Pourquoi un bon chiffre de l'emploi peut faire peur aux marchés
Pourquoi un bon chiffre de l'emploi peut faire peur aux marchés
Wall Street vient de boucler un premier semestre sur des records absolus, mais une question un peu étrange va dominer cette semaine : et si une bonne nouvelle pour l'emploi faisait peur à la finance ? En ce moment, la logique habituelle est complètement inversée. Tout le monde attend le grand rapport sur l'emploi américain de jeudi, et l'ambiance est tendue. Je vais vous expliquer pourquoi ce chiffre est si important et comment une situation positive peut paradoxalement devenir un risque pour les marchés.
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Un semestre historique, mais des regrets personnels
Le trimestre s'est terminé en beauté, surtout à Wall Street. Le S&P 500 a pris 14 % et le Nasdaq près de 20 %, tirés par des locomotives comme Nvidia ou AMD. Hier encore, le Nasdaq a bondi de 1,52 %. J'espère que vous en avez mieux profité que moi.
Franchement, j'ai fini la journée dans le vert, mais ça aurait pu être bien meilleur. La fatigue m'a fait rester sur ma routine habituelle, alors que j'aurais dû être un peu plus agressif sur ce type de journée. Bref, que l'indice prenne 1,5 % ou 0,2 %, j'aurais fait le même score. Un peu déçu, oui, mais il faut aussi savoir se reposer.
En Europe, c'était un peu moins euphorique, même si le DAX et l'Euro Stoxx ont bien performé en rattrapant un peu leur retard.
L'indice MOVE, un indicateur à surveiller du coin de l'œil
J'aimerais vous parler d'un outil que vous ne connaissez peut-être pas : l'indice MOVE. C'est le Merrill Lynch Option Volatility Estimate. En gros, il mesure la nervosité du marché obligataire. C'est un excellent complément à l'indice VIX que l'on connaît mieux.
Pourquoi je vous en parle aujourd'hui ? Parce qu'on est sur un calme étonnant, au plus bas depuis 5 ans. L'indice se situe autour de 68-70. Pour faire simple, la règle est la suivante :
- Sous 80 : le marché obligataire dort tranquillement. Hibernation.
- Au-dessus de 120 : c'est la tempête.
L'indice MOVE a très bien signalé les précédentes zones de turbulence, comme le Covid ou l'invasion de l'Ukraine. Aujourd'hui, il est très bas. Peut-être un peu trop calme juste avant la publication du rapport sur l'emploi... C'est peut-être ça, le piège. Si ce marché se réveille, ça peut secouer fortement les actions.
Le paradoxe de l'emploi : quand les bonnes nouvelles sont mauvaises
D'habitude, un emploi solide est une bonne nouvelle : plus d'embauches, plus de salaires, donc plus de consommation et de croissance. Mais cette fois, la logique s'inverse complètement. La FED menace de monter ses taux d'intérêt.
Le raisonnement est le suivant : si le marché du travail est "trop chaud", ça nourrit l'inflation. Pourquoi ? Parce que les gens qui trouvent un boulot se mettent à dépenser. Pour combattre l'inflation, la FED n'a qu'un outil macroéconomique efficace : augmenter ses taux. Ça décourage l'investissement et la consommation.
Une inflation non contrôlée est dangereuse. J'aime bien cette image de Cronos, l'ogre qui dévore ses propres enfants. Si on laisse l'inflation s'envoler, les premiers à en souffrir sont les salariés. Augmenter trop vite et trop largement les salaires est contre-productif. On l'a vu en France en 1981 : une hausse de 10 % des salaires a été suivie par une hausse des prix de 12 à 13 % six mois après. Le pouvoir d'achat a baissé.
C'est pour cette raison que les banques centrales surveillent l'inflation comme le lait sur le feu. Elles visent environ 3 %, un niveau considéré comme dynamique pour l'économie, un peu comme faire du sport doucement mais régulièrement : c'est bénéfique sur le long terme.
Les scénarios de la semaine
Qu'est-ce qui pourrait se passer jeudi ?
- Le scénario idéal : un chiffre de création d'emploi sage. Dans ce cas, "la fête continue".
- Le scénario noir : un chiffre "brûlant", avec 200 000 ou 250 000 créations d'emplois. Là, la bourse pourrait se dire "Oulala, la FED va monter les taux !", et les marchés actions pourraient prendre une claque.
Tout le monde n'est pas d'accord. Les économistes de Wells Fargo pensent que le marché se stabilise. Mais le marché, lui, penche majoritairement pour une ou deux hausses de taux avant la fin de l'année.
Petite anecdote sur l'origine de ce fameux rapport
Ce rapport sur l'emploi n'a pas toujours existé. Il est né du traumatisme de la Grande Dépression des années 30. Après la crise de 1929, on s'est dit qu'il serait peut-être utile de savoir combien d'emplois on crée ou on détruit. Avant ça, on comptait les chômeurs "au petit bonheur la chance". C'est suite à ce grand malheur que la science économique moderne s'est vraiment développée avec des gens comme Keynes ou Hayek. Comme quoi, on peut toujours tirer des leçons des crises.
D'ailleurs, je vous invite à lire les rapports américains, notamment ceux de la FED. Ils sont d'une pédagogie étonnante. C'est simple, clair, tout le monde peut comprendre. Tout le contraire des rapports de la BCE, qui semblent écrits exprès pour vous faire sentir totalement débile...
Conclusion
Pour conclure, la prudence est de mise cette semaine. Une bonne nouvelle économique peut rapidement devenir une mauvaise nouvelle pour les marchés. On garde un œil sur l'enquête ADP d'aujourd'hui, qui nous donnera un premier indice. Soyez prudents, profitez bien de votre journée et on se retrouve demain pour analyser la suite.
Independent Trader • CME & CBOT Member
Benoist Rousseau est trader, membre du Chicago Mercantile Exchange (CME) et du Chicago Board of Trade (CBOT), spécialiste en histoire économique formé à la Sorbonne et pédagogue expérimenté. Fort de plus de 30 ans d'expérience sur les futures CME, dans la série TRADING il partage analyses de séance, replays de trades commentés, psychologie et gestion du risque — sans signaux ni promesses, du trading brut et sans filtre.
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2 Commentaires pour Pourquoi un bon chiffre de l'emploi peut faire peur aux marchés
merci Benoist pour le good morning !
bonne journée à toi Benoist
Merci à toi aussi