Connaître son profil d’investisseur : risque, horizon et réaction à la baisse
Le profil d’investisseur décrit le risque que l’on peut et que l’on veut prendre : le questionnaire MIF 2, la différence entre capacité et tolérance au risque, le test de la baisse de 30 % et l’aversion aux pertes.
Le profil d’investisseur décrit le risque que vous pouvez prendre et celui que vous êtes prêt à prendre. Il repose sur cinq éléments : vos connaissances et votre expérience des marchés, votre situation financière, vos objectifs, votre horizon de placement et la baisse que vous accepteriez sans vendre. En Europe, la directive MIF 2 oblige les intermédiaires à recueillir ces informations avant de vous conseiller ou de gérer votre argent, et à vérifier vos connaissances avant de vous laisser acheter certains produits.
On le classe souvent en trois familles, prudent, équilibré, dynamique. Le nom importe peu. Ce qui compte est de répondre honnêtement, et de savoir ce que vous ferez le jour où le portefeuille baissera de 30 %.
Que demande le questionnaire MIF 2, et pourquoi y répondre honnêtement ?
La directive 2014/65/UE, dite MIF 2, distingue deux situations. Pour un conseil en investissement ou une gestion de portefeuille, l’intermédiaire doit vérifier que le placement est adéquat : il recueille vos connaissances et votre expérience, votre situation financière, y compris votre capacité à supporter des pertes, et vos objectifs, y compris votre tolérance au risque (article 25, paragraphe 2). Pour les autres services, comme la transmission de vos ordres, il vérifie au moins que vous comprenez les risques des produits concernés (article 25, paragraphe 3), sauf pour les produits simples, comme les actions cotées, quand l’ordre vient de votre initiative et que vous en êtes averti (article 25, paragraphe 4). L’AMF le rappelle pour le questionnaire remis à l’ouverture d’un compte-titres : il évalue vos connaissances et votre expérience, et il doit être rempli sincèrement.
Les orientations de l’Autorité européenne des marchés financiers, l’ESMA, du 23 septembre 2022 (ESMA35-43-3172) précisent la méthode. L’intermédiaire ne doit pas se contenter de votre propre jugement : plutôt que de demander si vous êtes « à l’aise avec le risque », il doit demander quel niveau de perte vous accepteriez sur une période donnée, et confronter vos réponses entre elles quand elles se contredisent.
Gonfler ses réponses pour accéder à un produit est une tentation courante, et une mauvaise affaire. Le questionnaire ne protège pas l’intermédiaire contre vous : il vous protège contre un produit que vous ne comprenez pas. Celui qui coche « expérimenté » sans l’être obtient l’accès à des produits à effet de levier, et perd la seule alerte qu’on lui devait.
Capacité et tolérance au risque : deux choses différentes
La capacité à supporter des pertes se calcule ; la tolérance au risque se constate. Les orientations de l’ESMA les rangent d’ailleurs dans deux rubriques distinctes : la première relève de la situation financière, la seconde des objectifs. On peut avoir une grande capacité et une faible tolérance, comme le cadre aisé qui ne dort plus dès que son portefeuille perd 5 %. Et l’inverse : l’étudiant prêt à tout risquer, qui n’a pas les moyens de perdre quoi que ce soit.
| La capacité à supporter des pertes | La tolérance au risque | |
|---|---|---|
| Ce que c’est | Ce que votre situation permet de perdre sans mettre en danger votre vie ou vos projets | Ce que vous êtes capable de voir baisser sans perdre le sommeil ni vendre |
| De quoi elle dépend | Revenus, charges, patrimoine, épargne de précaution, horizon | Tempérament, expérience des baisses passées, connaissance des produits |
| Comment on la mesure | Avec des chiffres : ce qui reste si l’investissement perd 30 % | Avec une question concrète : quelle perte, sur quelle durée, accepteriez-vous ? |
| Le piège | La surestimer quand les marchés montent | La surestimer tant qu’on n’a jamais vu de vraie baisse |
C’est ce que je résumais, en décembre 2021, à un membre du forum qui décrivait des projets d’investissement très ambitieux : « Il faut aussi faire la différence entre son désir et ses possibilités. » Le désir, c’est la tolérance qu’on s’imagine ; les possibilités, c’est la capacité réelle. Le profil se cale sur la plus faible des deux.

Le test de la baisse : que ferez-vous si votre portefeuille perd 30 % ?
La question n’est pas théorique. Selon les données d’Aswath Damodaran, les actions américaines ont perdu 36,6 % en 2008 et 43,8 % en 1931, dividendes compris ; de 1928 à 2025, elles ont baissé 26 années sur 98. Un investisseur entré à la fin de 2007 n’a retrouvé sa mise, dividendes réinvestis, qu’à la fin de 2012. Une baisse de 30 % n’est pas un accident rare : c’est un événement que l’investisseur en actions croisera plusieurs fois dans sa vie.
Faites le calcul sur votre propre somme. Sur 20 000 € placés en actions, une baisse de 30 % laisse 14 000 € à l’écran. Posez-vous trois questions, et écrivez les réponses :
- Est-ce que cela change ma vie ? Si oui, la part en actions dépasse votre capacité à supporter des pertes.
- Est-ce que je vendrais ? Si la réponse honnête est oui, la part en actions dépasse votre tolérance : vous vendriez au plus bas, ce qui transforme une baisse provisoire en perte définitive.
- Est-ce que je continuerais mes versements ? Celui qui répond oui sans hésiter, et qui a déjà traversé une baisse, a un profil plus dynamique que celui qui le suppose.
Une baisse vécue n’a rien à voir avec une baisse imaginée. Je l’ai vu de près pendant la bulle Internet, et je l’ai raconté en 2017 :
Ce que j’en écrivais sur le blog
« J’ai connu ainsi dans les années 2000 de nombreux traders millionnaires virtuellement. Ils ont tout perdu lors de l’éclatement de la bulle internet. Ils n’ont pas su prendre leurs bénéfices et quand la bourse s’est effondrée ils n’ont pas pu vendre car ils attendaient voire réinvestissaient pour récupérer leur manque à gagner virtuel. »
Benoist Rousseau sur le blog, le 27 juin 2017, dans la fiche sur l’aversion au risque
Aversion au risque, aversion aux pertes : ce que votre cerveau ajoute au questionnaire
L’aversion au risque est la préférence pour un gain certain plutôt qu’un gain incertain d’espérance égale. L’aversion aux pertes va plus loin : une perte pèse plus lourd qu’un gain du même montant. Daniel Kahneman et Amos Tversky l’ont formalisée dans la théorie des perspectives (Econometrica, 1979), puis ont estimé en 1992 qu’une perte pèse à peu près deux fois plus qu’un gain équivalent (Journal of Risk and Uncertainty).
Conséquence pratique : on surestime sa tolérance au risque quand on remplit un questionnaire par temps calme, et on la sous-estime au milieu d’un krach. Un profil rempli après trois années de hausse est souvent trop dynamique ; un profil rempli en pleine baisse, trop prudent. Les autres pièges qui déforment le jugement de l’investisseur, de l’excès de confiance à la peur de manquer, sont décrits dans le guide des biais cognitifs.
Le profil d’investisseur change-t-il avec l’âge et la situation ?
Oui, et la règle européenne l’a prévu. Les orientations de l’ESMA demandent aux intermédiaires de mettre à jour régulièrement les informations recueillies, à une fréquence qui peut dépendre du profil de risque du client, et de veiller à ne pas pousser un client à modifier son profil pour qu’un produit inadapté paraisse convenir. Je le rappelais en novembre 2022 à un membre du forum dont l’intermédiaire venait de revoir le profil après une baisse de ses revenus : « C’est le régulateur qui oblige le broker à mettre à jour les données. Si ta situation économique a changé, tes revenus diminués le broker est dans le droit et dans l’obligation de le faire […] ». La mise à jour n’est pas une tracasserie : c’est le profil qui suit la vie.
L’âge agit surtout par l’horizon. À trente ans, l’argent destiné à la retraite a des décennies devant lui ; à soixante, une partie servira dans quelques années. Un héritage, une perte d’emploi, un achat immobilier, la naissance d’un enfant changent aussi la capacité à supporter des pertes. L’expérience, enfin, change la tolérance : celui qui a traversé une baisse de 30 % sans vendre sait désormais ce qu’il vaut. Revoir son profil après chacun de ces événements, et au moins de temps en temps, évite de garder la répartition d’une vie qui n’est plus la sienne.
Questions fréquentes sur le profil d’investisseur
Qu’est-ce qu’un profil d’investisseur prudent, équilibré ou dynamique ?
Ce sont des étiquettes commerciales, sans définition légale commune. En général, un profil prudent accepte peu de baisse et garde une faible part d’actions, un profil dynamique accepte de fortes baisses temporaires pour viser un rendement plus élevé à long terme, et le profil équilibré se situe entre les deux.
Mon courtier peut-il refuser un ordre à cause de mon profil ?
Pour un produit complexe, si vos réponses montrent que vous n’en comprenez pas les risques, l’intermédiaire doit vous mettre en garde ; selon sa politique, il peut aussi en limiter l’accès. Pour des actions cotées achetées à votre initiative, la directive le dispense de ce contrôle, même si beaucoup d’intermédiaires posent les questions dès l’ouverture du compte.
Faut-il répondre « expérimenté » pour accéder à plus de produits ?
Non. Le questionnaire sert à vous protéger d’un produit dont vous ne mesurez pas les risques. Surévaluer son expérience supprime la mise en garde à laquelle vous aviez droit, et ne change rien aux pertes possibles.
Comment savoir quelle baisse je supporterais ?
Traduisez-la en euros sur votre propre somme, puis demandez-vous si cette perte changerait votre vie et si vous vendriez. Les orientations de l’ESMA invitent justement les intermédiaires à poser la question sous cette forme : quelle perte, sur quelle période, accepteriez-vous ?
Combien de fois faut-il revoir son profil ?
À chaque changement de situation, revenus, famille, patrimoine, horizon, et de façon régulière. Les intermédiaires sont tenus de mettre à jour les informations de leurs clients ; répondre à leurs demandes est l’occasion de vérifier que la répartition du portefeuille vous correspond encore.
Sources de référence utilisées
6
- Directive 2014/65/UE du 15 mai 2014 concernant les marchés d’instruments financiers (MIF 2), article 25.
- ESMA, Guidelines on certain aspects of the MiFID II suitability requirements, ESMA35-43-3172, 23 septembre 2022.
- AMF, « Choisir et passer un ordre de bourse : ce qu’il faut savoir », 22 décembre 2021 : le questionnaire de connaissances et d’expérience, à remplir sincèrement.
- Daniel Kahneman et Amos Tversky, « Prospect Theory : An Analysis of Decision under Risk », Econometrica, vol. 47, n° 2, 1979, p. 263-291.
- Amos Tversky et Daniel Kahneman, « Advances in Prospect Theory : Cumulative Representation of Uncertainty », Journal of Risk and Uncertainty, vol. 5, 1992, p. 297-323.
- Aswath Damodaran, « Historical Returns on Stocks, Bonds and Bills : 1928-2025 », NYU Stern.
Pour aller plus loin
- Avant d’investir en Bourse, l’épargne de précaution, les dettes et l’horizon, à régler avant de remplir le questionnaire.
- Biais de récence : définition, expériences et exemples en Bourse, pourquoi un profil rempli après des années de hausse est souvent trop optimiste.
- Le compte-titres, le compte à l’ouverture duquel on remplit le questionnaire de connaissances et d’expérience.
- Les risques du trading : comment protéger son capital, ce que change l’effet de levier pour un profil prudent.
Sur le forum
- Réflexion sur répartition patrimoine, un membre décrit son assurance-vie, son épargne et ses projets, et réfléchit avec les autres à la part de risque qu’il veut prendre.
Fiche à jour au 6 novembre 2026, chiffres vérifiés à cette date. Elle explique des mécanismes généraux et ne constitue pas un conseil d’investissement adapté à votre situation.
Benoist Rousseau est trader depuis 1994, membre du Chicago Mercantile Exchange (CME) et du Chicago Board of Trade (CBOT), et titulaire d'une maîtrise d'histoire de Paris IV-Sorbonne. Ancien historien d'entreprise pour un groupe du CAC 40, il figure dans le Top 10 des influenceurs économiques du magazine Challenges. Il transmet aujourd'hui sa méthode au sein de son école de trading à travers sa formation day trading. Dans la rubrique Bourse et marchés, il distingue l'investissement patient de la spéculation et montre ce que les cycles longs enseignent à l'investisseur.
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