L’allocation d’actifs : répartir entre actions, obligations et liquidités
L’allocation d’actifs répartit l’épargne entre actions, obligations et liquidités : ce que disent Brinson et Ibbotson, six répartitions types et leurs pires années, le rééquilibrage annuel et la gestion pilotée.
L’allocation d’actifs est la répartition de son épargne entre actions, obligations et liquidités. C’est la décision qui pèse le plus sur les variations d’un portefeuille : dans l’étude classique de Gary Brinson, Randolph Hood et Gilbert Beebower, portant sur 91 grands fonds de pension américains, la politique d’allocation expliquait en moyenne 93,6 % des variations de leurs rendements dans le temps (Financial Analysts Journal, 1986). Le choix des titres et le moment des achats venaient loin derrière.
Cette fiche explique ce que change chaque répartition, avec des chiffres passés, et comment la tenir dans la durée, une fois compris le principe de la diversification. Elle ne dit pas quelle part d’actions vous convient : cela dépend de votre profil d’investisseur, de votre horizon et de votre situation.
Pourquoi la répartition compte-t-elle plus que le choix des titres ?
Parce qu’un portefeuille à 80 % en actions et un portefeuille à 20 % en actions ne vivent pas la même vie, quels que soient les titres choisis à l’intérieur. Les grands mouvements viennent de la classe d’actifs : quand les actions perdent un tiers, presque toutes les actions baissent, et le portefeuille qui en contient le plus baisse le plus.
Le chiffre de 93,6 % est souvent mal cité. Il ne dit pas que l’allocation explique 93,6 % du rendement, mais 93,6 % de ses variations d’une période à l’autre, pour chaque fonds. Roger Ibbotson et Paul Kaplan ont précisé la nuance en 2000 : la politique d’allocation explique environ 90 % de la variabilité des rendements d’un fonds dans le temps, environ 40 % des écarts de rendement entre fonds, et, en moyenne, à peu près 100 % du niveau de rendement (Financial Analysts Journal, 2000). Autrement dit, deux fonds qui ont la même répartition obtiennent en moyenne des résultats voisins ; le reste de leurs écarts tient au choix des titres, au calendrier et aux frais.
Quelles répartitions types, et ce qu’elles ont donné
Le tableau ci-dessous mélange actions et obligations américaines dans six proportions, de 1928 à 2025. Il ne s’agit pas de portefeuilles conseillés mais d’exemples pour voir ce que chaque dosage a coûté et rapporté.
| Répartition actions / obligations | Rendement annuel moyen | Pire année | Années de baisse sur 98 |
|---|---|---|---|
| 100 % / 0 % | 10,0 % | −43,8 % (1931) | 26 |
| 80 % / 20 % | 9,3 % | −35,6 % (1931) | 25 |
| 60 % / 40 % | 8,3 % | −27,3 % (1931) | 21 |
| 40 % / 60 % | 7,2 % | −19,1 % (1931) | 20 |
| 20 % / 80 % | 6,0 % | −17,9 % (2022) | 15 |
| 0 % / 100 % | 4,5 % | −17,8 % (2022) | 20 |
Actions américaines (S&P 500, dividendes réinvestis) et obligations d’État américaines à dix ans, de 1928 à 2025, en dollars, avant inflation, frais et impôts, avec un rééquilibrage chaque fin d’année ; rendement moyen géométrique. Calcul andlil.com d’après les rendements annuels publiés par Aswath Damodaran (NYU Stern). Ce sont des répartitions types et des chiffres passés, pas une recommandation : ils ne disent rien des années à venir.
Deux lectures s’imposent. Chaque tranche d’actions ajoutée a augmenté le rendement moyen, et la pire année avec lui. Et les obligations n’ont pas toujours protégé : en 2022, la hausse rapide des taux a fait baisser les deux à la fois, si bien que le portefeuille le plus prudent du tableau a connu sa pire année récemment, pas en 1931.

Les liquidités, livrets et fonds monétaires, ne figurent pas dans ce tableau. Elles jouent un autre rôle : l’épargne de précaution d’abord, puis une réserve pour ne jamais devoir vendre des actions au mauvais moment. Les bons du Trésor américains à trois mois, qui en sont l’équivalent outre-Atlantique, ont rapporté 3,4 % par an en moyenne de 1928 à 2025, selon les mêmes données.
Ce que j’en disais sur le forum
« Je précise un conseil en investissement c’est dire Il faut acheter une action X au prix de Y et la revendre à Z Dire comme Stan les différentes possibilités de diversification n’est pas un conseil en investissement »
Benoist Rousseau sur le forum, le 10 novembre 2019, dans la discussion « Placement financier pour étudiant », après la réponse d’un membre sur les façons de diversifier
C’est exactement le statut de ce tableau : il présente des possibilités de répartition et ce qu’elles ont donné, pas ce que vous devriez faire.
Pourquoi et comment rééquilibrer son portefeuille une fois par an ?
Une répartition ne reste pas en place toute seule. Si les actions montent plus vite que les obligations, leur part grossit, et le portefeuille devient plus risqué sans qu’on l’ait décidé. Selon les données de Damodaran, un portefeuille à 60 % d’actions et 40 % d’obligations au début de 2003, jamais rééquilibré, était à environ 69 % d’actions à la fin de 2007. En 2008, il a perdu environ 19 %, contre 13,9 % pour le même portefeuille ramené chaque année à 60 / 40 (calcul andlil.com).
Rééquilibrer consiste à revenir à la répartition choisie : vendre un peu de ce qui a monté, racheter ce qui a baissé. Une fois par an suffit en général, à date fixe, ou quand une classe s’écarte de plus de quelques points de sa cible. Deux précautions : sur un compte-titres, vendre peut déclencher un impôt sur la plus-value, et chaque ordre a un coût. Rééquilibrer avec les nouveaux versements, en les orientant vers la classe en retard, évite souvent d’avoir à vendre.
Le rééquilibrage a une vertu moins visible : il oblige à acheter ce qui vient de baisser, c’est-à-dire à faire, par règle, ce que l’émotion empêche de faire.
Gestion pilotée, gestion sous mandat : ce qu’on achète
Ceux qui ne veulent pas choisir ni rééquilibrer eux-mêmes peuvent déléguer. Dans un mandat de gestion, rappelle l’AMF, le client confie son portefeuille à un gérant par un contrat écrit, qui fixe l’objectif, le profil de risque, les catégories de placements autorisées et la répartition cible par classe d’actifs. Le gérant doit adresser en principe un relevé chaque trimestre, et prévenir le client si la valeur du portefeuille baisse de 10 % ou plus depuis le dernier relevé. En assurance-vie, la gestion pilotée ou profilée repose sur la même idée.
Ce que l’on achète, c’est une allocation et sa discipline, pas une performance. Deux points à vérifier avant de signer. Les étiquettes « prudent », « équilibré », « dynamique » ne sont pas encadrées par la réglementation de l’AMF, qui recommande seulement de ne pas qualifier de prudent un portefeuille comptant plus de 30 % de titres risqués : il faut lire la répartition réelle. Et les frais s’ajoutent à ceux des fonds détenus : l’AMF impose un relevé annuel de l’ensemble des coûts, à comparer au rendement attendu d’une allocation qu’on pourrait tenir soi-même avec quelques fonds indiciels.
L’âge et l’horizon : faut-il réduire les actions en vieillissant ?
La logique est celle de l’horizon. L’argent dont on aura besoin dans trois ans n’a pas le temps d’attendre la fin d’une baisse ; celui qui servira dans vingt ans l’a. C’est pourquoi beaucoup de formules réduisent la part d’actions à l’approche de l’échéance : on parle de gestion à horizon. Mais l’âge n’est qu’un indicateur de l’horizon, pas l’horizon lui-même. Un retraité de soixante-cinq ans qui ne touchera pas à une partie de son capital avant vingt ans n’a pas, pour cette partie, l’horizon d’un retraité qui en vit.
Les vieilles règles du type « 100 moins votre âge en actions » donnent un ordre d’idée, rien de plus : elles ignorent les revenus, le patrimoine, les projets et la tolérance à la baisse. Mieux vaut découper son épargne par horizon, ce qui servira dans moins de trois ans, entre trois et dix ans, au-delà, et donner à chaque tranche la répartition qui correspond à sa durée.
Questions fréquentes sur l’allocation d’actifs
Qu’est-ce que l’allocation d’actifs ?
C’est la répartition d’un portefeuille entre grandes classes de placements, actions, obligations, liquidités, parfois immobilier. Elle détermine l’essentiel des hausses et des baisses du portefeuille, davantage que le choix des titres à l’intérieur de chaque classe.
Qu’est-ce qu’un portefeuille 60 / 40 ?
Un portefeuille composé de 60 % d’actions et de 40 % d’obligations, souvent pris comme exemple de répartition équilibrée. Sur les données américaines de 1928 à 2025, rééquilibré chaque année, il a rapporté 8,3 % par an en moyenne, avec une pire année à −27,3 % en 1931 ; ce sont des chiffres passés.
À quelle fréquence faut-il rééquilibrer ?
Une fois par an suffit dans la plupart des cas, ou lorsqu’une classe d’actifs s’écarte nettement de sa cible. Rééquilibrer plus souvent multiplie les frais, et sur un compte-titres, les impôts sur les plus-values réalisées.
Les obligations protègent-elles toujours d’une baisse des actions ?
Non. En 2008, les obligations d’État américaines ont gagné 20,1 % quand les actions perdaient 36,6 % ; en 2022, elles ont perdu 17,8 % en même temps que les actions, selon les données de Damodaran. Elles amortissent souvent les crises de croissance, beaucoup moins les crises d’inflation et de taux.
Une gestion pilotée vaut-elle mieux qu’une allocation faite soi-même ?
Elle apporte la discipline, le rééquilibrage et le choix des supports, contre des frais supplémentaires. Elle vaut ce que valent sa répartition réelle et son coût total, à lire dans la documentation et dans le relevé annuel des frais que l’AMF impose.
Sources de référence utilisées
5
- Gary P. Brinson, L. Randolph Hood et Gilbert L. Beebower, « Determinants of Portfolio Performance », Financial Analysts Journal, vol. 42, n° 4, 1986.
- Roger G. Ibbotson et Paul D. Kaplan, « Does Asset Allocation Policy Explain 40, 90, or 100 Percent of Performance ? », Financial Analysts Journal, vol. 56, n° 1, 2000, p. 26-33.
- Mark Kritzman et Sébastien Page, « Asset allocation versus security selection : Evidence from global markets », Journal of Asset Management, vol. 3, n° 3, 2002 : rappel de l’échantillon et du chiffre de 93,6 %.
- Aswath Damodaran, « Historical Returns on Stocks, Bonds and Bills : 1928-2025 », NYU Stern ; répartitions types et rééquilibrage calculés par andlil.com.
- AMF, « Mandat de gestion » : contenu du mandat, relevés, alerte à 10 % de baisse, dénominations de profils.
Pour aller plus loin
- Qu’est-ce qu’un Tracker (ETF) : avantages et types, l’outil le plus simple pour tenir une allocation avec peu de lignes.
- La théorie moderne du portefeuille : le guide, de Markowitz au MEDAF, la théorie derrière le choix d’une répartition.
- Fiscalité de l’assurance-vie en 2026 : rachats, abattements et décès, l’enveloppe où l’on trouve la plupart des gestions pilotées.
- Gestion active, gestion passive, le choix suivant, une fois la répartition fixée : gérer soi-même chaque classe ou répliquer un indice.
Sur le forum
- Allocation d’actifs, un étudiant construit sa répartition par horizon, de l’argent dont il a besoin aujourd’hui à celui de la retraite, et en discute pas à pas avec les membres.
- Composition d’un portefeuille, un membre explique qu’il compose son portefeuille comme une équipe de football, de la défense à l’attaque, et les autres membres discutent sa répartition.
Fiche à jour au 6 novembre 2026, chiffres vérifiés à cette date. Elle explique des mécanismes généraux et ne constitue pas un conseil d’investissement adapté à votre situation.
Benoist Rousseau est trader depuis 1994, membre du Chicago Mercantile Exchange (CME) et du Chicago Board of Trade (CBOT), et titulaire d'une maîtrise d'histoire de Paris IV-Sorbonne. Ancien historien d'entreprise pour un groupe du CAC 40, il figure dans le Top 10 des influenceurs économiques du magazine Challenges. Il transmet aujourd'hui sa méthode au sein de son école de trading à travers sa formation day trading. Dans la rubrique Bourse et marchés, il distingue l'investissement patient de la spéculation et montre ce que les cycles longs enseignent à l'investisseur.
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