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Investir régulièrement ou en une fois ? Les versements programmés

Verser la même somme chaque mois ou tout placer le même jour : ce que montre l’étude de Vanguard de 2012, un exemple daté sur le CAC 40 dividendes réinvestis de novembre 2024 à novembre 2026, et les frais qui pèsent sur les petits ordres.

· 13 min de lecture

Investir régulièrement, c’est verser une somme fixe à intervalle fixe sur un placement en Bourse, un fonds ou un ETF le plus souvent, sans tenir compte du niveau des cours. Si vous épargnez sur votre salaire, c’est la manière naturelle d’investir. Si vous disposez déjà d’une grosse somme, la question se pose autrement : selon une étude de Vanguard publiée en juillet 2012, investir tout d’un coup a donné un meilleur résultat qu’un étalement sur douze mois dans environ deux tiers des périodes étudiées.

Cette fiche explique le mécanisme, ce que disent les chiffres, un exemple daté sur le CAC 40 de novembre 2024 à novembre 2026, et les frais à surveiller quand on passe un petit ordre chaque mois. Elle ne dit pas quoi acheter : c’est l’affaire de votre allocation et de votre horizon.

Qu’est-ce que l’investissement programmé ?

Le principe tient en une ligne : la même somme, à la même date, chaque mois ou chaque trimestre. Les Anglo-Saxons parlent de dollar-cost averaging ; en français, on dit investissement programmé, versements programmés ou investissement progressif. Beaucoup de banques, de courtiers et de contrats d’assurance-vie proposent de l’automatiser : un virement et un ordre d’achat partent tout seuls à la date choisie.

La mécanique a une propriété arithmétique simple. Avec un montant fixe, vous achetez plus de parts quand le prix est bas et moins quand il est haut. Prenons 100 € par mois pendant trois mois, sur un fonds qui vaut 10 €, puis 8 €, puis 12,50 € :

Mois Prix de la part Somme versée Parts achetées
1 10,00 € 100 € 10
2 8,00 € 100 € 12,5
3 12,50 € 100 € 8
Total moyenne 10,17 € 300 € 30,5

Vous avez payé vos 30,5 parts 9,84 € en moyenne (300 € divisés par 30,5), alors que le prix moyen du fonds sur les trois mois était de 10,17 €. Ce n’est pas un gain : c’est une propriété du calcul, qui joue chaque fois que le prix varie. Elle ne dit rien de ce que vaudra la part dans dix ans, et elle ne protège pas d’une baisse durable.

Barres du nombre de parts achetées avec 100 € par mois : 10 parts quand la part vaut 10 €, 12,5 parts à 8 € et 8 parts à 12,50 €, soit 30,5 parts payées 9,84 € en moyenne alors que le prix moyen du fonds était de 10,17 €.
Avec un montant fixe, c’est le mois où le prix baisse qui achète le plus de parts : le coût moyen passe sous le prix moyen, sans que ce soit un gain. Source : exemple chiffré de la fiche, calcul andlil.com.

Investir en une fois ou étaler : que disent les études ?

La question a été mesurée. En juillet 2012, trois chercheurs de Vanguard, Anatoly Shtekhman, Christos Tasopoulos et Brian Wimmer, ont comparé deux façons de placer une somme disponible : tout investir le premier jour, ou l’étaler en douze versements mensuels. Ils ont travaillé sur un portefeuille composé à 60 % d’actions et à 40 % d’obligations, sur des périodes glissantes de dix ans, aux États-Unis de 1926 à 2011, au Royaume-Uni de 1976 à 2011 et en Australie de 1984 à 2011.

Résultat : l’investissement en une fois a fait mieux dans environ deux tiers des cas (67 % des périodes aux États-Unis et au Royaume-Uni, 66 % en Australie). Aux États-Unis, l’écart moyen en fin de période était de 2,3 % en faveur du versement unique. Le titre de l’étude résume l’explication : Dollar-cost averaging just means taking risk later, étaler, c’est seulement prendre le risque plus tard. Comme les actions ont monté plus souvent qu’elles n’ont baissé sur ces périodes, l’argent qui attend, placé en liquidités dans l’étude, rapporte en moyenne moins que l’argent déjà investi.

Le tiers restant n’est pas un détail. Ce sont les périodes où le marché a baissé juste après le premier versement. Le CAC 40 en donne une illustration française : son sommet de clôture du 4 septembre 2000, 6 922,33 points, n’a été dépassé que le 2 novembre 2021, comme le rappelle notre fiche sur le CAC 40. Il s’agit de l’indice sans les dividendes, qui raccourcissent l’attente sans la supprimer. Celui qui avait tout placé en septembre 2000 a attendu longtemps ; celui qui versait chaque mois, et a continué, a acheté pendant la baisse de 2001-2003, puis pendant celle de 2008, à des niveaux bien inférieurs.

Un exemple daté : vingt-quatre mois de CAC 40, de novembre 2024 à novembre 2026

Pour voir la mécanique sur des cours réels, prenons le CAC 40 dividendes réinvestis (CAC 40 GR), publié par Euronext. Premier cas : 2 400 € placés en une fois à la clôture du 7 novembre 2024. Second cas : 100 € placés le premier jour de Bourse de chaque mois, de novembre 2024 à octobre 2026, soit vingt-quatre versements. Les deux portefeuilles sont évalués à la clôture du 5 novembre 2026, sans frais ni impôt.

CAC 40 GR, du 7 novembre 2024 au 5 novembre 2026 En une fois 24 versements mensuels
Somme investie 2 400 € 2 400 €
Niveau moyen d’achat 23 136 points 25 446 points
Valeur le 5 novembre 2026 2 832 € 2 575 €
Gain +18,0 % +7,3 %

Sur ces deux années, l’indice a surtout monté : de 23 136 points le 7 novembre 2024 à 27 300 points le 5 novembre 2026, selon Euronext. Le versement unique gagne donc nettement, ce qui est le cas le plus fréquent dans l’étude de Vanguard. Mais la comparaison est moins injuste qu’elle n’en a l’air : dans le second cas, la moitié de l’argent environ attendait encore sur un compte, sans risque, pendant que le premier portefeuille subissait chaque secousse. Le 9 avril 2025, au plus bas de la période, l’indice était tombé à 21 466 points, 7,2 % sous son niveau de départ. Celui qui avait tout placé en novembre était dans le rouge ; celui qui versait chaque mois a acheté ce mois-là à un prix plus bas.

La propriété vue plus haut se vérifie aussi : le niveau moyen d’achat des versements mensuels, 25 446 points, est un peu inférieur à la moyenne des vingt-quatre cours d’achat, 25 532 points. Deux ans de données ne prouvent rien sur les vingt prochaines années ; elles montrent seulement comment les deux méthodes se comportent sur un marché qui monte avec une baisse au milieu.

Le vrai avantage : la discipline, pas le rendement

Si le versement unique gagne deux fois sur trois, pourquoi tant d’épargnants préfèrent-ils étaler ? Parce que l’autre tiers fait mal, et qu’il se voit. Placer toute une somme la veille d’une baisse de 20 % laisse un souvenir que l’on paie ensuite en hésitations : on n’ose plus racheter, on vend au mauvais moment, on attend « que ça se calme ». Les économistes du comportement appellent cela l’aversion au regret : on cherche à éviter les décisions que l’on pourrait se reprocher ensuite, quitte à n’en prendre aucune. L’étalement réduit ce regret. Un plan que l’on tient vaut mieux qu’un plan meilleur sur le papier que l’on abandonne à la première baisse.

L’autre avantage est de supprimer une décision que personne ne sait prendre : le choix du moment. Celui qui attend le point bas pour investir l’attend souvent longtemps, puis achète plus haut qu’au départ, rassuré par la hausse. Un ordre programmé le premier du mois ne se demande pas si le marché est trop haut. Il ne lit pas les journaux. C’est sa principale qualité.

Enfin, l’investissement programmé suppose un horizon long. Verser chaque mois sur des actions n’a de sens que pour de l’argent dont vous n’aurez pas besoin avant plusieurs années, faute de quoi une baisse peut tomber au moment précis où il faut retirer.

Ce que j’en dis sur le forum

« Un investissement long terme tu ne récupères pas ton argent avant 5 10 15 ans. Si c’est pour le récupérer dans 2 ans le pea n’a aucun intérêt. »

Benoist Rousseau sur le forum, le 28 décembre 2021, à un membre qui hésitait entre deux courtiers pour ouvrir son PEA

La règle vaut pour chaque versement : ce que l’on place sur des actions est de l’argent dont on n’aura pas besoin avant des années. Le versement programmé ne fait que l’appliquer tous les mois, sans y penser.

Versements programmés et frais : ce qu’il faut vérifier

Un petit ordre chaque mois coûte proportionnellement plus cher qu’un gros ordre une fois. Beaucoup de grilles tarifaires combinent un pourcentage du montant et un minimum par ordre : un minimum de 2 € sur un ordre de 100 € représente 2 % de frais à l’achat, avant même que le placement ait bougé. Avant de programmer, regardez donc trois choses :

  • Le minimum par ordre : c’est lui qui pèse sur les petites sommes, plus que le pourcentage affiché.
  • L’existence d’un plan d’investissement programmé : certains courtiers et banques en proposent sur une liste d’ETF, avec des frais réduits ou nuls sur ces ordres réguliers. Les conditions changent souvent : lisez la grille tarifaire en vigueur.
  • L’enveloppe : dans un PEA, les frais de transaction sont plafonnés à 0,5 % du montant de l’ordre passé en ligne et à 1,2 % dans les autres cas, depuis le décret n° 2020-95 du 5 février 2020, rappelle l’AMF. Sur un ordre de 100 € passé en ligne, cela fait au plus 0,50 €. Le PEA accepte jusqu’à 150 000 € de versements, sans montant minimum ni obligation de versements périodiques (Service-Public, page vérifiée le 22 mai 2026).

En assurance-vie, les versements programmés sont courants : ce sont alors les frais sur versements et les frais de gestion du contrat et des fonds qui comptent, pas le courtage. Un ordre mensuel n’a pas besoin d’être gros ; il a besoin de ne pas être mangé par un minimum de frais.

À qui convient l’investissement programmé ?

Il convient d’abord à celui qui épargne chaque mois sur ses revenus : il n’a pas de somme à placer d’un coup, il investit au rythme où il gagne. Pour lui, la question « en une fois ou étalé » ne se pose pas. Il convient aussi à celui qui reçoit une somme importante (héritage, prime, vente d’un bien) et que l’idée de tout placer le même jour paralyse. Étaler sur six ou douze mois est alors un compromis honnête : on renonce en moyenne à un peu de rendement, on gagne la certitude de ne pas avoir tout acheté au sommet. L’étude de Vanguard le dit elle-même : pour l’investisseur surtout soucieux de limiter le risque de baisse à court terme et le regret, l’étalement peut être la meilleure solution.

Il convient moins à celui qui cherche à « acheter les baisses » : interrompre ses versements quand le marché monte et les doubler quand il baisse, c’est revenir au choix du moment, avec ses défauts. Et il ne remplace ni l’épargne de précaution, ni la diversification : un versement régulier sur une seule action reste un pari sur une seule entreprise.

Questions fréquentes sur l’investissement programmé

Vaut-il mieux investir en une fois ou tous les mois ?

Quand la somme est déjà disponible, l’investir en une fois a fait mieux dans environ deux tiers des périodes étudiées par Vanguard (2012), parce que les actions montent plus souvent qu’elles ne baissent. Étaler sur quelques mois réduit le risque d’avoir tout acheté juste avant une baisse, au prix d’un rendement moyen un peu plus faible.

L’investissement programmé garantit-il un gain ?

Non. Il abaisse le prix moyen d’achat par rapport à la moyenne des cours, mais si le placement baisse durablement, le portefeuille baisse aussi. Il réduit le risque de mauvais timing, pas le risque de marché.

Faut-il arrêter ses versements quand la Bourse baisse ?

C’est justement pendant les baisses que le versement fixe achète le plus de parts. L’arrêter à ce moment revient à faire le contraire de ce qu’il est censé faire. La seule bonne raison de suspendre est un besoin d’argent, ce qui pose alors la question de l’horizon choisi au départ.

Quelle somme minimum pour investir chaque mois ?

Il n’y a pas de minimum légal sur un PEA. Le vrai plancher vient des frais : si le courtier facture un minimum par ordre, une petite somme mensuelle peut perdre plusieurs pour cent à l’achat. Comparez la grille tarifaire, ou un plan d’investissement programmé à frais réduits, avant de fixer le montant.

Peut-on programmer des versements sur un PEA ?

Oui, si l’établissement le propose : virement automatique sur le compte espèces du PEA, puis ordre d’achat, manuel ou programmé. Les versements sont plafonnés à 150 000 € et les frais de transaction à 0,5 % pour un ordre passé en ligne. La fiscalité du plan est détaillée dans la fiche du guide de la fiscalité consacrée au PEA.

Sources de référence utilisées

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Pour aller plus loin

  • Le biais de récence, la tendance à croire que ce qui vient d’arriver va continuer, qui pousse à suspendre ses versements au pire moment.
  • Les trackers (ETF), le support le plus courant des versements programmés, et ce qu’il réplique exactement.
  • La fiscalité du PEA en 2026, ce que deviennent les gains d’un plan alimenté chaque mois, avant et après cinq ans.
  • La diversification, pour que le versement régulier ne repose pas sur une seule société.

Sur le forum

  • (PEA ou Etoro ?) Comment débuter ?, un débutant demande comment placer chaque année une petite somme sur le long terme, et les membres lui retournent les bonnes questions : quel horizon, quel rendement attendu, quelle gestion.
  • Emprunter du cash pour investir en bourse, un membre veut emprunter pour placer d’un coup, et la discussion revient vite à la règle : on n’investit que l’argent que l’on peut perdre.

Fiche à jour au 6 novembre 2026, chiffres vérifiés à cette date. Elle explique des mécanismes généraux et ne constitue pas un conseil d’investissement adapté à votre situation.

L’auteur

Benoist Rousseau

Trader membre du CME et du CBOT · Historien de formation

Benoist Rousseau est trader depuis 1994, membre du Chicago Mercantile Exchange (CME) et du Chicago Board of Trade (CBOT), et titulaire d'une maîtrise d'histoire de Paris IV-Sorbonne. Ancien historien d'entreprise pour un groupe du CAC 40, il figure dans le Top 10 des influenceurs économiques du magazine Challenges. Il transmet aujourd'hui sa méthode au sein de son école de trading à travers sa formation day trading. Dans la rubrique Bourse et marchés, il distingue l'investissement patient de la spéculation et montre ce que les cycles longs enseignent à l'investisseur.

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