann ?
- W. D. Gann, Truth of the Stock Tape, New York, 1923, réédité en 1930 par Financial Guardian Publishing avec Wall Street Stock Selector : le plus lisible de ses livres sur les actions.
- W. D. Gann, The Tunnel Thru the Air, or Looking Back from 1940, New York, Financial Guardian Publishing, 1927 : le roman où ses disciples cherchent la méthode.
- W. D. Gann, How to Make Profits in Commodities, 1941, et 45 Years in Wall Street, 1949 : ses règles de trading et ses souvenirs.
- The Ticker and Investment Digest, vol. 5, n° 2, décembre 1909, p. 51-55, « William D. Gann » : l’article fondateur, consultable dans les archives numérisées du magazine.
- Olivier de Ducla, Elliott & Gann : application pratique aux marchés, Economica, 2002 : une présentation en français des outils.
Questions fréquentes sur William D. Gann
Quelle était la fortune de W. D. Gann ?
Elle n’est pas connue avec certitude. Un témoin de 1909 lui attribue un demi-million de dollars de gains sur quelques années, sans preuve. Selon Alexander Elder, qui dit tenir l’information d’un de ses fils, sa succession valait un peu plus de 100 000 dollars à sa mort en 1955, et il vivait surtout de ses cours.
W. D. Gann utilisait-il l’astrologie ?
Oui, au moins en partie. Ses livres restent allusifs, mais ses lettres privées à des élèves montrent un usage direct des cycles planétaires, par exemple pour le marché du café. Sa « loi de vibration » de 1909 n’a jamais été expliquée.
Que sont les angles de Gann ?
Des droites tracées depuis un plus haut ou un plus bas, dont la pente relie une unité de prix à une unité de temps. L’angle 1 sur 1 sert de référence : au-dessus, le marché est jugé fort. Leur tracé dépend de l’échelle du graphique, ce qui en fait un outil très sensible aux réglages.
Les prédictions de Gann se sont-elles réalisées ?
Certaines, d’après des témoignages favorables, comme le blé de septembre 1909. Mais il en publiait beaucoup, et aucun bilan complet et indépendant n’existe. Juger un prévisionniste sur ses réussites retenues revient à ne pas le juger.
Pour aller plus loin
- Le biais de confirmation, qui fait retenir les prévisions réussies et oublier les autres
- Les retracements de Fibonacci, l’outil voisin de ses retracements à 50 %
- Le guide de l’analyse technique, pour situer ses outils parmi les autres
- Sur le forum : un membre présente sa lecture du carré de 9 de Gann et l’applique au DAX, pour voir l’outil en pratique et les questions qu’il soulève
Benoist Rousseau est trader, membre du Chicago Mercantile Exchange (CME) et du Chicago Board of Trade (CBOT), spécialiste en histoire économique formé à la Sorbonne et pédagogue expérimenté. Il a ainsi créé son École de Trading en 2022.
Fort de plus de 30 ans d’expérience sur les futures CME, il partage analyses de séance, replays de trades commentés, psychologie et gestion du risque — sans signaux ni promesses, du trading brut et sans filtre.










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