Les intérêts composés : le temps, les dividendes réinvestis et la règle de 72
Comment des gains réinvestis produisent à leur tour des gains : la formule, la règle de 72, l’écart entre le CAC 40 et le CAC 40 dividendes réinvestis, et l’effet inverse des frais, de l’impôt et de l’inflation.
Les intérêts composés désignent le fait de réinvestir chaque année ce qu’un placement a rapporté, de sorte que les gains produisent eux-mêmes des gains. Avec un rendement de 5 % par an, 10 000 € deviennent 16 289 € après dix ans, 26 533 € après vingt ans et 43 219 € après trente ans : le capital ne grandit pas en ligne droite, il accélère. En Bourse, la forme la plus concrète des intérêts composés est le réinvestissement des dividendes.
Cette fiche donne le calcul, la règle de 72 qui permet de le faire de tête, l’écart réel entre un indice avec et sans dividendes, puis l’envers du décor : les frais et l’impôt se composent aussi, dans l’autre sens.
Comment calculer des intérêts composés ?
La formule tient en une ligne : capital final = capital de départ × (1 + taux)nombre d’années. Avec 10 000 € à 5 % pendant trois ans, on calcule 10 000 × 1,05 × 1,05 × 1,05 = 11 576 €. La première année rapporte 500 €, la deuxième 525 €, la troisième 551 € : l’écart vient des intérêts des années précédentes, qui travaillent à leur tour.
Le tableau compare cette capitalisation avec des intérêts simples, c’est-à-dire retirés chaque année et dépensés, pour 10 000 € placés à 5 % :
| Durée | Intérêts simples | Intérêts composés | Écart |
|---|---|---|---|
| 10 ans | 15 000 € | 16 289 € | 1 289 € |
| 20 ans | 20 000 € | 26 533 € | 6 533 € |
| 30 ans | 25 000 € | 43 219 € | 18 219 € |
Sur dix ans, la différence est modeste. Sur trente ans, les intérêts composés ont rapporté plus du double des intérêts simples. C’est la raison pour laquelle le temps compte plus que le taux pour la plupart des épargnants : un point de rendement en plus change peu de chose sur cinq ans, beaucoup sur trente. Le taux de 5 % est un exemple de calcul, pas une promesse : en Bourse, le rendement d’une année n’est pas fixe, et certaines années sont négatives.

Qu’est-ce que la règle de 72 ?
La règle de 72 donne de tête le temps qu’il faut pour doubler un capital : on divise 72 par le taux annuel. À 6 % par an, il faut environ 72 / 6 = 12 ans ; le calcul exact donne 11,9 ans. À 3 %, environ 24 ans (23,4 en réalité). À 9 %, environ 8 ans. L’approximation est bonne entre 4 et 10 % ; elle devient grossière pour les taux très faibles ou très élevés.
Elle sert aussi à l’envers, ce qui est moins agréable. Avec une inflation de 3 % par an, le pouvoir d’achat d’une somme laissée sur un compte non rémunéré est divisé par deux en 24 ans environ. Et 2 % de frais annuels, sans rendement en face, divisent un capital par deux en 35 ans environ.
Dividendes réinvestis : quel écart sur le CAC 40 ?
Le CAC 40 que l’on cite chaque soir est un indice de prix : les dividendes versés par les sociétés n’y sont pas réintégrés. Euronext calcule une seconde version, le CAC 40 GR (gross return), qui suppose ces dividendes réinvestis dans l’indice. L’écart entre les deux est la mesure la plus simple des intérêts composés en Bourse.
| Indice | 7 novembre 2024 | 5 novembre 2026 | Variation |
|---|---|---|---|
| CAC 40 (prix) | 7 425,60 | 8 205,37 | +10,5 % |
| CAC 40 GR (dividendes réinvestis) | 23 136,26 | 27 299,81 | +18,0 % |
En deux ans, selon les cours de clôture publiés par Euronext, les dividendes réinvestis ont presque fait doubler le gain de l’indice. Sur une période plus longue, l’écart se creuse, puisque chaque dividende réinvesti touche les dividendes suivants. Les données de Robert Shiller (université Yale) sur l’indice américain S&P Composite le montrent sur trente ans : de septembre 1994 à septembre 2024, inflation déduite et en moyenne mensuelle, l’indice de prix a été multiplié par 5,6 ; avec les dividendes réinvestis, il a été multiplié par 9,7. Soit 5,9 % par an pour les prix seuls et 7,9 % par an avec les dividendes, avant frais et impôts. Deux points par an, et à l’arrivée presque deux fois plus de capital.
D’où une règle pratique : pour juger une performance de long terme, la vôtre ou celle d’un fonds, comparez-la à un indice dividendes réinvestis. Le DAX allemand, lui, est calculé dividendes réinvestis : le comparer tel quel au CAC 40 revient à mesurer deux choses différentes.
Ce que j’en disais sur le forum
« ça c’est l’énorme erreur du débutant, très très classique, comparer des pommes et des cerises […] Sur le cac 40 les dividendes sont retirés, sur le dax etc. non. »
Benoist Rousseau sur le forum, le 27 juillet 2014, à un membre qui comparait la performance d’un portefeuille de presse au CAC 40 sans les dividendes
Dans le même message, je rappelais l’autre oubli qui fausse ces comparaisons : les frais, qui font toute la différence entre un résultat brut et un résultat net. C’est l’objet de la partie suivante.
L’effet inverse : les frais et l’impôt se composent aussi
Les intérêts composés ne font pas de différence entre ce qui vous rapporte et ce qui vous coûte. Des frais annuels prélevés sur le capital sont des intérêts composés négatifs : chaque euro prélevé une année ne rapporte plus rien les années suivantes. Pour 10 000 € placés trente ans sur un support qui rapporte 6 % par an avant frais :
- sans frais, le capital atteint 57 435 € ;
- avec 1 % de frais par an (rendement net de 5 %), il atteint 43 219 €, soit 14 216 € de moins, environ un quart du résultat ;
- avec 2 % de frais par an (rendement net de 4 %), il atteint 32 434 €, soit 25 001 € de moins, plus de 40 % du résultat.
Un écart de frais qui paraît minuscule sur une ligne de tableau devient, en trente ans, une part importante de votre épargne. C’est l’argument principal des fonds indiciels à frais réduits, et la raison pour laquelle la fiche sur les frais de gestion mérite d’être lue avant de choisir un fonds.
L’impôt joue de la même façon. Un gain imposé chaque année sort du capital et ne se compose plus ; un gain dont l’impôt est différé, ou réduit, continue de travailler. C’est tout l’intérêt d’enveloppes comme le PEA ou l’assurance-vie, à l’intérieur desquelles les gains ne sont pas imposés tant qu’on ne retire rien. Le détail des règles est dans le guide de la fiscalité, notamment la fiche sur la fiscalité du PEA.
Ce que j’en disais sur le forum
« les amis qui calculent les intérêts composés sans prendre en compte la fiscalité annuelle […] cela te fait perdre des années à chaque changement d’année »
Benoist Rousseau sur le forum, le 15 septembre 2020, à propos des tableaux de capitalisation qui circulent en ligne et oublient l’impôt payé chaque année
Reste l’inflation, qui se compose aussi. Selon l’Insee, les prix à la consommation ont augmenté en France de 5,2 % en 2022, 4,9 % en 2023, 2,0 % en 2024 et 0,9 % en 2025, en moyenne annuelle : en quatre ans, une hausse cumulée d’environ 13,6 %. Un rendement se juge donc après inflation, ce que font les données de Shiller citées plus haut.
Le temps plutôt que le moment
Les intérêts composés ont une conséquence que l’on préfère souvent ignorer : ce sont les dernières années qui rapportent le plus. Dans l’exemple à 5 %, le capital gagne 2 763 € pendant les cinq premières années (de 10 000 € à 12 763 €), et 9 355 € pendant les cinq dernières (de 33 864 € à 43 219 €). Celui qui interrompt son placement au bout de vingt ans pour « attendre un meilleur moment » se prive précisément de la partie la plus productive.
D’où deux conseils de méthode, qui ne disent pas quoi acheter. Commencer tôt compte plus que commencer bien : dix ans de plus à capitaliser valent davantage qu’un point de bas de marché bien choisi. Et ne pas interrompre la capitalisation sans raison : retirer ses dividendes pour les dépenser, vendre pendant une baisse et revenir plus tard, payer des frais pour des allers-retours fréquents, tout cela casse la chaîne. La fiche du guide sur l’investissement programmé montre comment verser régulièrement sans avoir à choisir le moment.
Questions fréquentes sur les intérêts composés
Quelle est la formule des intérêts composés ?
Capital final = capital de départ × (1 + taux)n, où n est le nombre d’années. Avec 10 000 € à 5 % pendant 20 ans : 10 000 × 1,0520 = 26 533 €. Pour des versements réguliers, on applique le calcul à chaque versement, sur sa propre durée.
Combien de temps pour doubler son capital ?
Divisez 72 par le taux annuel : environ 12 ans à 6 %, 24 ans à 3 %, 8 ans à 9 %. C’est la règle de 72, une approximation fiable entre 4 et 10 % par an. En Bourse, le rendement n’étant pas régulier, le délai réel peut être nettement plus long ou plus court.
Les actions donnent-elles des intérêts composés ?
Pas au sens d’un taux fixe, mais la mécanique est la même : si vous réinvestissez les dividendes, ils achètent de nouvelles actions qui verseront à leur tour des dividendes. De novembre 2024 à novembre 2026, le CAC 40 a gagné 10,5 % et le CAC 40 dividendes réinvestis 18,0 %, selon Euronext.
Comment profiter des intérêts composés sur un ETF ?
En choisissant un ETF dit de capitalisation, qui réinvestit lui-même les dividendes, ou en réinvestissant ceux d’un ETF de distribution. Dans un PEA ou une assurance-vie, les gains réinvestis ne sont pas imposés tant que rien n’est retiré, ce qui laisse la capitalisation travailler.
Les frais ont-ils vraiment autant d’effet ?
Oui, parce qu’ils se composent comme les gains. Sur 10 000 € placés trente ans à 6 % avant frais, 1 % de frais annuels fait passer le résultat de 57 435 € à 43 219 €, et 2 % le fait tomber à 32 434 €.
Sources de référence utilisées
4
- Euronext, historiques des cours du CAC 40 (FR0003500008) et du CAC 40 GR (QS0011131834), du 7 novembre 2024 au 5 novembre 2026, téléchargés le 6 novembre 2026.
- Robert J. Shiller, U.S. Stock Markets 1871-Present and CAPE Ratio, données mensuelles (fichier ie_data, version arrêtée à septembre 2024), Yale University ; calculs andlil.com.
- Insee, Informations rapides n° 8 du 15 janvier 2026, indice des prix à la consommation (inflation moyenne annuelle de 2022 à 2025).
- Calculs des tableaux et des exemples : andlil.com (exemples hypothétiques à taux fixe).
Pour aller plus loin
- Le CAC 40, l’indice de prix, sa version dividendes réinvestis, et son record de l’an 2000 rattrapé en 2021 seulement.
- Pourquoi investir en Bourse, ce qu’ont rapporté les actions sur longue période, et les années de baisse qui vont avec.
- Les trackers (ETF), les fonds indiciels à frais réduits, dont certains réinvestissent eux-mêmes les dividendes.
- Le rendement d’un investissement, la différence entre rendement brut, net et réel.
Sur le forum
- Dividendes – PEA ou Compte normal, un membre se demande où loger ses dividendes de sociétés étrangères, et la discussion porte sur l’impôt prélevé à chaque versement et l’intérêt de ne le payer qu’au retrait.
- Portfolio tracker en ligne gratuit, un membre partage un outil de suivi de portefeuille, et la discussion glisse vers la comparaison avec le CAC 40 : avec ou sans les dividendes, la conclusion n’est plus la même.
Fiche à jour au 6 novembre 2026, chiffres vérifiés à cette date. Elle explique des mécanismes généraux et ne constitue pas un conseil d’investissement adapté à votre situation.
Benoist Rousseau est trader depuis 1994, membre du Chicago Mercantile Exchange (CME) et du Chicago Board of Trade (CBOT), et titulaire d'une maîtrise d'histoire de Paris IV-Sorbonne. Ancien historien d'entreprise pour un groupe du CAC 40, il figure dans le Top 10 des influenceurs économiques du magazine Challenges. Il transmet aujourd'hui sa méthode au sein de son école de trading à travers sa formation day trading. Dans la rubrique Bourse et marchés, il distingue l'investissement patient de la spéculation et montre ce que les cycles longs enseignent à l'investisseur.
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