Le PER et les ratios de base : BPA, rendement, endettement
Le cours divisé par le bénéfice par action : comment se calcule le PER, ce qu’il dit et ne dit pas, le PER de Shiller depuis 1881, les ratios de rendement, de distribution et d’endettement, et pourquoi on ne compare que dans un même secteur.
Le PER (price earning ratio, ou ratio cours sur bénéfice) se calcule en divisant le cours d’une action par son bénéfice net par action. Une action qui cote 50 € pour un bénéfice de 3 € par action a un PER de 16,7 : l’acheteur paie près de dix-sept années de bénéfices actuels. En janvier 2026, selon les données d’Aswath Damodaran, ce ratio allait d’environ 11 pour les grandes banques européennes à plus de 30 pour les éditeurs de logiciels : un même PER ne veut donc pas dire la même chose d’un secteur à l’autre.
Cette fiche explique le calcul du BPA et du PER, ce qu’un PER élevé ou faible dit et ne dit pas, l’histoire du PER du marché américain depuis 1881, et trois autres ratios de base : le rendement du dividende, le taux de distribution et l’endettement. Elle s’adresse à celui qui ouvre pour la première fois une page de cotation et se demande à quoi servent ces chiffres.
Comment calculer le BPA et le PER ?
Le bénéfice net par action (BPA) est le bénéfice net de l’exercice, part du groupe, divisé par le nombre d’actions. Le PER est le cours divisé par ce BPA. On peut aussi faire le calcul à l’échelle de l’entreprise : capitalisation boursière divisée par bénéfice net. Le résultat est le même.
Prenons une société fictive dont l’action cote 50 €, qui compte 100 millions d’actions et a dégagé 300 millions d’euros de bénéfice net :
- BPA : 300 millions / 100 millions = 3 € par action.
- PER : 50 / 3 = 16,7.
- Rendement bénéficiaire (l’inverse du PER) : 3 / 50 = 6 %. C’est la part du prix que la société a gagnée en un an, distribuée ou non.
Trois PER circulent, et il faut savoir lequel on lit. Le PER historique utilise le bénéfice du dernier exercice publié. Le PER glissant (trailing) utilise les douze derniers mois. Le PER prévisionnel utilise le bénéfice attendu par les analystes pour l’année en cours ou la suivante : c’est le plus cité dans la presse, et le moins sûr, puisqu’il repose sur une prévision, le consensus.
PER élevé, PER faible : qu’est-ce que cela veut dire ?
Un PER élevé signifie que le marché paie cher les bénéfices actuels. Il le fait en général parce qu’il attend une forte croissance : si le bénéfice double en quelques années, le PER calculé sur le bénéfice futur redevient raisonnable. C’est le cas des valeurs de croissance. Le risque est symétrique : si la croissance déçoit, le cours peut baisser fortement alors même que l’entreprise reste rentable.
Un PER faible signifie que le marché paie peu les bénéfices actuels. Cela peut être une occasion, c’est ce que cherchent les gérants « value ». Cela peut aussi être un avertissement : le marché anticipe une baisse des bénéfices, une dette qui inquiète, un secteur en déclin. Un PER bas n’est pas une décote, c’est un prix ; reste à savoir s’il est justifié.
Le piège classique est celui des valeurs cycliques (automobile, sidérurgie, chimie de base). Au sommet du cycle, leurs bénéfices sont exceptionnels et leur PER paraît bas ; quand le cycle se retourne, les bénéfices fondent, et le PER s’envole alors que le cours baisse. Avec notre société fictive : si son bénéfice tombe de 3 € à 1,50 € par action et que le cours reste à 50 €, le PER passe de 16,7 à 33. Rien n’a changé dans le prix ; tout a changé dans le bénéfice.
Enfin, le PER ne dit rien d’une société qui perd de l’argent : il devient négatif ou n’est pas calculé. Il ne dit rien non plus de la qualité du bénéfice, qui peut être gonflé par une plus-value de cession exceptionnelle ou un changement de méthode comptable.
Ce que j’en écrivais sur le blog
« Dans les années 90, General Electric, sous la direction de son PDG emblématique Jack Welch, impressionnait tout le monde. Chaque trimestre, l’entreprise dépassait les attentes des analystes, souvent d’un seul petit centime. […] La morale ? Un bénéfice par action un peu trop parfait mérite toujours un certain scepticisme. »
Benoist Rousseau sur le blog, « Wall Street au sommet : pourquoi la prudence reste de mise », juillet 2026, à propos de la régularité trop belle des bénéfices de General Electric
Un bon résultat ne suffit pas non plus à faire monter un cours : ce qui compte est l’écart avec ce que le marché attendait, et ce que coûte ce résultat.
« Malgré des résultats records et un carnet de commandes colossal, le titre a chuté. Pourquoi ? Parce que l’IA consomme énormément de cash et que le coût de l’argent devient un obstacle majeur. »
Benoist Rousseau sur le forum, le 11 juin 2026, à propos d’Oracle, dans un message sur la hausse de l’inflation américaine
Le PER du marché dans le temps : que montre le CAPE de Shiller ?
Le PER d’un indice entier varie beaucoup avec le temps, et celui d’une année isolée est trompeur : les bénéfices s’effondrent en récession, ce qui fait bondir le PER au pire moment. Pour lisser ces à-coups, l’économiste Robert Shiller (université Yale, prix Nobel 2013) divise le cours par la moyenne des bénéfices des dix dernières années, corrigés de l’inflation. Ce ratio s’appelle le CAPE (cyclically adjusted price earnings), ou PER de Shiller.
| CAPE du S&P Composite (données de Robert Shiller) | Valeur |
|---|---|
| Moyenne de janvier 1881 à septembre 2024 | 17,5 |
| Plus bas, décembre 1920 | 4,8 |
| Sommet de la bulle Internet, décembre 1999 | 44,2 |
| Au cœur de la crise financière, mars 2009 | 13,3 |
| Septembre 2024, dernier point du fichier consulté | 35,2 |
Le CAPE dit une chose utile : le marché américain se payait, en septembre 2024, deux fois plus cher que sa moyenne historique, un niveau qu’il n’avait dépassé que de 1998 à 2001 et en 2021-2022. Il a encore monté depuis : autour de 41 à la mi-2026, selon les données de YCharts reprises par The Motley Fool le 13 août 2026, son plus haut niveau depuis 2000. Il ne dit pas quand cela se corrigera, ni même si cela se corrigera : de septembre 1994 à septembre 2024, le ratio a été au-dessus de sa moyenne de long terme 97 % des mois, et celui qui a vendu en le regardant a souvent vendu des années trop tôt. C’est un thermomètre, pas une horloge.
Rendement, distribution, endettement : les autres ratios de base
Le PER mesure le prix du bénéfice. Trois autres ratios aident à juger ce que l’actionnaire reçoit et le risque qu’il porte. Reprenons la société fictive à 50 €, qui verse 1,50 € de dividende par action, porte 400 millions d’euros de dette nette et 1,6 milliard d’euros de capitaux propres :
| Ratio | Calcul | Exemple |
|---|---|---|
| Rendement du dividende | dividende par action / cours | 1,50 / 50 = 3 % |
| Taux de distribution | dividende par action / BPA | 1,50 / 3 = 50 % |
| Endettement (gearing) | dette nette / capitaux propres | 400 / 1 600 = 25 % |
| Rentabilité des capitaux propres | bénéfice net / capitaux propres | 300 / 1 600 = 18,8 % |
Le rendement du dividende attire, mais un rendement très élevé est souvent le signe d’un cours qui a beaucoup baissé, et d’un dividende que le marché croit menacé. Le taux de distribution dit si ce dividende est soutenable : une société qui distribue plus que son bénéfice puise dans ses réserves ou s’endette pour payer. L’endettement, enfin, mesure la fragilité : la dette ne baisse pas quand les ventes baissent, et les intérêts se paient avant l’actionnaire. On le rapporte aussi souvent à l’EBITDA, pour savoir en combien d’années de résultat la dette pourrait être remboursée.
Pourquoi comparer seulement dans un même secteur ?
Parce que chaque secteur a sa propre croissance, ses propres risques et sa propre intensité en capital. Comparer le PER d’une banque à celui d’un éditeur de logiciels revient à comparer le prix d’un immeuble de rapport et celui d’un terrain constructible. Le tableau donne, pour quelques secteurs européens, la capitalisation totale rapportée au bénéfice des douze derniers mois des sociétés bénéficiaires, selon les données publiées par Aswath Damodaran (université de New York) en janvier 2026 :
| Secteur (Europe, janvier 2026) | PER agrégé |
|---|---|
| Grandes banques | 10,9 |
| Automobile | 12,2 |
| Services de télécommunications | 14,6 |
| Pétrole et gaz intégrés | 15,2 |
| Ensemble du marché, hors financières | 19,2 |
| Pharmacie | 20,6 |
| Logiciels | 32,0 |
| Semi-conducteurs | 35,1 |
Un PER de 15 est cher pour une banque européenne et bon marché pour un fabricant de semi-conducteurs. La bonne question n’est donc pas « ce PER est-il élevé ? », mais « est-il élevé par rapport aux concurrents directs, et par rapport au passé de la même société ? ». Une société qui se paie habituellement 12 fois ses bénéfices et en vaut soudain 20 envoie un signal ; une autre qui vit depuis dix ans autour de 30 n’en envoie aucun.

Questions fréquentes sur le PER
Qu’est-ce qu’un bon PER pour une action ?
Il n’y en a pas dans l’absolu. Un PER se juge par rapport aux sociétés du même secteur et à l’historique de la société elle-même. En janvier 2026, selon Aswath Damodaran, le PER agrégé du marché européen hors financières était d’environ 19, celui des grandes banques d’environ 11 et celui des logiciels d’environ 32.
Comment calcule-t-on le PER ?
On divise le cours de l’action par le bénéfice net par action, ou la capitalisation boursière par le bénéfice net. Une action à 50 € qui gagne 3 € par action a un PER de 16,7. Vérifiez sur quel bénéfice il est calculé : dernier exercice, douze derniers mois ou prévision des analystes.
Un PER faible veut-il dire que l’action est sous-évaluée ?
Pas forcément. Il peut refléter une baisse de bénéfices attendue, une dette inquiétante ou un secteur cyclique au sommet de son cycle, quand les bénéfices sont exceptionnels. Un PER bas est un prix bas ; il faut encore savoir pourquoi.
Qu’est-ce que le PER de Shiller ?
C’est le cours d’un indice divisé par la moyenne de ses bénéfices des dix dernières années, corrigés de l’inflation. Pour le marché américain, sa moyenne de 1881 à 2024 est d’environ 17,5 ; il a atteint 44,2 en décembre 1999 et valait 35,2 en septembre 2024, selon les données de Robert Shiller, puis environ 41 à la mi-2026 selon YCharts.
Où trouver le PER d’une action ?
Sur les pages de cotation des courtiers et des sites financiers, en général sous forme de PER prévisionnel. Pour le calculer vous-même, prenez le bénéfice net par action dans le rapport annuel ou le communiqué de résultats de la société, et divisez le cours par ce chiffre.
Sources de référence utilisées
5
- Aswath Damodaran, Price Earnings Ratios by Sector, Europe, fichier peEurope.xls, données de janvier 2026 (mise à jour du 5 janvier 2026), Stern School of Business, New York University.
- Robert J. Shiller, U.S. Stock Markets 1871-Present and CAPE Ratio, données mensuelles (fichier ie_data, version arrêtée à septembre 2024), Yale University.
- Robert J. Shiller, Irrational Exuberance, Princeton University Press, 2000 (première présentation grand public du ratio CAPE).
- The Motley Fool, article du 13 août 2026 sur le ratio CAPE : CAPE du S&P 500 autour de 41 à la mi-2026, d’après YCharts.
- Exemples chiffrés : société fictive, calculs andlil.com.
Pour aller plus loin
- Le ratio cours bénéfice (PER), la définition du lexique, à garder sous la main.
- Les valeurs de rendement, les sociétés que l’on achète d’abord pour leur dividende, et ce qu’il faut vérifier avant.
- L’exubérance irrationnelle, l’expression d’Alan Greenspan et le livre de Robert Shiller qui a fait connaître le CAPE.
- Benjamin Graham, le père de l’investissement dans la valeur, qui se méfiait des PER élevés et lissait déjà les bénéfices sur plusieurs années.
Sur le forum
- Le Price Earning Ratio PER, un membre demande ce que signifie un PER de 23 pour une action à 17 €, et les réponses expliquent le rapport entre la capitalisation et le bénéfice annuel.
Fiche à jour au 6 novembre 2026, chiffres vérifiés à cette date. Elle explique des mécanismes généraux et ne constitue pas un conseil d’investissement adapté à votre situation.
Benoist Rousseau est trader depuis 1994, membre du Chicago Mercantile Exchange (CME) et du Chicago Board of Trade (CBOT), et titulaire d'une maîtrise d'histoire de Paris IV-Sorbonne. Ancien historien d'entreprise pour un groupe du CAC 40, il figure dans le Top 10 des influenceurs économiques du magazine Challenges. Il transmet aujourd'hui sa méthode au sein de son école de trading à travers sa formation day trading. Dans la rubrique Bourse et marchés, il distingue l'investissement patient de la spéculation et montre ce que les cycles longs enseignent à l'investisseur.
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