École autrichienne : libéralisme et préférences individuelles

Qu’est-ce que l’école autrichienne ?
Le marché est la rencontre des préférences individuelles. Seuls les particuliers peuvent fixer la valeur des biens et seul le marché peut coordonner les préférences de chaque individu.
Pour les économistes autrichiens, le socialisme enlève le calcul rationnel et subjectif que chaque individu fait de la valeur d’un bien et en cela, est inférieur au libéralisme.
En effet, seuls les individus sont capables de savoir les coûts et bénéfices d’un bien car ils sont subjectifs. Il faut donc introduire la diversité des avis des consommateurs et les coordonner dans la sphère économique afin de la faire fonctionner. Les prix jouent un rôle alors considérable car ils sont le miroir de l’économie.
Pour l’école autrichienne, dans le socialisme, l’État fixe les prix mais comme il ne connaît qu’une partie des préférences des consommateurs et des spécificités des marchés il ne réussit donc pas et biaise le marché. 
Comment analyser la théorie de l’école autrichienne ?
Ce courant de pensée est resté marginal jusqu’en 1980 où Ronald Reagan et Margaret Thatcher s’en inspirent pour leur politique. Ils sont farouches à l’égard de l’interventionnisme de l’État et prônent un libéralisme exacerbé. Cet ultralibéralisme peut amener à se poser la question de savoir si prétendre qu’une société ne peut fonctionner correctement que sans aucune prise de décision de l’État, n’est pas quelque peu extrême ?
Citation sur l’école autrichienne
« Le problème économique de la société … en résumé, est celui de l’utilisation d’une connaissance qui n’est pas donnée à tous dans sa totalité. »
Friedrich von Hayek
L’école autrichienne en résumé
L’école autrichienne est un courant de pensée économique né à Vienne en 1871 avec Carl Menger. Elle part de l’individu : la valeur d’un bien n’est pas une donnée objective, elle dépend de l’utilité que chacun lui attribue. Les prix de marché rassemblent des connaissances dispersées qu’aucune autorité ne peut posséder ; d’où sa critique de la planification et des manipulations du crédit par les banques centrales.
Ses figures les plus connues sont Ludwig von Mises et Friedrich Hayek, prix Nobel d’économie en 1974.
Qui sont les auteurs de l’école autrichienne, et dans quel contexte ?
En 1871, Carl Menger publie ses Principes d’économie politique (Grundsätze der Volkswirtschaftslehre), l’un des trois textes fondateurs de la révolution marginaliste avec ceux de William Stanley Jevons et de Léon Walras. En 1883, il attaque la méthode de l’école historique allemande ; c’est l’économiste allemand Gustav von Schmoller qui, dans un compte rendu hostile, qualifie ses adversaires d’« autrichiens », nom qu’ils finiront par adopter. Eugen von Böhm-Bawerk et Friedrich von Wieser forment avec Menger la première génération. Böhm-Bawerk développe une théorie du capital et de l’intérêt fondée sur le temps, et publie en 1896 une critique célèbre de Marx.
Ludwig von Mises publie en 1912 sa Théorie de la monnaie et du crédit, puis en 1920 un article sur le calcul économique en régime socialiste, qui ouvre un débat de plusieurs décennies. Son grand traité, Human Action, paraît en anglais en 1949. Friedrich Hayek, son cadet, enseigne à la London School of Economics, où il publie Prix et production (1931) et affronte Keynes dans les années 1930. La Route de la servitude paraît en mars 1944, « L’utilisation de la connaissance dans la société » en 1945 dans l’American Economic Review, et La Constitution de la liberté en 1960. En 1974, Hayek partage le prix Nobel d’économie avec le Suédois Gunnar Myrdal, ce qui relance l’intérêt pour l’école.
Quelles sont les idées clés de l’école autrichienne ?
La valeur subjective et la marge. Un bien vaut ce que vaut, pour celui qui le possède, la dernière unité dont il dispose. Un verre d’eau dans le désert et le centième verre d’eau à la maison n’ont pas la même valeur, alors qu’ils contiennent la même eau.
Les prix comme information. Hayek prend l’exemple de l’étain. Si une nouvelle utilisation de l’étain apparaît quelque part dans le monde, ou si une source d’approvisionnement disparaît, son prix monte. Sans connaître la cause, des milliers d’utilisateurs l’économisent, cherchent des substituts, et l’ajustement se fait sans qu’aucun planificateur ait eu besoin de tout savoir. C’est le sens de la citation ci-dessus, tirée de cet article de 1945.
L’impossibilité du calcul socialiste. Pour Mises, sans propriété privée des moyens de production, il n’y a pas d’échange de ces biens, donc pas de prix, donc aucun moyen de savoir si une usine utilise ses ressources mieux qu’une autre. Les défenseurs du socialisme de marché, comme Oskar Lange, ont répondu qu’un bureau du plan pourrait fixer les prix par tâtonnement.
Le cycle par le crédit. Quand la banque centrale et le crédit bancaire maintiennent les taux d’intérêt au-dessous du niveau qu’aurait fixé l’épargne disponible, les entreprises lancent des projets longs que l’épargne réelle ne peut pas financer. L’expansion repose sur un mauvais signal ; la crise qui suit liquide ces « mauvais investissements ». Pour les Autrichiens, elle est douloureuse mais nécessaire, et la retarder par de nouvelles injections de crédit prépare une crise plus grave.
Que dit l’école autrichienne de la crise de 2008 ?
Des économistes autrichiens lisent la crise financière de 2008 comme une illustration de leur théorie : après 2001, des taux directeurs très bas, joints à des subventions au logement, auraient nourri une bulle immobilière et un excès de crédits subprime, dont l’éclatement était inévitable. D’autres économistes attribuent plutôt la crise aux défaillances de la régulation financière, à la titrisation et à l’excès d’endettement, et jugent que la récession qui a suivi venait d’un effondrement de la demande que la politique monétaire devait combattre. Le même épisode sert ainsi d’argument aux deux camps.
Quelles critiques vise l’école autrichienne ?
La méthode. Mises fonde l’économie sur la « praxéologie », une déduction logique à partir de l’axiome que l’homme agit en vue de fins. La plupart des économistes lui reprochent de rendre la théorie impossible à réfuter par les données.
La théorie du cycle. Dès 1932, Piero Sraffa reproche à Hayek de ne pas définir un taux d’intérêt « naturel » unique et de ne pas expliquer pourquoi l’investissement financé par le crédit serait moins durable que celui financé par l’épargne. Milton Friedman, en 1969 puis en 1993, conclut que les données américaines ne la confirment pas : l’ampleur d’une récession ne dépend pas de celle de l’expansion qui l’a précédée. Paul Krugman la critique en 1998 sous le nom de « théorie de la gueule de bois ». Gordon Tullock objecte qu’elle suppose des prêteurs trompés à répétition par les taux bas. Les économistes autrichiens ont répondu à chacune de ces objections, et des études empiriques plus récentes aboutissent à des résultats contrastés ; la théorie reste minoritaire.
L’influence politique. Selon un témoignage souvent cité, Margaret Thatcher aurait brandi en 1975 La Constitution de la liberté devant le département de recherche du Parti conservateur en déclarant : voici ce en quoi nous croyons. Mais les politiques des années 1980 doivent aussi beaucoup au monétarisme de Milton Friedman et à l’économie de l’offre, que les Autrichiens ne confondent pas avec leur propre doctrine.
Que change l’école autrichienne pour un investisseur ou un trader ?
La grille autrichienne invite à regarder le prix du crédit plutôt que le seul niveau d’activité. Des taux réels durablement négatifs, une croissance rapide du crédit ou des achats massifs de titres par la banque centrale, comme lors du quantitative easing, sont pour elle les signes d’un cycle artificiel, propice aux bulles sur les actifs dont l’horizon est le plus long : immobilier, actions de croissance, projets non rentables. Elle explique aussi pourquoi une partie des investisseurs se tourne vers l’or quand la création monétaire s’accélère. Ce n’est pas un outil de timing : une expansion jugée artificielle peut durer des années.
Questions fréquentes
Pourquoi parle-t-on d’école « autrichienne » ?
Parce que ses fondateurs, Carl Menger, Eugen von Böhm-Bawerk et Friedrich von Wieser, étaient autrichiens, et que Menger enseignait à l’université de Vienne. Le nom lui a été donné par ses adversaires de l’école historique allemande, dans les années 1880.
Quelle différence entre l’école autrichienne et le monétarisme ?
Les deux défendent l’économie de marché, mais le monétarisme de Milton Friedman s’appuie sur les statistiques et recommande une croissance régulière de la masse monétaire ; l’école autrichienne raisonne de manière déductive et se méfie du pilotage de la monnaie par une banque centrale.
Hayek et Keynes étaient-ils opposés ?
Oui, sur l’essentiel. Dans les années 1930, Hayek voyait dans l’excès de crédit la cause des crises, quand Keynes y voyait un manque de demande. Keynes a décrit Prix et production comme l’un des pires fouillis qu’il ait jamais lus.
Quels sont les principaux livres de l’école autrichienne ?
Principes d’économie politique de Menger (1871), Théorie de la monnaie et du crédit (1912) et Human Action (1949) de Mises, Prix et production (1931) et La Route de la servitude (1944) de Hayek.
Pour aller plus loin
Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.
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