Synthèse néoclassique : théorie et équilibre du marché

Qu’est-ce que la synthèse néoclassique ?
L’État doit intervenir dans l’économie le temps que l’économie se refasse une santé.
La synthèse néoclassique affirme que sur le court terme, les marchés ne réussissent pas toujours à se stabiliser à cause d’imperfections de nos systèmes économiques comme des salaires trop rigides ou l’emprise qu’ont les monopoles sur la concurrence. Dans ce cas-là, les gouvernements doivent dépenser davantage afin de stabiliser l’économie et faire repartir la croissance.
Une fois que la croissance est revenue, les marchés se régulent par eux-mêmes et la main invisible du marché fonctionne de nouveau à merveille.

Analyse de la théorie néoclassique
La synthèse néoclassique vient donc en accord avec Keynes sur le court terme : une intervention de l’État est nécessaire en période de crise. Cependant, elle diffère sur le long terme, ce qui lui a valu les critiques des keynésiens, en affirmant que les marchés devaient être libres en période normale et trouver leurs points d’équilibre.
Citation sur la synthèse néoclassique
« Voici quelques années, les économistes voyaient la concurrence parfaite comme un idéal … Aujourd’hui, nous comprenons que le monde entier lui fait exception. Si nous devions couper la tête de tous les concurrents imparfaits, il n’en resterait plus beaucoup. »
Paul Samuelson
La synthèse néoclassique en résumé
La synthèse néoclassique est le courant qui a réuni, après la Seconde Guerre mondiale, la macroéconomie de Keynes et la microéconomie néoclassique. À court terme, les salaires et les prix sont rigides, et l’économie peut rester en sous-emploi : l’État et la banque centrale doivent soutenir la demande. À long terme, les marchés retrouvent leur équilibre, et les lois de l’offre et de la demande s’appliquent de nouveau.
Elle a dominé l’enseignement et la politique économique des années 1950 et 1960, notamment aux États-Unis.
Les auteurs et le contexte
La Théorie générale de Keynes (1936) était un livre difficile, que chacun lisait à sa manière. En 1937, l’économiste britannique John Hicks en propose une version simplifiée dans l’article « Mr. Keynes and the « Classics » : A Suggested Interpretation », qui donne naissance au modèle IS-LM. En 1944, Franco Modigliani y intègre le marché du travail et montre que le sous-emploi keynésien repose sur la rigidité des salaires nominaux. Don Patinkin, en 1956, clarifie la structure d’ensemble.
Le diffuseur décisif est Paul Samuelson, professeur au MIT. Son manuel Economics, paru en 1948, devient le manuel d’économie le plus vendu de l’histoire ; c’est à lui qu’on attribue l’expression « synthèse néoclassique », employée au milieu des années 1950. Samuelson conseille les présidents Kennedy et Johnson, et reçoit en 1970 le prix Nobel d’économie, le premier attribué à un Américain. Autour de lui, James Tobin et Robert Solow complètent l’édifice.
Les idées clés
Le modèle IS-LM. Il résume l’économie par deux courbes. La courbe IS rassemble les combinaisons de taux d’intérêt et de production pour lesquelles le marché des biens est en équilibre : plus le taux est bas, plus on investit, plus on produit. La courbe LM rassemble celles pour lesquelles le marché de la monnaie est en équilibre : plus l’activité est forte, plus on a besoin de monnaie, plus le taux monte. Leur croisement donne le niveau de production et le taux d’intérêt. Une relance budgétaire déplace IS vers la droite ; une politique monétaire plus souple déplace LM vers la droite.
Deux horizons. Le court terme est keynésien : la demande commande la production. Le long terme est classique : la production dépend du travail, du capital et de la technique, et la croissance se décrit avec le modèle de Solow (1956), à l’origine de la croissance néoclassique.
Un arbitrage entre chômage et inflation. En 1960, Samuelson et Solow transposent aux États-Unis la courbe de Phillips : les autorités pourraient choisir un point sur un « menu », un peu plus d’inflation contre un peu moins de chômage.
Un épisode historique : la baisse d’impôts de 1964
Sur le conseil de Walter Heller, président du Council of Economic Advisers, John F. Kennedy propose en janvier 1963 une forte baisse de l’impôt sur le revenu, quitte à creuser le déficit : une idée typique de la synthèse, qui accepte un déficit temporaire pour rapprocher l’économie du plein emploi. Le Revenue Act est signé par Lyndon Johnson le 26 février 1964 ; le taux marginal le plus élevé passe de 91 % à 70 %. Le chômage recule de 5,2 % en 1964 à 4,5 % en 1965, puis 3,8 % en 1966. Les partisans de la synthèse y voient sa réussite ; d’autres relèvent que les dépenses publiques de la même période, et l’inflation qui suit à la fin des années 1960, compliquent l’attribution.
Les critiques et les débats
À gauche, chez les keynésiens fidèles. L’économiste de Cambridge Joan Robinson qualifie la synthèse de « keynésianisme bâtard » : elle aurait réduit Keynes à un cas particulier de la théorie classique, en oubliant l’incertitude radicale qui était au cœur de son œuvre.
Chez les monétaristes et les nouveaux classiques. Edmund Phelps (1967) et Milton Friedman (1968) soutiennent que l’arbitrage entre inflation et chômage n’existe qu’à court terme : à long terme, les anticipations s’ajustent et l’inflation ne réduit plus le chômage. La stagflation des années 1970, avec un chômage et une inflation élevés en même temps, leur donne raison aux yeux de beaucoup. En 1976, Robert Lucas montre que les modèles de la synthèse, construits sur des comportements passés, ne peuvent pas prévoir les effets d’une politique qui change ces comportements.
Ce qu’il en reste aujourd’hui
La synthèse n’a pas disparu ; elle s’est transformée. À partir des années 1990, une « nouvelle synthèse néoclassique », décrite notamment par Marvin Goodfriend et Robert King en 1997, combine les anticipations rationnelles des nouveaux classiques et les rigidités de prix des nouveaux keynésiens. C’est la base des modèles utilisés aujourd’hui par la plupart des banques centrales.
Pour un trader, cela se lit dans le discours de la Fed ou de la BCE : l’écart de production (la différence entre la production réelle et la production potentielle), les anticipations d’inflation et le taux d’intérêt « neutre » sont des notions directement issues de cette tradition. La règle de Taylor, proposée par John Taylor en 1993, qui relie le taux directeur à l’inflation et à l’écart de production, en est un prolongement.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre synthèse néoclassique et économie néoclassique ?
L’économie néoclassique, née avec la révolution marginaliste des années 1870, étudie l’équilibre des marchés à partir des choix individuels. La synthèse néoclassique, après 1945, y ajoute la macroéconomie de Keynes pour le court terme.
Qu’est-ce que le modèle IS-LM ?
Un modèle à deux courbes, proposé par John Hicks en 1937, qui détermine ensemble le niveau de production et le taux d’intérêt à partir de l’équilibre du marché des biens (IS) et de celui de la monnaie (LM).
Qui est le père de la synthèse néoclassique ?
Paul Samuelson en est le principal artisan et diffuseur, mais John Hicks, Franco Modigliani, James Tobin et Robert Solow y ont contribué de façon décisive.
Pourquoi la synthèse néoclassique a-t-elle été remise en cause ?
Parce qu’elle n’expliquait pas la stagflation des années 1970 et qu’elle négligeait le rôle des anticipations, comme l’ont montré Friedman, Phelps et Lucas.
Pour aller plus loin
Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.
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