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Bretton Woods : définition, histoire et fin du système monétaire de 1944

En juillet 1944, quarante-quatre pays dessinent l’ordre monétaire de l’après-guerre autour d’un dollar convertible en or : comment le système de Bretton Woods a fonctionné, et pourquoi il a pris fin en 1971.

Bretton Woods, définition du lexique économique d’andlil.com

Que sont les accords de Bretton Woods ?

Les accords de Bretton Woods sont les accords monétaires internationaux signés le 22 juillet 1944 par quarante-quatre pays, qui créent le Fonds monétaire international et la Banque mondiale et instaurent un système de changes fixes mais ajustables, dans lequel chaque monnaie est rattachée au dollar et le dollar à l’or, au prix de 35 dollars l’once. Ils tirent leur nom de la station du New Hampshire où se tint la conférence, du 1er au 22 juillet 1944.

On parle souvent d’étalon de change-or : à la différence de l’étalon-or classique, qui fait l’objet d’une autre définition de ce lexique, les particuliers ne peuvent plus convertir leurs billets en métal. Seules les banques centrales étrangères peuvent présenter des dollars au Trésor américain pour obtenir de l’or. Le système a fonctionné pleinement de la fin de 1958 à 1968, et il disparaît entre 1971 et 1973.

Les accords de Bretton Woods en résumé

Négociés pendant la guerre par le Britannique John Maynard Keynes et l’Américain Harry Dexter White, les accords de Bretton Woods visent à éviter le retour des dévaluations compétitives et des blocs monétaires des années 1930. Chaque pays déclare une parité en or ou en dollars et la défend dans une marge de 1 % ; il ne peut la modifier qu’en cas de déséquilibre fondamental, avec l’accord du FMI. Les États-Unis s’engagent à convertir en or, à 35 dollars l’once, les dollars des banques centrales. Le système assure la stabilité des changes pendant la reconstruction, mais repose sur un dollar dont l’offre dépasse bientôt le stock d’or américain. Richard Nixon suspend la convertibilité le 15 août 1971.

Comment les accords de Bretton Woods sont-ils nés, et comment ont-ils fini ?

Le projet naît de la mémoire des années 1930 : effondrement de l’étalon-or, dévaluations en chaîne, contrôle des changes, commerce bilatéral. Dès 1941, le Trésor américain d’Henry Morgenthau charge Harry Dexter White de préparer un fonds de stabilisation, tandis qu’à Londres Keynes imagine une union de compensation internationale dotée de sa propre monnaie de compte, le bancor, qui obligerait les pays excédentaires comme les déficitaires à s’ajuster. Les deux plans sont publiés en avril 1943. Celui de White l’emporte pour l’essentiel, parce que les États-Unis seront le seul créancier de l’après-guerre.

La conférence s’ouvre le 1er juillet 1944 au Mount Washington Hotel, avec 730 délégués. L’administration de Franklin D. Roosevelt obtient un dollar défini en or à 35 dollars l’once, le prix fixé en 1934. Les accords entrent en vigueur le 27 décembre 1945 ; la veille, le gouvernement provisoire de Charles de Gaulle les a ratifiés, et le dollar vaut désormais 119,10 francs. Le FMI commence ses opérations en 1947. Keynes, mort en avril 1946, ne verra pas le système fonctionner.

Les débuts sont laborieux. Le Royaume-Uni, tenu par le prêt américain négocié par Keynes, rend la livre convertible le 15 juillet 1947 et doit suspendre la convertibilité cinq semaines plus tard. En septembre 1949, la livre dévalue, suivie par de nombreuses autres monnaies. Il faut attendre la fin de décembre 1958 pour que les grandes monnaies européennes, dont le franc, redeviennent convertibles pour les opérations courantes : le système prévu en 1944 n’a vraiment fonctionné qu’une dizaine d’années.

Dès 1960, les dollars détenus hors des États-Unis dépassent le stock d’or américain. Le 20 octobre 1960, l’once monte jusqu’à 40 dollars environ à Londres, selon la Banque d’Angleterre ; John F. Kennedy promet de ne pas dévaluer et, en novembre 1961, les États-Unis et sept pays européens forment le pool de l’or de Londres pour tenir le prix de 35 dollars. Le 4 février 1965, de Gaulle plaide pour un retour à l’étalon-or ; la Banque de France convertit une partie de ses dollars, puis la France quitte le pool en 1967. La dévaluation de la livre en novembre 1967 provoque une ruée sur l’or ; en mars 1968, le pool cesse d’intervenir et le marché se coupe en deux, un prix officiel entre banques centrales et un prix libre pour tous les autres. Le dernier acte se joue en 1971.

Quelles sont les idées clés des accords de Bretton Woods ?

Des changes fixes mais ajustables. Chaque pays déclare une parité et la défend dans une marge de 1 % de part et d’autre. Il peut la modifier pour corriger un déséquilibre fondamental, notion que les accords ne définissent pas. Le système refuse à la fois la rigidité de l’étalon-or et le flottement des années 1930.

Le dollar, pivot du système. Le dollar est la seule monnaie convertible en or, et seulement pour les autorités monétaires étrangères. Les autres banques centrales tiennent leurs réserves en dollars, qui rapportent un intérêt, plutôt qu’en métal, qui n’en rapporte pas. C’est ce qu’on appelle l’étalon de change-or.

Le FMI, prêteur aux pays en difficulté. Le Fonds monétaire international reçoit de chaque membre une quote-part, en or et en monnaie nationale, et peut prêter des devises à un pays dont la balance des paiements est en déficit, pour lui éviter une dévaluation ou des restrictions commerciales. La Banque mondiale, née à la même conférence, prête pour la reconstruction puis le développement : son premier prêt va à la France en 1947.

Le contrôle des capitaux autorisé. Les accords imposent la convertibilité pour les paiements courants, le commerce et les revenus, mais laissent les pays libres de contrôler les mouvements de capitaux. Keynes y tenait : c’est ce qui permettait de concilier changes fixes et politique monétaire autonome, le triangle que Robert Mundell formalisera dans les années 1960.

Les droits de tirage spéciaux. Pour compléter l’or et le dollar, le FMI crée en 1969 une monnaie de réserve artificielle, le DTS. Elle arrive trop tard pour sauver le système.

Que s’est-il passé le 15 août 1971, quand Nixon a suspendu la convertibilité du dollar en or ?

Au printemps 1971, la confiance s’effondre. L’Allemagne laisse flotter le mark en mai, la Suisse et l’Autriche réévaluent. Début août, un rapport d’une sous-commission du Congrès juge le dollar surévalué. Les demandes de conversion s’accumulent, et les États-Unis enregistrent en 1971 leur premier déficit commercial du siècle.

Du 13 au 15 août, Richard Nixon réunit à Camp David ses conseillers économiques, dont le secrétaire au Trésor John Connally, le président de la Réserve fédérale Arthur Burns et le sous-secrétaire aux affaires monétaires Paul Volcker. Le dimanche 15 août au soir, à la télévision, le président annonce la suspension temporaire de la convertibilité du dollar en or, un gel des prix et des salaires pendant quatre-vingt-dix jours et une surtaxe de 10 % sur les importations. Les alliés ne sont pas consultés. La mesure, présentée comme une défense du dollar contre les spéculateurs, met fin à l’engagement pris en 1944.

La suite est une négociation. Selon le mot prêté à John Connally devant ses homologues européens à la fin de 1971, le dollar était la monnaie des Américains, mais le problème des autres. L’accord du Smithsonian, à Washington, le 18 décembre 1971, porte l’once officielle à 38 dollars et élargit les marges à 2,25 % ; Nixon le salue comme le plus important accord monétaire de l’histoire. Il ne tient pas quinze mois. En février 1973, le dollar est dévalué une seconde fois, à 42,22 dollars l’once ; en mars, les grandes monnaies cessent d’être défendues et flottent. Les accords de la Jamaïque, en janvier 1976, et le deuxième amendement des statuts du FMI, en vigueur le 1er avril 1978, prennent acte de la fin du système et du rôle monétaire de l’or.

Quelles sont les critiques des accords de Bretton Woods ?

Le dilemme de Triffin. Dans Gold and the Dollar Crisis (1960), l’économiste belge Robert Triffin montre que le système contient sa propre fin : pour fournir au monde les réserves dont il a besoin, les États-Unis doivent creuser leur déficit extérieur, mais plus les dollars s’accumulent à l’étranger, moins leur convertibilité en or est crédible. Le diagnostic, établi dix ans avant la rupture, est aujourd’hui la référence.

Le privilège exorbitant. Le système permet aux États-Unis de régler leurs déficits avec leur propre monnaie. Valéry Giscard d’Estaing, ministre des Finances de 1962 à 1966, parle de « privilège exorbitant », expression souvent prêtée à de Gaulle ; Jacques Rueff dénonce le « déficit sans pleurs ». Barry Eichengreen (Exorbitant Privilege, 2011) a repris la formule pour titre.

L’asymétrie de l’ajustement. Keynes voulait que les pays excédentaires participent à l’effort ; le plan White en fait porter la charge sur les déficitaires. Les débats sur les excédents allemands ou chinois prolongent cette critique.

Un âge d’or à relativiser. Les Trente Glorieuses coïncident avec Bretton Woods, et Michael Bordo et Barry Eichengreen (1993) relèvent que la période a connu une croissance et une stabilité rares. Mais le système n’a fonctionné pleinement qu’une dizaine d’années, sous contrôle des capitaux, et la croissance tenait surtout à la reconstruction et au rattrapage technologique de l’Europe et du Japon. Francis Gavin (2004) a montré combien sa défense dépendait de considérations stratégiques, jusqu’au stationnement des troupes américaines en Allemagne.

Que reste-t-il aujourd’hui des accords de Bretton Woods ?

Les institutions ont survécu au système. Le FMI et la Banque mondiale, que l’on appelle encore les institutions de Bretton Woods, siègent toujours à Washington. Le FMI n’arbitre plus des parités, mais surveille les politiques économiques et prête aux pays en crise. Le dollar, lui, est resté la principale monnaie de réserve : selon les statistiques du FMI, il représente toujours plus de la moitié des réserves de change déclarées. En 2003, trois économistes, Michael Dooley, David Folkerts-Landau et Peter Garber, ont même parlé d’un Bretton Woods II pour décrire les pays asiatiques qui accumulaient des dollars afin de freiner l’appréciation de leur monnaie. L’expression « nouveau Bretton Woods » revient à chaque crise, en 2008 comme après 2022, sans qu’aucune conférence comparable ait jamais eu lieu.

Qu’est-ce que les accords de Bretton Woods changent pour un investisseur ou un trader ?

La fin de Bretton Woods a créé le marché des changes moderne. Tant que les parités étaient fixes, le risque de change se résumait à la crainte d’une dévaluation. Dès que les monnaies flottent, il devient un risque quotidien, qu’il faut pouvoir couvrir. Le 16 mai 1972, le Chicago Mercantile Exchange ouvre, à l’initiative de Leo Melamed, l’International Monetary Market, premier marché de contrats à terme sur devises à s’imposer, appuyé sur une étude commandée à Milton Friedman. Ses contrats sur le mark, la livre ou le yen ouvrent l’ère des contrats à terme financiers.

L’histoire de Bretton Woods rappelle ensuite qu’un taux de change fixe est une promesse politique : il tient tant que le pays qui le garantit accepte d’en payer le prix, et il cède souvent un dimanche soir. Rien dans cette histoire ne constitue un conseil d’investissement ; elle donne seulement de la profondeur aux notions de risque de change, de régime monétaire et de monnaie de réserve.

Questions fréquentes sur les accords de Bretton Woods

Pourquoi les accords de Bretton Woods ont-ils pris fin ?

Parce que les dollars détenus à l’étranger dépassaient largement l’or que les États-Unis pouvaient leur opposer, comme l’avait annoncé Robert Triffin en 1960. Les demandes de conversion se multipliant, Richard Nixon suspend la convertibilité le 15 août 1971. Après une tentative de replâtrage en décembre 1971, les grandes monnaies flottent à partir de mars 1973.

Quel était le rôle de l’or dans le système de Bretton Woods ?

Le dollar était défini en or à 35 dollars l’once, et le Trésor américain s’engageait à convertir à ce prix les dollars détenus par les banques centrales étrangères. Les particuliers n’y avaient pas accès. Les autres monnaies étaient rattachées au dollar, donc indirectement à l’or.

Quelle est la différence entre Bretton Woods et l’étalon-or ?

Sous l’étalon-or classique, chaque grande monnaie était convertible en or, y compris pour les particuliers. Sous Bretton Woods, seul le dollar l’était, et seulement pour les banques centrales. Les autres monnaies tenaient leur valeur de leur parité avec le dollar.

Le FMI et la Banque mondiale existent-ils encore ?

Oui. Créés à Bretton Woods en 1944, ils comptent aujourd’hui la quasi-totalité des pays du monde parmi leurs membres. Le FMI prête aux pays confrontés à une crise de balance des paiements, la Banque mondiale finance le développement.

Pour aller plus loin

Lexique économique : toutes les définitions, de A à Z.

L’auteur

Benoist Rousseau

Maîtrise d’histoire (Sorbonne)

Diplômé d’histoire de la Sorbonne, j’ai enseigné douze ans avant de trader à plein temps. Les krachs, les bulles et les grandes figures de la finance éclairent mieux les marchés d’aujourd’hui que bien des modèles. J’ai préfacé Machiavel, Renan et Le Bon chez JDH Éditions.

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