Passer un ordre de Bourse : sens, quantité, type, validité et confirmation
Comment passer un ordre de Bourse pas à pas : les informations à donner, le type d’ordre selon la liquidité, la lecture du carnet, la validité, l’avis d’opéré et le règlement-livraison, et les erreurs de saisie à éviter.
Pour passer un ordre de Bourse, vous indiquez à votre banque ou à votre courtier, en général sur son site ou son application, six informations : le sens (achat ou vente), le titre (son nom ou son code ISIN), la nature du titre, la quantité, le type d’ordre avec sa limite de prix éventuelle, et la durée de validité. C’est la liste que donne l’AMF. Un ordre incomplet n’est pas exécuté ; un ordre mal rempli, lui, l’est très bien.
Cette fiche suit le parcours d’un premier ordre, de l’écran de saisie jusqu’à l’inscription des titres sur votre compte, avec les réglages qui comptent et les erreurs que l’on fait tous au moins une fois. Chaque type d’ordre a sa propre fiche dans le guide ; on s’en tient ici à ce qu’il faut savoir pour choisir.
Quelles informations faut-il donner pour passer un ordre ?
| Élément | Ce que vous choisissez | L’erreur à éviter |
|---|---|---|
| Sens | Achat ou vente | Cliquer sur « vendre » en voulant renforcer une ligne |
| Titre | Nom de la société ou code ISIN, et place de cotation | Choisir un homonyme, ou la même action cotée sur une autre place et dans une autre devise |
| Nature | Action, ETF, obligation, droit de souscription | Confondre une action et un produit à levier portant le même nom de sous-jacent |
| Quantité | Un nombre de titres | Saisir un montant en euros dans la case du nombre de titres, ou un zéro de trop |
| Type | À cours limité, au marché, à la meilleure limite, à déclenchement | Un ordre au marché sur une valeur peu échangée |
| Validité | Jour, à date déterminée, à révocation | Oublier un ordre à révocation qui s’exécute des mois plus tard |
Avant même de remplir ces cases, l’AMF conseille de vérifier les canaux de transmission prévus par votre convention de compte. Si vous envoyez un courriel à un intermédiaire qui n’accepte que les ordres passés sur sa plateforme, vous ne pourrez pas vous retourner contre lui pour non-exécution.
Quel type d’ordre choisir selon la valeur ?
Le choix dépend surtout de la liquidité du titre, c’est-à-dire de la quantité d’acheteurs et de vendeurs présents dans le carnet.
- L’ordre à cours limité : vous fixez le prix maximal à l’achat ou minimal à la vente. L’AMF le décrit comme le plus sûr. Il peut être exécuté en plusieurs fois, ou pas du tout si le cours n’atteint jamais votre limite. C’est l’ordre par défaut du débutant, et l’ordre obligatoire sur une petite valeur.
- L’ordre au marché : il s’exécute en priorité, sans condition de prix, ou au cours d’ouverture s’il est passé avant 9 heures. Sur une grande valeur très échangée, le prix obtenu est proche du dernier cours ; sur une valeur peu liquide, l’ordre peut « traverser » le carnet et s’exécuter à plusieurs prix de plus en plus défavorables.
- L’ordre à la meilleure limite : il prend le meilleur prix disponible en face au moment où il arrive, puis le solde non exécuté reste dans le carnet à ce prix-là. Rapide, mais sans garantie de prix ni d’exécution complète.
- Les ordres à déclenchement : l’ordre à seuil de déclenchement devient un ordre au marché quand le seuil est touché ; l’ordre à plage de déclenchement devient un ordre à cours limité. Ils servent surtout à limiter une perte sur une position déjà ouverte.
Entre plusieurs ordres, la règle de priorité est simple, selon l’AMF : le prix d’abord, l’heure d’arrivée ensuite. Un ordre d’achat à un prix plus élevé passe devant les autres ordres d’achat ; à prix égal, le premier arrivé est servi le premier. L’ordre au marché passe devant tous.
Un ordre limité ne vous fait jamais payer plus que votre limite, et c’est précisément ce que l’on demande. Je le résumais ainsi en août 2021, dans une discussion sur un stop exécuté plus loin que prévu : « Tu es forcément servi à ton prix sur un ordre limite. C’est ce que tu demandes… » Le seul risque est de ne pas être servi du tout, ce qui coûte moins cher qu’on ne le croit.
Que regarder dans le carnet d’ordres avant de cliquer ?
Deux choses. La fourchette, d’abord : l’écart entre le meilleur prix proposé par les vendeurs et le meilleur prix offert par les acheteurs. Sur une grande valeur du CAC 40, elle se compte souvent en centimes ; sur une petite valeur, elle peut atteindre plusieurs pour cent, et vous la payez à chaque aller-retour. La profondeur, ensuite : les quantités disponibles à chaque prix. Si vous voulez acheter 500 titres et que le carnet n’en propose que 80 au meilleur prix, votre ordre au marché ira chercher les 420 autres plus haut.
Prenons un exemple chiffré. Une action affiche 25,02 € à l’achat et 25,06 € à la vente, avec 300 titres proposés à 25,06 €, 200 à 25,10 € et 400 à 25,20 €. Un ordre d’achat au marché de 600 titres est exécuté pour 300 titres à 25,06 €, 200 à 25,10 € et 100 à 25,20 €, soit un prix moyen d’environ 25,10 € au lieu des 25,06 € affichés. Un ordre à cours limité à 25,10 € aurait acheté 500 titres pour un prix moyen d’environ 25,08 €, et laissé les 100 derniers en attente au prix fixé. La fiche sur le carnet d’ordres détaille sa lecture.

Quelle durée de validité choisir ?
Par défaut, un ordre est valable pour la seule séance en cours. On peut aussi lui donner une validité à date déterminée, ou le passer « à révocation », ce qui le rend valable 365 jours selon l’AMF, sauf exécution ou annulation. Les durées autorisées dépendent de votre intermédiaire et figurent dans la convention de compte. La fiche sur la validité d’un ordre entre dans le détail.
Un ordre longue durée est pratique et dangereux à la fois. Pratique, parce qu’il travaille pendant que vous faites autre chose. Dangereux, parce que vous l’oubliez, que la situation de la société change, et qu’il s’exécute un matin sur une mauvaise nouvelle. Relisez vos ordres en cours au moins une fois par semaine. La Bourse est aussi fermée certains jours, le 1er janvier, le Vendredi saint, le lundi de Pâques, le 1er mai, le 25 et le 26 décembre : consultez le calendrier d’Euronext avant de compter sur une exécution un jour précis.
Que se passe-t-il après l’exécution ?
Deux documents et un délai. L’avis d’opéré, d’abord, que votre intermédiaire doit obligatoirement vous adresser : il récapitule le sens, la quantité, le cours, l’heure d’exécution, les frais, et les montants brut et net. Selon l’AMF, vous disposez de 30 jours pour contester la passation de l’ordre ; c’est votre preuve en cas de réclamation, à conserver.
Le règlement-livraison, ensuite : l’échange définitif des titres contre les espèces. Sur les marchés européens, il intervient aujourd’hui au plus tard le deuxième jour ouvré après la négociation. Il passera à un jour ouvré à partir du 11 octobre 2027, en application du règlement européen 2025/2075 du 8 octobre 2025, selon l’AMF. Ce délai explique pourquoi les titres achetés ne sont pas tout de suite disponibles au sens juridique, et pourquoi, en fin d’année, une vente passée le dernier jour de Bourse peut ne pas compter pour l’année fiscale que vous visiez : l’AMF consacre une page de son médiateur à ce piège.
Enfin, votre intermédiaire a une obligation de meilleure exécution : il doit choisir le lieu d’exécution le plus favorable pour vous en fonction du coût total de l’opération, et vous informer si l’ordre est exécuté hors d’un marché réglementé ou d’un système multilatéral de négociation. Sa politique d’exécution indique où partent vos ordres.
Quelles sont les erreurs de saisie les plus fréquentes, et comment les éviter ?
Toutes celles du tableau plus haut, auxquelles s’ajoutent trois classiques. La limite mal placée : un ordre d’achat limité au-dessus du cours s’exécute immédiatement au meilleur prix disponible, ce qui n’était peut-être pas l’intention. La devise oubliée : une action américaine se cote en dollars, et le prix affiché n’est pas celui que vous paierez en euros. Le questionnaire bâclé : l’AMF rappelle que si vous exagérez vos connaissances pour accéder à des produits plus risqués, vous ne pourrez pas vous retourner contre votre intermédiaire en cas de litige.
La parade tient en une habitude : relire l’écran de confirmation, ligne par ligne, avant de valider. Il récapitule tout ce que vous venez de saisir, et c’est le dernier moment où une erreur ne coûte rien. Pour s’y habituer sans risque, le compte d’essai permet de passer de faux ordres dans de vraies conditions.
Comment passait-on un ordre avant Internet ?
Par téléphone, à l’agence, ou par Minitel. J’ai passé mes premiers ordres par Minitel, au milieu des années 1990, quand j’étais étudiant, et je l’ai raconté dans un article de septembre 2011, cité ci-dessous. Entre le moment où l’on entendait un cours et celui où l’ordre partait, le marché avait eu le temps de faire autre chose. Aujourd’hui, l’ordre part en une fraction de seconde. Cela n’a rendu ni le choix du prix ni la relecture moins nécessaires ; cela a seulement rendu les erreurs plus rapides.
Ce que j’en écrivais sur le blog
« A l’époque, je surveillais les cours de bourse avec une radio et je courais à la Poste pour passer un ordre par Minitel… Heureusement, nous n’en sommes plus là… »
Benoist Rousseau sur le blog, en septembre 2011, dans l’article « Adapter son trading à sa vie professionnelle », à propos de ses débuts d’étudiant
Questions fréquentes sur le passage d’un ordre
Quel ordre choisir pour un premier achat ?
L’ordre à cours limité, dans la plupart des cas : il fixe le prix maximal que vous acceptez de payer, et l’AMF le présente comme le type d’ordre le plus sûr. Placez la limite près du meilleur prix vendeur affiché si vous voulez être servi rapidement, ou plus bas si vous acceptez d’attendre.
Peut-on annuler ou modifier un ordre ?
Oui, tant qu’il n’est pas exécuté : vous pouvez changer sa limite, sa quantité ou sa validité, ou l’annuler, depuis la liste de vos ordres en cours. Une fois exécuté, il est définitif ; seul un ordre de sens inverse permet de revenir en arrière, avec de nouveaux frais.
Pourquoi mon ordre n’a-t-il pas été exécuté ?
Le plus souvent parce que le cours n’a pas atteint votre limite, ou parce que la quantité disponible à ce prix était insuffisante. Vérifiez aussi sa validité : un ordre « jour » disparaît à la fin de la séance. Enfin, un ordre peut être refusé faute d’espèces suffisantes sur le compte ou si le questionnaire de l’intermédiaire n’a pas été rempli.
Quand devient-on propriétaire des titres achetés ?
Au règlement-livraison, qui intervient aujourd’hui au plus tard le deuxième jour ouvré après l’exécution sur les marchés européens, et un jour ouvré à partir du 11 octobre 2027. Les titres apparaissent souvent plus tôt sur votre compte, mais c’est cette date qui compte juridiquement, notamment en fin d’année.
Peut-on passer un ordre quand la Bourse est fermée ?
Oui : il est enregistré et attend l’ouverture suivante. Un ordre au marché passé avant 9 heures est exécuté au cours d’ouverture, selon l’AMF, ce qui peut réserver des surprises si une nouvelle est tombée pendant la nuit. Un ordre à cours limité protège de cet écart.
Sources de référence utilisées
6
- AMF, « Choisir et passer un ordre de bourse : ce qu’il faut savoir », 22 décembre 2021.
- AMF, « De l’achat à la vente de votre titre coté en bourse », 14 avril 2020.
- AMF, dossier « Le règlement-livraison à T+1 », consulté le 6 novembre 2026.
- Règlement (UE) 2025/2075 du Parlement européen et du Conseil du 8 octobre 2025 modifiant le règlement (UE) n° 909/2014 en ce qui concerne un cycle de règlement plus court dans l’Union.
- ESMA, « One year to go for T+1 settlement : the regulatory framework is complete », 16 octobre 2026 (repris par Mondo Visione).
- Benoist Rousseau, « Adapter son trading à sa vie professionnelle », andlil.com, septembre 2011.
Pour aller plus loin
- Qu’est-ce que le spread en bourse ? Définition, l’écart entre prix acheteur et prix vendeur que l’on paie à chaque aller-retour.
- Qu’est-ce que le slippage en trading ? Définition, l’écart entre le prix attendu et le prix obtenu, quand le marché va plus vite que l’ordre.
- Qu’est-ce qu’un ordre OCO et un ordre bracket ? Définition, les ordres combinés qui placent en une fois une sortie en gain et une sortie en perte.
- SRD (Service de Règlement Différé) : guide pratique, le service qui reporte le règlement-livraison à la fin du mois, moyennant commission.
- Ouvrir un compte en Bourse : banque ou courtier, étapes et documents, l’étape d’avant : choisir l’intermédiaire et l’enveloppe.
Sur le forum
- Comprendre le carnet d’ordre et les ordres, en 2012, un débutant ne comprend pas pourquoi son ordre au marché s’exécute toujours un peu plus haut à l’achat et plus bas à la vente ; la réponse lui lit le carnet ligne par ligne.
Fiche à jour au 6 novembre 2026, chiffres vérifiés à cette date. Elle explique des mécanismes généraux et ne constitue pas un conseil d’investissement adapté à votre situation.
Benoist Rousseau est trader depuis 1994, membre du Chicago Mercantile Exchange (CME) et du Chicago Board of Trade (CBOT), et titulaire d'une maîtrise d'histoire de Paris IV-Sorbonne. Ancien historien d'entreprise pour un groupe du CAC 40, il figure dans le Top 10 des influenceurs économiques du magazine Challenges. Il transmet aujourd'hui sa méthode au sein de son école de trading à travers sa formation day trading. Dans la rubrique Bourse et marchés, il distingue l'investissement patient de la spéculation et montre ce que les cycles longs enseignent à l'investisseur.
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