Avant d’investir en Bourse : épargne de précaution, dettes et horizon de placement
Ce qu’il faut avoir réglé avant le premier ordre : une épargne de précaution, plus de dette chère, un horizon de plusieurs années et un objectif écrit, chiffres de l’AMF, de la Banque de France et de Damodaran à l’appui.
Avant d’investir en Bourse, trois conditions comptent plus que le choix de la première action. Avoir une épargne de précaution, que l’AMF chiffre à deux ou trois mois de revenus, disponible sans délai. Ne pas porter de dette chère, comme un crédit renouvelable. Et n’investir en actions que l’argent dont on n’aura pas besoin avant plusieurs années : selon l’AMF, un placement en actions « qui reste risqué sur 5 ans, l’est bien moins sur 15 ans ».
Cette fiche s’adresse à celui qui n’a encore rien acheté. Elle ne dit pas quoi acheter : elle dit dans quel ordre se poser les questions, pour que la première baisse, qui viendra, ne se transforme pas en vente forcée.
Pourquoi constituer une épargne de précaution avant d’investir ?
Parce que la Bourse ne choisit pas le moment où vous aurez besoin d’argent. Une voiture qui lâche, une période sans revenu, une dépense médicale : si l’argent disponible est placé en actions, il faut vendre, et souvent pendant une baisse. En 2008, les actions américaines ont perdu 36,6 % sur l’année, dividendes compris, selon les données d’Aswath Damodaran. Celui qui a dû vendre cette année-là a transformé une baisse provisoire en perte définitive.
L’AMF le dit dans ses règles d’or de l’investisseur : avant d’investir, vérifiez que vous disposez « d’une capacité d’épargne régulière » et « d’une épargne de précaution déjà constituée disponible en cas de difficultés imprévues ». Cette épargne n’a pas à rapporter beaucoup : son rôle est d’être là, sans risque et sans délai. Les livrets réglementés sont faits pour cela ; leurs taux et plafonds de 2026 sont détaillés dans la fiche sur le Livret A, le LDDS, le LEP, le PEL et le CEL.
Combien mettre de côté avant d’investir en Bourse ?
L’AMF propose un ordre de grandeur : deux ou trois mois de revenus, immédiatement disponibles. C’est un repère, pas une règle. Un salarié en poste stable, sans enfant, n’a pas les mêmes imprévus qu’un indépendant aux revenus irréguliers ou qu’une famille avec un seul salaire ; plus les revenus sont incertains, plus le matelas a de raisons d’être épais.
Ce qui compte est l’ordre des opérations. D’abord le matelas, ensuite la Bourse avec ce qui dépasse, et chaque mois ce qu’on peut épargner régulièrement plutôt qu’un gros versement unique pris sur la réserve. Une réserve entamée pour profiter d’une « occasion » de marché n’est plus une réserve.
Faut-il rembourser ses dettes avant d’investir ?
Les dettes chères, oui, dans presque tous les cas, pour une raison arithmétique. Au 1er octobre 2026, selon la Banque de France, un crédit de trésorerie de 3 000 € ou moins pouvait légalement être facturé jusqu’à 23,60 % par an, et le taux effectif moyen de ces crédits ressortait à 17,70 % au troisième trimestre 2026. Rembourser un tel crédit « rapporte » son taux, à coup sûr. Les actions américaines ont rapporté en moyenne 10 % par an de 1928 à 2025, dividendes réinvestis, mais en baissant 26 années sur 98 (Damodaran) : personne ne peut promettre qu’elles battront un crédit à 17 % l’année où vous en aurez besoin.
Le crédit immobilier pose une autre question. Au troisième trimestre 2026, le taux effectif moyen d’un prêt à taux fixe de vingt ans et plus était de 4,05 %, selon la Banque de France. Rembourser par anticipation ou investir l’épargne disponible dépend alors des pénalités prévues au contrat, de la fiscalité et du reste de la situation : c’est un arbitrage personnel, que cette fiche ne tranche pas. Ce qui ne se discute pas : on n’emprunte pas pour acheter des actions quand on débute.
Quel horizon de placement pour investir en actions ?
L’AMF distingue trois horizons : court terme, moins de trois ans ; moyen terme, de trois à dix ans ; long terme, dix ans et plus. L’argent dont on aura besoin dans deux ans pour un apport, des études ou un mariage n’a rien à faire en actions : il pourrait se trouver en baisse de 30 % le jour où l’on en a besoin, sans délai pour attendre la remontée.
Le tableau ci-dessous montre pourquoi le temps change la nature du risque. Sur les actions américaines, de 1928 à 2025, un peu plus d’une année sur quatre s’est terminée en perte ; sur les 84 périodes de quinze ans, une seule.
| Durée de détention | Périodes étudiées | Périodes terminées en perte | Pire période |
|---|---|---|---|
| 1 an | 98 | 26 | −43,8 % (1931) |
| 3 ans | 96 | 15 | −61,6 % (1930-1932) |
| 5 ans | 94 | 11 | −49,3 % (1928-1932) |
| 10 ans | 89 | 5 | −15,5 % (1929-1938) |
| 15 ans | 84 | 1 | −3,0 % (1929-1943) |
| 20 ans | 79 | 0 | aucune perte |
Actions américaines (S&P 500), dividendes réinvestis, en dollars, avant inflation, frais et impôts, toutes les périodes glissantes de 1928 à 2025. Calcul andlil.com d’après les rendements annuels publiés par Aswath Damodaran (NYU Stern). Ce sont des chiffres passés, sur un seul marché : ils ne garantissent rien pour la suite.

Je le disais sans détour, en décembre 2021, à un membre du forum qui hésitait entre deux comptes pour un projet « à long terme » sans savoir quand il aurait besoin de son argent : « Un investissement long terme tu ne récupères pas ton argent avant 5 10 15 ans. Si c’est pour le récupérer dans 2 ans le pea n’a aucun intérêt. Il faudrait déjà définir clairement ce que tu veux faire en fonction de ton âge. » La question de l’enveloppe vient après celle de l’horizon, pas avant.
Pourquoi n’investir que l’argent dont on n’a pas besoin ?
Pour une raison de bon sens, et pour une raison d’efficacité. La première est évidente : on ne met pas en jeu le loyer. La seconde l’est moins. L’argent dont on a besoin rend nerveux, et la nervosité fait vendre à la première baisse, au pire moment. Sur le forum, je le résume d’une ligne : « On ne trade que de l’argent dont on n’a pas besoin. » (19 octobre 2020). Je l’avais écrit plus longuement en 2011, à propos du trading, mais la phrase vaut pour tout placement en actions :
Ce que j’en écrivais sur le blog
« […] il ne faut trader que de l’argent dont on n’a pas besoin pour une raison de bon sens et aussi pour une raison d’efficacité : si vous tradez avec de l’angoisse, à la moindre perte, vous risquez de revendre […] »
Benoist Rousseau sur le blog, le 29 août 2011, à propos de l’argent que l’on peut consacrer à la Bourse
Je n’ai pas commencé autrement. À un étudiant de dix-neuf ans qui voulait placer ses dernières économies, j’ai raconté en 2018 combien de temps il m’avait fallu pour pouvoir ouvrir mon premier compte : « Il m’a fallu plusieurs années pour réunir la somme imposée pour ouvrir un compte de trading (4 années) ce qui ne m’a pas empêché de faire de la bourse et apprendre. » Ces quatre années n’ont pas été perdues : épargner d’abord et apprendre en attendant, c’est exactement l’ordre que recommande cette fiche.
Pourquoi se fixer un objectif écrit avant d’investir ?
Parce qu’un objectif écrit à froid sert de garde-fou quand le marché s’agite. L’AMF demande de définir l’objectif du placement, son horizon, les risques acceptés, et de se fixer « un montant que vous ne dépasserez pas, même pour « renflouer » votre investissement en cas de pertes ». Une demi-page suffit :
- Le but : préparer la retraite, un apport dans huit ans, se constituer un capital ; « gagner de l’argent » n’est pas un but, c’est un souhait.
- La somme et le rythme : le montant de départ et ce que l’on versera chaque mois, pris sur ce qui dépasse l’épargne de précaution.
- L’horizon : la date à laquelle on aura besoin de l’argent, et la marge qu’on se donne si le marché est bas ce jour-là.
- La baisse acceptée : ce que l’on fera si le portefeuille perd 20 % ou 30 %. Écrire « je ne vends pas et je continue mes versements », ou « je vends », mais l’écrire avant.
Ce dernier point est le plus utile, et il conduit droit à la question suivante : quel investisseur êtes-vous réellement face à une baisse ? C’est l’objet de la fiche sur le profil d’investisseur.
Questions fréquentes avant d’investir en Bourse
Combien faut-il avoir de côté avant d’investir en Bourse ?
L’AMF recommande de constituer d’abord une épargne de précaution d’environ deux ou trois mois de revenus, disponible sans délai et sans risque. Ce n’est qu’au-delà de cette réserve que l’on investit en actions, avec de l’argent dont on n’aura pas besoin avant plusieurs années.
Faut-il rembourser un crédit à la consommation avant d’acheter des actions ?
En règle générale, oui. Au troisième trimestre 2026, le taux effectif moyen des petits crédits de trésorerie était de 17,70 % selon la Banque de France : le rembourser rapporte ce taux à coup sûr, ce qu’aucun placement en actions ne garantit.
Combien de temps faut-il garder des actions ?
Il n’y a pas de durée garantie. L’AMF classe le long terme à partir de dix ans. Sur les actions américaines, de 1928 à 2025, une seule période de quinze ans s’est terminée en perte, contre 26 années sur 98 ; ce sont des données passées, d’un seul marché.
Peut-on investir en Bourse avec une petite somme ?
Oui, à condition que les frais restent faibles par rapport aux montants : un ordre à quelques euros de courtage pèse lourd sur un achat de 100 €. Regrouper ses achats, ou passer par un fonds qui détient de nombreux titres en une seule ligne, limite le poids de ces frais fixes.
Faut-il attendre une baisse pour commencer ?
Personne ne connaît la date de la prochaine baisse, ni son point bas. Celui qui attend « la prochaine crise » peut attendre des années. Commencer par petites sommes régulières, une fois l’épargne de précaution en place, évite d’avoir à deviner le bon moment.
Sources de référence utilisées
5
- AMF, « Les règles d’or de l’investisseur », 19 octobre 2018 : épargne de précaution, horizon, limite de perte, actions sur 5 et 15 ans.
- AMF, « Définir son objectif », 19 octobre 2018 : épargne de précaution de 2 ou 3 mois de revenus, horizons de placement.
- Banque de France, « Taux d’usure, 2026-T4 » : taux applicables au 1er octobre 2026 et taux effectifs moyens du troisième trimestre 2026.
- Aswath Damodaran, « Historical Returns on Stocks, Bonds and Bills : 1928-2025 », NYU Stern, mise à jour 2026 ; périodes glissantes calculées par andlil.com.
- Banque de France, Mes questions d’argent, « Pourquoi épargner ? » : épargne de précaution et projets à court, moyen et long terme.
Pour aller plus loin
- Ouvrir un compte en Bourse : choisir son courtier et passer ses ordres, l’étape suivante, une fois l’épargne de précaution en place et l’horizon fixé.
- Tout savoir sur le PEA, l’enveloppe pensée pour les placements en actions de cinq ans et plus.
- Comment vérifier le sérieux d’un broker en ligne, les vérifications à faire avant de confier le premier euro à un intermédiaire.
- Fiscalité du PEA en 2026 : impôt, prélèvements sociaux et retraits, pourquoi la durée de détention compte aussi pour l’impôt.
Sur le forum
- Débuter « paisiblement » en bourse, un étudiant veut placer ses dernières économies sans stress, et les membres lui parlent d’abord d’épargne, de frais et de temps d’apprentissage.
- Placement financier pour étudiant, un étudiant qui vient d’hériter demande où placer cette somme ; les membres lui rappellent de ne pas tout miser sur une seule ligne, et pourquoi un forum ne donne pas de conseil personnalisé.
Fiche à jour au 6 novembre 2026, chiffres vérifiés à cette date. Elle explique des mécanismes généraux et ne constitue pas un conseil d’investissement adapté à votre situation.
Benoist Rousseau est trader depuis 1994, membre du Chicago Mercantile Exchange (CME) et du Chicago Board of Trade (CBOT), et titulaire d'une maîtrise d'histoire de Paris IV-Sorbonne. Ancien historien d'entreprise pour un groupe du CAC 40, il figure dans le Top 10 des influenceurs économiques du magazine Challenges. Il transmet aujourd'hui sa méthode au sein de son école de trading à travers sa formation day trading. Dans la rubrique Bourse et marchés, il distingue l'investissement patient de la spéculation et montre ce que les cycles longs enseignent à l'investisseur.
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