Histoire de Procter & Gamble : de deux beaux-frères de Cincinnati au premier vendeur de lessive du monde

Procter & Gamble, P&G pour les intimes, est un groupe américain de produits du quotidien : lessive, couches, rasoirs, dentifrice, shampoing. Son histoire commence en 1837 par un mariage de raison entre un fabricant de bougies et un savonnier, et se poursuit par une invention moins visible que ses produits : la gestion par marque, qui a fait de cette maison de Cincinnati la grande école mondiale du marketing.
Procter & Gamble en bref
- Fondation : 31 octobre 1837, à Cincinnati (Ohio), par William Procter et James Gamble.
- Siège : Cincinnati, Ohio.
- Dirigeant : Shailesh Jejurikar, directeur général depuis le 1er janvier 2026 et président du conseil d’administration depuis le 1er août 2026.
- Activités : lessive et entretien de la maison, bébé, hygiène féminine et papier, beauté, santé, rasage.
- Marques principales : Tide, Ariel, Pampers, Gillette, Oral-B, Crest, Pantene, Head & Shoulders, Always, Charmin, Dawn, Febreze.
- Effectifs : environ 104 000 salariés au 30 juin 2026.
- Cotation : Bourse de New York (code PG), membre du Dow Jones depuis 1932.
- Chiffre d’affaires 2025-2026 (exercice clos le 30 juin) : 87,0 milliards de dollars.
Quelle est l’histoire de Procter & Gamble ?
1837-1878 : des bougies, du savon et un beau-père avisé
William Procter, fabricant de bougies venu d’Angleterre, et James Gamble, savonnier né en Irlande, ont épousé deux sœurs à Cincinnati, ville alors surnommée Porkopolis pour ses abattoirs, qui fournissaient en abondance le suif et la graisse dont ont besoin les deux métiers. Leur beau-père, Alexander Norris, leur fait remarquer qu’ils se disputent les mêmes matières premières et qu’ils gagneraient à s’associer. L’association est signée le 31 octobre 1837.
Selon la tradition maison, vers 1851, des débardeurs marquent d’une croix les caisses de bougies pour les reconnaître ; la croix devient une étoile, puis une lune entourée de treize étoiles, que la maison fait enregistrer comme marque en 1882. Pendant la guerre de Sécession, les fils des fondateurs achètent en 1860 à La Nouvelle-Orléans un gros stock de colophane, à un dollar le baril, ce qui permet de continuer à produire quand les matières premières manquent. L’entreprise fournit savon et bougies aux armées de l’Union et sort du conflit avec une réputation nationale.
1879-1945 : Ivory, la publicité et la gestion par marque
En 1879, James Norris Gamble, fils du fondateur, met au point un savon blanc bon pour la toilette comme pour le linge. Harley Procter, fils de l’autre fondateur, lui trouve un nom dans le psaume 45 : Ivory. Le savon flotte, ce qui évite de le chercher au fond du baquet. Le récit le plus répandu attribue ce prodige à un ouvrier qui aurait laissé tourner un mélangeur pendant sa pause, faisant entrer de l’air dans la pâte ; la page d’histoire du groupe, elle, ne parle d’aucun accident et met le savon au crédit de James Norris Gamble. Le slogan, lui, est authentique : « 99 44/100 % pur ». Il accompagne les premières grandes campagnes de publicité de la maison, dans les années 1880.
Après un incendie, l’usine d’Ivorydale ouvre en 1886. La maison innove aussi avec ses ouvriers : samedi après-midi libre en 1885, participation aux bénéfices en 1887. Elle devient société par actions en 1890, sous la présidence de William Alexander Procter, puis de son fils William Cooper Procter à partir de 1907. En 1911, elle lance Crisco, une graisse végétale obtenue par hydrogénation des huiles. En 1930, elle achète Thomas Hedley, savonnier de Newcastle, et prend pied en Grande-Bretagne.
Deux inventions de l’entre-deux-guerres comptent plus que les produits. En 1931, un jeune responsable, Neil McElroy, propose qu’une personne soit responsable d’une seule marque, de bout en bout : c’est l’acte de naissance du chef de produit, que toute l’industrie copiera. À partir de 1933, P&G finance les feuilletons radiophoniques de l’après-midi, destinés aux ménagères : on les appellera bientôt les soap operas, les « opéras du savon ».
1946-1979 : Tide, Crest, Pampers
Le détergent synthétique Dreft existait depuis 1933, mais il lavait mal le gros linge. Selon le récit du groupe, le chercheur chargé du projet le poursuit en cachette plusieurs années après qu’on lui a ordonné d’arrêter. En 1946 sort Tide, qui devient en quelques années la lessive la plus vendue des États-Unis. Le dentifrice Crest, mis au point avec l’université de l’Indiana, est lancé en 1955 ; en 1960, l’association des dentistes américains reconnaît son efficacité contre les caries, et Crest passe devant Colgate. Neil McElroy, devenu président du groupe en 1948, le quitte en 1957 pour devenir secrétaire à la Défense du président Eisenhower.
En 1961, P&G teste la couche jetable Pampers, née de l’agacement d’un chercheur, Vic Mills, qui changeait son petit-fils. Le prix de départ, 10 cents la couche, fait fuir les parents ; il faut le ramener à 6 cents pour que le produit décolle. Les autorités de la concurrence obligent le groupe à revendre Clorox, racheté en 1957, ce que la Cour suprême confirme en 1967.
1980-1999 : le choc Rely, les rachats et un pari sur les dérivés
En septembre 1980, après un rapport des autorités sanitaires américaines qui associe ses tampons Rely au syndrome du choc toxique, P&G les retire du marché et passe 75 millions de dollars de pertes. En 1985, lassé d’une rumeur tenace qui voyait dans son logo à la lune un symbole satanique, il le retire de ses emballages.
Les années 1980 sont celles des achats : Richardson-Vicks en 1985 pour 1,2 milliard de dollars (Vicks, Oil of Olay), l’allemand Blendax en 1987, Noxell et sa marque de maquillage Cover Girl en 1989, Max Factor en 1991. La même année 1988, P&G entre en Chine ; Head & Shoulders y est sa première marque. En 1994, le très prudent fabricant de savon découvre la finance : deux contrats de taux d’intérêt montés avec Bankers Trust tournent mal et l’obligent à passer une provision. Il attaque la banque en justice ; le règlement amiable de mai 1996 lui permet de reprendre environ 120 millions de dollars de la provision passée en 1994. Suivent Tambrands (Tampax) en 1997, pour environ 1,84 milliard de dollars, et les croquettes Iams en 1999, pour 2,22 milliards.
En 1998, P&G lance « Organisation 2005 », qui remplace les régions par des unités mondiales par produit. Le Néerlandais Durk Jager, directeur général en 1999, pousse la réforme à marche forcée. Le 7 mars 2000, un avertissement sur les résultats fait perdre à l’action environ 30 % en une séance. Le 8 juin, Durk Jager démissionne, au bout d’un an et demi.
2000-2013 : Lafley, Gillette et la course à la taille
Son successeur, Alan George Lafley, dit A. G. Lafley, résume l’échec d’une phrase : « nous avons changé trop de choses, trop vite ». Il recentre le groupe sur ses grandes marques et sur la beauté : Clairol en 2001, pour près de 5 milliards de dollars, le contrôle de l’allemand Wella en 2003. Le 28 janvier 2005, il annonce le rachat de Gillette, fondé en 1901 à Boston, pour environ 57 milliards de dollars en actions, le plus gros de l’histoire du groupe. L’opération est conclue le 1er octobre 2005 et apporte les rasoirs Gillette, les brosses à dents Oral-B, les rasoirs électriques Braun et les piles Duracell. Robert McDonald lui succède en 2009 ; en mai 2013, le conseil rappelle A. G. Lafley.
Depuis 2014 : moins de marques, un activiste, de nouveaux patrons
Le 1er août 2014, A. G. Lafley annonce que le groupe va se séparer de jusqu’à 100 marques pour en garder 70 à 80, qui font 90 % des ventes et des bénéfices. L’homme qui avait bâti le portefeuille le démonte. Duracell est cédée à Berkshire Hathaway, la société de Warren Buffett, en échange des 52 millions d’actions P&G qu’elle détenait, opération conclue le 29 février 2016. Le 3 octobre 2016, une quarantaine de marques de beauté, parmi lesquelles Wella, Clairol, Cover Girl, Max Factor et les parfums sous licence, rejoignent le groupe Coty.
David Taylor, directeur général à partir de 2015, affronte en 2017 l’investisseur activiste Nelson Peltz, dont le fonds Trian réclame un siège au conseil. Les deux camps dépensent au moins 60 millions de dollars, et le recomptage donne Peltz gagnant de 42 780 voix sur plus de 2 milliards exprimées. Le groupe le fait entrer au conseil ; il n’y sollicite pas de nouveau mandat en 2021. Jon Moeller dirige le groupe de 2021 à 2025. Shailesh Jejurikar, entré chez P&G en 1989, lui succède le 1er janvier 2026, et prend aussi la présidence du conseil le 1er août 2026, au départ de Jon Moeller.
Que fait Procter & Gamble aujourd’hui ?
P&G vend ses produits dans environ 180 pays et territoires. Plus de la moitié de ses ventes se font hors des États-Unis, d’abord en Chine, au Royaume-Uni, au Canada, au Japon et en Allemagne. Sur l’exercice 2025-2026, ses 87,0 milliards de dollars de chiffre d’affaires se répartissent en cinq métiers :
- Lessive et entretien de la maison (35 % des ventes) : Tide, Ariel, Downy, Lenor, Gain, Dawn, Fairy, Febreze, Mr. Clean (Mr Propre en France), Swiffer.
- Bébé, hygiène féminine et papier (24 %) : Pampers, Luvs, Always, Tampax, Bounty, Charmin.
- Beauté (19 %) : Head & Shoulders, Pantene, Herbal Essences, Olay, SK-II, Old Spice.
- Santé (14 %) : Crest, Oral-B, Vicks, Metamucil, Pepto-Bismol.
- Rasage (8 %) : Gillette, Venus, Braun.
Qui sont les dirigeants de Procter & Gamble ?
- William Alexander Procter (1890-1907) : premier président de la société par actions.
- William Cooper Procter (1907-1930) : président.
- Richard Deupree (1930-1948) : président.
- Neil McElroy (1948-1957) : président.
- Howard Morgens (1957-1974), Edward Harness (1974-1981), John Smale (1981-1990), Edwin Artzt (1990-1995), John Pepper (1995-1999).
- Durk Jager (1999-2000) : directeur général.
- A. G. Lafley (2000-2009, puis 2013-2015) : directeur général.
- Robert McDonald (2009-2013) : directeur général.
- David Taylor (2015-2021) : directeur général.
- Jon Moeller (2021-2025) : directeur général, puis président exécutif jusqu’au 31 juillet 2026.
- Shailesh Jejurikar (depuis 2026) : directeur général, et président du conseil depuis le 1er août 2026.
Comment l’action Procter & Gamble a-t-elle évolué en Bourse ?
L’action P&G est cotée à la Bourse de New York sous le code PG. Elle est entrée dans le Dow Jones en 1932 et y figure toujours, ce qui en fait l’un des plus anciens membres de l’indice. Le groupe verse un dividende sans interruption depuis 1890 et l’augmente chaque année depuis 1956 : 70 hausses consécutives en 2026. Exception à ce parcours tranquille : le 7 mars 2000, l’action a perdu environ 30 % en une séance, retirant à elle seule quelque 142 points au Dow Jones.
Quels sont les chiffres clés de Procter & Gamble depuis 2022 ?
| Exercice clos le 30 juin | Chiffre d’affaires | Résultat opérationnel | Résultat net part du groupe |
|---|---|---|---|
| 2022 | 80,19 | 17,81 | 14,74 |
| 2023 | 82,01 | 18,13 | 14,65 |
| 2024 | 84,04 | 18,55 | 14,88 |
| 2025 | 84,28 | 20,45 | 15,97 |
| 2026 | 87,03 | 19,75 | 16,05 |
En milliards de dollars, comptes publiés par Procter & Gamble (rapports annuels 10-K déposés auprès de la SEC, l’autorité boursière américaine).
Questions fréquentes sur Procter & Gamble
Qui a fondé Procter & Gamble ?
William Procter, fabricant de bougies d’origine anglaise, et James Gamble, savonnier né en Irlande, le 31 octobre 1837 à Cincinnati. Leur beau-père commun, Alexander Norris, leur avait suggéré de s’associer.
Qui dirige Procter & Gamble ?
Shailesh Jejurikar, entré dans le groupe en 1989, en est le directeur général depuis le 1er janvier 2026. Il préside aussi le conseil d’administration depuis le 1er août 2026, après le départ de Jon Moeller.
Quelles sont les marques de Procter & Gamble ?
Les plus connues sont Ariel, Tide, Pampers, Gillette, Oral-B, Pantene, Head & Shoulders, Always, Febreze et Mr Propre. Duracell, Wella et Max Factor n’en font plus partie depuis 2016.
Procter & Gamble verse-t-il un dividende ?
Oui, sans interruption depuis 1890, et en hausse chaque année depuis 1956.
Toutes nos analyses sont réunies sur la page des analyses SWOT des grandes entreprises.
Sources
8
- Procter & Gamble, « P&G History » (page d’histoire du groupe, consultée le 10 octobre 2026)
- Procter & Gamble, rapport annuel 10-K de l’exercice clos le 30 juin 2026 (4 août 2026)
- Procter & Gamble, « Shailesh Jejurikar appointed Chairman of P&G Board of Directors » (29 juillet 2026)
- SEC, données comptables publiées par Procter & Gamble, exercices 2022 à 2026 (consultées le 10 octobre 2026)
- Procter & Gamble et Gillette, « P&G Acquires The Gillette Company » (28 janvier 2005)
- Procter & Gamble, « P&G reaffirms Gillette acquisition financial impacts » (3 octobre 2005)
- CNN Money, chute de l’action P&G après un avertissement sur les résultats (7 mars 2000)
- CNN Money, « P&G CEO quits amid woes » (8 juin 2000)
Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.
Découvrir mon parcours



La formation complète Gratuit
Le trading commence par les bons outils.
- La formation complète à la plateforme
- Mes Graphiques & Espaces de travail : accès exclusif à mes indicateurs, modèles et réglages personnalisés
- Configuration guidée, pas à pas
Quand vous serez prêt Pour aller plus loin
Formations, séminaires, webinaire et coaching privé. Je vous accompagne personnellement.
Découvrir l’École



