Le marginalisme provient de la notion de valeur. Les plus grands économistes classiques tels qu’Adam Smith évoquaient que la valeur d’un bien dépend du nombre d’heures de travail nécessaires pour sa fabrication. Au XIXème siècle, d’autres économistes tels que Jevons, Menger et Walras ont soutenu que c’est en fait l’utilité d’un bien qui détermine sa valeur. C’est la théorie de la valeur-utilité.
Ce principe n’est pas l’unique à fixer le prix des biens. L’abondance et la rareté règlent également le prix des biens. Un produit rare et précieux n’est pas utile à la survie d’un homme, mais il coûte plus cher qu’un produit d’abondance comme l’eau qui est pourtant essentielle à l’Homme.
L’importance d’un produit n’est donc pas ce qui fixe la valeur d’un bien, mais bien la rareté alliée à l’attrait du produit.
Limites du marginalisme
Cette théorie ne peut pas donner une explication rationnelle à l’ensemble des événements en rapport à la valeur des biens sur les marchés. Cette dernière se base sur un marché où l’offre et la demande sont en parfait équilibre, ce qui n’est pas le cas dans la réalité. Le marginalisme ne prend pas non plus en compte l’évolution de l’offre à travers le temps. La faiblesse de cette théorie est son immobilisme tandis que le Capitalisme a l’avantage d’évoluer grâce à son dynamisme.
Citation sur le marginalisme
« Une fois de plus, la plupart des distinctions majeures marquées en langage économique ne sont pas des différences de catégorie mais de degré. »,
Alfred Marshall
Alfred Marshall et le marginalisme
Le marginalisme en résumé
Le marginalisme est le courant de pensée qui explique la valeur des biens et les décisions économiques par ce qui se passe « à la marge », c’est-à-dire pour la dernière unité consommée ou produite. La valeur d’un bien dépend de l’utilité de la dernière unité disponible, l’utilité marginale, qui diminue à mesure que la quantité augmente. C’est ce qui explique que l’eau, vitale mais abondante, coûte moins cher que le diamant.
Né dans les années 1870, le marginalisme a remplacé la théorie de la valeur-travail des classiques et fondé l’économie dite néoclassique, encore enseignée aujourd’hui.
La révolution marginaliste
On parle de « révolution marginaliste » parce que trois économistes y parviennent presque en même temps, sans se connaître. L’Anglais William Stanley Jevons publie The Theory of Political Economy en 1871. L’Autrichien Carl Menger publie la même année ses Principes d’économie (Grundsätze der Volkswirtschaftslehre), qui fondent l’école autrichienne. Le Français Léon Walras, professeur à Lausanne, publie en 1874 la première partie de ses Éléments d’économie politique pure. Un précurseur allemand, Hermann Heinrich Gossen, avait formulé les mêmes lois dès 1854, mais son livre était passé inaperçu.
Alfred Marshall vient ensuite. Dans ses Principes d’économie (1890), il réconcilie les deux approches : l’utilité gouverne la demande, le coût de production gouverne l’offre, et le prix naît de leur rencontre. Il compare le débat sur la valeur à la question de savoir laquelle des deux lames d’une paire de ciseaux coupe le papier. C’est pourquoi il est surtout retenu comme le synthétiseur du marginalisme. La citation reproduite plus haut, tirée du même ouvrage (livre II, chapitre 1), exprime bien cette façon de penser par petites différences de degré.
Les idées clés
L’utilité marginale décroissante. Chaque unité supplémentaire d’un bien apporte moins de satisfaction que la précédente. Le premier verre d’eau d’un randonneur assoiffé vaut énormément ; le dixième presque rien.
Le paradoxe de l’eau et du diamant. Adam Smith avait relevé que l’eau, indispensable, ne vaut presque rien, alors que le diamant, inutile à la survie, vaut très cher. Les marginalistes résolvent le paradoxe : ce qui compte n’est pas l’utilité totale de l’eau, immense, mais l’utilité du dernier litre disponible, très faible parce que l’eau est abondante. Le diamant étant rare, chaque unité supplémentaire reste très désirée. C’est le sens du texte ci-dessus quand il associe rareté et attrait.
Le raisonnement à la marge. Un consommateur répartit son budget de façon à ce que le dernier euro dépensé lui apporte la même satisfaction quel que soit le bien acheté. Une entreprise produit tant que la vente d’une unité supplémentaire rapporte plus qu’elle ne coûte à produire.
Imaginons un randonneur qui attribuerait à ses litres d’eau successifs une utilité de 100, 40, 15, 5 puis 1. L’utilité totale des cinq litres est de 161, mais si l’eau est abondante, il ne paiera pour un litre que l’équivalent de la satisfaction du dernier, soit 1. Dans le désert, avec un seul litre, il paierait l’équivalent de 100.
Critiques et débats
Les critiques marxistes. Pour des économistes marxistes comme Ernest Mandel, le marginalisme s’éloigne de la réalité en partant des préférences individuelles et en négligeant la production. Maurice Dobb lui reprochait de ne pas expliquer la répartition des revenus, dont dépendent pourtant les prix.
La critique de Cambridge. L’économiste italien Piero Sraffa, dans Production de marchandises par des marchandises (1960), et d’autres économistes de Cambridge ont contesté la cohérence de la théorie marginaliste de la répartition, en particulier la mesure du capital.
L’économie comportementale. Le marginalisme suppose des individus qui comparent calmement coûts et satisfactions. Les travaux de Daniel Kahneman et Amos Tversky, en particulier la théorie des perspectives (1979), montrent que les choix réels s’écartent souvent de ce modèle : la perte pèse plus que le gain de même montant, et le point de référence compte.
Le raisonnement à la marge reste néanmoins au cœur de la microéconomie. Ses défenseurs font valoir qu’il ne prétend pas décrire chaque décision individuelle, mais prédire l’effet d’un changement de prix sur les quantités, ce qu’il fait plutôt bien.
Ce que le marginalisme change pour un trader
Sur un marché, le prix est fixé à la marge : il dépend du dernier acheteur et du dernier vendeur prêts à traiter, pas de l’opinion moyenne des détenteurs. C’est pourquoi un petit volume d’ordres peut suffire à déplacer un cours. Le marché européen de l’électricité en offre une illustration directe : les centrales y sont appelées par ordre de coût croissant, et c’est la dernière centrale nécessaire, souvent au gaz, qui fixe le prix de gros pour tous. C’est ce qui explique que la flambée du gaz en 2022 se soit transmise à l’ensemble des prix de l’électricité. Le marginalisme apprend aussi à raisonner sur la prochaine décision plutôt que sur le passé : le prix d’entrée d’une position ne change rien à la question de savoir s’il faut la garder. La notion d’élasticité, qui mesure la réaction des quantités à une variation de prix, en est directement issue.
Questions fréquentes
Quelle est la définition simple du marginalisme ?
C’est la théorie selon laquelle la valeur d’un bien dépend de l’utilité de sa dernière unité disponible, et non de la quantité de travail nécessaire pour le produire.
Qui sont les fondateurs du marginalisme ?
William Stanley Jevons et Carl Menger en 1871, puis Léon Walras en 1874, avec un précurseur, Hermann Heinrich Gossen (1854). Alfred Marshall en a fait la synthèse en 1890.
Qu’est-ce que le paradoxe de l’eau et du diamant ?
L’eau est vitale mais bon marché, le diamant inutile à la survie mais cher. Le marginalisme l’explique par l’abondance de l’eau, qui rend très faible l’utilité du dernier litre, et par la rareté du diamant.
Quelle différence entre utilité totale et utilité marginale ?
L’utilité totale est la satisfaction apportée par toutes les unités consommées ; l’utilité marginale est celle qu’apporte la dernière unité. C’est la seconde qui détermine le prix qu’on est prêt à payer pour une unité de plus.
Maîtrise d’histoire (Sorbonne) · Trader depuis 1994
Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.