Michael Burry : biographie, méthode et vrai visage du héros de The Big Short
Médecin venu seul à la finance, Michael Burry a été en 2005 l’un des premiers à parier contre les crédits subprimes. The Big Short en a fait un personnage ; ses comptes racontent une histoire plus âpre.

Qui est Michael Burry ?
Michael James Burry, né le 19 juin 1971 à San José, en Californie, est un médecin et gérant de fonds américain, fondateur en 2000 de Scion Capital. Il a été l’un des premiers investisseurs à parier contre les crédits immobiliers subprimes américains, en achetant dès mai 2005 des protections contre leur défaillance.
Son histoire a été racontée par Michael Lewis dans The Big Short (2010), puis portée à l’écran par Adam McKay en 2015, avec Christian Bale dans son rôle. Burry y apparaît comme un solitaire génial et ingérable. Le portrait est fidèle sur le fond ; il laisse dans l’ombre une méthode très classique, héritée de Benjamin Graham, et une carrière ultérieure plus contrastée.
Michael Burry en résumé
Michael Burry est arrivé à la finance par un forum de discussion, sans formation ni réseau. Il a construit un des meilleurs historiques de gestion des années 2000, dont la plus grande part vient d’un seul pari, tenu malgré la révolte d’une partie de ses clients. Il a fermé Scion Capital en 2008, rouvert une société en 2013, puis cessé de gérer l’argent de tiers en novembre 2025.
- Famille : Contre la foule
- Naissance : 19 juin 1971, San José (Californie)
- Nationalité : américaine
- Marchés : actions, options, dérivés de crédit
- Style : investissement dans la valeur, concentré et à contre-courant
- Coup le plus célèbre : les protections achetées à partir de mai 2005 contre les titres adossés aux crédits subprimes
- Livres : aucun
La vie de Michael Burry : l’œil de verre et les notes de bas de page
Michael Burry grandit à San José. À 2 ans, il perd son œil gauche à la suite d’un cancer de la rétine et porte depuis un œil de verre. Il étudie l’économie et les matières préparatoires à la médecine à l’UCLA, puis la médecine à l’université Vanderbilt, dont il sort diplômé en 1997. Il commence une spécialisation de neurologie à l’hôpital de Stanford, sans la terminer.
En parallèle, il apprend seul l’investissement en lisant Benjamin Graham et David Dodd. À partir de 1996, il publie ses analyses d’actions sur les forums du site Silicon Investor, puis sur son propre site ; pendant son internat, il écrit aussi pour le site financier MSN Money de Microsoft. Ses résultats attirent l’attention de professionnels, dont Joel Greenblatt, dont la société Gotham Capital investira dans son fonds. Michael Lewis rapporte qu’il s’est reconnu des traits du syndrome d’Asperger après le diagnostic posé chez son fils.
En novembre 2000, il fonde Scion Capital, du nom d’un roman de fantasy de Terry Brooks, avec l’argent d’un héritage et de prêts familiaux. Ses lettres aux investisseurs donnent les chiffres : en 2001, alors que le S&P 500 perd 11,88 % dividendes compris, le fonds gagne 55,44 % avant la commission de performance de 20 %, soit 44,67 % pour ses clients. Il bat encore nettement l’indice en 2002 (13,10 % net contre -22,10 %) et en 2003 (40,81 % contre 28,69 %), un peu moins en 2004. Selon Lewis, Scion gère environ 600 millions de dollars fin 2004.
Après le pari des subprimes, Burry ferme Scion Capital en 2008. En avril 2010, il signe dans le New York Times une tribune où il reproche aux autorités de ne pas avoir entendu les avertissements. Il rouvre une société de gestion, Scion Asset Management, en 2013. En novembre 2025, il la retire du registre des conseillers en investissement de la SEC, cesse de gérer des capitaux extérieurs et lance une lettre payante, Cassandra Unchained.
Quelle est la méthode de Michael Burry ?
La méthode de Michael Burry est celle de l’investisseur dans la valeur, appliquée avec une obstination rare. Il se réclame de Security Analysis de Graham et Dodd (1934) et de la notion de marge de sécurité : n’acheter un titre que lorsque son prix est nettement inférieur à la valeur que l’analyse lui attribue. Il lit les rapports annuels, les prospectus et les notes de bas de page que la plupart des investisseurs survolent.
Il pratique aussi la vente à découvert et les options de vente quand l’analyse montre un titre surévalué, et n’hésite pas à concentrer son portefeuille sur quelques idées. Il cherche les situations où la foule a cessé de regarder : petites sociétés délaissées, secteurs honnis, ou au contraire produits financiers que tout le monde achète sans les lire.
Son trait distinctif est le travail sur documents. Pour les subprimes, il ne s’est pas contenté d’une thèse générale sur l’immobilier. Il a lu les prospectus de dizaines de titres pour repérer les paniers de prêts les plus fragiles : prêts à taux d’appel, prêts sans justificatif de revenus, prêts où l’emprunteur ne remboursait que les intérêts. Puis il a demandé aux banques de lui vendre une protection sur ces titres-là précisément.
Quel est le coup le plus célèbre de Michael Burry ?
La mécanique d’ensemble du pari contre les subprimes, des titres découpés en tranches aux contrats d’échange sur défaut de crédit, est racontée dans la fiche de John Paulson, qui en a tiré le plus gros gain. L’angle de Burry est différent : il est arrivé le premier, seul, et avec des titres choisis un par un.
Le 19 mai 2005, selon Lewis, Burry conclut avec la Deutsche Bank ses premiers CDS sur des titres adossés à des crédits subprimes, pour 60 millions de dollars ; Burry a lui-même raconté que ces premiers contrats, négociés en mai, n’ont été exécutés que dans les premiers jours de juin. Le produit existe à peine, et il participe à la mise au point de sa documentation standard. Il traitera avec neuf banques et, selon son propre récit, détiendra des protections sur environ 1,8 milliard de dollars de titres hypothécaires, et sur 6,6 milliards de dettes de sociétés comme AIG, Countrywide ou Fannie Mae. Il paie chaque année des primes importantes alors que les prix immobiliers montent encore et que les titres assurés se portent bien.
Les défauts arrivent à partir de la fin 2006, la valeur des protections s’envole en 2007. Scion gagne plus de 700 millions de dollars pour les investisseurs restés dans le fonds ; Burry, environ 100 millions personnellement. Selon Lewis, de sa création le 1er novembre 2000 à juin 2008, Scion affiche une performance de 489,34 % après frais, contre un peu plus de 2 % pour le S&P 500 sur la même période. Burry liquide ses positions et ferme le fonds.
Quelle a été la pire erreur de Michael Burry ?
La pire erreur de Michael Burry n’est pas une erreur d’analyse ; c’est la manière dont il a traité ses clients pendant l’attente. En 2006, les primes payées pèsent sur les résultats de Scion : sur les neuf premiers mois, le fonds perd 17,36 %, quand le S&P 500 gagne 8,53 %. Les investisseurs s’inquiètent, puis demandent à sortir. Burry place alors ses CDS hypothécaires dans un compartiment séparé, ce qu’on appelle un side pocket : un investisseur qui quitte le fonds en conserve sa part, mais ne la récupère qu’au dénouement des positions.
Burry a raconté la suite lui-même : une foule d’investisseurs en colère, dont beaucoup réclament leur argent, des menaces de poursuites, le bureau de Hong Kong fermé, des salaires réduits, des licenciements, et l’idée d’une liquidation du fonds en décembre 2006. Pour tenir, il solde à la hâte une grande partie de ses protections sur les sociétés financières, à des prix qu’il jugera désastreux. Le pari finit par payer, mais l’homme sort de l’épisode épuisé et ferme son fonds. Avoir raison seul contre ses propres associés s’est révélé plus coûteux que d’avoir raison contre Wall Street.
Une autre erreur, plus récente, est chiffrée. En 2019, Scion Asset Management prend une participation dans GameStop et presse la société de racheter ses actions. Scion avait acheté environ 3,4 millions d’actions, soit 5,3 % du capital, pour une quinzaine de millions de dollars ; elle n’en détient plus que 1,7 million fin septembre 2020 et a tout vendu à la fin de l’année. Quelques semaines plus tard, l’action s’envole avec la frénésie de janvier 2021 racontée dans la fiche de Ken Griffin : au plus haut, le 28 janvier, ces 3,4 millions d’actions auraient valu plus d’un milliard et demi de dollars.
Qu’a ajouté la légende à l’histoire de Michael Burry ?
Le film d’Adam McKay, sorti en décembre 2015 et récompensé par l’Oscar du meilleur scénario adapté, a fait de Burry un héros de cinéma : pieds nus, musique métal, batterie dans le bureau. Le livre de Lewis, fondé sur des entretiens avec Burry et sur ses lettres, en donnait déjà le caractère. Ce que la fiction résume trop vite, c’est la durée : deux ans de primes payées et de clients mécontents tiennent en quelques scènes.
La légende veut aussi que Burry ait « prévu la crise de 2008 ». Il a prévu, avec précision, la défaillance des titres adossés aux crédits subprimes, et ses lettres annonçaient un retournement sans précédent. Mais son pari portait sur ces crédits, et il l’avait soldé au printemps 2008, avant la faillite de Lehman Brothers. Depuis, chacune de ses mises en garde publiques est lue comme une prophétie, et beaucoup ne se sont pas réalisées dans les délais qu’on leur prêtait.
Ses déclarations trimestrielles à la SEC, dites formulaires 13F, alimentent enfin des titres de presse trompeurs. En août 2023, on annonce qu’il a « parié 1,6 milliard de dollars sur un krach » : le chiffre correspondait à la valeur théorique des actions couvertes par ses options de vente sur deux fonds indiciels, non à la somme engagée, bien plus faible. Les positions ont été soldées dès le trimestre suivant.
Que peut apprendre un trader de Michael Burry ?
Burry rappelle qu’une analyse juste ne suffit pas : il faut aussi pouvoir tenir. Son pari reposait sur la lecture patiente de documents publics, à la portée de n’importe quel analyste qui aurait accepté de s’ennuyer. Il a failli échouer non sur la thèse, mais sur la durée et sur ses relations avec ceux qui lui avaient confié leur argent.
- Lisez les documents sources, prospectus, rapports annuels, notes de bas de page, plutôt que leurs résumés.
- Construisez un pari dont vous pouvez payer le coût de détention aussi longtemps que nécessaire.
- Expliquez votre position à vos associés avant qu’ils ne doutent : une thèse juste ne protège pas d’une fuite des capitaux.
- Ne lisez pas une déclaration 13F comme une prédiction : la valeur théorique d’une option n’est pas la somme engagée.
- Fixez à l’avance votre sortie sur une position gagnante, mais sachez que vendre tôt fait partie du prix de la discipline.
Quels livres lire sur Michael Burry ?
- Michael Burry n’a pas écrit de livre. Ses lettres aux investisseurs de Scion Capital et sa tribune du New York Times d’avril 2010, « I Saw the Crisis Coming. Why Didn’t the Fed ? », sont ses textes les plus connus.
- The Big Short : Inside the Doomsday Machine, Michael Lewis, W. W. Norton, 2010. Le portrait de référence, à lire en premier. En français : Le Casse du siècle, traduit par Fabrice Pointeau avec Guy Martinolle, Sonatine, 2010.
- Security Analysis, Benjamin Graham et David Dodd, Whittlesey House (McGraw-Hill), 1934. Le livre dont Burry se réclame ; voir la fiche de Benjamin Graham pour les éditions françaises.
- The Big Short, film d’Adam McKay, Paramount, 2015, avec Christian Bale dans le rôle de Burry ; sorti en France sous le titre The Big Short : le casse du siècle.
Questions fréquentes sur Michael Burry
Combien Michael Burry a-t-il gagné avec la crise des subprimes ?
Scion Capital a gagné plus de 700 millions de dollars pour les investisseurs restés dans le fonds, et Burry environ 100 millions de dollars personnellement. Selon Michael Lewis, de novembre 2000 à juin 2008, le fonds affiche une performance de 489,34 % après frais.
Michael Burry est-il vraiment médecin ?
Oui. Diplômé de médecine de l’université Vanderbilt, il a commencé une spécialisation de neurologie à Stanford sans la terminer, puis a quitté la médecine pour fonder son fonds en 2000, à 29 ans.
Michael Burry a-t-il fermé son fonds ?
Deux fois. Il a fermé Scion Capital en 2008, après le pari des subprimes. En novembre 2025, il a retiré Scion Asset Management du registre des conseillers de la SEC et cessé de gérer l’argent d’investisseurs extérieurs ; il publie depuis une lettre payante, Cassandra Unchained.
Le film The Big Short est-il fidèle ?
Pour Burry, il suit de près le livre de Michael Lewis, lui-même fondé sur des entretiens et sur les lettres de Scion. Il condense en revanche la durée de l’attente et simplifie la mécanique des CDS. Les autres personnages principaux, comme celui joué par Steve Carell, ont des noms changés.
Pour aller plus loin
- Le conformisme, la force contre laquelle Burry a construit toute sa carrière
- La crise des subprimes, la chronologie complète du krach
Benoist Rousseau est trader, membre du Chicago Mercantile Exchange (CME) et du Chicago Board of Trade (CBOT), spécialiste en histoire économique formé à la Sorbonne et pédagogue expérimenté. Il a ainsi créé son École de Trading en 2022.
Fort de plus de 30 ans d’expérience sur les futures CME, il partage analyses de séance, replays de trades commentés, psychologie et gestion du risque — sans signaux ni promesses, du trading brut et sans filtre.










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