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Traverser un krach quand on débute : ce qu’il faut savoir avant

Fréquence et durée des grandes baisses, de 1929 à 2020, pourquoi vendre au plus bas coûte le plus cher (étude Mind the Gap 2026), ce que l’on prépare avant et ce que l’on fait pendant, avec ce que Benoist a vécu en 2000 et en 2008.

· 13 min de lecture

Que faire pendant un krach ? Le plus souvent, l’essentiel se décide avant. Pendant la chute, l’erreur la plus coûteuse est de vendre dans la panique, ce qui transforme une baisse provisoire en perte définitive ; la décision qui compte est prise des mois plus tôt, quand on choisit la part d’actions de son portefeuille, son horizon et l’argent que l’on garde de côté. Selon l’étude Mind the Gap de Morningstar publiée en août 2026, les investisseurs américains en fonds ont gagné en moyenne 1,2 point de moins par an que les fonds qu’ils détenaient, sur les dix ans terminés fin 2025, faute d’avoir su rester investis.

Cette fiche s’adresse à celui qui n’a pas encore connu de krach avec son propre argent. Elle donne des ordres de grandeur sur la fréquence et la durée des grandes baisses, explique pourquoi on vend au mauvais moment, et ce que l’on peut préparer avant. L’histoire détaillée de chaque krach, de la tulipe de 1637 au Covid de 2020, est dans le guide des krachs boursiers.

À quelle fréquence la Bourse baisse-t-elle de 20 % ou plus ?

Plus souvent qu’on ne le croit, et moins souvent qu’on ne le craint. Selon les séries d’Aswath Damodaran (université de New York), le S&P 500, dividendes réinvestis, a terminé en baisse 26 années sur 98 de 1928 à 2025. Il a perdu plus de 20 % sur une année civile six fois : en 1930, 1931, 1937, 1974, 2002 et 2008, avec un pire résultat de −43,84 % en 1931 et de −36,55 % en 2008.

Ces chiffres annuels cachent les chutes qui se produisent à l’intérieur d’une année. En 2020, le S&P 500 a perdu près d’un tiers de sa valeur entre le 19 février et le 23 mars, puis a terminé l’année en hausse. Sur un calendrier, 2020 est une bonne année ; pour celui qui a vendu le 23 mars, c’est la pire de sa vie. Un épargnant qui investit pendant quarante ans doit donc s’attendre à traverser plusieurs baisses de 20 % ou plus, et au moins une de 40 % ou plus.

Les krachs n’ont pas de calendrier. 1987 est arrivé en pleine croissance, 2000 après dix ans de hausse, 2008 par les banques, 2020 par un virus. Ce que l’on sait, c’est qu’ils reviennent ; ce que l’on ne sait pas, c’est quand.

Combien de temps faut-il pour se remettre d’un krach ?

De six mois à un quart de siècle, selon le krach et selon l’indice. Une perte se répare plus lentement qu’elle ne se creuse : après une baisse de 50 %, il faut une hausse de 100 % pour revenir au point de départ.

Krach Indice Baisse, du sommet au plus bas Retour au sommet
1929 Dow Jones −89 %, de 381,17 points (3 septembre 1929) à 41,22 (8 juillet 1932) 23 novembre 1954, environ 25 ans après
2000 Nasdaq Composite −78 %, de 5 048,62 (10 mars 2000) à 1 114,11 (9 octobre 2002) 23 avril 2015, plus de quinze ans après
2000 CAC 40 −65 %, de 6 922,33 (4 septembre 2000) à 2 403,04 (12 mars 2003) 2 novembre 2021, hors dividendes
2008 S&P 500 −56,8 %, de 1 565,15 (9 octobre 2007) à 676,53 (9 mars 2009) 28 mars 2013, quatre ans après le plus bas
2020 S&P 500 −33,9 %, de 3 386,15 (19 février 2020) à 2 237,40 (23 mars 2020) 18 août 2020, six mois après le sommet

Clôtures, hors dividendes. Sources : S&P Dow Jones Indices et Nasdaq, d’après les fiches du guide des krachs d’andlil.

Barres horizontales de cinq grandes baisses, du sommet au plus bas, et de la date du retour au sommet : Dow Jones −89 % de 1929 à 1932, retour en novembre 1954 ; Nasdaq −78 % de 2000 à 2002, retour en avril 2015 ; CAC 40 −65 % de 2000 à 2003, retour en novembre 2021 ; S&P 500 −56,8 % de 2007 à 2009, retour en mars 2013 ; S&P 500 −33,9 % en 2020, retour en août 2020.
La remontée a pris de six mois à environ vingt-cinq ans, hors dividendes qui raccourcissent l’attente : aucune loi n’en fixe la durée. Source : S&P Dow Jones Indices et Nasdaq, clôtures hors dividendes.

Deux nuances empêchent de lire ce tableau trop vite. D’abord, les cours ne disent pas tout : les dividendes, encaissés pendant l’attente, raccourcissent la remontée. Pour 1929, Mark Hulbert a calculé dans le New York Times (avril 2009) qu’un investisseur ayant acheté l’action moyenne au sommet avait retrouvé sa mise, dividendes et déflation compris, dès la fin de 1936, soit environ sept ans plutôt que vingt-cinq. Ensuite, celui qui investit régulièrement, chaque mois, ne subit pas le pire scénario : il achète aussi pendant la baisse, à des prix plus bas.

Le tableau dit aussi le contraire de ce que l’on aimerait entendre. Le Nasdaq a mis quinze ans à revenir à son record de 2000, et le Nikkei japonais plus de trente-quatre ans à retrouver celui de 1989. Un indice large finit le plus souvent par se relever ; aucune loi ne fixe le délai, et une action seule peut ne jamais revenir.

Pourquoi vendre au plus bas est-il l’erreur la plus coûteuse ?

Parce qu’elle arrive au pire moment et qu’on la commet presque tous de la même façon. Après des semaines de baisse, la douleur de voir son portefeuille fondre devient plus forte que la raison. On vend « pour arrêter l’hémorragie », souvent près du plus bas, et l’on attend que « ça se calme » pour revenir, c’est-à-dire après le rebond. La perte provisoire est devenue définitive, et la remontée s’est faite sans vous.

La mesure de ce coût existe. Morningstar compare chaque année le rendement des fonds et celui que les investisseurs en tirent réellement, compte tenu du moment où ils achètent et vendent leurs parts. Dans l’édition 2026 de son étude Mind the Gap, sur près de 23 000 fonds et ETF américains, les fonds ont rapporté 9,9 % par an sur les dix ans terminés le 31 décembre 2025, et leurs porteurs 8,7 % par an : un écart de 1,2 point par an, soit environ un huitième du rendement, perdu en entrant et en sortant au mauvais moment. Ces rendements sont passés et ne préjugent pas de l’avenir.

Le mécanisme a un nom en finance comportementale : l’aversion aux pertes, qui fait peser une perte environ deux fois plus lourd qu’un gain de même montant, selon les mesures d’Amos Tversky et Daniel Kahneman (1992). Le guide des biais cognitifs l’explique, avec les autres pièges qui se réveillent dans une baisse.

Que préparer avant le prochain krach ?

Un krach se traverse avec ce que l’on a décidé à froid. Cinq points se règlent pendant que tout va bien.

  • L’épargne de précaution : quelques mois de dépenses sur des livrets, hors de la Bourse. C’est elle qui évite de devoir vendre des actions au plus bas pour payer une voiture ou un imprévu.
  • L’horizon : n’investir en actions que l’argent dont on n’aura pas besoin avant plusieurs années. Le tableau ci-dessus montre pourquoi deux ou trois ans ne suffisent pas.
  • La part d’actions supportable : se demander, en chiffres, ce que l’on ferait si cette part perdait 40 %. Si la réponse est « je vendrais », elle est trop forte.
  • La diversification : un indice large remplace ses sociétés perdantes par d’autres ; une ou deux actions n’ont pas cette ressource. Alcatel, France Télécom et Vivendi Universal ont perdu plus de 90 % de leur valeur après 2000.
  • Pas d’argent emprunté : en 1929, une grande partie des achats d’actions se faisait à crédit, et c’est le crédit qui a ruiné les acheteurs, liquidés avant toute remontée. Un portefeuille sans levier peut attendre ; un portefeuille à crédit, non.

Écrivez ces règles. Une règle écrite en période calme se relit en période de panique ; une intention, non.

Et pendant la chute, que faire ?

Moins qu’on ne le voudrait. L’envie d’agir est forte, et elle est rarement bonne conseillère : ne rien vendre est une décision, souvent la plus difficile. Quelques réflexes aident.

  • Relire ses règles plutôt que les nouvelles. Les commentaires du jour expliquent la baisse après coup ; ils ne disent pas où elle s’arrête.
  • Regarder son portefeuille moins souvent : une fois par semaine suffit à celui qui investit pour vingt ans.
  • Continuer les versements programmés si on les a prévus et que l’argent ne manque pas : c’est le moment où ils achètent le moins cher.
  • Ne pas tout racheter d’un coup « au plus bas » : personne ne sait où il est, et un rebond, même violent, ne dit pas que la baisse est finie.

Pour un trader, la règle change de forme mais pas de sens : la volatilité explose, les stops doivent s’élargir et la taille se réduire d’autant, comme l’explique la fiche sur la volatilité. Beaucoup de traders expérimentés font moins de trades, pas plus, les jours de panique.

Ce que j’ai vécu : 2000 et 2008

Trader actif depuis 1994, j’ai fait mon premier trade sur Alcatel, comme je l’ai rappelé sur le forum en octobre 2015. Je l’ai donc vue monter, puis tomber. Je le racontais encore en juin 2026 sur le blog : « J’ai moi-même vécu la bulle Internet de l’an 2000. Je me souviens d’Alcatel, le fleuron technologique européen. » Les chiffres du groupe disent le reste : l’action Alcatel cotait plus de 72 euros en janvier 2001 et est tombée à 2,05 euros au plus bas en septembre 2002, selon le document de référence 2002 d’Alcatel.

J’ai aussi vu, dans ces années-là, ce que la bulle faisait à ceux qui la vivaient de trop près. Je l’écrivais en 2017 : « J’ai connu ainsi dans les années 2000 de nombreux traders millionnaires virtuellement. Ils ont tout perdu lors de l’éclatement de la bulle internet. » Ils n’avaient pas su prendre leurs gains, puis n’avaient pas pu vendre, parce qu’ils attendaient de retrouver ce qu’ils avaient cru gagner.

Ce que j’en dis sur le forum

« […] j’ai énormément appris, plus en 2 ans qu’en 10 ans de bourse. Tant que tu n’as pas connu cela… tu seras toujours imprudent. C’est à cela que l’on reconnaît un trader qui a survécu à cette période 2008-2010 : il est prudent, il sait que tout est possible. »

Benoist Rousseau sur le forum, le 17 septembre 2019, à un membre qui lui demandait ce qu’il avait vécu pendant la crise de 2008

Je le répétais en mars 2021 à un membre, dans la file de trading du jour : « tant que tu n’as [pas] vécu un krach tu n’as aucune expérience. Tu peux trader 5 ans en gagnant et tout perdre en 48h. » Et j’ajoutais une image de tennis : passer dix ans à faire des services sans jamais monter au filet, c’est rester débutant le jour où l’on y monte. Le krach est ce filet. On ne peut pas le provoquer pour s’entraîner ; on peut s’y préparer, avec une taille raisonnable, sans levier, et des règles écrites avant.

Questions fréquentes sur les krachs

Faut-il vendre ses actions pendant un krach ?

Il n’y a pas de réponse valable pour tous, mais l’histoire montre que vendre dans la panique, près du plus bas, est la décision qui coûte le plus aux épargnants. Si l’argent investi n’est pas nécessaire avant plusieurs années et que le portefeuille est diversifié, rester investi est en général moins coûteux que d’essayer d’entrer et de sortir au bon moment. Si l’argent est nécessaire à court terme, le problème venait de l’horizon, et il se règle avant le krach, pas pendant.

Peut-on prévoir un krach ?

Pas sa date. On repère parfois des excès (valorisations très élevées, achats à crédit, euphorie générale), mais un marché peut rester excessif des années, et beaucoup de krachs viennent d’un choc que personne n’attendait, comme en 2020. Mieux vaut un portefeuille capable de supporter une baisse qu’une prévision.

Combien de temps dure un krach ?

La chute elle-même peut durer quelques semaines (cinq en 2020) ou près de trois ans (1929-1932, 2000-2002). La remontée jusqu’au sommet précédent a pris six mois pour le S&P 500 en 2020, quatre ans après le plus bas de 2009, quinze ans pour le Nasdaq après 2000, et vingt-cinq ans pour le Dow Jones après 1929, hors dividendes.

Un krach est-il le bon moment pour commencer à investir ?

Les prix sont plus bas, mais personne ne sait s’ils le seront davantage le mois suivant. Investir progressivement, par versements réguliers, évite de devoir choisir le jour. Et commencer pendant une baisse impose d’accepter de voir son placement perdre encore de la valeur dès les premières semaines.

Mon argent est-il perdu si la Bourse s’effondre ?

Pas tant que vous ne vendez pas : la perte est latente. Elle devient définitive à la vente, ou si la société détenue fait faillite. C’est pour cela qu’un portefeuille diversifié, sans crédit, et un horizon long sont les trois protections qui comptent.

Sources de référence utilisées

7
  • Aswath Damodaran, Historical Returns on Stocks, Bonds and Bills : 1928-2025, université de New York, Stern School of Business.
  • Jeffrey Ptak, Mind the Gap 2026, Morningstar, août 2026.
  • Gary Richardson et al., « Stock Market Crash of 1929 », Federal Reserve History, 2013.
  • Mark Hulbert, The New York Times, avril 2009, sur la durée réelle de la remontée après 1929, dividendes et déflation compris.
  • Amos Tversky et Daniel Kahneman, « Advances in Prospect Theory : Cumulative Representation of Uncertainty », Journal of Risk and Uncertainty, vol. 5, 1992.
  • Alcatel, Document de référence 2002, mars 2003, tableau des transactions sur l’action Alcatel A à la Bourse de Paris (source Reuters).
  • S&P Dow Jones Indices, historiques du Dow Jones Industrial Average et du S&P 500 ; Nasdaq, historique du Nasdaq Composite ; Euronext, historique du CAC 40 (repris dans les fiches du guide des krachs d’andlil).

Pour aller plus loin

Sur le forum

  • Ne pas revendre en cas de krach ?, un membre relaie l’idée que la meilleure réaction à un krach est souvent de ne rien vendre, et les réponses rappellent qu’un stop se pose avant, pas pendant

Fiche à jour au 6 novembre 2026, chiffres vérifiés à cette date. Elle explique des mécanismes généraux et ne constitue pas un conseil d’investissement adapté à votre situation.

L’auteur

Benoist Rousseau

Trader membre du CME et du CBOT · Historien de formation

Benoist Rousseau est trader depuis 1994, membre du Chicago Mercantile Exchange (CME) et du Chicago Board of Trade (CBOT), et titulaire d'une maîtrise d'histoire de Paris IV-Sorbonne. Ancien historien d'entreprise pour un groupe du CAC 40, il figure dans le Top 10 des influenceurs économiques du magazine Challenges. Il transmet aujourd'hui sa méthode au sein de son école de trading à travers sa formation day trading. Dans la rubrique Bourse et marchés, il distingue l'investissement patient de la spéculation et montre ce que les cycles longs enseignent à l'investisseur.

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